MÉTAMORPHOSES
formes adultes qu'on avait créé pour elles le genre Leptocephalus, type d'une famille isolée. Les Leptocephalus sont des Poissons comprimés, transparents comme du cristal, pouvant atteindre sous cette forme 6 ou 7 centimètres de long et 2 centimètres dans leur plus grande hauteur; ils vivent probablement dans le sable, et c’est sans doute la raison pour laquelle ils sont très rarement capturés. Le L. Morrisii est la larve du Congre (C. vulgaris); le L. brevirostris est la larve de l’Anguille commune ; les Hyoprorus sont de jeunes Nettastoma. La longueur de l'animal diminue au cours de la métamorphose.
En raison de l'attitude particulière des Pleuronectes ou Poissons plats qui se tiennent toujours couchés sur un de leurs côtés, leur tête éprouve les plus curieuses transformations. Ces Poissons sont d'abord parfaitement symétriques, comme tous les autres, et nagent, pendant leur vie pélagique, gardant vertical leur plan de symétrie. Puis ils vivent au fond de l'eau, couchés sur un côté, le droit ou le gauche suivant
Fig. 1851. — Extrémité de la queue d’un embryon de l'Anarrhicas lupus montrant la strialion radiale qui précède l'apparition des rayons, et le reste des vaisseaux vitellins. — ne, neurocorde; f, nageoire impaire embryonnaire ; my, myomérides; vs, plexus vasculaire résiduel de la vésicule vitelline (d'après Mac Intosh et Prince).
les espèces (p. 2682-2684). L'œil situé de ce côté se trouve dés lors dans l’impossibilité de fonctionner, comme c'était le cas pour les branchies de l'Amphioæus. Tout se passe ici comme si l'animal faisait éprouver une torsion à la région antérieure de sa tête pour ramener sur la face éclairée l'œil de la face qui est soustraite à l'action de la lumière (p. 2367). L'animal le ramène alors peu à peu sur le côté tourné vers la lumière. Mais cette opération s'effectue, suivant deux procédés différents dans les diverses espèces. Le plus souvent (Pleuronectes platessa) l'œil effectue sa rotation en contournant la tête et sans cesser de fonctionner; la nageoire dorsale s’allonge au-dessous et en avant de lui. Chez les Plagusia et les Arnoglossus, au con-
vulgaris. Sans connaître la note de Gill, le Dr Émile Moreau montra vers 1872, en se basant sur l'identité de leurs caractères anatomiques, que les Leptocéphales étaient bien des larves de Congre (Histoire naturelle des Poissons de France). M. Delage a vu depuis cette transformation s’accomplir en aquarium. Grassi et Calandruceio ont récemment élendu ces conclusions à l’Anguille.
1 Grassi et CazaxpruccI0, Reproduzione e metamorfosi delle Anguille. Giornale italiano de pesca ed aquicultura, 1897.
traire, la nageoire prend d'emblée son extension avant le déplacement de l'œil; dès lors, celui-ci est d’abord ramené en haut et, tout en gardant ses connexions avec son nerf optique, qu'il entraine avec lui, s'enfonce dans les téguments jusqu'au niveau de l'os frontal; il traverse alors la base de la nageoire dorsale, en arrière du frontal, et vient affleurer au voisinage de l’autre œil. L'orbite abandonné se ferme rapidement. Pendant cette migration, la circulation devient très active dans la région intéressée et des renflements contractiles, les cœurs oculaires, se développent sur plusieurs de ses vaisseaux. La coloration des deux côtés du corps était d'abord semblable, le côté aveugle devient blanc peu à peu; on a attribué la perte de sa coloration au déplacement de l'œil; mais l'œil gardant ici ses fonctions, on ne voit pas bien pourquoi il perdrait son action sur les chromatophores comme s'il avait été enlevé !. Ce second mode de migration est évidemment une modification tachygénétique du premier. Il existe d'ailleurs un certain nombre d’intermédiaires entre eux. La métamorphose indique ici nettement par quelle voie a été acquise la dissymétrie des Pleuronectes.
D'autres Poissons traversent des phases de développement qui indiquent de même leur origine; ainsi les Trigla, Trachina, Peristhetus ressemblent quelque temps à de jeunes Scorpæna; les Dactylopterus ont d'abord des nageoires pectorales normales ; les Histiophorus n’acquièrent que tardivement leur museau prolongé en bec. La métamorphose peut être aussi bien régressive que progressive; les jeunes Nerophis ont des nageoires pectorales qu'ils perdent ensuite; les RAynchichthys perdent leur bec allongé et leurs nombreux aiguillons céphaliques pour se transformer en Holocentrum ou Myripristis et les Orthagoriscus sont d’abord pourvus d'une queue normale qui s’atrophie plus tard. Les anciens genres Astroderma et Diana avaient été créés pour les jeunes des Ausonia et des Luvarus.