PI. 54 ET FIG
Ld. forme est celle d'un ovoïde court différant peu de la sphère (54, fig. 1 et 2). Les deux siphons sont situés, l’inspirateur (b.) au pôle supérieur, l’expirateur (o. cl.), un peu plus bas sur le méridien dorsal. Le premier a six lobes, le second quatre. L’animal n’est pas fixé comme les autres Monascides à quelque rocher; il vit libre dans le sable et cette condition retentit d’une manière remarquable sur les caractères de sa tunique. Les irrégularités de forme, les gros festons radicoïdes qui s’étendent en général autour de la surface de fixation pour l’élargir n’ont plus leur raison d’être ici; aussi la forme de la tunique est-elle beaucoup plus régulière. Mais ne pouvant se fixer à des supports volumineux, il s’attache aux grains de sable, graviers, coquilles brisées qui l’entourent et développe pour cela des prolongements radicoïdes en rapport avec la nature et la distribution des points d’attache, c’est-à-dire très fins et répartis sur toute la surface du corps (sauf, bien entendu, la région des orifices)
(54, fi g. 1 et 2, fl. et fig. 255). En fait, ces grains de sable étant beaucoup plus petits que son corps, on doit dire qu’il les attache à lui et s’en recouvre pour s’abriter, mais morphologiquement ils représentent les supports des autres Ascidies et les filaments radicoïdes qui les agglutinent correspondent aux ramifications du pied des Clavelines ou aux larges festons radicoïdes des Ascidies simples. Ces filaments sont fins, longs, ramifiés; ils fixent les grains de sable par simple adhérence sans ventouse ou autre disposition spéciale. Ils sont très nombreux, forment tout autour du corps un fin chevelu très fourni, et sont parcourus par un double canalicule sanguin en communication aveele système vasculaire de la paroi du corps par l’intermédiaire de deux prolongements palléaux partant des extrémités supérieure et inférieure du sinus sousendostylaire et qui se ramifient dans toute la tunique avant d’arriver aux filaments radicoïdes où ils se terminent.
La disposition des organes intérieurs n’est pour chacun d’eux que la
Fig. 255.
Filaments de la tunique de Moïgula ( Anuretla ) Roscovita montrant les élargissements fixant les grains de sable (d’ap. de Lacaze-DuLliiers).
UROCOKDES — ASCIDIES
réalisation d’une des nombreuses variantes que nous avons déjà rencontrées, mais par leur ensemble et les conditions de leur structure, ils font de ce type le représentant le plus hautement organisé du groupe des Tuniciers (*).
La couronne tentaculaire est formée d’un nombre modéré (ordinairement 12 ou 24) de tentacules composés, très ramifiés, de deux ou trois tailles régulièrement alternes (54, fig. 3, tt. et fig. 5). La gouttière péricoronale et l’endostyle ne présentent rien de particulier; le tubercule vibratile (54, fig. 3, t. v .) a la forme d’un G à extrémités enroulées en dedans; la crête dorsale (/. clrs.) est à bandelettes la gouttière inférieure (gt. /.) peu développée plonge en spirale dans l’orifice œsophagien (o. œs.) situé non tout au fond de la branchie , mais à une certaine hauteur sur son bord dorsal. La branchie présente une structure caractéristique. Elle est plissée comme chez certains Cyntbidés, les plis au nombre de 5 à 7 (ordinairement 7) de chaque côté vont de la gouttière coronale au pourtour de l’aire œsophagienne; ils sont formés par les sinus longitudinaux, tandis que les sinus transversaux (au moins ceux de premier ordre) passent directement sur eux et s’opposent à ce que le pli puisse s’effacer. La membrane fondamentale, au lieu d’accompagner (comme chez les Cyntbidés à replis) le repli dans toute sa hauteur, n’envoie à son intérieur qu’une rangée longitudinale de diverticules séparés par les sinus transversaux, car étant attachés à ces sinus au point où ils franchissent le repli comme un pont, ils sont empêchés en ce point de plonger dans le repli. Dans ces diverticules ou saccules branchiaux , les trémas sont courbes et disposés plus ou moins nettement en lignes spirales (54, fig. 1 et 2, br.); dans les intervalles plans des replis, ils sont disposés sans grande régularité.
