‹ Traité de zoologie (volume 4)Chapitre 35 sur 202 · REPRODUCTION · texte numérisé non relu

REPRODUCTION

un corps d'apparence glandulaire qu’on a interprété comme un rudiment de polypide. Les aviculaires peuvent revêtir les formes les plus variées. En dehors de l'absence du polypide, ils ne différent presque des zoæcies dont ils occupent la place que par des modifications sans importance chez les Flustra, Cellaria, Membranipora longicornis, Schizoporella, etc. Dans une autre série de formes, la zoœcie est rapetissée, conique, à orifice dirigé vers le haut, rétréci, et surmonté d’une mandibule rostrée; ces aviculaires n'ont plus qu'une ressemblance lointaine avec les bryomérides complets et pourraient être pris, en général, pour de simples organes de ces derniers; leur mandibule seule est mobile (Scrupocellaria, Diachoris, Bicellarin). L'aviculaire est pédonculé, muni entre ses deux mâchoires de soies tactiles chez les Notamia, desquels nous passons enfin aux aviculaires des Bugula (fig. 1040, Av), en forme de tête d'oiseau de proie, mobiles sur un pédoncule figurant un cou.

Les vibraculaires (fig. 1041, Vi) ressemblent aux aviculaires à loge immobile; ils n'en différent guère que parce que la mandibule est ici remplacée par une longue lanière, le fouet, mue par des muscles analogues à ceux de l’aviculaire. Habituellement, à la base de la loge se trouve un orifice qui livre passage Fig. 1040. — Bugula avicularia. — à un long appendice tubulaire, la fibre radicale (Scru- Rae rate A pocellaria). Le fouet est denté sur ses bords chez les intestin; Æ, musele rétracteur; F, Cabereu, où les mouvements de ces organes sont A ER En San absolument synchrones dans toute l'étendue du bryo-

zoide. Les fouets atteignent leur maximum de déve- VE loppement chez les SELENARHDE qui sont libres à l’état adulte, et chez qui ces organes jouent le rôle de rames SA

déterminant par leurs battements le déplacement du bryozoide. Chez quelques espèces, les vibraculaires contiennent un corps glandulaire comme les aviculaires. Les aviculaires et les vibraculaires peuvent

se rencontrer côte à côte sur le même bryozoide; À {

leur absence, leur présence simultanées, leur position ARS v:

par rapport aux bryomérides complets, leur forme dj 1)

ont fourni d'excellents caractères de classification

(p. 1196 et suivantes). Fig. 1041. — Scrupocellaria ferez. —

Vi, vibraculaires.

Reproduction. — Les bryomérides sont habiluellement hermaphrodites (Alcyonidium albidum, Membranipora pilosa, Hypophorella expansa).

L'hermaphrodisme revêt, chez l'Alcyonidium duplex, un caractère particulier, intimement lié à la faculté de régénération que possède le cystide à l'égard du polypide. Chez cette espèce, au moment de la reproduction, les jeunes bryomérides contiennent simultanément deux polypides d'âge différent. A l'extrémité du cæcum

stomacal du polypide le plus âgé, se développe un amas de spermatogonies qui se détachent par petites masses pour tomber dans la cavité générale, où elles n'arrivent à maturité que successivement. Pendant ce temps, le polypide qui les a produites se flétrit; il est remplacé par son compagnon plus jeune et qui, lui, ne produit que des ovules et les produit dans son funicule. Quand ces ovules sont arrivés à leur développement complet, le bryoméride contient un ovaire attaché au funicule d'un polypide en parfaite activité, et des testicules flottants; il semble un hermaphrodite ordinaire; mais son hermaphrodisme a été réalisé grâce à l’intervention de deux polypides sexués dont le plus ancien, le mâle, a disparu. Ce phénomène s'explique de lui-même par l'établissement d’un simple synchronisme entre le renouvellement des polypides et l’époque du développement des testicules et des ovaires dans des bryomérides hermaphrodites protandres.

