‹ Traité de zoologieChapitre 73 sur 434 · A PE FAR · texte numérisé non relu

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sont les causes particulières qui ont amené l'apparition des premières modifications d'un organe, et si par cela même nous faisons un fréquent usage du mot hasard, cependant nous pouvons reconnaître d’une manière générale qu'elles sont dues à l’action de certaines conditions physiques, encore inconnues, de Valimentation. Nous savons aussi que ces dernières sont en rapport intime avec les conditions telluriques et climatériques, qui éprouvent, pendant le cours des temps, des changements lents et variés, liés à des modifications correspondantes dans la lutte des organismes pour l'existence. Pendant les périodes de transfurmation lente de la température, de la configuration du sol et du climat, ces mêmes causes ont agi:en même temps et avec la même intensité sur de nombreux individus de la même espèce, et donné naissance à des déviations légères, qui modifieront, dans la même direction et d'abord dans des limites peu étendues, de nombreux individas. Ce n'est que plus tard, après que de nombreuses formes vivantes, grâce à l’action des causes physiques, ont acquis une tendance à la variabilité, que la sélection agit avec succès pour conserver et accentuer ces modifications premières.

Dernièrement, M. Wagner, après avoir cru reconnaître que la loi des migrations renfermait la négation du principe de la sélection naturelle, s'est séparé du darwinisme, sans cependant étayer sa théorie insoutenable de la production des espèces par séparation et colonisation d'aucune considération nouvelle et sans établir, à la place de la sélection naturelle, un autre principe sur lequel puisse

… s'appuyer la doctrine du transformisme".

On a objecté de différents côtés l'insuffisance de la sélection naturelle pour expliquer l'origine première des variations, car celles-ci, dans beaucoup de cas, - ne peuvent encore être nullement profitables?. L'analogie de couleur, que beaucoup d'animaux présentent avec les milieux dans lesquels ils vivent, la ressemblance de beaucoup d'Insectes avec certains objets qui les environnent, tels que des feuilles, des branches sèches, des fleurs, des excréments d'Oiseau, etc., ne peuvent être en réalité expliquées par la théorie de la sélection qu'en supposant que les particularités en question ont déjà offert dès leur première apparition une ressemblance grossière avec les objets extérieurs. Si l’on observe dans les races domestiques, dont la forme ancestrale à l'état sauvage revêt, comme par exemple le Lapin, une couleur qui est manifestement avantageuse, une variabilité très grande dans les nuances du pelage, on est parfaitement autorisé à conclure que la teinte du pelage a aussi varié originairement plus d’une fois dans le Lapin sauvage, ne s’est développée et ne s’est fixée, dans la suite des générations, que parce qu'elle constituait pour l’animal un moyen de protection des plus efficaces. Cependant, très souvent des modifications très légères peuvent être très utiles. Darwin fait observer avec raison que chez les Insectes, qui sont poursuivis par des Oiseaux ou par d’autres ennemis doués d’une vue perçante, chaque degré - qui augmente la ressemblance avec les objets environnants diminue le danger d'être découvert, et favorise, par conséquent, la conservation et la multipli-

À Voy. M. Wagner, Ueber den Einfluss der geographischen Isolirung und Colonienbildung auf die morphologischen Verändcrungen der Organismen. Sitzungber. der K. Akad. zu München, 1870. > Noy. principalement : Mivart, On the genesis of species, London, 1871.

