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FAUNES INSULAIRES

nouveaux concurrents, sont éminemment sujettes à des changements, pourvu qu'elles ne restent pas en relations constantes avec la mère patrie par l'arrivée continuelle de nouveaux immigrants. En outre, dans les iles, qui sont sorties par des soulèvements du sein de la mer, on ne pourra trouver que des formes douées de la faculté de nager ou de voler, ou qui auront été amenées passivement par des moyens de transport variés, tandis que dans le cas de la formation des îles par séparation d’un continent, beaucoup d'espèces de ce continent auront dû périr. Parmi les vingt-six espèces d'Oiseaux terrestres de l'archipel des Galapagos, vingt et une, ou peut-être vingt-trois, sont spéciales, tandis que des onze espèces marines, deux seulement lui sont particulières. La faune ornithologique des Bermudes, qui sont fréquemment visitées par un très grand nombre d'Oiseaux de l'Amérique du Nord, n'offre pas une seule espèce qui lui appartienne en propre. Il en est de même des Oiseaux de Madère, dont les espèces correspondent à des espèces africaines ou européennes, tandis que les Mollusques terrestres et les Coléoptères lui sont spéciaux. Les îles océaniques manquent quelquefois d'animaux de certaines classes entières; ainsi, par exemple, dans les îles Galapagos et la Nouvelle-Hollande, les Mammifères, dont la place est occupée dans i'une par des Oiseaux gigantesques et dans l’autre par des Reptiles. On ne rencontre pas une seule espèce de Mammifères terrestres dans les îles éloignées d’un continent, quoiqu'il n'y ait pas de raisons de douter que ces iles ne puissent pas comporter au moins de petits Mammifères; par contre, on y trouve presque partout des Mammifères aériens. Les migrations des Chauves-souris sont extraordinairement favorisées par la puissance de vol de ces animaux, tandis que les Mammifères terrestres ne peuvent franchir des espaces considérables. Un fait remarquable, c'est l'absence complète de Grenouilles, de Crapauds, de Tritons dans presque toutes les iles océaniques, quoique, lorsqu'on y introduit ces animaux, comme par exemple à Madère et aux Açores, ils s'y multiplient au point de devenir incommodes. Ce qui s'explique parce que l’eau de mer tue le frai de ces animaux, et que par conséquent leur transport par cette voie est très difficile.

Le fait le plus important est l'affinité qui se remarque entre les espèces des îles et celles de la terre ferme la plus voisine. M. Wallace a montré que la faune des nombreuses îles australiennes ne présente absolument aucun caractère spécial et qu’on peut la rattacher à celle du grand continent asiatique ainsi qu'à celle de l'Australie. Une mer plus profonde sépare seulement Sumatra, Bornéo, Java, et à l’orient de Java, Bali du premier, et la Nouvelle- Guinée, ainsi que les îles voisines, de l'Australie. Par contre, des plaines marines très profondes s'étendent entre ces deux groupes d'iles, de telle sorte que Célèbes et Lombok appartiennent à l'archipel sud, tandis que les Philippines se rattachent au continent asiatique. Puisque ces îles sont les extrémités, aujourd'hui séparées, de deux continents voisins, elles devront offrir deux faunes complètement différentes, dont les limites doivent coïncider avec celles des deux anciens continents. Et effectivement ces coïncidences se manifestent d'une manière remarquable. « Lorsqu'on considère la faune du groupe des iles situées au nord, on y trouve une preuve manifeste que ces iles ont jadis été réunies au continent, dont elles n'ont été séparées qu'à une époque

géologique relativement récente. L'Éléphant et le Tapir de Sumatra et de Bornéo, le Rhinocéros de Sumatra et de Java, les Pœufs sauvages de Bornéo et ceux de Java, dont on a pendant longtemps fait une espèce particulière, tous ces animaux se rencontrent, on le sait maintenant, sur la terre ferme dans l’Asie méridionale. Il est impossible que ces lourds quadrupèdes aient jamais franchi les détroits qui séparent ces contrées, et leur présence prouve clairement que, lorsque les espèces qu’ils représentent se sont formées, tous les pays où on les rencontre aujourd’hui étaient en continuité les uns avec les autres. Un nombre considérable de petits Mammifères sont communs à toutes les îles et à la terre ferme; mais les grands changements physiques qui ont eu lieu depuis la séparation et avant l’engloutissement de si grandes étendues de terre ont amené l'extinction de quelques espèces dans certaines îles; dans plusieurs cas, le laps de temps écoulé semble avoir suffi pour produire la transformation de quelques autres. Les Oiseaux et les Insectes confirment cette opinion; car toutes les familles, et presque tous les genres de ces deux groupes, qui existent dans les iles, se rencontrent sur le continent asiatique, et dans un grand nombre de cas les espèces sont identiques.