Lorsque le bryoméride est hermaphrodite, les deux sortes d'éléments peuvent arriver à maturité en même temps (Alcyonidium albidum), ou bien l'une des deux sortes d'éléments arrive à maturité avant l’autre; il y a ainsi protandrie chez l’Alcyonidium duplex, protogynie chez d’autres espèces, et l’on arrive finalement à des formes absolument unisexuées (Loxosoma, Lepralia Martyi, Membranipora zostericola).

Les éléments reproducteurs se développent toujours aux dépens du tissu mésodermique, mais en des points variés de ce tissu, tantôt sur sa couche pariétale (testicule de l'A lcyonidium albidum, de l'Hypophorella expansa, ovaire et testicule des Paludicella), tantôt sur le funicule (ovaire de l’Alcyonidium albidum, testicule et ovaire de l'A. duplex, ovaire de la Membranipora pilosa, de V'Hypophorella expansa, des Valkeria cuscuta, Bowerbankia imbricata, Bicellaria ciliata, Lepralia Martyi, etc., testicule des Plumatella).

Les spermatozoïdes résultent, chez les Plumatella, d'une transformation directe des cellules de la couche superficielle du funicule qui se sont, au préalable, activement divisées.

Les œufs se constituent par une simple différenciation d'un groupe de cellules mésodermiques qui grossissent, se remplissent de granulations, n'arrivent généralement que l’une après l’autre à l’état d'œuf mür et tombent alors dans la cavité générale. Les œufs mûrs peuvent être évacués à l'extérieur pour y accomplir leur développement (Laguncula repens, Aleyonidium albidum, A. duplex, Hypophorellu expansa, Membranipora pilosa).

Appareil génital des Entoproctes et du Cephalodiseus. — L'appareil génital des Entoproctes, celui des Rhabdopleura et des Cephalodiseus différent de l'appareil génital des autres Bryozoaires en ce qu'ils sont constitués par des glandes paires, munies chacune d’un canal excréteur. Les sexes sont séparés chez les Loxosoma et les Urnatella. En ce qui concerne les PEDICELLINID#, Fœættinger ! les donne comme unisexuées, les colonies mêmes étant exclusivement mâles ou femelles ; Ehlers ? déclare, au contraire, que les sexes sont réunis, et que la Pedicellina echinata est même hermaphrodite homochrone. Les testicules sont placés au-dessus du tube digestif; leurs canaux déférents convergent, chez les Loxosoma, vers une vésicule

1 FoETriNGER, Sur l'anatomie des Pédicellines de la côte d'Ostende, Archives de Biologie, t. VII, 1881.

2 Eurers, Zur Kenntniss der Pedicellinen, Abhandl. k. Gessellschaft der Wiss. Gôttingen, t. XXX VI.

séminale impaire qui débouche au dehors entre les ganglions et l’æsophage. Les canaux déférents sont courts et le canal excréteur de la vésicule séminale long chez les P£DICELLINIDE; il existe un canal déférent impair chez les Urnatella où il est en forme d'U et cilié intérieurement. L’orifice mâle est toujours situé auprès du pore néphridien.

En ce même point débouche, chez les Loxosoma femelles, une glande de la coque, chargée de sécréter l'enveloppe pédiculée de l'œuf mür, au moment où celui-ci passe dans la chambre incubatrice; celle-ci n’est autre chose qu'une sorte de cloaque formé aux dépens du plancher du lophophore, en arrière de la bouche, et dans lequel s'ouvrent les glandes génitales et le rectum. Il n'existe pas de poche semblable chez les Urnatella. La glande du Loxæosoma est remplacée chez les Pedicellina par un revêtement glandulaire du long canal impair, dans lequel se jettent les deux courts oviductes. Les ovaires des Loxosoma sont deux sacs dont les cellules pariétales se différencient pour constituer les œufs; chaque ovaire ne contient jamais qu'un seul œuf mûr, et les œufs mürissent alternativement à droite et à gauche.