cation de l'espèce; et il montre que, par exemple chez le Ceroxylus laceratus, qui d'après Wallace a tout à fait l'aspect d'une baguette recouverte de mousse, les aspérités et la couleur des téguments ont probablement beaucoup varié, jusqu’à ce qu'enfin ceux-ci soient devenus verts. Il a cherché de la même manière à répondre à une série d’autres faits du même ordre que M. Mivart a cités comme preuves, que la sélection naturelle ne peut pas expliquer l’origine de la variabilité des caractères (fanons des Baleines, défaut de symétrie du corps chez les Pleuronectes, situation des yeux sur le même côté, queue prenante des Singes, pédicellaires des Échinodermes, avicuiaires des Bryozoaires, etc). RU D'autres naturalistes ont contesté qu'aucune variation quelque peu considérable puisse se produire dans le cours des siècles, et invoquent les ressemblances que les momies des Ibis et d’autres animaux trouvées dans les monuments égyptiens montrent avec les espèces vivant actuellement dans les mêmes localités. Ils n’ont tenu en même temps aucun compte des faits positifs, que nous possédons sur les variétés géographiques et sur des variations nombreuses se succédant dans le temps chez beaucoup d'animaux et de plantes, et n'ont pas vu en outre que le darwinisme n'affirme pas la variation continuelle des espèces, mais suppose, au contraire, à côté de laps de temps relativement réduits, pendant lesquels agit la variabilité, des périodes de fixité très longues. Et le fait que certaines espèces, dans un temps relativement très court, sont restées absolument les mêmes, ne prouve pas que d’autres vivant dans des localités différentes n'aient pas pu, à la même époque, produire des variétés et se modifier plus ou moins profondément. Ges auteurs auraient été bien mieux inspirés s'ils avaient opposé aux partisans du transformisme ces nombreuses espèces animales qui, depuis le commencement de la période glaciaire, sont restées immuables malgré les changements climatériques, ou bien ces grandes ressemblances que certaines espèces et certains genres actuels montrent avec ceux du terrain tertiaire où même des formations crétacées. Cependant le fait que beaucoup d'animaux et de plantes ont conservé leurs caractères primitifs à travers de longues périodes et malgré les changements des conditions climatériques et vitales; ne prouve pa l'impossibilité de L variabilité en général. | Les objections que MM. Bronn, Broca et surtout M. Nägeli ont opposées au principe d'utilité de la sélection naturelle; sont d'un genre tout différent?. Ils " attribuent une grande importance à ce que beaucoup de caractères parais= « sent ne rendre aucun service à leurs possesseurs, et ne peuvent pas, par conséquent, avoir donné prise à la sélection naturelle. Darwin répond très jus= « tement que nous ne connaissons que très imparfaitement ou même que nous ignorons l'importance et les avantages de beaucoup de conformations lloont existantes, et que, ée qui nous parait inutile, a pu, dans des époques antérieures et dans d’autres conditions, être avantageux. Dans tous les. cas, on reconnaît que des variations individuelles légères aussi bien que pro= fondes, qui n'offrent à l’animal aucun avantage, produites par certaines causes: physiques, apparaissent sur de nombreux individus et donnent naissance à a

1Voy. Darwin, l'Origine des espèces, traduction de J. Moulinié, Paris, 1873, p. 595 et suivantes. ù 2 C. Nägeli, Entstehung und Begriff der Naturhistorischen Art., München, 1865. TR

déviations. Dans la dernière édition de son célèbre ouvrage, Darwin avoue luimême que dans les éditions antérieures « il n’a pas donné assez de valeur à la fréquence et à l'importance des modifications dues à la variabilité spontanée ». Il va de soi qu'il ne prétend nullement amoindrir l'action de la sélection, d’autant plus qu’il est impossible d'expliquer par une autre voie les nombreuses dispositions naturelles qui reposent sur l'adaptation. Par contre, nous trouvons dans cette hypothèse un moyen de comprendre l'origine des modifications, qui ne procurent aucun avantage, et nous pouvons tracer au principe d'utilité une limite, qui semble nécessaire par d’autres considérations. Nägeli semble avoir parfaitement raison, lorsqu'il se demande s'il est admissible que l'organisation des végétaux et des animaux supérieurs ait atteint peu à peu ce haut degré de complexité sous l'influence unique de l'adaptation, et que la plantule unicellulaire microscopique se soit transformée, après un nombre infini de générations, en une plante phanérogame, ou, pour prendre un exemple dans le règne animal, que l’Amibe soit devenue un Polype, la Planula un Vertébré, par l’action de la lutte pour l'existence. Le savant botaniste est moins heureux lorsqu'il prétend que les deux caractères essentiels qui distinguent toute organisation élevée, la différenciation morphologique et la division du travail physiologique, sont indépendants l’un de l’autre dans la plante, tandis que dans le règne animal ils sont en général en corrélation intime. Ce contraste pourrait s'expliquer par l'imperfection de nos connaissances actuelles sur les fonctions de nombreuses parties de la plante. Chez les animaux aussi la même fonction peut avoir pour siège des organes morphologiquement différents, et réciproquement le même organe peut remplir des fonctions variées. C'est pour çela que l'on ne peut que dans des cas exceptionnels, et principalement quand il s'agit d'organes qui se sont atrophiés par suite du défaut d'usage, parler d'organes n'ayant qu’une valeur purement morphologique, et qu’on devra chercher la raison de leur existence dans les lois de l’hérédité. Déjà, en ce qui concerne l’inutilité supposée de diverses parties du corps, Darwin montre qu'il existe, même chez les animaux les plus élevés et les mieux connus, des conformations assez développées pour que personne ne mette en doute leur importance, sans que leur usage ait pu être reconnu, ou ne l'ait êté que récemment. À propos des plantes, il rappelle les anciennes conformations de fleurs d'Orchidées que l’on regardait, il y a quelques années encore, comme de simples différences morphologiques. Grâce à ses persévérantes recherches, on sait maintenant qu’elles ont une importance immense pour la fécondation de l'espèce à l'aide des Insectes, et qu’elles ont probablement êté acquises par la sélection naturelle. On sait aussi que les longueurs différentes des étamines et des pistils (hétérostylie), ainsi que leur arrangement sur les plantes dimorphiques et trimorphiques, ont une utilité essentielle. C'est done à tort que Nägeli prétend conclure, de la théorie de Darwin, que les caractères indifférents doivent être variables, les caractères utiles au contraire constants. Certaines particularités indifférentes peuvent se fixer par hérèdité dans le cours d'un nombre infini de générations, au point de présenter une constance

