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DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX D'EAU DOUCE

Au premier abord, le mode de distribution des habitants d'eau douce semble témoigner contre la théorie de la descendance commune et de variations subséquentes par la sélection naturelle. On devrait s'attendre à ce que les lacs et les rivières, séparés par des espaces de terre, offrissent chacun une population particulière; mais c'est le contraire qui a lieu. Les espèces d’eau douce, appartenant aux classes les plus diverses, ont non seulement une distribution étendue, mais les espèces rapprochées prévalent d’une manière remarquable dans le monde entier. M. Günther a même montré que les mêmes espèces peuvent se rencontrer dans les eaux douces de continents éloignés ; ainsi le Galaxias attenuatus habite la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande, les iles Falkland et l'Amérique du Sud. C'est là un cas remarquable qui indique une dispersion émanant d’un centre antarctique. Les Phyllopodes, appartenant aux genres Estheria et Limnadia, se sont répandus dans toutes les parties du globe; il en est de même de nombreuses espèces de Mollusques aquatiques. On peut attribuer la distribution des habitants d’eau douce en partié à des changements dans le niveau du sol, effectués dans une période récente, en partie à l’action de moyens de transport extraordinaires, tels que les inondations, les trombes qui transportent des Poissons vivants, des plantes, du bassin d'une rivière dans un autre. Cette explication concorde avec la grande différence entre les Poissons appartenant aux côtés opposés d’une même chaîne de montagnes, dont la formation à une époque très reculée a empêché tout mélange entre les divers systèmes de rivière. Le transport passif de Mollusques d’eau douce, d'œufs, de graines, par les Coléoptères aquatiques qui ont conservé la faculté de voler, ou par les Oiseaux de marais voyageurs, parait avoir eu aussi une grande influence sur la distribution des habitants d'eau douce. * Enfin, des animaux marins ont pu pénétrer dans les rivières et s'être peu à peu acclimatés à l'eau douce. Effectivement on peut faire dériver beaucoup d'animaux d'eau douce, d'animaux marins qui se sont peu à peu accoutumés à vivre dans l'eau saumâtre et puis dans l'eau douce, et ont pour jamais abandonné la mer. D'après Valenciennes, il n'y a presque pas de groupes de Poissons, dont tous les membres vivent exclusivement dans les lacs ou les rivières ; dans beaucoup de cas, les espèces les plus voisines — cela se voit encore chez les Crustacés Décapodes — se rencontrent dans la mer et dans l'eau douce ; dans d’autres cas, les mêmes Poissons vivent dans la mer et les fleuves (Mugi-

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loides, Pleuronectides, Salmonides, etc.). Un intérêt tout particulier s'attache à une série d'exemples qui éclairent le sort et les modifications des Poissons et des Crustacés dans les'eaux séparées lentement ou brusquement de la mer et transformées en lacs. Des observations de ce genre ont été faites par Lovén pour les animaux des lacs Wener et Wetter, qui présentent une grande analogie avec ceux de l'océan Glacial arctique, et par Malmgreen pour ceux du lac Ladoga. Les lacs italiens renferment un grand nombre d'espèces de Poissons et de Crustacés, qui portent le caractère de la faune méditerranéenne et même de la mer du Nord (Blennius vulgaris, Atherina lacustris, Telphusa fluviatilis, Palæmon lacustris, P. varians, Sphæroma fossarum des marais Pontins), de telle sorte qu'on est porté à conclure qu'il y avait jadis des communications avec la mer, qui ont été plus tard rompues par un soulèvement. En Grèce, dans l'île de Chypre, en Syrie et en Égypte, vivent aussi dans l'eau douce les types isolés de Crustacés marins (Telphusa fluviatilis, Orchestia cavimana, Gammarus marinus, Var. Veneris), el au Brésil on en trouve un nombre encore bien plus considérablet.

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