SEGMENTATION EXTÉRIEURE DU CORPS
bande accessoire voisine de la bouche qui persiste, chez les FLOSCULARIDÆ (fig. 1027, n° 3), sous la forme d’un fer à cheval à ouverture dirigée vers le côté dorsal. Quand les festons, dans cette famille, se transforment en bras, leur nombre est toujours de cinq dont un dorsal, placé au devant du ganglion cérébroiïde (fig. 1031, n° 1, p. 1449). Le bras dorsal est généralement plus développé que les autres; quand les festons sont larges et courts, sa prédominance s’accuse davantage encore; le nombre | des festons restants peut se réduire à trois par soudure des /. deux festons ventraux (F. ambiqua), à deux (F. Hoodi, F. trilobata) ou à un seul (F. calva); enfin chez les Acyclus | (fig. 1029) le lobe médian persiste seul (1); il a la forme d'une sorte de trompe qui peut s'enrouler en spirale. Ce | lobe porte les yeux, lorsqu'ils existent, et peut être con- | sidéré comme l'équivalent d'un lobe céphalique.
De l’ensemble de ces faits il est permis de conclure que
RÉ MTE ses . à DE NE AA | wi chez la grande majorité des Rotifères, il existe une véri- À : . à dési Fig. 1029. — Acyclus inquietus table tête, correspondant à Ce que nous verrons désigner jinecontube /. couronne sous ce nom chez les Annelés polychètes. en forme de casque ; 0, œufs ;
b, boulettes irrégulièrement
Dans quelques genres (SYNCHÆTIDE, Notommata, Copeus), accumulées dans le tube: la région antérieure du corps porte encore deux expansions RE pa AE a membraneuses, ciliées, capables de se rétracter et de s’épanouir; ce sont les auricules, dont les cils ajoutent leur action à celle des cils de la couronne, lorsque l’animal est en pleine activité.
Segmentation extérieure du corps: constitution du pied: doigts et éperons. — La réduction de la couronne, la forme courte du pied donne aux NOTOMMATIDE un aspect vermiforme rappelant dans certains genres (Distemma, Diglena) l'aspect que nous verrons plus tard caractériser les Gastérotriches (p. 1534) ; la ressemblance avec les Vers annelés est d'autre part accentuée par les rides transversales, régulièrement espacées, que présente le corps dans d’autres genres de cette famille (Taphrocampa, Albertiu), et qui simulent des segments. Des plis analogues quoique moins accusés se retrouvent sur toute l'étendue du corps des HYDATINIDE, sur la région antérieure et la région postérieure des Philodina, Rotifer, Callidina, Copeus, etc. ; sur le pied de très nombreuses espèces de l'ordre des PLoïma. Le pied peut d'ailleurs ou bien se décomposer en articles parfaitement distincts et allongés, semblables à des segments d’Arthropodes (CoLuribæ, BpELLOIbA), ou bien être simplement marqué de sillons annulaires (BRAGHIONIDE, RuizoraA). Chez les BbeLcoïpa et les BRA- CHIONIDÆ, il est rétractile à l'intérieur du corps. Dans l'ordre des BpeLLoïna, les articles de plus en plus étroits, vers l'extrémité postérieure du pied, peuvent rentrer les uns dans les autres comme les tuyaux d'une lunelte; c'est ce qu’on exprime brièvement en disant que le pied est télescopé. Ces diverses conformations du pied, ainsi que la façon dont il se termine, sont intimement liées aux genres de vie de l'animal, et ont servi de base pour la division des Rotiféres en ordres (Hudson).
Les PLOIMA dont le mode normal de locomotion est la natation, peuvent n'avoir pas de pied différencié; lorsque ce pied existe il est généralement fourchu à son extrémité; il se termine cependant en pointe simple dans quelques genres (Micro-
codon). S'il est articulé, il n’est jamais télescopé; s'il est annelé, il est toujours rétractile (fig. 1025, 1032, 1023, 1034).
Les Scrrropopa nagent mais marchent également à l’aide d’appendices pairs, qui rappellent ceux des nauplius; leur pied est divisé en deux styles lisses, inarticulés. terminés chacun par une expansion ciliée (fig. 1026).
Les BDELLOIDA qui nagent et marchent comme des Sangsues ou des Chenilles arpenteuses ont un pied télescopé, fourchu à son extrémité.