1 Ch. Darwin, De la fécondation des Orchidées par les Insectes et du bon résultat du croisement, Paris, 1870.

150 ZUOLOGIE GÉNÉRALE.

presque absolue, comme c’est justement le cas pour celles qui caractérisent les:

catégories les plus générales du système. D'un autre côté, il n'est pas nécessaire

que les variations utiles aient déjà atteint la limite extrême des services qu’elles

peuvent rendre à l'organisme; au contraire, elles doivent devenir encore plus avantageuses surtout quand les conditions de vie viennent à changer. Aussi,

lorsque M. Nägeli prétend que l’arrangement des cellules et des organes devrait, varier sur une grande échelle parce que ce sont des particularités purement. morphologiques, tandis qu'au contraire, chez les êtres aussi bien domestiques

qu'à l'état sauvage, il présente les caractères les plus tenaces et les plus con-

stants; lorsqu'il insiste sur ce que, chez les plantes à feuilles opposées et à verticilles floraux à 4 divisions, il serait plus facile de produire toutes les trans-

formations des feuilles, qui sont liées à des fonctions différentes, que de déterminer leur disposition spéciale, par les raisons énumérées plus haut, on ne peut être d'accord avec lui. D'un côté, ce serait agir avec peu de circon-:

spection, que de prétendre à l’inutilité absolue, même ii le passé des carac-

tères morphologiques, qui ne nous paraissent actuellement être d'aucun avantage

et ne jouer par conséquent aucun rôle dans la lutte pour l'existence; d’autre

part, ce serait beaucoup exiger de la variabilité que de vouloir rencontrer

ailleurs que dans les cas exceptionnels ces modifications profondes devenues constantes par hérédité, dans un nombre infini de générations, caractéristiques de l'ordre, de la classe ou même du type. Vouloir changer les feuilles oppo-

sées en feuilles spiralées, ce serait vouloir transformer la forme rayonnée des

Étoiles de mer en une forme bilatérale, et voir les rapports typiques de pisse

subir la flexibilité des phénomènes de variabilité.

Il est une des considérations de M. Nägeli qui a beaucoup plus d’ ieiportarios et qui semble démontrer l'insuffisance de la sélection naturelle comme principe unique d'explication; c’est celle qui a rapport aux propriétés innées des premiers êtres. À l’origine, il ne pouvait y avoir qu’un petit nombre de Protophytes et de Protozoaires unicellulaires formés simplement de protoplasma ou de sarcode. Comme la concurrence était alors très limitée, et que les conditions extérieures ne variaient point, il n’y avaient point sur la surface du globe de causes qui pussent déterminer la production de variations utiles. C'est là une des questions les plus obscures et les plus difficiles de la théorie de la descendance, à. laquelle on ne peut faire qu’une réponse très insuffisante. Quoique nous n'admettions nullement, avec M. Nägeli, que le principe d'utilité ne puisse pas expliquer la formation des êtres supérieurs, doués d’une organisation élevée, nous sommes cependant forcés de reconnaître, en supposant que les premiers

