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A. ASSIMILATION

Pour former les produits de son travail, produits matériels ou mouvements^ la cellule dépense les substances dont elle est composée.

lieu, qui la chargent de substances salines dissoutes. Celles-ci diffusent sans cesse dans le liquide, mais pas instantanément, en sorte qu'il s'établit autour de la cellule une série de couches concentriques où le degré de concentration va en diminuant de dedans en dehors. La couche qui confine immédiatement à la cellule est assez concentrée pour que la différence d'attraction soit très faible et que très faible, par conséquent, soit aussi la tension superficielle. Dans ces conditions, il suffit des moindres variations dans l'homogénéité de la cellule pour que la tension superficielle soit vaincue en un point. Là, aussitôt, se forme un pseudopode. Le pseudopode n'est donc pas poussé par la cellule, il est aspiré par le milieu ambiant. Dès que se produit en lui, sous l'influence d'une excitation quelconque, une modification physico-chimique qui a pour effet d'augmenter sa tension superficielle, aussitôt celle-ci redevient supérieure à la succion exercée par le liquide et il se rétracte.

Cette modification physico-chimique déterminée par l'excitant et que manifeste l'apparence trouble que prend le pseudopode avant de se rétracter, Berthold n'a pas cherché à la déterminer. Vkrworn [92] a tenté, sinon de la déterminer, du moins de la deviner, et il propose l'hypothèse suivante.

Les molécules formant la masse intérieure du cyloplasma sont toutes, mais & des degrés différents, avides d'oxygène. Aussi se précipitent-elles sans cesse vers la surface et là se saturent de ce gaz. Sous cet état d'oxydation, leurs attractions mutuelles se trouvent très réduites, aussi la tension superficielle de la cellule est-elle très faible, et, dans les points où elle est minima, se forment des pseudopodes. Mais ces molécules très oxydées sont devenues, en se chargeant d'oxygène, très instables et aptes, à la manière des explosifs, à se décomposer brusquement sous l'action des moindres excitants. Aussi, dès qu'une excitation atteint le pseudopode, toutes ses molécules se décomposent et abandonnent de l'acide carbonique, de l'acide lactique, etc., qui se dégagent aussitôt dans l'eau. Par le fait môme de cette décomposition, les molécules se trouvent dans une nouvelle condition chimique dans laquelle leur tension superficielle est beaucoup plus forte et leur chimiotactisme pour l'oxygène beaucoup moindre. Par suite de cela, le pseudopode se rétracte et les molécules déchargées rentrent dans la profondeur du cytoplasma. Là, elles s*unissent à des substances excrétées par le noyau et repassent au premier état, où leur chimiotactisme pour l'oxygène est, de nouveau, positif et très fort. On remarquera que cette théorie explique en même temps les mouvements des pseudopodes et le mouvement vital lui-même qui est la source de la force déployée.

QuiNCKE [88] a observé qu'une goutte d'huile, placée dans une solution de carbonate de soude, s'agite de mouvements qui rappellent singulièrement l'émission et le retrait des pseudopodes. Ces mouvements tiennent à ce qu'il s'est formé à sa surface on savon soluble qui diffuse dans l'eau et, en diffusant, entraîne un peu la masse d'huile sous-jacente. Aussitôt dissous ces savons se reforment et le phénomène dure tant qu'il y a de l'huile. Dans une solution albumineuse, la chose est la même, grâce à un savon albumineux qui se forme et se comporte de la même façon. Quincke admet et croit démontrer que tout protoplasma est entouré d'une couche huileuse assez mince pour ne pas gêner les phénomènes osmotiques, et suffisante pour donner lieu aux phénomènes ci-dessus décrits. En un point, la pellicule se trans-