Les RuizorA ont enfin un long pied annelé, non rétractile, terminé par un disque ou une coupe ciliée, en rapport avec leur existence sédentaire (fig. 1029 et 1034). Ces animaux vivent, en effet, constamment fixés, et habitent même le plus souvent à l'intérieur de tubes qu'ils secrètent.
La segmentation fréquente du pied, les deux appendices ou doigts qui le terminent donnent aux espèces où ces deux caractères sont réunis une incontestable ressemblance avec les Copépodes. Il ne faudrait pas, d’ailleurs, considérer les doigts comme une simple bifurcation de l'extrémité postérieure du corps. Effectivement chez les Dinocharis et les BDELLoipA, le pied se prolonge en général au delà de l'insertion des deux doigts. Ce prolongement du corps est à peu près de la longueur de ces organes ; il est beaucoup plus long chez les Cœlopus et surtout les Mastigocerea, nettement articulé au dernier segment apparent du corps, de sorte qu’on peut le considérer comme le dernier segment véritable; les doigts, dans cette interprétation, dépendraient non du dernier article, mais de l’avant-dernier et mériteraient réellement la qualité d'appendices; cette remarque prend, au point de vue de la conslitution fondamentale du corps des Rotifères, un intérêt plus grand, si l’on ajoute que dans ce même ordre des BpELLoOïDA, de même que chez les Dinocharis, un autre article du pied qui peut être le pénultième apparent (Rotifer) ou l’antépénultième (Actinurus, Dinocharis) porte également deux appendices latéraux qu’on nomme éperons. Chez certaines espèces actuellement groupées dans le genre Notommata (N. pilarius, N. tripus), le corps se termine par un appendice pluriarticulé en avant duquel sont insérés de prétendus doigts; ces organes dépendant d’un segment antérieur au dernier sont, en réalité, des éperons. Dans le genre voisin Copeus, des appendices latéraux sont conservés sur la région élargie du tronc, dite région lombaire et sur la région céphalique où on les qualifie d'antennes. Les Mastigocerca ont de même des appendices, les substyles, accompagnant leur style terminal, et chez les Rattulus aux doigts ordinaires peuvent s'ajouter deux paires de ces organes (. tigris). Ges faits, joints à la présence d'appendices pairs de grand volume chez l'Asplanchna Ebbesborni et les ScrrroropA, semblent parler en faveur de l'existence d'une véritable métaméridation du corps des Rotifères qui se rapprocheraient ainsi des Brachiopodes plus qu'on ne le suppose généralement, et qui seraient comme eux apparentés, non pas aux Crustacés, mais aux Vers annelés. On trouvera dans la constitution de l'appareil néphridien d’autres arguments en faveur de cette manière de voir. Les doigts qui terminent le corps ont une forme très variable : courts, foliacés et pointus chez beaucoup d'espèces (Rotifer, Synchæta, HYDATINIDÆ, Thaphrocampa, Brachionus), tronqués chez quelques-unes (Rotifer vulgaris, Callidina parasilticu, Adineta vaga), d'autres fois orèles (Copeus pachyurus, Proales tigridis) ou recourbés en pince (C. spicatus), ils s'allongent énormément en baguettes droites ou divergentes chez les Actinurus dont le pied est lui-même très long, les Furcularia dont le pied est très court, la
Diglena biraphis, les Dinocharis, les Scaridium, et manquent, au contraire, totalement chez les Monostyla, dont le corps est ainsi Lerminé par un appendice unique, probablement homologue de l’appendice médian des BDELLOIDA.
Structure des parois du corps. — La structure des parois du corps des Rotifères est fort simple. Ces parois consistent seulement en une culicule doublée d'une couche protoplasmique où sont parsemés de nombreux noyaux, qui est plus épaisse dans la couronne que partout ailleurs, mais qui ne se laisse nulle part diviser en cellules. Dans la couronne, la couche hypodermique semble bien au premier abord composée de grosses cellules ventrues, contenant chacune un ou deux noyaux; mais ces cellules se confondent sous la cuticule en un véritable syncytium sur lequel s’insèrent les cils locomoteurs; on observe une disposilion analogue de l'hypoderme dans le pied du Conochilus volvox et des jeunes Lacinularia socialis encore libres. Si simple qu’elle soit, la couche hypodermique possède dans certains cas une grande activité glandulaire. Un certain nombre de Rotifères (Copeus) secrètent, en effet, une mucosité dont ils s’enveloppent, et cette faculté devient générale chez les RuizorA dont elle a déterminé l'existence tubicole.