Des Rhabdopleura, les mâles seuls sont connus; leurs testicules sont tubulaires et possèdent chacun un canal déférent. Chez les Cephalodiseus les glandes génitales sont également pourvues chacune d’un canal excréteur en continuité avec leurs parois.

Conditions de développement des œufs: formes larvaires. — Le développement des œufs chez les Bryozoaires entoproctes a lieu soit dans une cavité incubatrice spéciale, creusée entre les tentacules sur le lophophore des femelles (Pedicellina), soit dans la cavité même du corps (Loxosoma); seulement ici les œufs accumulés sous le plancher du lophophore, ont refoulé ce plancher de manière à constituer pour chacun d'eux une capsule ou ovisac qui fait hernie entre les tentacules; ces capsules unies entre elles par le tégument même finissent par former de véritables grappes d'où les larves s’échappent une à une par la rupture des parois de leur ovisac. Les larves des Pedicellina et des Loxosoma mènent une assez longue existence pélagique; elles se ressemblent beaucoup, et sont des organismes complets, comparables à des Rotifères. En raison du caractère d’infériorité de l’organisation des Entoproctes, on peut les considérer comme représentant une forme primitive de Bryozoaires, et nous les étudierons en conséquence en premier lieu.

Les œufs des Bryozoaires ectoproctes sont quelquefois pondus et se développent librement dans le milieu ambiant (Hypophorella expansa, Alcyonidium albidum, Membranipora pilosa, Farrella, Laguncula repens). Le Bryozoaire est alors ovipare. Mais le plus souvent les œufs gardent avec le bryoméride des rapports plus ou moins intimes qui peuvent être ramenés à quatre cas : 1° les œufs se fixent sur le pourtour du diaphragme et ne sont abrités que pendant la rétraction du polypide qui conserve toute son activité ordinaire (A /cyonidium duplex) ; 2° les œufs passent dans la gaine tentaculaire d’un polypide qui succède au polypide producteur de l'ovaire, mais n’alteint jamais son complet développement (Walkeria cuscuta, Bowerbankia imbricata, Farrella repens); 3° les œufs se développent dans une cavité incubatrice spéciale, l'ovicelle (fig. 1040, Ovz), indépendante du polypide et placée à la partie supérieure du cystide (nombreuses espèces de Chéilostomes, parmi lesquelles les Flustra, Bugula, etc.); 4° l'œuf se développe dans la cavité générale du bryoméride sans que le polvpide soit modifié en aucune façon (Cylindræcium dilatatum).

A ces diverses conditions dans lesquelles sont placés les œufs au cours de leur développement, correspondent des modifications graduelles de la forme embryonnaire primitive d'autant plus remarquables qu'elles sont absolument indépendantes du degré d’affinité des formes adultes auxquelles elles appartiennent. Les espèces ovipares, à quelque groupe qu’elles appartiennent, ont une forme embryonnaire constituant un organisme complet comme celle des entoproctes. Cette forme larvaire a reçu le nom de Cyphonautes; on la trouve chez des Cténostomes comme l’Hypophorella expansa, V'Alcyonidium albidum, aussi bien que chez des Chéilostomes comme la Membranipora pilosa. Chez toutes les espèces vivipares dont l'existence est assurée pendant toute la période d’incubation, l'accélération embryogénique intervient. Le tube digestif embryonnaire qui est destiné à disparaitre, chez le Cyphonautes, après la fixation, ne se forme pas, et quant aux autres organes ils disparaissent graduellement dans leur ordre d'utilité à la larve. Les larves de FLUSTREL- LIDÆ ont encore une carapace bivalve, et presque tous les organes essentiels d’un Cyphonautes. La carapace bivalve disparait la première et les derniers organes que garde l'embryon sont : la couronne ciliée, commune à tous les Trochozoaires, qui lui sert d'organe locomoteur, et un organe adhésif que présentait le Cyphonautes en avant de l'anus et qui sert à l'embryon à se fixer au moment de sa métamorphose; cette réduction est réalisée chez la plupart des Alcyonidium (A. mytili, A. polyoum) et chez les CYCLOSTOMATA. Si l’on ajoute que dans certains genres (Bugulu, Diachoris, Schizoporellu), la bande ciliée envahit presque toute la surface du corps, on aura la clef des modifications de forme et d'organisation, si singulières en apparence, que présentent les embryons libres des Bryozoaires. Ces formes sont remplacées chez les Phylactolèmes par un embryon ovoide, uniformément cilié, véritable cystide nageur, au sein duquel peuvent se produire un ou deux polypides (Plumatellu repens). Conformément à ce que l'on observe dans les autres séries zoologiques, le maximum d'accélération embryogénique se trouve donc chez les formes d'eau douce, dans l’embranchement des Bryozoaires.