Elle doit donc les reformer sans cesse. C'est le but de sa nutrition. Or, c'est là pour elle un problème difficile, car elle doit tirer de ses aliments, qui sont différents d'elle, de quoi reformer sa substance à elle, non seulement sa substance, mais ses substances, car tout s'use et se dépense en elle. Le plasma dans lequel baignent les innombrables cellules du corps d'un animal supérieur est à peu près le même pour toutes, et cependant elles sont, elles, de natures différentes. Elles doivent, chacune selon sa nature, tirer de ce fond nutritif commun des

forme en savon d'albumine, se dissout; aussitôt, en ce point, la tension superficielle se trouve diminuée et un pseudopode se forme ; mais, dès que la couche huileuse s'est reformée, la tension reprend sa valeur première et le pseudopode se retracte.

En combinant ses idées sur la structure alvéolaire du c^toplasma, avec la théorie de Quincke, BOtschli [92] est arrivé à une explication des mouvements pseudopodiques, notablement différente de la précédente, quoique fondée sur le môme principe. Biitschli broie de l'huile avec du carbonate de potasse finement pulvérisé, et place dans l'eau un fragment de la pâte ainsi obtenue. L'eau diffuse à travers l'huile et va dissoudre les parcelles de sel potassique, remplaçant chacune d'elles par une gouttelette d'une solution du môme sel. Les gouttelettes d'eau alcaline saponifient une partie de la paroi huileuse qui se dissout. Si alors on ajoute de la glycérine diluée, celle-ci se dissout dans le savon et l'on a, en définitive, une masse composée de gouttelettes extrêmement fines, formées de savon potassique dissous dans une solution aqueuse de glycérine, et noyées dans une masse d'huile qui forme les cloisons de séparation entre les gouttelettes. En outre, une couche d'huile continue forme la limite externe. L'ensemble forme une émulsion fine qui reproduit d'une manière saisissante la structure alvéolaire que ce savant attribue au protoplasma. Si l'on met sous le microscope une goutte de cette émulsion, on la voit se mettre en marche avec toutes les allures d'une Amibe. Le mouvement dure 24 heures et plus; il est excité par la chaleur qui peut le faire reprendre quand il est arrêté ; entre les électrodes d'une pile, l'Amibe artificielle se dirige vers le pôle négatif. BQtschli explique ce mouvement de la manière suivante. Quelque part, à la surface, pour une cause accidentelle quelconque, quelques alvéoles viennent à se rompre et laissent écouler leur contenu savonneux qui, en ce point, vient former la surface. Gomme la tension superficielle de ce liquide est moindre dans Peau que celle de l'huile, il se forme en ce point une saillie. Pour la former, les alvéoles superficiels se portent en avant et font derrière eux de la place; les alvéoles profonds s'avancent pour la combler, et ainsi, de proche en proche, jusque dans la profondeur. Quand la voussure superficielle est formée, le mouvement devrait s'arrêter, mais de nouveaux alvéoles crèvent à la surface et le phénomène continue indéfiniment et provoque un déplacement d'ensemble, une translation de l'Amibe artificielle. Bûtschli voit là l'explication des mouvements du protoplasma, disant que, puisque le protoplasma et les mousses savonneuses ont la même structure, la cause des mouvements de celles-ci doit être aussi la cause des mouvements de celui-là. Cette conclusion n'est pas légitime, car on pourrait renverser la proportion et dire : les mouvements du protoplasma et des Amibes artificielles sont très semblables, mais ils ne peuvent être dus aux mêmes causes, la constitution chimique des deux objets étant absolument différente.