êtres fussent uniformes et très semblables entre eux, qu’il ne devait point. il

exister de causes qui permettent de concevoir la possibilité du développement de la grande variété des espèces supérieures. En ce qui concerne le premier point, Darwin fait remarquer très justement, que l’activité constante de la sélection naturelle peut expliquer la tendance innée des êtres organisés vers un développement progressif, car la meilleure définition qu'on ait donnée de la supériorité de l'organisation repose sur le degré de spécialisation ou de différen- -ciation que les organes ont atteint, et la sélection conduit à ce but, en tendant à amener Jes parties des organes à accomplir d'une manière toujours plus effi=.

cace leurs diverses fonctions. D'un autre côté, l’action de la sélection naturelle suppose déjà une diversité dans la structure et le genre de vie des organismes, que ne peut offrir un petit nombre d'espèces des plus simples, quel que soit, du reste, le nombre des individus qui les composent. Ici, libre carrière est “4 donnée à l'appréciation arbitraire et aux préférences de chacun, et c’est uni- — quement affaire de foi d'attribuer à la sélection naturelle une influence plus ou moins limitée.

2 D'après ces considérations, nous devrions d'autant mieux reconnaitre l'insuffisance de la sélection naturelle et de la théorie d'utilité basée sur elle comme principe unique d'explication, qu'il est impossible, avec son aide seule, de comprendre la nécessité de la direction de la grande loi de l’évolution indiquée par ces graduations sans nombre de structure, qui trouvent leur expression dans les catégories du système. Aussi on comprend les tentatives que des naturalistes éminents ont faites pour combler cette profonde lacune à l’aide d’un autre principe; malheureusement, tous les essais de ce genre manquent, jusqu'à ce jour, de toute base sûre et positive. En première ligne, il faut citer la théorie du per- … fectionnement proposée par M. Nägeli, qui suppose que les variations individuelles tendent, par une sorte d'orientation définie, vers une organisation plus complexe et plus parfaite; que la variabilité a lieu suivant un plan de développement déterminé, non point par une action surnaturelle, mais par une tendance au per- . fectionnement, immanente à l'organisme. À côté de la sélection naturelle, qui … agit en quelque sorte comme correctif et qui explique la formation des particu- - larités physiologiques, il y aurait un principe de perfectionnement qui présiderait à la production des caractères morphologiques. … On voit de suite que M. Nägeli, tout en ayant une connaissance parfaite des la- . cunes existantes, au lieu de nous donner un principe qui puisse les combler, ne propose qu'une phrase par laquelle il s'imagine avoir trouvé quelque chose de à semblable à une explication. En fait, ce terme de tendance au perfectionnement, … de loi de perfectionnement, n’est pas autre chose que l’introduction, dans la phylogénie, de cette phrase dont on a tant abusé dans l'embryologie individuelle sur … le nisus formativus. On peut en dire autant du principe de la « variation orientée », ou du « développement par des causes internes », que nous trouvons exprimé dans les écrits de MM. Askenasy et A. Braun, par des naturalistes qui sont également partisans de la théorie du transformisme, puisqu'ils admettent avec Darwin que la cause des affinités des espèces doit être attribuée à une descendance commune.

Pour quelques auteurs, la difficulté principale provient de ce qu'ils sont persuadés de l’idée qu'il existe un abime infranchissable entre la variété et l'espèce. Jls admettent en partie l’action de la sélection naturelle; ils avouent même que le darwinisme est un fait réel pour les variétés climatériques; mais ils invoquent toujours la définition de l’espèce et les limites qu’elle assigne à la constance des formes, qui n'ont jamais été franchies, comme nous le montre l'observation. Si nous nous reportons aux difficultés que nous avons déjà mentionnées et que l'on

Askenasy, Beiträge zur Kritik der Darwin'shen Lehre, Leipzig, 1872. — A. Braun, Ueber die Bedeutung der Entwicklung in der Naturgeschichte, Berlin, 1872.