La mucosilé forme chez les Conochilus une masse sphéroïdale par laquelle les adultes et les jeunes sont agglutinés, formant ainsi une colonie libre et nageuse. Les Megalotrocha et les Lacinuluria ne différent guëre à cet égard des Conochilus; mais leurs colonies sont fixées aux plantes aquatiques sur lesquelles elles forment de petites boules gélatineuses. Chaque individu possède un tube distinet(fig. 1029 et 1034), et ces tubes, très volumineux, sont adhérents les uns aux autres chez les FLOSCULA- RIDÆ. Les OEcistes crystallinus, Œ. umbella, Melicerta tubicolaria ont aussi un épais tube gélatineux dont la surface agglomère une multitude de corps étrangers; ce tube devient plus cohérent et comme parcheminé chez le Limnitis annulatus, où il est transparent et annelé transversalement, tandis qu'il est couvert de substances étrangères, tout en demeurant mince et résistant chez le Limnias ceratophylli et les Cephalosiphon. Ces diverses sortes de tubes sont simplement secrélés; on peut dire que ceux dont il nous reste à parler sont construits; lV'OEristes pilula, la Melicerta Janus, construisent leur tube en agglomérant irréguliérement et lächement leurs pelotes excrémentielles, au moyen d'une mucosilé transparente, bourrée de corps étrangers; enfin les Melicerta conifera et ringens fabriquent de toutes pièces de petites pelotes de corps étrangers qu'elles ajoutent une à une à leur tube et qu'elles disposent dans un ordre parfait. Ces pelotes sont moulées dans une fossette spéciale (fig. 1031, n° 3, cc) située sur le dos, au-dessous d'une longue lèvre ciliée (ch) qui prend naissance au niveau de la bouche, entre les deux lobes de la couronne, et se projelle ensuile en arriere. Celle lèvre parait homologue du lobe céphalique des BDELLOIDA, des PTERODINIDE et des BRACHIONIDÆ. Les pelotes sont formées des matériaux que le mouvement ciliaire de la couronne envoie dans la cupule dorsale, où ils sont agglutinés par du mucus sécrélé soit par les parois de la fossette ellemême, soit par un tubercule placé au-dessous d'elle. En une minute la pelote est parfaite; l'animal courbe alors rapidement son cou au-dessus des bords de la coupe et en expulse la pelote qui se trouve déposée, probablement par un acte volontaire du rotifère, en un point tel que le tube s’accroit par assises horizontales successives très régulières. On a pu compter sur certains tubes 6000 pelotes formant 240 rangées; un tel tube peut être construit en cinq ou six jours.
L'épaisseur de la cuticule varie fréquemment d’une région à l’autre du corps; elle se durcit souvent sur une certaine étendue, de manière à former une véritable carapace protectrice. Tous les degrés de développement de cette carapace peuvent être suivis dans l’ordre des PLoImA où les genres qui possèdent une carapace complète ont été réunis en un même sous-ordre, celui des LORICATA; mais il existe déjà une carapace incomplète dans un certain nombre d’autres genres, notamment dans ceux qui constituent la famille des TRIARTHRIDÆ. Les Polyarthra ont de chaque côté du corps un bouclier chitineux qui embrasse à la fois la face dorsale et la face ventrale ; les Pedetes etles Pteroessa ont une carapace complete. Les TRIARTHRIDÆ sont d’ailleurs tous munis de longs styles chitineux dont ils se servent pour sauter; les Pedetes ont deux de ces styles fixés aux épaules; les Triarthra y ajoutent un style ventral; les Polyarthra ont deux faisceaux de styles huméraux, barbelés, qui les font ressembler à des larves métachètes d'Annélides; des styles encore plus compliqués se disposent en six rangées longitudinales sur la carapace des Pteroessa. Les formes diverses que peut revêtir la carapace ont été utilisées pour caractériser les divers genres de LORICATA; nous renvoyons à la caractéristique des genres (p. 1460) pour la définition de ces formes. La carapace présente souvent une ornementation assez compliquée; celle des Dinocharis pocillum et tetractis est marquée de côtes saillantes transversales, tandis que celle de la D. Collinsii est dentée sur ses bords latéraux, armée de 4 épines à son bord postérieur et porte 4 autres épines sur le dos; elle est sillonnée longitudinalement chez la Cathypna sulcata et la Distyla filensis, divisée en aires polygonales chez la Cathypna rusticula, les Monostyla Lordii et oxysternon, les Anuræa; les bords antérieur et postérieur de celle des Brachionus sont découpés en épines, celles de la Notholca longispinana, de l'Eretmia tetrathrix ont la forme d’un cone dont ie sommet se prolongerait en longue pointe et l’orifice en trois longues épines séparées ou non par des épines plus petites. Cette carapace rappelle la loge de certains Bryozoaires; enfin la carapace est quadrillée et armée de six épines dirigées en arrière chez l'Eretmia cubeutes. Les mâles manquent habituellement de carapace; seuls, les males des Euchlanis font exception.
