CONSIDÉRÉS DANS LEUR ENSEMBLE
La question des affinités présente à l'égard des Procordés une importance et une difficulté toutes particulières. L'importance est incontestable puisque c'est dans ce groupe que l'on a cherché le chaînon mystérieux unissant les Vertébrés aux animaux sans vertèbres, ces deux branches maîtresses de l'arbre généalogique, que l'on ne sait encore oii rattacher à un tronc commun. La difficulté, surabondamment prouvée par le nombre des travaux et des théories contradictoires, relatifs au sujet, résulte de ce que les traits de structure caractéristiques des Vertébrés dont on trouve les rudiments chez les Procordés, se montrent chez eux si intimement unis à des caractères d'Invertébrés que l'on se demande s'ils ne résultent pas d'une convergence cœnogénétique, s'ils ne sont pas l'expression d'une ressemblance superficielle et de hasard, nous donnant l'illusion d'une parenté qui n'aurait rien de réel.
Pour avoir l'idée de l'extrême divergence des opinions émises sur les affinités des Procordés, il suffit de rappeler que les groupes auxquels on les a rattachés, comprennent la tolalilé du règne animal. Laissons de côté les Protozoaires, origine commune de tous les êtres à leur stade unicellulaire et énumérons les embranchements successifs dans leur ordre zoologique.
Cœlentérés. — Masterman voit dans les cavités cœlomatiques du Balanoglossus, le dérivé direct des cavités radiaires d'un Hydropolype primitif et rattache par là cet animal, ainsi que nos Axobranches présentant le même caractère, aux Cœlentérés sous le nom à' Archicoelomata.
Echinodermes. — L'étonnante ressemblance de la larve Tornaria du Balanoglossus avec la larve Auricularia des Holothuries, a autorisé un rapprochement avec les Echinodermes.
Vers. — Chacun connaît les théories célèbres de Semper, de Ralfour, de VAN Beneden et Julin, de Dourn et de Hurrecht rattachant les premiers aux Annélides, le dernier aux Némertes, les Vertébrés primitifs et par suite VAmphioxus. En outre, Spengel ne veut voir dans le Balanoglossus qu'un AnnéUde présentant quelques particularités d'organisation.
Articulés. — L'idée déjà ancienne et soutenue depuis longtemps par Gaudry que les Articulés sont les ancêtres des Vertébrés, a été élevée par
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Patten et par Gaskell à la hauteur d'une théorie complète avec laquelle il faut d'autant plus compter qu'elle a pour elle ce qui manque un peu aux autres, un appui paléontologique. Or cette théorie s'applique implicitement au moins à \ Amphioxun.
Mollusques. — On sait que de Laca/e-Dutiueus, d'accord avec djviEu, considère l'Ascidie comme uti Acéphale lamellibranche totalement enfermé dans la double enveloppe de son manteau et de ses branchies et qu'il ne désespère pas de trouver dans son système nerveux, peut-être en suivant la direction du nerf viscéral, le représentant au moins des ganglions palléo-branchiaux.
Venmdiens. — Les traits de ressemblance du Balanoylossus avec le Ceplialodiscus sont si frappants que nous avons longtemps hésité à placer le premier parmi les Axobranches ou le second parmi les Procordés. L'affinité de ces deux êtres est universellement reconnue.
Vertébrés. — Enfin il esta peine besoin de rappeler que V Amphioxus a été longtemps et est encore, par certains naturalistes, considéré comme un Poisson. Il présente, en effet, des traits de ressemblance incontestables avec les Cyclostomes et en particulier avec la larve Ammocète de la Lamproie.
Il y aurait donc lieu de discuter les affinités des Procordés avec tous ces embranchements, ou du moins avec ceux pour lesquels le rapprochement n'est pas trop artificiel.
D'autre part, les affinités que présentent^ntre eux les trois groupes des Procordés ne sont point si évidentes qu'il soit inutile de les mettre en lumière et il y aurait à discuter séparément celles du Balanoglossus avec V Amphioxus et celles de ce dernier avec les Tuniciers.
Pour nous conformer au plan général de notre traité, nous exposerons d'abord les caractères des Procordés en suivant le plan de l'Anatomie comparée et discuterons à ce propos leurs affinités réciproques; puis nous ferons l'exposé des affinités, non du groupe dans son ensemble, mais séparément pour le Balanoglossus, V Amphioxus et les Tuniciers avec tous les êtres auxquels on les a comparés; nous envisagerons ensuite la question de l'origine des Vertébrés et nous terminerons enfin, comme d'ordinaire, par les tableaux synoptiques des trois classes.
Caractères et Affinités réciproques des Procordés.
Configuration générale. — Foî^me. — Ainsi que nous l'avons fait remarquer au commencement de ce volume, il n'y a aucune conformité dans laconiîguration antérieure des représentants des trois classes de Procordés.
Le Balanoglossus avec son corps mou et allongé ressemble à un Ver et ses cils vibratiles, les mucosités qu'il sécrète, l'absence de membres et de segmentation du tronc, ses mœurs fouisseuses, sa