‹ Traité de zoologie concrète (volume 2)Chapitre 1 sur 104 · QUI A CONSACRÉ SA VIE AU PROGRÈS DE LA ZOOLOGIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

QUI A CONSACRÉ SA VIE AU PROGRÈS DE LA ZOOLOGIE FRANÇAISE

PRÉFACE

Zoologie concrète ? !

Ce titre demande à être expliqué, car on n'en saisit pas tout d'abord le sens. Et cependant il contient en lui seul toute la justification de cet ouvrage.

Cela semble insinuer que les précédents étaient, en général, des Traités de zoologie abstraite.

Ce n'est pas une insinuation, c'est une affirmation positive et nous espérons démontrer qu'elle est entièrement justifiée.

Il existe deux sciences sœurs, la Zoologie et VAnatomie comparée, qui, si on les compare telles qu'elles étaient comprises il y a quelque cinquante ans, ont pour objet des études nettement distinctes.

VAnatomie comparée envisage les fonctions des êtres organisés et en particulier des animaux et elle étudie, non pas ces fonctions en elles-mêmes, ce qui est le propre de la Physiologie, mais les organes qui les remplissent, et comme ces organes sont d'autant plus semblables que les êtres sont plus voisins, elle étudie la variation progressive dans la série animale des organes chargés de l'accomplissement de chaque fonction. Par rapport à l'organe elle est concrète puisqu'elle l'étudié en lui-même dans tous ses caractères ; mais par rapport à l'animal elle est abstraite puisqu'elle fait abstraction, dans chaque forme de la série, de tout ce qui n'est pas l'organe qu'elle étudie pour le moment. Et quand elle a passé en revue toutes les fonctions et tous les organes, elle ne s'occupe point de réunir ces membres épars et de constituer des types d'êtres possédant tel ou tel arrangement d'organes pour accomplir l'ensemble de ces fonctions. Cela, c'est VAnatomie comparée vraie, dont nous trouvons un superbe exemple dans l'ouvrage magistral de Henri Milne-Edw ahds.

VIII IMIÉFACK

La Zoologie, au contraire, nous parlons toujours de celle d'autrefois, est une, science essentiellement concrète : elle montre l'animal lui-môme, elle l'étudié comme personne entière ayant son individualité dans la nature. Celle individualité, il est vrai. nVsl pas réelle, car la Zoologie met à la place des innombrables individus de l'espèce ou du genre, un individu idéal qui résume en lui toute l'espèce ou toul le genre, mais cela n'altère en rien son caractère concret, car il nous suffit de prendre en main un individu quelconque pour voir en lui tout ce qu'elle nous décrit à l'occasion de l'espèce ou du genre auxquels il appartient. Par contre, au point de vue de la connaissance entière des animaux, elle est essentiellement incomplète, car ayanl pour butseulemenl de les nommer et de les classer, elle ne tient compte que de ce qui esl nécessaire et suffisant pour ce but, c'est-à-dire des caractères extérieurs : elle néglige entièrement l'anatomie interne, elle ignore les organes chargés des fonctions les plus essentielles.

Ces deux sciences sont donc incomplètes l'une et l'autre,

Lorsqu'on a voulu constituer, pour l'enseignement, «les ouvrages où la science des animaux fût traitée dans son ensemble, on a cru pouvoir les compléter l'une par l'autre en les associant. Or, on s'est en cela radicalement trompé.

C'est de l'Allemagne, dont nous avons été si longtemps tributaires pour les ouvrages destinés à renseignement supérieur, que nous est venu le type de ces ouvrages mixtes où, presque indifféremment sous le titre de Zoologie ou sous celui tfAnatomie comparée, on trouve le sujet traité de la manière suivante. Le Règne animal est toul d'abord divisé en grandes sections {embranchement, pkylum, etc.), telles que les Échinodermes, les Mollusques, les Vers, etc., qui sont étudiées séparément. Prenons une de ces sections, les Mollusques, par exemple. Le chapitre commence par des généralités sur le groupe: c'esl une petite Anatomie comparée des Mollusques dans laquelle on expose la variation des fonctions et des organes dans ce groupe, tout comme l'on ferai! au chapitre Mollusques d'un traité d'Anatomie comparée tel qu'on le comprenait autrefois. Puis, on annonce que le groupe se divise en tant de classes et immédiatement on aborde leur élude, on les examine séparément, les nnes à la suite des autres. Prenons celle des Gastéropodes. On la