En somme, ces explications des mouvements du protoplasma sont toutes très hypothétiques et la dernière est même très invraisemblable, il ne faut y voir encore qu'une tentative louable pour ramener à des causes physiques, un phénomène qui ne sera vraiment expliqué que lorsqu'on y aura réussi. Pour le moment c'est la théorie de.Verworn qui, par la nature des phénomènes qu'elle met en jeu, nous semble la moins éloignée de la vérité.

substances différentes. La cellule nerveuse n'en tirera pas les mêmes éléments que la cellule glandulaire, ni la cellule glandulaire les mêmes que la cellule musculaire. De plus, chaque cellule doit en tirer des substances différentes : de la nucléine, de la linine, de Tamphipyrénine pour son noyau, des globulines et des nucléo-albumines pour son cytoplasma,etc.; et non pas une nucléine, une globuline, unenucléo-albumine quelconques, mais celles qui entrent dans sa constitution spéciale et qui sont différentes des substances homonymes des cellules des autres tissus.

On conçoit combien ce travail est difficile dans sa délicate précision. On arrive cependant à se rendre compte qu'il soit possible en considérant les choses de la manière suivante.

Deux ordres de phénomènes bien distincts collaborent au résultat final : des phénomènes osmoliques et des phénomènes chimiques. Les phénomènes osmotiques opèrent un triage de substances; ils ont pour instruments les membranes. Quand il existe une vraie membrane cellulaire, celle-ci joue son rôle mais, à son défaut, la membrane protoplasmique est là, qui n'admet dans le cyloplasma que les substances qui doivent y entrer. De même la membrane nucléaire n'admet dans le noyau que certaines des substances qui ont pénétré dans le cytoplasma. Le phénomène semblerait s'arrêter là. Mais s'il est vrai, comme le pensent quelques histologistes, en particulier de Vries, qu'il n'est pas une fibrille, un microsome, un globule cytoplasmique ou nucléinien, qui ait, sinon une membrane propre, du moins une couche superficielle plus ou moins différenciée en membrane, il est possible alors que ce triage osmotique de substances aille beaucoup plus loin et apporte son concours à la nutrition des moindres particules intracellulaires.

Les phénomènes chimiques jouent un rôle non moins important. Toute substance nouvelle ayant franchi la barrière d'une membrane trouve, derrière celle-ci, des substances préexistantes avec lesquelles elle se combine, par réaction réciproque, étant modifiée par elles elles modifiant. Ainsi les substances qui entrent, les ingesta, sont modifiées successivement, à chaque membrane qu'elles traversent, par un triage osmotique et, entre deux membranes successives, par des réactions chimiques; les substances qui sortent, les egesta, font de même. La cellule est donc sans cesse traversée par deux courants inverses, l'un d'entrée, l'autre de sortie, se croisant dans tous ses points, et la composition chimique de chaque particule dépend des réactions qui se passent à son niveau sous l'influence de ce double courant.

11 est extrêmement probable que les ingesta se rapprochent de plus en plus de la nature des substances qu'ils doivent remplacer. Isolé dans le liquide où vit la cellule, un noyau ne saurait vivre et se nourrir. Le cytoplasma est son milieu nutritif obligé : cela prouve que le cytoplasma fait subir aux substances dont se nourrit le noyau, une préparation qui rend ces substances plus semblables à celles qui constituent

le noyau. De même, une cellule privée de noyau ne peut s^accroître et vivre dans le milieu nutritif, non parce qu'il lui manque une direction supérieure comme on le dit, mais parce que les substances cytoplasmiques ne subissent plus Télaboration que produisaient en elles les substances déversées par le noyau dans le cytoplasma. De tout celarésulte :

1** Que l'assimilation se fait par approximations successives, la particule nutritive se rapprochant progressivement de la nature de la particule qu'elle doit remplacer, à chaque triage osmotique et à chaque réaction chimique qu'elle subit depuis son entrée dans la cellule jusqu'à son arrivée au but. L'assimilation ne pouvait être mieux nommée, elle est une ad-similation progressive;

2° Que le noyau n'est pas le supérieur hiérarchique du cytoplasma, et que la vie de la cellule résulte d'un consensus fonctionnel entre ces deux organes. Elle est la résultante des forces physiques et des réactions chimiques dont les composantes résident dans le cytoplasma aussi bien que dans le noyau.

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