« Si nous nous tournons vers l’autre partie de l'archipel, nous voyons que toutes les îles à l’est de Célèbes et de Lombok présentent des rapports aussi intimes avec l'Australie et la Nouvelle-Guinée que la partie occidentale. avec l’Asie. On sait que les produits de l'Australie s’écartent davantage des produits de l'Asie que de ceux du reste du globe. En réalité, l'Australie forme une « région tout à fait spéciale. Elle ne possède pas de Singes, de Chats, de Loups, d'Ours ou d’Hyènes; on n'ÿ voit ni Cerfs, ni Antilopes, ni Moutons, ni Bœufs, | ni Éléphants, ni Chevaux, ni Écureuils, ni Lapins; bref, aucun Fa ces types à | de quadrupèdes qui vivent dans toutes les autres parties de Ja terre. On ny « rencontre que des Marsupiaux, des Kanguroos, des Opossums et des Ornitho- = rhynques. Sa faune ornithologique est aussi tout à fait spéciale. Elle ne comprend ni Pics, ni Faisans, oiseaux qui sont répandus partout, mais des Mégapodes, des Talègals, des Sucriers, des Cacatoës, des Trichoglosses, qui « ne se trouvent nulle part ailleurs. Toutes ces particularités remarquables « se rencontrent aussi dans les iles qui forment la partie sud de l'archipel Malais. «

« Le contraste que présentent ces deux parties de l'archipel frappe surtout « lorsqu'on passe de Bali à Lombok. A Bali, on voit des Pics, des Grives; à Lombok, ils n'existent pas et sont remplacés par une foule de Cacatoës, de Mégapodes, de Sucriers, qui, de leur côté, n'ont de représentants pas plus. à Bali que dans les autres îles occidentales. Lorsque l’on va de Java ou de Bornéo. à Célèbes et dans les Molluques, la différence est encore plus marquées. les forêts des premières sont peuplées de Gerfs, de Singes, de Chats, de Givettes” et de nombreuses formes d'Écureuils; dans les secondes, les Sangliers sont presque les seuls animaux terrestres avec les Cerfs, qui ont été probablement transportés à une époque plus reculée. On peut tirer de ces faits la conclus que les îles situées à l'est de Java et de Bornéo faisaient partie d’un anc continent australien ou pacifique. Ce continent a dû être disloqué non seuleme avant que les îles occidentales se soient séparées de l'Asie, mais probablem avant même que la pointe sud-est de l’Asie ait émergé du sein de l'Océ

Car l’on sait qu'une grande partie de Bornéo et de Java appartient à une formation géologique récente, tandis que les grandes différences que présentent les espèces et souvent même les genres avec les produits de l'Australie et des îles orientales de l'archipel Malais, ainsi que la profondeur de la mer qui les sépare actuellement, conduisent à admettre une longue période d'isolement. » (Wallace.)

Un exemple analogue nous est offert par les plantes et les animaux des îles Galapagos, qui, bien qu’éloignées de plusieurs centaines de lieues de la terre ferme, portent l’incontestable cachet du continent américain, quoique les conditions d'existence, le climat, la nature géologique, soient essentiellement différents. Le contraire s’observe dans les iles du Cap-Vert, dont la population offre le caractère de la faune africaine, sans cependant être composée des mêmes espèces. On retrouve parfois, manifesté sur une plus petite échelle, le même phénomène, dans les îles d'un même archipel, dont les habitants présentent entre eux une grande ressemblance, tout en constituant des espèces voisines distinctes. On a même, dans quelques cas, découvert une relation entre la profondeur de la mer, qui sépare les îles entre elles ainsi que du continent, et le degré d’affinité de leurs populations. Tous ces rapports s'expliquent très bien dans l'hypothèse d’une colonisation suivie d'adaptation et de variation. La faune des îles qui, dans les temps anciens, étaient réunies entre elles et avec la terre ferme, ou qui s’élevaient du fond de l'Océan, doit être, dans les deux cas, rattachée à celle du continent, soit par suite de leur union primitive, soit par des migrations ultérieures, aidées de moyens de transport variés; elle a dû ensuite former, avec le temps, un nombre d’autant plus grand de variations et d'espèces, que la durée de celles-ci a été plas longue et leur isolement plus complet.