Développement des Entoproctes. — La segmentation de l’œuf des Pedicellina est légèrement inégale au début; elle conduit à la formation d’une blastula dont le pôle exodermique et le pôle entodermique se distinguent par les dimensions moindres des cellules du premier; la moitié entodermique s’invagine dans la moitié exodermique de manière à former une gastrula dont les cavités gastrique et cœælomatique sont bien développées (fig. 1042, n° 1). Le blastopore prend la forme d'une fente allongée dans le sens ano-buccal; à son extrémité anale, se différencient deux cellules symétriques qui sont l'origine du mésoderme, et qui peu à peu sont recouvertes par l’exoderme, tandis que le blastopore se ferme. À la place qu'il occupait, l'exoderme s’épaissit et constitue un disque qu'un sillon peu profond sépare du reste du corps. L’intestin antérieur (æsophage embryonnaire) et l'intestin postérieur résultent d'invaginations qui se produisent aux deux extrémités d’un même diamètre de ce disque et qui se mettent en communication avec la sphère entodermique; celle-ci se différencie peu à peu en estomac et intestin. Des cils vibratiles nombreux apparaissent sur le disque et dans l'œsophage. Pendant ce temps le disque ano-buccal s’invagine et la région du corps qui lui correspond, devenue infundibuliforme, peut recevoir le nom de vestibule. L'embryon a pris maintenant une forme conique; à son pôle aboral qui est atténué, les cellules

DÉVELOPPEMENT DES ENTOPROCTES. 1481

exodermiques s’allongent; des cils raides apparaissent à leur surface, et il se constitue ainsi un organe, l'organe aboral, que nous retrouverons chez presque tous les embryons de Bryozoaires. A ce moment, sur tout le pourtour du vestibule apparaissent de longs cils locomoteurs qui caractérisent une couronne ciliée dont tous les embryons des Bryozoaires se montreront également pourvus. Bientôt de nouveaux organes font leur apparition, ce sont : 4° l'organe dorsal; 2 la protubérance ciliée ou épistome; 3° les néphridies.

L'organe dorsal (Kn) se développe en avant, sur la face aborale de la larve, immédiatement au-dessous de la couronne ciliée. C’est une masse cellulaire, globuleuse, creuse, dont la cavité richement ciliée est en communication avec l'extérieur. Les parois de l'organe sont formées de trois couches de cellules :

Af

et NE NS

Fig. 1042. — Développement de la Pedicellina echinata. — 1, Blastula dont le côté entodermique Æn est aplati; Ec, exoderme; Æh, cavité de segmentation; — 2, coupe optique d'un stade plus avancé : Ms, une des deux cellules primitives du mésoderme; — 3, coupe optique d'un embryon plus âgée : æ, œsophage; Af, rudiment du rectum; Æn, entoderme; Dr, organe aboral; — 4, coupe optique d'une jeune larve : À, vestibule; æ, œsophage; A/f, rudiment du rectum ; D, intestin; Æn, organe piriforme; - 5, jeune larve libre : mêmes lettres, en outre : Æ/s, cellule mésodermique : AN, néphridie; Z, plaque glandulaire de l'estomac (d'après Hatschek).

