TACHYGONIE DU TUBE ET DE LA GLANDE HYPONEURALE
inférieure, dépassant la ligne médiane ventrale, empiète sur le côté gauche de l’embryon. Dans sa croissance, l'extrémité inférieure de l'arc intestinal ventral qui s’est complètement séparé de l'arc dorsal arrive rapidement à rencontrer l'extrémité stomacale; les deux ébauches se soudent et s'ouvrent l’une dans l'autre; le tube digestif du blastozoide se complète ainsi, bien avant celui de l’oozoide. À ce moment, la branchie de l’oozoïde, la branchie, l'estomac et l’ébauche intestinale du blastozoïde, l'intestin de l’oozoide encore en communication avec sa branchie, forment un cercle complet de cavités s’ouvrant les unes dans les autres. L’extrémité dorsale de l'arc intestinal du blastozoide est d'abord elle-même éloignée du sac branchial correspondant; elle s’en rapproche peu à peu par sa croissance et dans ce mouvement entraine avec elle la poche cloacale gauche du blastozoïde, qu'elle amène, ainsi que nous le verrons, à sa position définitive. La formation de l’anus est liée à celle de la cavité cloacale et ne se produit qu’en dernier lieu. Pour des raisons de pure topographie, l’anse digestive du blastozoide se développe plus vite que celle de l’oozoide; c’est le contraire pour le sac branchial et les cavités péribranchiales. La région de la branche de la vésicule entodermique primitive sur laquelle nait le diverticule branchial, forme le sac branchial de l’oozoide. Bien avant que le sac branchial du blastozoide se soit isolé, deux plis antéro-postérieurs et parallèles au plan médian ont séparé dans le sac branchial de l’oozoide les trois régions qui correspondent à la région endostylaire et aux régions latérales du sac branchial. Les transformations ou productions des deux branches de la vésicule entodermique, laissent subsister intactes chez les Diplosoma les extrémités antérieures et postérieures de ces branches. Les extrémités antérieures s’allongent en deux culs-de-sac auriformes qui semblent correspondre aux tubes branchiaux primaires du Didemnum. Des deux culs-de-sac postérieurs le gauche disparait; le droit s’allonge, se courbe en arc et se transforme en un canal qui finit par s'ouvrir dans la cavité générale. Cette communication entre l’estomac et la cavité générale n’est d’ailleurs que temporaire.
1° Tachygonie de l'appareil hyponeural. — L'origine du tube hyponeural a donné lieu aux mêmes interprétations que celles des sacs péribranchiaux !. Le mode de formation décrit p. 2270 a été observé chez les Ascidies simples et les DIDEMNIDE, où les sacs péribranchiaux sont d'origine exodermique.
Chez les BoTRYLLibÆ et les POLYCLINIDÆ (Purascidia elegans, Amaroucium Nordmanni) où ces sacs dérivent de la vésicule entodermique — et il en est de même pour tous les bourgeons, y compris ceux des DIDEMNIDÆ — le tube hyponeural est d’abord un diverticule de la vésicule entodermique, clos en avant. Chez les BOTRYL- LIDÆ, Ce diverticule se montre sur la région moyenne dorsale de la vésicule entodermique, encore très incomplètement divisée, de la larve (Pizon). D'abord terminé en cæcum, il se dirige en avant; à mesure qu’il grandit, il passe à gauche de la vésicule sensorielle et vient finalement s’insinuer entre elle et l’exoderme; en continuant à s’allonger, il se recourbe vers le sac branchial qui se différencie lui-même de plus en plus du diverticule péribranchial et dans la région antérieure duquel il vient finalement s'ouvrir. Pendant ce temps son orifice postérieur a été peu à peu
1 On l’a aussi considéré comme un diverticule de l’orifice du sac branchial d’où sa comparaison avec l’hypophyse des Vertébrés (Seeliger, Van Beneden et Julin).
transporté dans la région demeurée toujours indivise de la vésicule entodermique qui doit devenir la cavité cloacale. À ce moment la cavité cloacale et la région antérieure du sac branchial sont mis en communication par un {ube dorsal qui s'étend sur près d’un tiers de la longueur du tronc de l'animal (fig. 1608, cvib, p. 2285). L'orifice postérieur de ce tube ne tarde pas à s’oblitérer:; le tube luimême cesse d’être en continuité avec la vésicule cloacale, et l'organe apparaît alors comme un simple diverticule en forme de cæcum de la région antérieure du sac branchial. C’est à cet état qu'il demeure chez la plupart des Ascidies dégradées ; chez les Ascidies simples, l'extrémité cæcale de ce tube prolifère, et constitue alors la glande hyponeurale. Il en est de même chez les larves de Perophora et de Clavellina.
Chez les larves de POLYCLINIDX (Parascidia elegans, Amaroucium Nordmanni), les choses se passent à peu près de la même façon !. La vésicule entodermique forme en avant trois diverticules : deux pour les cavités péribranchiaies, un pour Île tube dorsal. Ce troisième diverticule, dans sa croissance en avant, rencontre la vésicule sensorielle, s’accole à ses parois et finit par s'ouvrir dans sa cavité; continuant ensuite sa croissance en avant, il s’accole à la paroi du jeune sac branchial, là où naïtra le siphon branchial, tandis que sa communication avec la vésicule entodermique s'oblitère. Bientôt, il s'ouvre dans la cavité péribranchiale, et perd toute communication avec la vésicule sensorielle. Au voisinage de la substance pigmentaire granuleuse de la vésicule sensorielle, les parois de cette dernière prolifèrent activement, et engendrent une masse de petites cellules qui passent sous le tube vibratile, le contournent et vont se concentrer sur sa face dorsale, en s’accolant à lui au point de paraitre dues à sa prolifération; ces cellules sont l’ébauche du ganglion de l’oczoide qui naït de la même façon chez les Distaplia (Hjort).
Les communications décrites entre la vésicule sensorielle et le sac branchial (Phallusia et Amaroucium, Kowalevsky; Pyrosoma, Joliet; Clavellina, Seeliger; Parascidia, Maurice; Distapliu, Lahille; diverses Ascidies, Willey) ne sont vraisemblablement que le résultat des relations secondaires établies entre ces organes par le développement du tube dorsal (Ascidia villosa, Cynthia morus ?).
Tandis que chez les Ascidies simples, l'extrémité postérieure du tube hyponeural se transforme en une glande complexe, chez les BoTRYLLIDÆ, les cellules du culde-sac que l'organe constitue après s'être isolé, prolifèrent, et l'organe devient pyriforme; puis quelques-unes s’isolent et tombent dans la cavité de l'organe, qu'elles finissent par oblitérer. Enfin chez les individus adultes, la région moyenne elle-même s’oblitère, et le pavillon vibratile persiste seul, sans modification. La prolifération du cul-de-sac postérieur cesse enfin de se produire et l'organe se réduit presque à l’entonnoir cilié chez le plus grand nombre des Ascidies composées. Il semble donc que d’une manière générale l’organe hyponeural soit plus particulièrement atteint par la dégradation qui frappe l'organisme dans la série régressive des Tuniciers.
8° Tachygonie de l'appareil cardiaque. — Le péricarde et le cœur se constituent
1 PizoN, Évolution du système nerveux et de l'organe vibratile chez les larves des Ascidies composées; Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 25 février 1895.
2 A. P1z0N, Contribution à l'étude des Ascidies simples, Comples rendus de l’Académie des Sciences, 29 juillet 1895.