Appareil musculaire. — Les muscles (fig. 1026) ne forment pas un revêtement continu à l'intérieur du corps, ce sont de simples rubans fixés à leurs deux extrémités; les muscles longitudinaux sont les plus apparents. Leur disposition est assez variable suivant les espèces, et ses variations ne présentent pas un grand intérêt morphologique. Chez les Brachionus, que nous pouvons prendre comme type, de la partie postérieure du cerveau jusqu à la région moyenne du corps s'étendent deux paires de muscles dorsaux, deux paires de muscles ventraux et deux paires de muscles laléraux, beaucoup plus courts. Trois paires de muscles disposés en éventail convergent de la région moyenne du corps vers le pied, jusqu'à l'extrémité duquel s'étendent les deux paires moyennes, tandis que la paire interne s'arrête à sa base; les muscles internes sont bifurqués à leur extrémité antérieure, les muscles externes à leur extrémité postérieure. Les muscles longiludinaux se disposent ainsi, chez toutes les espèces, en bandelettes isolées. Ces bandelettes peuvent être lisses ou striées transversalement (Pterodina, Euchlanis); quelquefois, dans la même espèce, les mêmes muscles peuvent être lisses ou striés (Conochilus volvox), sans doute suivant le degré de développement. Chaque bandelette ne contient jamais qu’un seul noyau plongé dans un protoplasme granuleux, dont les
granulations sont parfois disposées avec une telle régularité que le muscle parait strié; tantôt la substance contractile est enveloppée par la substance granuleuse, tantôt au contraire elle l'enveloppe; quelquefois elle se divise en fibrilles (gros muscles des Asplanchna et Brachionus). On a signalé chez quelques espèces de Synchæta des plaques de Doyère, mais ce point demande encore de nouvelles éludes.
Appareil digestif. — L'appareil digestif consiste en un tube qu'on peut diviser en cinq régions : l’entonnoir buccal, le mastax, l'œsophage, l'estomac et l'intestin. Cette division fait quelquefois défaut; ainsi le mastax est suivi chez les Thaphrocampa d'un tube sur la longueur duquel on n'observe aucune trace de différenciation.
L'orifice de l’entonnoir buccal, la bouche, est situé au fond d’une excavation de la face ventrale du corps; il est généralement entouré par un feston de la bande ciliée de la couronne ou par des arcs ciliés; les parois de l’entonnoir buccal sont elles-mêmes ciliées, et projettent vers le mastax les particules solides apportées par le courant nourricier. Deux lèvres, quelquefois chitineuses (MELr- CERTIDÆ, FLOSCULARIDEÆ), qui s'élèvent au devant du mastax peuvent s'opposer au passage de ces particules dans le bulbe masticateur; les particules sont alors rejetées hors de lentonnoir bucecal et entrainées au loin par le courant efférent. L'animal peut ainsi exercer un véritable choix dans son alimentation. Par exception, l'entonnoir buccal n’est pas vibratile chez les Synchæta, ni quelquefois chez les Scaridium longicaudatum et Metopidia lepadella.