1° l'épithélium cilié, limitant la cavité interne ; 2° une couche de cellules disposées sans ordre; 3° une lame de tissu mésodermique. L'organe dorsal parait être un organe sensitif dont la couche moyenne serait formée de cellules ganglionnaires, il est relié par un tractus fibreux à l'organe aboral. L'organe dorsal est double et chacune de ses fossettes est armée de longs cils chez les larves de Loxosoma; à sa surface se trouvent deux points oculiformes d'un rouge jaunàtre qui semblent préciser sa nature nerveuse.

La protubérance ciliée (fig. 1042, n° 5) est une forte saillie éminemment rétractile, surmontée d’un plumet de cils vibratiles qui apparait sur le plancher du vestibule entre la bouche et l'anus. Cette saillie, derrière laquelle s'élève le tube anal, persiste en partie chez l’adulle; elle a été comparée à l'épistome des PHYLACTOLÈMES et au pied des Rhabdopleura. Entre elle et le tube anal, se trouve naturellement

une dépression, à droite et à gauche de laquelle on observe un amas de cellules glandulaires de grande dimension.

Les néphridies se constituent dans le mésoderme. Celui-ci résulte de la division des deux cellules mésodermiques que nous avons vues se différencier au Cours de l'invaginalion de la gastrula. Les cellules issues de cette division se groupent de manière à former soit des lames de revêtement, soit du tissu conjonctif interstitiel, ou bien se transforment en fibres musculaires. Les néphridies qui se creusent dans des ébauches fournies par le mésoderme, s'ouvrent à l'extérieur au voisinage de la face antérieure du tube anal, de chaque côté de ce tube.

Développement des Cyphonautes. — Le développement des types dont l'embryon revêt la forme de Cyphonautes (fig. 1043) présente une assez grande uniformité. Les œufs, au moment où ils se détachent de l'ovaire pour tomber dans la cavité générale, prennent une forme irrégulière qui les fait paraitre flétris, et exécutent de lents mouvements amiboides; ils sont fécondés durant cette période par les spermatozoïides mêmes du bryoméride auquel ils appartiennent. Après la ponte, la membrane vitelline est séparée du vitellus par un liquide clair, incolore quetraversent parfois des prolongements protoplasmiques du vitellus (M. pilosa); deux globules polaires sont bientotexpulsés, puis commence une segmentation régulière et géométrique jusqu’au

Va

Fig. 1043. — Coupe optique d’un Cyphonautes {larve de Membranipora ou d'Alcyonidium albidum) complètement développé.— va, chambre antérieure du vestibule ; j, point oùla bande ciliée postérieure cop se réunit à l’arceau vestibulaire av; vp, chambre postérieure ou anale; 7, rectum; ad, organe adhésif; ma, muscle adducteur des valves; er, exoderme; es, estomac; gl, cellules mésodermiques bourrées de granules réfringents; 0h, organe aboral ; cog, valves chitineuses; 0», entrée de l’æœsophage; #n, traclus museulonerveux; ph, pharynx; g, cornes de l'organe adhésif; pi, organe piriforme; coa, bande ciliée antérieure se prolon-

stade 16. À ce moment, l'embryon est allongé et symétrique par rapport à un axe perpendiculaire au plan de segmentation primitif; mais dès le stade suivant, il s’'aplatit perpendiculairement à ce plan et passe ainsi à la symétrie bilatérale.

