CONSIDÉRÉS DANS LEUR ENSEMBLE
Après avoir étudié indépendamment les uns des autres les divers groupes des Protozoaires, nous devons maintenant examiner l'embranchement dans son ensemble pour le délimiter, faire ressortir ses caractères généraux, établir un lien entre ses parties constitutives, montrer la variation des fonctions et des organes, enfin résumer l'ensemble de sa classification. C'est à cela que sont destinés les deux chapitres qui suivent et les tableaux synoptiques qui terminent l'ouvrage.
Caractères distinctifs des animaux et des plantes.
C'est seulement à propos des Protozoaires que se pose la question indiquée dans ce titre. Chez les êtres plus hautement organisés, le caractère animal ou végétal s'exprime si nettement que la confusion n'est pas possible.
D'ailleurs la question n'est pas si grave qu'elle le paraît. Au point de vue théorique, posée d'une certaine façon, elle n'existe pas, envisagée de l'autre, elle est insoluble. Si l'on demande, en effet, de répartir les êtres vivants en deux groupes distincts comprenant l'un les plantes, l'autre les animaux, la question n'a pas de sens, car l'animal et la plante sont des concepts qui n'ont aucune réalité objective; dans la nature, il n'y a que des individus. Si, prenant les êtres que nous considérons comme des animaux ou des végétaux incontestables, nous cherchons à remonter leur lignée phylogénétique, décidés à mettre dans la même catégorie tout ce qui dépend de la même lignée, nous sommes sûrs de n'arriver à rien. Les tentatives de ce genre sont toujours restées infructueuses. En outre, qui nous dit que les animaux et les plantes peuvent
LES PROTOZOAIRES DANS LEl'R ENSEMBLE
se ramener à deux séries convergentes seulement? Il est fort probable qu'il n'en est pas ainsi.
Par contre, la question a une utilité pratique indéniable comme loutes nos classifications et, nous plaçant à ce point de vue, nous pouvons nous demander quelles formes, parmi celles qui sont indécises, doivent être classées parmi les animaux et à quels caractères on peut les distinguer de celles qu'il vaut mieux ranger parmi les plantes, tout en reconnaissant que ces caractères n'ont rien d'absolu.
Malheureusement, tous les caractères que l'on cherche à invoquer comme critérium dislinctif se montrent en défaut ici ou là.
1° En général, les enveloppes fermes que sécrète la cellule pour se protéger sont formées de cellulose chez les plantes, de chitine chez les animaux, ou de substances analogues à l'une ou à l'autre.
Mais sans parler de la tunicine qui forme la tunique des Ascidies et qui est plus voisine de la cellulose que de la chitine, on a constaté la présence de la cellulose dans les kystes ou dans les capsules de divers Protozoaires qui, par tous leurs autres caractères, se rattachent aux animaux, et celle de la chitine chez les Champignons (Gilson [95]);
2° Même chose arrive pour la chlorophylle.
On sait que les Champignons en sont dépourvus et que, chez divers animaux, on la rencontre, non sous formes d'Algues commensales, mais appartenant en propre à l'organisme où elle se trouve. Ainsi, chez les Bonellies, Rietsch [86] a montré que la substance verte est diffuse dans les cellules, sans être même sous forme de grains. Son spectre ne diffère de celui de la chlorophylle en rien d'essentiel et tous les auteurs (Gottlieb, Schmarda, Schenk), s'accordent à la considérer, sinon comme de la chlorophylle véritable, du moins comme une substance extrêmement voisine (*).
Il existe un Infusoire, Vorticella campanula, qui a des grains de chlorophylle. Enfin, les Euglènes ont de la chlorophylle en grains, avec pyrénoïde et amidon. Bien des auteurs, il est vrai, considèrent les Euglènes comme des plantes, mais cette opinion est inacceptable, car les Euglènes sont inséparables des Péranémines dont elles sont la copie exacte jusque dans les minimes détails. Or les Péranémines avec leur mobilité, leur vésicule pulsatile, leur bouche et leur pharynx bien dessinés, absorbant des proies solides, etc., etc., sont des animaux au même degré que les Infusoires.
3° Les animaux capturent des proies solides, les végétaux ne se nourrissent que des liquides qui les baignent (Dangeard).
Ce caractère a plus de valeur que les précédents, mais il souffre des exceptions. Nombre de Flagellés et tous les Sporozoaires se nourrissent,
(*) Rietsch, il est vrai, n'a pu obtenir que des traces d'oxygène, mais il déclare luimôme que ses expériences n'ont pas élé faites dans des conditions où elles pussent donner des résultats concluants.