L'appareil buccal présente chez les FLOSCULARIDEÆ une complication parliculière. Il se compose d'un vestibule bordé en dessus par un collier contractile, et limité en dessous par un diaphragme présentant à son centre la fente buccale; c’est sur le collier que se trouve disposée la bande vibratile en fer à cheval ouverte du côté dorsal. La bouche conduit dans un jabot sphéroïdal; de son pourtour pend dans ce jabot un tube très élastique qui s'oppose au retour des aliments vers la bouche. Les parois du jabot sont musculaires; elles brassent les matières avalées en les mettant succesè Fig. 1030. — Appareils masticateurs de Rotifères. — 1, Welisivement en contact avec le mastax. certa, type malléo-ramé : 2, Floscularia, t. unciné ; 3. Roti Des glandes spéciales déversentleur M pt t forcipé: 7, Aaphenchun, à ineudé. — suc dans le jabot (Apsilus). us, uncus; 1m, manubrium ; »s, ramus; fm”. fulerum ; ts,
Le mastaz est un bulbe muscu- "15: 7%: malleus (après Hudson). laire, généralement trilobé, quelquefois à peine caractérisé, qui enveloppe un appareil masticateur, toujours en mouvement et très caractéristique des Rotifères. Get appareil (fig. 1030) est généralement composé de trois pièces chitineuses ou
mächoires (trophi) : une inférieure, formée de deux moitiés symétriques, l'enclume (incus, is); deux latérales et supérieures, symétriques et symétriquement placées, les marteaux (mallei, ms). L'enclume se divise en une partie postérieure et impaire, le support (fulerum, fm), etdeux branches paires, les cornes (rami, rs). Chaque marteau comprend un manche (manubrium, mm) elune téle (uncus, us). Ces diverses parties sont très inésalement développées dans les différents types; leurs modifications principales peuvent être rangées sous sept chefs différents qu'on désigne d’un seul mot dans les caractéristiques. Les mâchoires sont dites : malléées quand les manches des marteaux sont à peu près de même longueur que l’enclume, leur tête se divisant en 5 à 7 dents, le support de l’enclume étant court (BRACHIONIDÆ, n° 4) ; submalléées quand les marteaux sont grêles, leur tête divisée en 3 à 5 dents, leur manche notablement plus long que l’enclume (HYDATINIDÆ, EUCHLANIDÆ, n° 5); forcipées quand les marteaux sont très grêles, leur tête en forme de crochet ou nulle, les cornes de l’enclume allongées en pince (SYNCHÆTIDÆ, NOTOMMATIDE, n° 6); incudées quand les marteaux avortent, les coins de l'enclume se développant en longue pince portée par un support robuste (ASPLANCHNIDÆ, n° 7); oncinées si les manches des marteaux disparaissent, leur tête ne présentant que deux dents et l'enclume demeurant étroite (FLOSCULARIDÆ, n° 2); ramées quand les manches des marteaux disparaissent, et que les cornes de lenclume attachées à un support rudimentaire ont une section quadrangulaire et sont traversées par deux ou trois saillies dentaires (PniLopt- NIDÆ, ADINETIDEÆ, n° 3); malléo-ramées quand les marteaux sont unis par leur tête aux cornes de l’enclume, les manches unis par trois brides à l'enclume, les têtes à trois dents, les cornes grandes, marquées de nombreuses stries parallèles à la dent et fixées à un support étroit (PrERODINIDEÆ, MeLicERTIDÆ, n° 1). Les machoires ne conslituent pas seulement des organes de trituration; elles fonctionnent souvent comme des organes de préhension protractiles (NoToMMATIDÆ); chez les formes parasites, elles servent au Rotifère d'organes de fixation au corps de son hôte (Drilophagus).
Il est à remarquer que les PEDALIONIDÆ, PTERODINIDEÆ et MELICERTIDÆ, qui ont la même disposition des franges ciliées, ont aussi des màchoires de même forme et que la terminaison du pied est aussi la même dans les deux dernières familles; que les PHiLODINIDÆ qui ont les mêmes bandes ciliées ne diffèrent des trois autres familles que par l'avortement des marteaux; on observe des affinités analogues entre les HyparininæÆ et les BRACHIONIDÆ auxquelles se relient les ASPLANCHNIDÆ, et de même entre les SYNCHÆTIDÆ, MICROCODONIDÆ, TRIARTHIDÆ et NOTOMMATIDÆ; de sorte qu'il serait plus naturel peut-être d'établir les ordres sur ces caraclères qui révèlent d'intimes affinités que sur la conformation du pied qui, en raison de son caractère d'organe externe, peut se prêter à de nombreuses adaptations, sans que rien d'essentiel soit changé dans l'organisation interne.
L'œsophage est un tube court à parois épaisses, intérieurement ciliées, qui va du mastax à l'estomac; ce tube est long et étroit chez les Albertia. L'estomac consiste en un vaste sac à parois formées de grandes cellules souvent chargées de gouttelettes graisseuses ; ces cellules sont fortement ciliées. Une sorte de valvule sépare l'estomac de l'intestin qui est peu distinct chez les MELiceRTIDÆ, et, en général, court, globuleux, à parois plus minces et plus fortement ciliées que celles de l'estomac. L'intes” tin se prolonge en un tube étroit, mais dilatable, qui peut être considéré comme un rectum, et qui s'ouvre à l'extérieur du côté dorsal. Son orifice établit la séparation
NÉPHRIDIES. 1449
entre le tronc et le pied ou plutôt la queue. On donne à cet orifice le nom de cloaque, car il sert à expulser tout à la fois les matières excrémentitielles, les produits de la sécrétion néphridienne et les éléments génitaux.