éprouve pour définir la notion de l'espèce, et si nous tirons les conséquences logiques de limpossibilité positive de tracer entre l'espèce et la variété une ligne de démarcation, cette objection perdra toute sa prétendue force. La preuve de l'observation directe du passage d’une espèce vivante à une autre est déjà exclue par la théorie de la sélection même. De telle sorte que le raisonnement qui croit avoir démontré l'impossibilité de ces variations par l'absence de l'observation directe n’a pas besoin d'être réfuté*. Les bases empiriques qui conduisent à admettre, pour l'espèce, ce que l’on a reconnu vrai pour la variété, se trouvent bien plutôt dans les rapports positifs qui existent entre la variété et l'espèce, comme M. Nägeli, entre autres, l’a parfaitement montré. « Les races qui ont été produites artificiellement se comportent comme de véritables espèces; elles ont un ensemble de formes et une fixité analogues; elles montrent également dans l’hybridation une fécondité limitée, et leurs hybrides, de même que ceux des espèces, sont des formes particulières, qui ne peuvent pas être produites par une autre voie. Les races, que l’on trouve dans la nature, ne se distinguent pas plus nettement des espèces. Le seul caractère absolu de l'espèce, l’immutabilité, est abandonné dans la pratique même par ceux qui l’admettent en théorie, car ils parlent de formes intermédiaires, de passage d’une espèce à une autre, d'espèces abâtardies, de formes vraies ou typiques, de formes aberrantes, de bonnes et de mauvaises espèces. Ces expressions rendent parfaitement la réalité, mais elles ne s'appliquent qu'à la théorie de la variabilité. La systématique jusqu’à l’époque actuelle avait fait de la notion d'espèce un article de foi; elle était inaccessible aux résultats de la science, et ne se soumettait point au contrôle des faits; elle était le jouet du bon plaisir, du tact, de l'arbitraire de chacun. Dans la systématique de l'avenir, l'espèce sera une catégorie scientifique, possédant des caractères que l’on peut observer dans la nature et vérifier par l’expérience. » C'est là le point important pour toute théorie transformiste. Que l’on diffère d'opinion sur la manière dont la transformation s'opère; que l’on accorde une influence prépondérante à la sélection naturelle, ou qu'on la « regarde seulement comme accessoire ; que l’on conteste absolument son action, « et que l’on se contente pour toute explication de phrases générales sur la va= « riation par des causes internes, dans tous les cas, de nouvelles espèces doivent « se former aux dépens des anciennes, si l’on rend hommage à la doctrine de la « descendance.

PREUVES EN FAVEUR DE LA THÉORIE DE LA DESCENDANCE TIRÉES DE LA MORPHOLOGIE

Si nous ne devons considérer que comme une hypothèse la variabilité de l'es pèce, parce que nous ne pouvons la démontrer par l’observation directe, nou

1 Si, à l'exemple de M. Wigand, sans se préoccuper du résultat des travaux modernes, on part de l’idée que l'espèce est absolument autonome et immuable et on la définit comme l’ensemble des « formes qui ont une origine commune différente de celle des autres espèces, on a, il est vrai, un argument vainqueur contre le darwinisme ; malheureusement cet argument ne repose pas sur phénomènes naturels et n’est que l'expression purement gratuite d’un article de foi.

possédons cependant, pour juger de sa valeur, un critérium dans les phénomènes naturels. Plus ceux-ci se laisseront expliquer d'une manière plausible par la doctrine transformiste, plus grande sera l'autorité scientifique de cette dernière, et plus nous serons forcés de l'accepter.

C'est de la sorte que l’on montre, que la morphologie tout entière n'est qu'une longue preuve de la vraisemblance de la théorie de la descendance. Les degrés de ressemblance des espèces, fondés sur la concordance dans des caractères . importants ou secondaires, que l'on désigne depuis longtemps par métaphore par le terme de parenté, ont conduit, comme nous l'avons déjà exposé, à l'établissement des catégories du système, dont le plus élevé, le type ou embranchement, repose sur la similitude dans les traits généraux de l’organisation et du développement. Les ressemblances que des animaux, d’ailleurs différents, présentent dans le plan général de l'organisation, comme par exemple les Poissons, les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères, qui possèdent tous une colonne rigide située dans l'axe du corps, et par rapport à laquelle les centres nerveux sont dorsaux, les organes de la nutrition et de la reproduction ventraux, s’expliquent très bien d’après la théorie de la sélection, par la descendance des Vertébrés d'une forme commune possédant les caractères du type, tandis que l'idée d'un plan préconçu du Créateur défie toute explication. C’est de la même manière que naus comprenons, que les mêmes caractères communs se retrouvent dans toutes les autres divisions et subdivisions de la classe jusqu’au genre, et que . nous voyons les causes qui nous permettent de partager tous les êtres organisés - engroupes subordonnés les uns aux autres, puisque les descendants d'une espèce