Les sinus longitudinaux ne portent pas de papilles vasculaires saillant intérieurement. Des tractus pariéto-branchiaux vasculaires relient les sinus transverses à la paroi du corps.
Le tube digestif (54, fig . 2) est situé tout entier à gauche de la branchie et fait à peine saillie dans la cavité péribranchiale correspondante, étant profondément engagé dans le schizocœle. L’œsophage très court se porte vers l’estomac (est.) qui est allongé à peu près horizontalement. 11 en part un intestin cylindrique qui monte sur le liane gauche jusque vers le tiers supérieur de la branchie, et là se recourbe, formant une anse qui redescend vers l’estomac, entièrement accolée à l’anse ascendante; arrivée à l’estomac, elle remonte enfin vers le cloaque où elle se termine près de la ligne médiane par un anus festonné. A l’estomac est annexé un foie (f.) distinct, à plusieurs lobes.
Les cellules, ordinairement éparses, qui précipitent en elles les pro-
(l) L’organisation de la Molgule est connue grâce à un remarquable mémoire de Lacaze- Duthiers auquel nous empruntons la plupart de ces détails et auquel -les recherches ultérieures n’ont à peu près rien changé malgré la date assez reculée à laquelle il remonte.
M0NASC1DES
MOLGULIDES
duits d’excrétion sous la forme de concrétions urinaires sont ici condensées en un rein d'accumulation massif (54, fig. 1 , nph.), situé du coté droit, en face de la partie moyenne de l’anse intestinale.
Le cœur (cœr.), vasculiforme et contenu dans son péricarde, est situé à droite entre le rein et la glande génitale correspondante. Dans leurs dispositions générales, les sinus vasculaires ont la disposition ordinaire, mais ils sont remarquables, sur les viscères et dans la paroi du corps, par un aspect vasculiforme plus accentué encore que dans les types précédents. Môme Làcàze-Duthiers les considère comme de véritables vaisseaux artériels et veineux unis, en certains points au moins, par de vrais capillaires. Nous avons vu que les prolongements palléaux vasculaires s’étendent jusqu’aux extrémités des arborisations radicoïdes qui agglomèrent les grains de sable.
Les glandes génitales sont paires et formées de chaque côté d’un ovaire massif (54, fig. 1, 2 et 4, ov.) entouré d’une bordure de follicules testiculaires (tes.). La masse génitale est située à droite contre le rein, au côté dorsal et supérieur de celui-ci, à gauche dans la concavité de la courbure intestinale, non dans l’anse de cette courbure puisque les deux branches de l'anse se touchent, mais dans une concavité ouverte en haut que forment ensemble les deux branches de l’anse. L’ovaire est une glande sacciforme (54, fig. 4, ov.), et se continue jusqu’au cloaque par un oviducte unique qui se termine en face de celui du côté opposé, sensiblement plus haut que l’orifice anal. Les follicules testiculaires (54, fig. 4, tes.) s’ouvrent chacun isolément par un court spermiducte couché sur la surface de l’ovaire correspondant.
Le système nerveux et la glande prénervienne n’offrent rien de particulier^). Il peut exister entre les lobes buccaux des taches oculiformes, mais leur nature sensitive n’est point démontrée.
Chez certains Molgulides ( Anurella ), l’embryon ne forme pas de queue et la larve est anoure. A la place de la queue, on trouve dans le schizocœle un amas de réserves nutritives qui représente peut-être les substances non utilisées pour la formation de la queue et doivent dans ce cas être comparées à l'éléoblaste des Tuauæ et du Pyrosome. Sur les côtés du corps, se forment de curieux prolongements ectodermiques qui se rétractent sans avoir servi ni à la fixation ni à quoi que ce soit que l’on puisse reconnaître. Pour le reste, le développement, quoique très abrégé, est conforme à celui du type des Ascidiæ.