PREFACE

l;raite comme on a fait de l'embranchement des Mollusques, c'est-à-dire que l'on écrit un petit chapitre d'Anatomie comparée tel qu'on le ferait pour une Anatomie comparée vraie, en se plaçant au point de vue de la variation des fonctions et de leurs organes sans se préoccuper des animaux qui les possèdent. Puis on passe à la sous-classe, à l'ordre, au sous-ordre, toujours delà même manière, et c'est seulement alors que l'on change de plan. Là. brusquement, on tombe dans la Zoologie pure, c'est-à-dire que l'on fait défiler sous les yeux, les familles, les genres principaux, voire même les espèces les plus importantes sans en faire connaître autre chose que les caractères presque exclusivement extérieurs qui seuls les distinguent.

Est-ce de la Zoologie"!

Non!

Est-ce de V Anatomie comparée?

Pas davantage !

Ce sont des chapitres d'Anatomie comparée emboîtés les uns dans les autres et dont le dernier de chaque groupe contient un chapitre de Zoologie pure.

Est-ce au moins une science mixte complétant l'une par l'autre celles dont elle prend les titres?

Moins encore! Car, ce qui manque à F Anatomie comparée pour une connaissance entière de l'être et des êtres, c'est le lien de ces organes décrits séparément, dans l'individu qui les possède; or, la partie zoologique ne le donne pas puisqu'elle ne définit plus que les caractères extérieurs. Ce qui manque à la Zoologie, pour cette même connaissance, c'est la conformation, la disposition, les rapports des organes internes dans chaque forme; or, les chapitres anatomiques ne l'indiquent pas, restant toujours dans le vague et l'impersonnel.

L'étudiant arrive à la fin du chapitre des Mollusques, sans qu'on lui ait jamais expliqué comment est organisé, dans son ensemble, un quelconque de ces animaux. C'est cependant ce qu'il lui aurail fallu pour dissiper les brumes que laisse dans son cerveau le vague désespérant des descriptions abstraites. Il a besoin de grouper ces notions sans lien en un tableau où il puisse reposer sa vue sur un ensemble défini qui parle à l'imagination, et, par suite, ait quelque chance de rester dans la mémoire.

X PRÉFACE

Aussi l'avons-nous vu souvent se livrer au travail fastidieux de prendre un animal et de rechercher dans les chapitres analomiques, tout ce que l'on dit de lui en citant son nom entre parenthèses à la suite de quelque courte indication, de manière à se constituer un type au moins sur lequel il puisse reposer son esprit. Mais jamais il n'y arrive, car celui que l'on cite à propos de l'appareil digestif, n'est plus cité quand on passe un système nerveux ou aux organes de la Reproduction. Il n'arrive jamais que le même soit pris pour exemple à propos de toutes les fonctions, et l'étudiant se résigne, de guerre lasse, à prendre les choses comme il les trouve et à rester dans le vague des abstractions. Ce travail qu'il n'a pu faire, c'est à l'auteur à le faire pour lui. C'est à l'auteur à lui présenter les choses sous la forme où il le désire, où il a besoin qu'elles soient pour en avoir une notion précise et pour les retenir. .

Le défaut que nous signalons est commun à tous les ouvrages allemands que nous avons pu examiner. Il se retrouve même dans cette admirable encyclopédie, le Thier-Reich de Bronn où une pléiade d'auteurs de premier ordre ont fixé l'état actuel de nos connaissances zoologiques. L'étudiant qui, par une exception rare, se hasarde à fouiller dans ce volumineux compendium y trouve les matières exposées avec plus de détails, mais toujours suivant le même plan. Il lui faut pour trouver des notions concrètes, des descriptions anatomiques assises sur un être réel, chercher dans les mémoires spéciaux, dans les monographies. Et vraiment il n'en a pas le temps.