Au centre de sa face la moins con-

gcant jusqu’en 7t; fa, fossette antérieure; ic, gouttière ciliée de l’organe piriforme; pl, plumet vibratile (d'après

Re vexe, on aperçoit alors quatre cel-

lules plus granuleuses; ce sont les initiales de l’entoderme, qui ne tardent pas à être enveloppées par les autres blastomères dont la division continue. On peut admettre que l'embryon est alors une gastrula à cavité gastrique rudimentaire (sterrogastrula, Lang) et à cavité de segmentation très petite, tandis que ces deux cavités sont nettement distinctes chez les Entoproctes. Jusqu'ici le développement parait suivre la même marche chez tous les Ectoproctes (EscaAriDÆ, Membranipora zostericola, Bugula, etc), si ce n'est que la différenciation des quatre cellules entodermiques peut être tardive et suivre seulement leur enveloppement (Bugula), ou que ces cellules peuvent déjà se diviser chacune en deux avant l’invagination (Membranipora zostericola, Aleyonidium

DÉVELOPPEMENT DES CYPHONAUTES. 1483 albidum), division qui ne se produit d'ordinaire qu'après. Peu de temps après l’invagination, le blastopore se ferme et disparait. À ce moment, apparaissent les deux initiales du mésoderme symétriquement placées; leur origine est sans doute la même que celle des cellules correspondantes des embryons de Pedicellina. L'embryon prend maintenant la forme d'un cône, dont la base est la face où s'est formé le blastopore ou face orale. Au sommet du cône, légèrement incliné vers une extrémité qui sera l'extrémité antérieure, un épaississement de l'exoderme est la première indication de l'organe aboral déjà décrit chez les Entoproctes. Peu à peu la face orale se déprime, comme dans ce dernier groupe, en formant une invaginalion conique qui arrive à toucher l'organe aboral, en refoulant la totalité de Ia masse entodermique vers l'extrémité postérieure de l'embryon où elle arrive finalement au contact de la paroi; en même temps, des cils se montrent sur tout le pourtour de la face orale, constituant la couronne, et plus tard des soies rigides apparaissent sur l'organe aboral. A cet état a lieu l’éclosion chez l’Alcyonidium albidum et V'Hypophorella expansa; mais, chez la Membranipora pilosa, par suite du mode spécial de croissance de l'embryon, celui-ci arrive à toucher l'enveloppe de l'œuf sur tout le pourtour de la face orale et au pôle aboral; l'enveloppe ovulaire disparait sur la face orale et sur le pôle aboral, de manière que les cils vibratiles de l'une et les soies rigides de l'autre entrent en contact avec le milieu extérieur, là se borne le phénomène de l'éclosion. A partir de ce moment, les deux cellules mésodermiques se divisent, et quelques-unes d’entre elles se disposent en file depuis le pôle aboral jusqu'à l'extrémité antérieure de la face orale; elles se transformeront en un faisceau musculaire. Une cavité se creuse dans la masse entodermique; celte masse se transforme ainsi en un estomac (intestin moyen) qui s'ouvre bientôt au fond de l'invagination orale ou vestibule; cette dernière représente, en réalité, un œæsophage (intestin antérieur). Le rectum (intestin postérieur) se constitue par une invaginalion exodermique de la partie postérieure de la face orale. Pendant ce temps, l'embryon prend la forme comprimée si caractéristique de l'adulte, tandis que des cils vibratiles apparaissent dans le vestibule et déterminent les premiers mouvements de déglutition. Peu après deux mamelons situés dans la région moyenne du vestibule, puis deux mamelons situés à son extrémité antérieure apparaissent de chaque côté de la face orale et se couvrent de cils. Les mamelons postérieurs sont le point de départ de deux bourrelets ectodermiques de la paroi du vestibule qui se rejoignent à partir du fond de celui-ci en formant un arceau par lequel sa cavité est divisée en deux chambres, l’une orale, l’autre anale; cet arceau se couvre de cils tandis que les cils de la région moyenne de la couronne s’atrophient plus ou moins complètement.

Le Cyphonautes, pour être complètement constitué, a encore à acquérir deux organes : 1° l'organe adhésif (ad) qui se montre en avant de l'anus, au fond de la chambre anale du vestibule; 2° l'organe piriforme (fe), sorte de cloche ciliée qui se constitue en avant du vestibule, entre sa paroi et celle du corps. L'organe adhésif se forme le premier, c’est une simple invagination exodermique, préanale, dont les parois grandissent peu à peu en s’épaississant de manière à constituer, chez le Cyphonautes adulte, un vaste sac sur lequel se développent plus tard deux cornes dirigées vers le pôle aboral et qui viennent se loger dans les parties latérales de la cavité générale, en masquant partiellement l'estomac. On ne peut s'empêcher de remar-

quer que cet organe adhésif occupe la même position que la protubérance ciliée des larves de Pedicellina.