GENRES
Molgula (Forbes) correspond à peu près exactement au type morphologique décrit. Il est caractérisé génériquement par sa forme subglobuleuse, sa branchie à sept (rarement 6) plis méridiens, ses trémas à dis-
P) La glande a cependant été trouvée par Metcàlf (9o) dorsale par rapport au gangion.
UROCORDES — ASCIDIES
position spirale un peu confuse, son tube digestif situé à gauche, ses organes génitaux pairs et son rein bien évident placé du côté droit (Presque toutes les mers).
Anurella (Lacaze-Duthiers) ne s’en distingue par aucun caractère anatomique, mais ses larves sont anoures (Manche) ;
Gymnocystis (Giard) n’est guère qu’une espèce dcMolgule à tunique lisse et cartilagineuse (Europe
occidentale, Méditerranée
franchie pourvue de cinq plis
Fig. 256.
Pera vStimpson nec Macdonald) peut être défini une Mol gu le seulement {Atlantique et mers arctiques' ;
Ctenicella (Lacaze-Duthiers) a les siphons branchial et cloacal laeiniés et le siphon cloacal muni d’une valve hilobée ; les trémas sont spiraux et la lamelle dorsale est découpée en languettes au bord libre. Pour le reste, c’est une Molgule (Manche et Méditerranée);
Lithonephrya (Giard) n’est sans doute pas un vrai genre : il ne diffère de Ctenicella que par la présence dans le rein d’une grosse concrétion brune;
Eugyra (Aider et Hancock) (fig. 256), a la branchie non plissée, mais pourvue cependant de diverticules sacciformes en rangées longitudinales, avec trémas à disposition spirale régulière; les organes génitaux sont impairs et situés à gauche comme le tube digestif (Europe occidentale, Méditerranée, Amérique, Malaisie, mers arctiques).
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Eugyra Kergüelenensis (d’ap. Ilerdmnn).
Fig. 251
Eugyriopsis (Roule) est Molgule par la branchie, Eugyra par les organes sexuels (Côtes de Provence).
Paramolgula (Traustedt) est au contraire Eugyra pour la branchie, Molgule par les organes génitaux (Détroit de Magellan).
Bostrichobranchus (Traustedt) ne diffère d 'Eugyra que par ses infundibulums branchiaux se terminant chacun en plusieurs diverticules en tirebouchon (Côtes américaines de rAtlanlique nord).
Gamaster (Pizon) à la branchie comme Eugyra , mais il en diffère par l'absence d’organes génitaux du côté gauche occupé par Pause digestive. Ces organes situés du côté droit, comprennent un ovaire en forme de cordon qui va s’ouvrir dorsalement au haut du cloaque et un testicule formé de douze follicules coniques, convergents vers un centre au niveau duquel ils s’ouvrent isolément dans la cavité péribranchialo, ramifiés dicholomiquemeut à l’extrémité opposée en six à huit branches, ce qui donne à l’ensemble l’aspect d’une étoile, d’où le nom du genre (6 à 8ram, Dakar).
Ascopera (Herdman) (fig. 257) est piriforme et pédonculé; il est fixé par le pédoncule, et la tunique entièrement dépourvue de filaments radiciformes ne fixe pas de grains de sable; la branchie a sept plis mais pas d’infundibulum, et ses trémas sont rectilignes; pour le reste la conformation diffère peu de celle des Molgules peliuncuiata (Ile Kerguelen). (d’ap. Herdman).
Les Tuniciers n’ont point laissé de reste fossiles.
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MOLGULIDÆ
(TYPE MORPHOLOGIQUE
an., anus;
b., orifice du siphon supérieur;
br branchie;
cl., cloaque;
cœr., cœur;
est., estomac;
f., foie ;
fl., filaments radicoïdes ; gl., glande prénervienne ; gt. i., gouttière inférieure ; gt. prc., gouttière péricoronale ;