Les résultats des recherches géologiques et paléontologiques nous fournissent une troisième série de faits, qui confirment la doctrine de la transformation lente des espèces, du développement successif des genres, des familles, des ordres, etc. Des couches sédimentaires nombreuses et puissantes qui, dans le cours des siècles, se sent déposées, assise par assise, au sein des eaux, forment, avec des masses éruptives provenant du noyau central igné, l'écorce solide de la terre. Ces dépôts sédimentaires, qui ont subi des modifications très diverses, aussi bien dans leur stratification primitivement horizontale que dans leur composition pétrographique par l'action des roches volcaniques, contiennent de nombreux restes pétrifiés de populations animales et végétales aujourd'hui éteintes, documents historiques de la vie dans les premières périodes de la formation de la terre. Quoique ces fossiles nous fassent connaître un nombre très considérable et une grande variété de formes des organismes, qui composaient le

monde primitif, ils ne constituent cependant qu'une partie infiniment petite de cette masse innombrable d'êtres qui ont successivement peuplé la terre. Ils suf-. fisent pourtant pour nous apprendre qu’à toutes les époques où les dépôts se sont formés, il existait une faune et une flore différentes, qui s’éloignent d’autant plus de la faune et de la flore actuelles, que les couches où on les retrouve sont situées plus profondément, que l’on remonte plus loin, en un mot, dans l’histoire de la terre. Les formations sédimentaires de chaque époque ont en général leurs fossiles caractéristiques spéciaux, à l'aide desquels on peut, en tenant compte de l'ordre de succession des couches et des caractères miné= ralogiques des roches, conclure avec suffisamment de certitude la place qe oCcupe dans le système géologique l'étage auquel elles appartiennent.

Les fossiles sont sans contredit, avec l’ordre de succession des couches, le, moyen le plus important pour déterminer l’âge relatif des différentes formations et dans tous les cas un moyen plus sûr que les indications tirées de la nature des roches. Et si jadis prévalait l'opinion que les roches de la même période étaient toujours les mêmes, tandis qu’elles différaient dans les dépôts d'âges différents, de nos jours on a montré qu'il n’en est pas ainsi. Les assises stratifiées se sont formées à toutes les époques dans mêmes les conditions qu'aujourd'hui, par le dépôt de limon argileux, de sable grenu ou grossier, d'éboulis, par des précipités de carbonates et de sulfates de chaux et de magnésie, de silice et. d'oxyde de fer, par l'accumulation de restes solides d'animaux et de matières végétales, etc, Elles ne furent transformées que lentement, dans le cours des siècles, en roches dures, telles que les schistes argileux et calcaires, en grès, en dolomie et en conglomérats de nature variée, par l’action de causes diverses, « par la pression puissante des couches supérieures, par l'élévation de la es 4 rature, par des combinaisons chimiques internes, etc. Fi

Bien que dans beaucoup de cas la nature différente des roches puisse donner des indications précieuses sur leur âge relatif, cependant il est certain aussi - que des sédiments de la même potes peuvent présenter des caractères minéralogiques entièrement différents, tandis que, d'autre part, des dépôts d'âges dif: férents sont formés des mêmes espèces minérales ou d'espèces très analogues: On a aussi exagéré jadis l’importance des fossiles dans l’estimation des temps. Que les animaux et les plantes aient eu, dans les périodes anciennes, une extension bien plus considérable qu'aujourd'hui, grâce à la grande uniformité de tempé-… rature et de climat qui régnait alors, il n’en est pas moins vrai qu'il est im possible que toutes les formes aient été également répandues sur toute la sur face de la terre. Les habitants des hautes montagnes ont dû différer de ceux des plaines, les populations des côtes de celles de la haute mer.

L'ancienne théorie qui admettait que des dépôts contemporains ont dû ren fermer les mêmes fossiles, n'a pu se maintenir, que tant que les recherches gé0* logiques ne se sont étendues qu’à des contrées limitées; il en est de même de l'opinion, que les diverses assises géologiques, caractérisées par une série « couches déterminées, sont nettement séparées les unes des autres. Les diffé= rentes formations qui correspondent à l’ensemble des dépôts qui se sont com stitués pendant une période donnée, ne sont pas tellement distinctes par leurs ca: ractères pétrographiques et géologiques, que l'hypothèse de révolutions subit

et violentes, de catastrophes générales détruisant toute la création animée, puisse être encore aujourd'hui sérieusement défendue’. Il est bien plus certain que l'extinction des anciennes espèces, aussi bien que l'apparition des espèces nouvelles, n’a pas eu lieu, en une seule fois et simultanément dans toutes les parties du globe, car plusieurs espèces se continuent d'une formation dans l'autre, et une foule d'organismes de l’époque tertiaire sont encore aujourd’hui représentés parfois par des espèces identiques. Et de même que le commencement de l'époque récente est difficile à préciser, et ne peut se délimiter nettement de l'époque diluvienne, ni par le caractère des roches, ni par l’ensemble de sa population, de même aussi les difficultés sont aussi grandes quand il s’agit de ces périodes plus anciennes, qui, fondées, comme les périodes de l'histoire humaine, sur des événements importants, se relient cependant l’une à l'autre d'une manière continue. Lyell a prouvé de la manière la plus convaincante, par des arguments géologiques, que ces périodes ne correspondaient point à des cataclysmes subits, étendus à toute la surface de la terre, mais qu’au contraire elles avaient suivi un cours lent et régulier, que l'histoire ancienne de la terre est un développement progressif, pendant lequel les phénomènes nombreux que nous observons aujourd’hui, par leur action continuée dans des laps . de temps énormes, sont arrivés à produire peu à peu les puissantes transformations de l'écorce terrestre.