Il semble que l'organe piriforme soit également le résultat d’une invagination préorale de cette nature; sa paroi antérieure est très épaissie, et présente sur sa face orale, une fossette à laquelle aboutit un groupe médian de cellules glandulaires, flanqué de deux groupes latéraux de cellules orientées vers la paroi antérieure de l'organe. L’organe piriforme est placé en dedans de la couronne, tandis que l'organe dorsal des embryons de Pedicellina est placé au-dessous. Ces deux organes n’en ont pas moins de remarquables connexions communes avec l'organe aboral, et c'est une question de savoir si la différence de leur position relativement à la couronne est suffisante pour empêcher de les homologuer. Effectivement, comme chez les larves de Pedicellina, un tractus fibreux dont nous avons vu précédemment le mode de constitution, s'étend le long du bord antérieur des Cyphonautes depuis l'organe aboral jusqu'à l'organe piriforme. Ce tractus est formé par l'association de fibres musculaires et de fibres nerveuses; ces dernières rejoignent, au fond de l'organe piriforme, deux cordons nerveux qui, arrivés à l'extrémité orale de l'organe, se bifurquent, et émettent chacun une branche antérieure et une branche postérieure, innervant respectivement le quart correspondant de la couronne. Les fibres musculaires, probablement accompagnées d’un petit nombre de fibrilles musculaires, passent entre la masse glandulaire et la paroi antérieure de l'organe piriforme pour aboutir à un bulbe cellulaire qui porte un plumet de cils plus grands que leurs voisins. Tandis que, de l'organe aboral au fond de l'organe piriforme, les fibres musculaires sont striées, elles sont lisses dans leur trajet le long de l'organe glandulaire. Si l’on admet les homologations que nous venons d'indiquer, la ressemblance entre les embryons d'Entoproctes et les Cyphonautes est frappante. Les principales différences, en dehors de celles que nous venons de signaler, résident dans l'absence de néphridies, dans la forme comprimée du Cyphonautes, et enfin dans ce fait, qu’au lieu d’une cuticule continue, il est enfermé entre deux valves latérales chitineuses, munies de muscles adducteurs spéciaux. Ces valves ont été sécrétées par les faces latérales de l'embryon, comme un revêtement chitineux, peu après l'achèvement du tube digestif.

Dégradation graduelle des larves. — On peut encore reconnaitre toutes ces parties, sauf les valves extérieures, chez la larve si différente de forme de l’Alcyonidium (Sarcochitum) polyoum qui est vivipare. Cette larve, en forme de gâteau de Savoie, présente encore un tube digestif très développé, mais dont l’œsophage est très étroit et disparait de bonne heure, tandis que le rectum avorte. Une couronne circulaire, très épaisse, sépare la face orale de la face aborale. En avant de la bouche on retrouve l'organe piriforme; en arrière, l'organe adhésif est transformé en une vaste ampoule, la ventouse ou sac interne, et l'organe aboral, très agrandi, est devenu ce que les auteurs appellent la calotte; un tractus fibreux unit, comme dans les types précédents, la calotte à l'organe piriforme.

La larve de la Flustrella hispida (fig. 1044) et celle de la Pherusa ressemblent davantage extérieurement à un Cyphonautes ; elles sont moins comprimées, réniformes quand on les regarde de profil et non pas coniques, mais elles possèdent les deux valves latérales caractéristiques. Leur organisation interne est cependant plus rudimentaire encore que celle de la larve d’Alcyonidium polyoum ; le tube digestif est, en effet, représenté par une simple poche de faibles dimensions, s’ouvrant à l’extérieur

Page 1