Le plus souvent le tube digestif va en ligne droite de la bouche à l'anus, mais il n'en est pas ainsi chez les espèces fixées (RmiZOTA); là l'intestin se recourbe en anse, avant de s'ouvrir au dehors (fig. 1031, n° 3), disposition intéressante, car elle nous achemine celle qui deviendra constante chez les Bryozoaires, tous fixés, avec lesquels les FLOS- CULARIDÆ et notamment les Stephanoceros (fig. 1031, n° 1) ont déjà une grande ressemblance extérieure. Il est à noter que chez les mêmes FLOSCULARIDE, le mastaxæ et les màchoires sont très réduits, comme s'ilsse préparaient à Ja disparition qui sera générale chez les Bryozoaires. L'intestin et le rectum font complètement défaut dans la famille des ASPLAN CHNIDÆ, OÙ il existe cependant un estomac volumineux (fig. 1032,st) et compliqué même, chez les Sacculus, de Six verticules. Sauf dans quelques genres exCeptionnels (Apodoïdes), l'appareil digestif est toujours très réduit chez les males, où il peut se résorber entie-
rement.
Fig. 1031. — Organisation des Rotifères. — 1, Stephanoceros Eichhornii vu Des glandes de deux par transparence; 2, Région antérieure du même plus grossie; 3, Diacatégories accompa- framme de Melicerta. — pv, frange vibratile principale ; sv, frange vibratile à accessoire; bf, entonnoir buccal; ch, menton; ce, coupe ciliée ; a, antennes gnent habituellement dorsales; a’, antennes latérales; vivz pavillons néphridiens; 4, crochet: le tube digestif; elles me mastax ; æ, œsophage ; 99 glandes gastriques ; s, estomac ; le, canal £ néphridien ; 0, œufs ; à, intestin; c/, cloaque; r, rectum; €, vésicule contracne manquent guère til: #, tube gélatineux ; g, ganglion nerveux; /, muscles (d'après Hudson).
que chez les FLoscu- LARIDÆ, chez les Albertia et les Taphrocampa; dans ce dernier genre le tube digestif ne présente même pas de dilatation stomacale. Partout ailleurs, il existe en arrière du mastax une accumulation de glandules que l’on considère comme des glandes Salivaires; de chaque côté de l'estomac se trouvent, en outre, les glandes gastriques (fig. 1025, g, et 1031, n° 3, gg) qui sont paires et symétriques et dont les dimensions relatives varient avec les genres. k
Néphridies. — L'appareil sécréteur des Rotifères est représenté par deux
néphridies tubulaires, occupant les régions latérales du corps et se pelotonnant, en général, dans la région antérieure et dans la région postérieure de sa cavité (fig. 1031, n° 3, et 1032, be, Wtr). Au niveau de ces pelotons, les néphridies présentent d'ordinaire une courte ramification latérale, allongée, claviforme, fermée à son extrémité libre par une cellule hémisphérique du centre de laquelle pend, à l'intérieur de la cavité de l'organe, une flamme vibratile, sans cesse en mouvement. On peut désigner ces organes, que nous retrouverons avec une structure identique chez les Turbellariés, les Trématodes et les Cestodes, sous le nom d’ampoules vibratiles. Outre Jes deux ampoules qui correspondent aux pelotons, il existe dans beaucoup de genres, sur chaque néphridie, tu trois autres ampoules occupant des positions déterminées, ce qui porte leur nombre hs ul} A UM À à Cinq (PHILODINIDÆ, HYDATINIDÆ, BRACHI0- GES HS deb) || NIDÆ, MELICERTIDÆ, FLOSCULARIDÆ). Ce uombre cinq est si fréquent qu'on peut le considérer comme normal; sa constance relative semble indiquer que les apparences de segments externes que présentent tant de Rotifères correspondent à une répétition régulière des organes internes, et sont par conséquent de véritables métamérides.
Toutefois on ne signale que quatre ampoules vibratiles pour chaque néphridie chez les SUCHLANIDÆ et l’Asplanchna priodonta, trois chez le Copeus cerberus, la Diurella tigris.
