PREUVES TIRÉES DU DIMORPHISNE
et chez beaucoup d'espèces d'Insectes, ils possèdent seuls des ailes, les femelles restant aptères comme les formes larvaires (fig. 163 et 164). Dans la lutte que les mâles se livrent entre eux pour la possession des femelles, les individus les
; — Fig. 163. — Aphis platanoides mâle. oc, ocelles; Hr, tube à miel; P, organe copulateur.
mieux doués (force, beauté, voix, etc.) sont vainqueurs; parmi les femelles en général, ce sont celles qui présentent des particularités favorables à la pro- E- spéritè de leur progéniture, qui remplissent le mieux leurs fonctions. Cependant des différences dans la durée du développement, dans le mode de croissance, etc., peuvent, dans certaines conditions vitales, procurer à l'espèce des avantages d'une manière plus passive. Les caractères sexuels secondaïres peuvent s’accentuer au point de produire des modifications essentielles, profon des de l'organisme, et d'amener un véritable dimorphisme sexuel (mâles dépourvus d’intestin des Rotifères, mâles nains de la Bonellia et du Trichosomum crassicauda).
- Un fait des plus intéressants et en même temps des plus importants, c’est que c'est précisément chez les parasites que le dimor- phisme sexuel est poussé le plus loin; par suite Fig. 164. — Femelle ovipare aptère évidemment du mode d'existence et de l'in- de l'Aphis platanoïdes. Iuence différente qu'il exerce sur les deux sexes. Chez un grand nombre de Crusta- … cés parasites (Siphonostomes), on observe, à côté de cette dégradation extrème de … l'organisme représentée par des femelles monstrueusement grosses, ayant perdu les — organes des sens et les organes de la locomotion et même toute trace de segmentation,et par des mâles, véritables pygmées, toute une série de formes intermédiaires ; chez eux les causes de ce dimorphisme sexuel sont des plus manifestes. L'in-
fluence des conditions favorables d’alimentation, telles quelles se rencontrent dans le parasitisme, fait disparaître la nécessité de changements de domicile rapides et fréquents, augmente chez les femelles la fécondité et modifie même la forme du corps au point que la faculté de se mouvoir est de moins en moins manifeste, et que les organes du mouvement s’atrophient jusqu'à disparaître complètement. Le corps, par suite de l'énorme développement des ovaires, gorgés d'œufs, devient lourd et informe, et présente des saillies, des appendices, dans lesquels se logent des prolongements des ovaires, ou bien se gonfle comme une outre, perd sa symétrie; la segmentation disparait et avec elle la faculté pour les segments de se mouvoir les uns sur les autres, et les membres s'atrophient. L'abdomen, mince et mobile, qui facilitait si puissarmment la natation, est peu à peu réduit à un court moignon inarticulé. L'aspect de ces parasites est si bizarre, que l’on comprend que jadis l’on ait rangé un de ces groupes de formes anomales, les Lernéens, parmi les Vers intestinaux, ou parmi les Mollusques.
Le parasitisme agit aussi puissamment sur l'organisation des mâles, mais dans une autre direction‘. Chez eux, en effet, les conditions plus favorables d’alimentation ne font pas disparaître si immédiatement la nécessité de se mouvoir et n’agissent pas sur la conformation des organes locomoteurs, car ils conservent toujours comme auparavant un rôle actif dans les relations sexuelles, et 1ls doivent rechercher les femelles. Même quand la locomotion est devenue difficile et plus restreinte, jamais cependant le parasitisme n'amèêne la disparition complète de la segmentation, et ne détermine cet accroissement informe et asymétrique du corps, que l’on observe dans un grand nombre de Crustacés femelles parasites. La quantité des produits sexuels qui, chez les femelles, est si avantageuse à la conservation de l'espèce et favorise par suite l'apparition graduelle de cette forme monstrueuse, anomale du corps, a d'autant moins d'influence sur l'activité sexuelle du mâle, qu'il suffit d’une quantité très petite de sperme pour féconder une masse d'œufs. Aussi le degré extrême du parasitisme chez le mâle, même quand la locomotion est des plus limitées, n’amène-t-elle jamais l’accroissement excessif du corps et sa transformation en une sorte de sac inarticulé, mais au contraire, tout en conservant la forme symétrique du corps, le réduit au point d'en faire un nain. Mais ici encore cet état extrême est préparé par toute une série d'états intermédiaires. C’est ainsi que chez les Lernéopodes les mâles des Achtheres ont une taille fort peu réduite, tandis que les véritables mâles nains des Lernæopoda, des Anchorella et les Chondracanthides, sont fixés, comme des parasites excessivement petits, sur l'abdomen des femelles (fig. 165 et 166). La préparation d'une quantité considérable de sperme, qui « suppose un corps d’une forte taille, n'amènerait ici dans la vie de l'espèce qu'une « perte inutile de matière et de temps, et a dû par conséquent être évitée grâce à la sélection naturelle.
Chez certains groupes d'animaux, surtout chez les Insectes qui vivent réunis « en sociétés nombreuses, outre ces deux formes d'individus sexués différents, on trouve une troisième, parfois même une quatrième forme d'individus, qui me … peuvent pas se reproduire par suite de l'atrophie de leurs organes génitaux, «
1 Voyez C. Claus, Die freilebenden Copepoden, 1865, pages 7 et &.