Nous avons longtemps vécu en France sur les. traductions de ces ouvrages et cela n'a pas eu seulement l'inconvénient de nous imposer leurs défauts, mais celui bien plus grave de nous les faire accepter. Nous sommes devenus les esclaves de ce plan défectueux et, sauf exception tout à fait rare, les ouvrages publiés en France sont conçus dans le même esprit. On nous donne, sous le titre de Zoologie, des Anatomies comparées bâtardes, où l'Anatomie comparée et la Zoologie sont simplement fragmentées et juxtaposées.

Cen'estpiisa dire que ces ouvrages ne puissent être forl bien faits. Il en est d'excellents dans leur genre. Mais nous affirmons que ce genre ne convient pas pour apprendre. Ce sont des livres

PRÉFACE XI

que l'on peul lire avec intérêt, consul! or avec fruit, mais où on ae saurai! apprendre quand on ne sait pas déjà. Nous n'aurions jamais pris la plume si notre ambition eût pu être de faire mieux dans La même voie, car nous aurions pu ne pas réussir. Tandis que nous sommes sûrs de rendre service en faisant autrement, en offrant à l'étudiant, comme nous le disions il y a un instant, les connaissances zoologiques sous la forme où il désire, où il a besoin, qu'elles soient.

Nous avons ainsi défini notre but ; il nous faut exposer maintenant les moyens par lesquels nous espérons l'atteindre.

Le moyen le plus naturel serait évidemment de présenter une série de tableaux monographiques des êtres réels, c'est-à-dire des espèces. Mais les espèces ne diffèrent que par des caractères extérieurs très secondaires. Les genres voisins sont eux-mêmes si semblables que leur organisation intérieure diffère à peine. Il faut aller au moins jusqu'à la famille et, le plus souvent, jusqu'au sous-ordre pour trouver des différences d'organisation dignes d'être décrites dans un ouvrage qui, malgré son étendue, restera néanmoins élémentaire. Il semble qu'en choisissant dans chaque sous-ordre un être bien caractéristique, en le décrivant en lui-même complètement et en faisant connaître, par leurs différences avec ce type essentiel, toutes les autres formes du sousordre qui méritent d'être signalées, on ait à la fois les avantages d'une extension raisonnable, de descriptions précises des types essentiels servant de jalons, et d'une connaissance suffisante des formes secondaires.

Ce plan est celui que nous avons toujours appliqué dans notre enseignement. Nous en avons pris le modèle dans les leçons de notre maître le professeur H. de Lacaze-Duthiers qui sait donner à ses descriptions de types un cachet si attrayant, grâce aux innombrables observations personnelles qu'il a recueillies au cours de ses campagnes scientifiques. Cela seul nous eût fait un devoir de lui offrir cet ouvrage, même en l'absence des raisons majeures qu'indique notre dédicace.

Nous avons donc adopté pour cet ouvrage le plan qui nous avait semblé le meilleur pour l'enseignement oral, mais avec quelques modifications.

xn PRÉFACE

En cherchant dans chaque sous-ordre le type caractéristique à décrire à fond, nous nous sommes hien vile aperçus que souvent ce type n'existe pas. Ou bien il n'y a vraiment pas une forme réelle fondamentale dont les autres soient dérivées, ou bien il y en a plusieurs qui mériteraient à titre égal d'être choisies. En outre, il n'arrive pas toujours, tant s'en faut, que ces types aient été décrits entièrement par les auteurs. De l'un on n'aura étudié que tel ou tel système, de l'autre on ignore le développement. Il eùl fallu à chaque instant, sous peine de laisser la < I < cription incomplète, ce qui ne se pouvait, mettre dans le corps d'un animal quelque système d'organes qui n'a été décril que che/. un autre plus ou moins différent. On eût en de la sorte, sous l'étiquette d'être réel, un être à demi idéal, n'ayant jamais existé dans la nature. 11 valait bien mieux dès lors rejeter ces demimesures et constituer de propos délibéré et toujours, pour chaque sous-ordre, un type tel qu'il se dessine dans l'esprit de celui qui a la connaissance du groupe entier, et qui résume en lui ce qui est commun à toutes les formes réelles de ce groupe, ou qui se présente comme une forme initiale simple, dont les autres dériveraient par des complications progressives.