Ces organes manqueraient chez les Micro- CODONIDEÆ ; au contraire chez les Asplanchna myrmeleo, Ebbesborni et Brightwelli, on compte jusqu'à près de quarante ampoules greffées sur un tube rectiligne qui n’est lui-même qu'une ramification spéciale de la hs. néphridie (fig. 1032). Nous trouverons des Fig. 1032.,— Asplanchna myrmeleo; y, papilles variations analogues chez les animauxales tactiles, séligères ; oc, taches oculiformes ; 4, cerveau ; Mn, épiderme; 7, mastax; æ, œsophage; plus nettement métaméridés. mu, masble; dé, papille tactile latérale; k,slande [es ampoules vibratiles ont souventila
pédieuse; sf, estomac; di, doigts; Xs, germi- i gène ; ds, vitellogène ; on voit à droite l'une des forme de triangles aplatis (Euchlanis dilatata, néphridies avec son long canal garni de renfle- l AE Ph2 NS : ments vibratiles (d'après Plate). Asplanchna, etc.); lorsqu'on les examine par la tranche, la flamme vibratile apparait nettement; la face large est, au contraire, marquée de lignes transversales, parallèles, qui ont élé interprétées (Hudson) comme des lignes d'insertions de cils vibratiles. La néphridie droite et la néphridie gauche sont reliées entre elles dans la région céphalique par une anastomosetransversale chez les Lacinularia socialis, Floseuluria, Apsilus lentiformis, Stephanoceros (Gg. 1031, n° 2), Hydatina senta, probablement aussi les Conochilus et peut-être toutes les espèces des familles des HYDATINIDÆ, MELr- CERTIDÆE el FLOSCULARIDÆ; cette anastomose porte l’une des paires d'ampoules vibra-
tiles (v,), au moins chezles Lacinularia et Apsilus; elle manque dans les autres familles.
A leur extrémité postérieure, les néphridies s'ouvrent séparément et directement au dehors, au moins chez un cerlain nombre de mâles (Hydatina senta, etc.); chez la plupart des femelles, elles s'ouvrent l’une et l'autre dans le rectum, tout pres du cloaque. Au voisinage du rectum, les néphridies ne présentent aucune modification particulière, et le rectum lui-même ne se modifie pas après les avoir reçues chez les Pterodina patina, P. valvata, Pedalion mirum, Lacinuluria, Tubicolaria ; il se renfle, au contraire, en une sorte de vésicule contractile chez les PHILODINIDÆ et plusieurs Conochilus; ce sont les extrémités des néphridies qui subissent celte modification chez la Salpina macracantha et le Conochilus volvox; enfin, et c’est là le cas le plus général, les extrémités renflées des deux néphridies se confondent en une vésicule unique qui s'ouvre dans le rectum. Cette vésicule est contractile ; ses battements sont rythmiques, et, dans des circonstances données, leur rythme est caractéristique pour chaque espèce.
Glandes pédieuses. — Le pied des Rotifères contient, en général, deux glandes qui s'ouvrent à l'extrémité des doigts et sécrètent une humeur visqueuse par laquelle l'animal adhère aux corps solides, quand il se fixe. Cette humeur peut, dans certains cas, se transformer en un filament résistant. Les deux glandes pédieuses des Monocerea el Diurella s'ouvrent dans une vésicule contractile qui débouche à l'extérieur près de la base du stylet terminal du pied. Ces glandes se réduisent beaucoup, et peuvent même se confondre en une glande impaire chez les Synchæla et les Rhinops.
Système nerveux. — Un ganglion, situé tout à fait en avant, du côté dorsal, représente tout le système nerveux central; on y aperçoit nettement les limites des cellules nerveuses. La forme du ganglion cérébroïde est très variable; il est triangulaire, par exemple, chez les PniLoninipæ, trilobé chez les Copeus, réniforme à concavité postérieure chez les Brachionus, représenté par un groupe de grosses cellules chez les MELICERTIDEÆ, en forme d'étoile à sept branches chez les FLOSCu- LARIDÆ. De ce ganglion partent des nerfs qui se rendent aux organes des sens.
Les organes des sens différenciés paraissent être exclusivement des organes du toucher et des organes de vision.