primitive, modifiés par la divergence progressive des caractères et la suppression constante des formes moins profondément transformées et moins perfectionnées, se rangeront en catégories d'importance diverse. De même que la théorie darwiniste nous montre comment de la descendance d’une même souche dérivent les conditions nécessaires de toute classification, de même les difficultés que ces dernières présentent s'expliquent par ce fait que les caractères d’affinité proviennent par hérédité d'ancêtres communs, que les rapports étroits de parenté, et non point un plan de création inconnu, sont le lien invisible qui établit entre les organismes différents degrés de ressemblance. Les naturalistes de l'ancienne école, qui placent l'idéal du système dans la délimitation précise de tous les groupes, se plaignent amèrement de ce qu’on les dérange si souvent, avec des formes intermédiaires paradoxales, tandis que d’après la doctrine de la descendance cn comprend parfaitement ce défaut de ligne de démarcation tranchée entre les différentes divisions ou subdivisions. Notre théorie exige même l'existence de’ passages entre les groupes éloignés et étroitement alliés et explique par l'extinction, dans la suite des temps, de nombreux types insuffsamment doués sous le rapport de l’organisation, comment certains groupes de mème valeur ont eu une extension aussi différente, et souvent même ne sont représentés que par quelques formes isolées, et comment nous sommes parfois forcés d'établir pour une seule espèce encore vivante (Amphioxus lanceolatus), ou un seul genre (Limulus), un groupe de la valeur d'un ordre ou même d'une classe.

Les faits innombrables que l'anatomie comparée nous a appris à connaitre,

nous amènent donc aux mêmes résultats que les caractères systématiques, qui expriment des rapports de parenté plus ou moins éloignée. Considérons par exemple la conformation des membres ou la structure du cerveau chez les Vertébrés; nous voyons, à travers des différences considérables, qui parfois se relient les unes aux autres par des séries de transitions, une forme fondamentale commune se modifiant dans chaque groupe secondaire et se différenciant plus ou moins, suivant les fonctions particulières que les organes doivent remplir, et suivant les exigences du mode d'existence auquel chaque espèce est assujettie. La nageoire des Baleines, l’aile des Oiseaux, le membre antérieur des Quadrupèdes et le bras de l'Homme sont formés par les mêmes os, mais qui dans un cas sont

raccourcis, élargis et immobiles, dans un autre sont allongés et articulés de diverses manières en rapport avec les besoins de la locomotion ; tantôt toutes leurs parties sont développées, tantôt, au contraire, elles se simplifient et s’atrophient partiellement ou même complètement.

et à 1.

PREUVES TIiRÉES DU DIMORPHISME ET DU POLYMORPHISME

Un des témoignages les plus manifestes de l'influence puissante de l'adaptation et des résultats remarquables qu’elle peut amener dans le cours des temps, nous est fourni par les phénomènes du dimorphisme et du polymorphisme dans la série des formes animales appartenant au cycle d’une même espèce. Dans le cercle étroit des actes et des travaux qui sont dévolus à chaque espèce’ dans l'économie de la nature, tous les individus ne se comportent pas identiquement de la même manière. Fréquemment au contraire certains individus accomplissent plus spécialement certaines actions profitables à la conservation de l'espèce, et subissent des modifications correspondantes dans leur forme et dans leur organisation. Le plus souvent c’est chez les animaux à sexes séparés que se montrent ces changements de forme, liés à la division du travail physiologique; qui est intervenue dans les fonctions des organes génitaux primitivement hermaphrodites. Mâles et femelles diffèrent, non seulement en ce que les uns produisent des œufs et les autres de la semence, mais encore parce qu’ils manifestent dans les diverses fonctions, qui ont rapport avec la formation de ces produits, des caractères sexuels secondaires variés, dont l'apparition s'explique de la façon la plus plausible par la sélection naturelle. On peut donc admettre l'exis= tence d’une selection sexuelle, qui s'exerce au profit de la conservation de: l'espèce, et qui, dans le cours des temps, tend à éloigner graduellement et de

plus en plus l’une de l’autre les deux formes sexuées, aussi bien par les parti=" «=

cularités de l’organisation et de la forme que par le genre d'existence et les. mœurs. Les mâles ont généralement à remplir un rôle plus actif dans l'ac=. couplement et la fécondation, aussi comprend-on facilement qu'ils diffèrent. bien plus de la forme jeune, encore indifférente au point de vue sexuel, que les.

femelles, qui élaborent les matériaux nécessaires à la formation et à la nutrition … des petits. Très fréquemment leurs mouvements sont plus rapides et plus légers,

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