Cet être qui, idéal ou réel, représente en tout cas la forme fondamentale à laquelle les autres se rattachent, nous l'avons appelé le Type morphologique . Nous l'avons décrit avec un soin particulier, faisant connaître à propos de lui tout ce qu'il est utile de savoir sur Fanatomie, la physiologie, l'embryogénie, du groupe dont il est le chef. Puis nous avons décril. à sa suite, les genres composant le groupe.

La description des genres peut, en effet, se limiter le plus souvent aux caractères extérieurs, leurs caractères splanchnologiques ne différant en général de ceux du type en rien d'essentiel. Nous n'avons pas même cherché à donner Ions les caractères différentiels extérieurs, ayant pour but non de fournir des diagnoses complètes mais de montrer la variété des formes, et leur enchaînement ; et ce but, nous pensons l'avoir mieux atteint en nous attachant au critérium taxonomique, au caractère choisi pour ordonner le groupe et en montrant sa variation progressive à travers les genres qui le composent. Par contre, nous n'avons pas craint, toutes les l'ois qu'un genre présentai! des particularités

nni'ci'Ai p.

anatomiques, physiologiques ou embryogéniques d'un intérèl suffisant, de le faire connaître avec tout le détail nécessaire.

Tel est le principe qui nous a guidés.

Voyons comment l'application a pu en être faite.

Il fallait définir non seulement les groupes inférieurs qui se décomposent immédiatement en genres, la famille ou le sous-ordre, mais aussi les groupes supérieurs, ordre, sous-classe, classe, qui, bien qu'ils se divisent en catégories imaginées par l'homme e1 non en êtres réels, n'en ont pas moins, eux aussi, leurs caractères, d'autantplus importants qu'ils sont plus généraux et d'autant plus difficiles à déiinir qu'ils sont moins précis. Pour eux, plus encore que pour les groupes de genres, il fallait créer un Type ■morphologique, presque forcément idéal, mais qui néanmoins donnât un corps et la vie à ce qui, sans cela, fût resté vague et abstrait. Nous avons donc établi dans le règne animal un type morphologique pour chaque embranchement, dans l'embranchement un pour chaque classe, dans la classe un pour chaque sousclasse, dans la sous-classe un pour chaque ordre et dans l'ordre un pour chaque sous-ordre ; enfin dans chaque sous-ordre sont étudiés les genres qui le composent (').

Il ne nous semble pas douteux que cette méthode est plus profitable pour l'étude que celle des anciens ouvrages, mais nous voyons bien l'objection qu'une telle manière de faire va susciter.

Vous reprochez aux autres, dira-t-on, de rester dans les abstractions et vous allez plus loin qu'eux encore en créant un type idéal; vous revendiquez le mérite d'être concrets et vous (Mes plus abstraits que ceux à qui vous reprochez ce défaut.

Mais concret ne veut pas dire réel. Un type peut être concret bien qu'il soit idéal. Qu'importe à l'étudiant, lorsqu'il lit une description précise avec l'indication de tous les organes et de leurs rapports, que rétro ainsi décrit existe réellement dans la nature ou qu'il représente seulement la moyenne, nous dirions presque le portrait composite d'un petit groupe d'êtres réels? L'idée

(J) Nous avons relégué les familles au second plan dans les notes, estimant qu'elles ne méritaient pas que l'on établit pour chacune d'elles un type morphologique et que les genres peuvent, au point de vue où nous nous sommes placés, se passer de ce groupement intermédiaire.

Page 1