On doit chercher la cause du développement inégal des couches et de la délimitation des formations, principalement dans l'interruption des dépôts sédimentaires, qui, quelque étendus qu'ils soient, n'ont cependant qu'une importance locale. S'il avait été possible qu'un bassin maritime quelconque ait continué, pendant toute la durée des formations sédimentaires, à s’augmenter de nouveaux dépôts plusou moins importants, suivant que les circonstances se montraient favo-

rables, on y rencontrerait une série non interrompue, sans aucunes lacunes, de couches dans lesquelles on ne pourrait pas établir de divisions bien nettes. Ce bassin idéal ne contiendrait qu'une seule formation, dans laquelle nous trouxerions des assises parallèles à toutes’ les autres formations de l'écorce terrestre. Maisen réalité cette série ininterrompue de couchessuccessives présente des lacunes nombreuses et souvent considérables, qui déterminent cette différence quelquefois si grande entre des dépôts successifs, et correspondent à des périodes de repos dans l’activité de la formation sédimentaire. Ces interruptions dans le dépôt des couches locales s'expliquent par les différences continuelles de niveau qu’a éprouvées à toutes les époques la surface de la terre, par suite des réactions du contenu central igné contre l'écorce solide, par l’activité plutonique et vulcanique. De même que l'on observe de nos jours des étendues considérables de pays s'abaisser peu à peu (côtes occidentales du Groënland, îles de coraux), d’autres éprouver des soulèvements très lents (Suède, côtes occidentales de l'Amérique du

Le Voy: pour toutes les questions qui se rattachent à la formation des terrains, à leur composition, à leur âge relatif, ainsi qu'aux caractères minéralogiques et paléontologiques qu'ils présentent : Vezian, Prodrome de Géologie, Paris, 1863-1866. — Ch. Lyell, Éléments de Géologie, trad, sur la 5° édit., Paris, 1821. — Id., Principes de Géologie, trad. Ginestou, Paris, 1875. — B, Cotta, Die Geologie der Gegenwart. Leipzig, 1866. — A. de Lapparent, Traité de Géologie, Paris, 1883,

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actuel, dont l'établissement et la délimitation ne peut s'expliquer, d'après Darwin, Sud), que l’on voit des côtes tout entières être englouties subitement dans la mer par des actions souterraines; tandis que des soulèvements brusques font sortir. des îles du fond des eaux, de même, dans les périodes anciennes, les affaissements et les soulèvements agissaient peut-être continuellement pour produire des changements très lents, plus souvent rapides, et, dans ce cas, très limités, dans les rapports réciproques des continents et des mers. Des bassins maritimes ont été, par suite de ce mouvement d’élévation progressif, laissés à sec et formaient d'abord des îles, plus tard des continents étendus, dont les différentes couches; avec les restes d'animaux marins qui y sont enfouis, témoignent de l'origine … maritime de la formation tout entière. Des étendues considérables de terre ferme. se sont, par contre, enfoncées dans la mer, laissant quelquefois à découvert, au-dessus du niveau de l’eau leurs sommets les plus élevés, comme autant d'iles, et sont devenus l'emplacement de nouvelles assises sédimentaires. Dans ler premier cas, la formation des dépôts s’est interrompue; dans le second, après une période de temps plus ou moins longue, elle a repris de nouveau. Mais comme, les abaissements et les soulèvements, même lorsqu'ils ont lieu sur une waste … échelle, n’ont cependant jamais qu'une importance locale, il en résulte que le « commencement ou l’interruption des formations sédimentaires contemporaines … n’a pu avoir lieu partout en même temps; sur un point elles duraient encore; que sur un autre elles avaient déjà depuis longtemps cessé; aussi les limites supérieures et inférieures des mêmes formations offrent-elles une grande diver= sité suivant les localités. C’est ainsi qu’on s'explique que les formations situéesles” unes au-dessus des autres sont représentées par des assises a al

couches situëes dans d’ autres contrées. La succession des formations actuell connues ne suffit pas à à établir une échelle complète et non interrompue des

que plus tard peut-être la science parviendra à combler, en faisant connaître des assises aujourd'hui recouvertes par la mer. 215%

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