Les organes du toucher sont ou bien des soies isolées, occupant des positions fixes (il y en a quatre par exemple sur la couronne des Synchæta), ou des touffes de soies disposées sur le tégument en des points déterminés (fig. 1032, {) ou portés par des appendices spéciaux, des antennes. Celles-ci sont des appendices plus ou moins longs en général tronqués au sommet et surmontés d’un bouquet de soie. Leur nombre fondamental parait être de quatre : deux dorsales (fig. 1031, n° 2, a) et deux latérales ou même ventrales (a'). Les antennes dorsales sont largement séparées chez les Asplanchna priodonta, Copeus spicatus, Brachionus plicatilis, mais bien plus souvent elles sont serrées l'une contre l'autre (Synchæta pectinata), où entièrement fusionnées en une seule, ce qui est le cas ordinaire. Les antennes de la paire inférieure sont quelquefois dorsales (Notops brachionus), d'autre fois latérales (Stephanoceros Eichhornii), plus souvent ventrales (Melicerta ringens); exceptionnellement elles se fusionnent en un seule organe : le Copeus caudutus à ainsi deux antennes impaires, situées sur la ligne médiane, l'une dorsale, l’autre ventrale. Les antennes inférieures semblent manquer chez les PmiLopiNipæ, mais le plus souvent leur absence n'est qu'apparente, car fréquemment ces organes se réduisent à de simples tubercules
sétigères ou même à un bouquet de soies. Les antennes peuvent se placer sur la couronne (Euchlanis, Asplanthna), où reculer plus ou moins loin sur le cou; quelquefois des organes qui leur ressemblent se trouvent aussi dans la moitié postérieure du corps (Synchæta tremula, Copeus).
Les organes de vision sont toujours en contact immédiat ou presque immédiat
ND
Nils
Fig. 1033. — Æydatina senta, mäle. — T',testicule ; p, pénis (d’après Cohn\.
Fig. 1034. — Æydatina senta femelle.
avec le cerveau; il peut y en avoir deux (PHiLopiNibÆ, EucuLa- NIDÆ, TRIARTHRIDÆ, Rhinops, PTERODINIDÆ, Limnius, Cephalosiphon, Distemma, Diglena, Cælopus, Œcistes, Conochilus, Eosphora, beaucoup de FLOSCULARIDÆ) ou uu seul (MICROCODONIDEÆ, ASPLAN- CUNIDÆ, Megalotrocha, Synchæta, Notops, Copeus, Nolommata, Dinocharis, Scaridium, Mastigocerca, Rattulus, Fureularia, Euchlanis, BRACHIONIDÆ), Sans ou avec cristallin (PaiLopiNipx). Leur pigment est de couleur écarlate. L'œil unique paraissant résulter de la fusion de deux yeux latéraux, on peut trouver dans la même famille, chez les CoLuRIDÆ par exemple, des genres à deux yeux (Colurus, Monura, Mitylia) et des genres à œil unique (Hetopidia) ; il en est de même dans la famille des NOTOMMATIDÆ (voir la classification).
Dimorphisme sexuel. — Les sexes sont séparés et le dimorphisme sexuel est poussé à un degré qu’on rencontre rarement dans les autres classes. Les mâles (fig. 1033), beaucoup plus petits que les femelles (fig. 1034), sont demeurés longtemps inconnus; on n'a pas encore décrit ceux de toutes les espèces; mais on sait déjà que les formes qu'ils revêtent présentent une gradation remarquable. Ceux des Seison sont peu différents des femelles; ceux de l'Apodoides stygius ont d’abord la même structure que les femelles, puis entrent en régression, et perdent, durant une mue, leur appareil digestif, v compris le mastax ; les mäles d'Euchlanis ne paraissent être extérieurement qu'une réduction des femelles; ils manquent cependant d'appareil digestif et de mastax. Dans les autres types, les males ont une apparence tout autre que celle des femelles, mais quelles que soient les dissemblances de celles-ci, ils présentent entre eux les plus grandes ressemblances, et ressemblent aussi aux larves des femelles (Melicerta) ; les mâles des espèces à femelles cuirassées sont dépourvus de carapace, sauf dans le genre Euchlanis ; ceux des espèces fixées sont libres. À moins de les
= Wpr, bande ciliée circonscrivant AVOir vus éclore d'œufs d'origine certaine, ou de les
cinq tubereules frontaux ; #, mastax etappareil masticateur ; Dr, glandes
avoir surpris au moment de l’accouplement, il est
salivaires ; Wér, pavillon cilié des presque impossible de rapporter les mâles aux espèces néphridies; 4, intestin moyen ; Ov,
ovaire ; CBI, eloaque(d'après Con), dOnt les femelles sont cependant bien connues. En
raison de la constance de leur forme, on pourrait les
considérer comme représentant l'état primitif des Rotifères, s'ils n'étaient manifeste-