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DÉVELOPPEMENT DE L’'IDÉE D ESPÈCE

20 Des produits féconds dont on n'a observé qu'un petit nombre de générations SUCCESSIVES ;

3° Des produits dont la fécondité est un fait exceptionnel;

4° Des produits totalement inféconds ;

5° Des résultats absolument négatifs.

Une gradation semblable s'observe dans la difficulté plus ou moins grande avec laquelle l’accouplement est obtenu.

Les animaux dont l'accouplement doit donner naissance à des produits indéfiniment féconds s'unissent plus ou moins volontiers. L'union des autres est ordinairement exceptionnelle; rare entre animaux sauvages, elle se produit surtout entre les individus domestiques et les individus sauvages, quand les individus sauvages de l’autre sexe font défaut. Le plus souvent il faut, pour obtenir l'accouplement, maintenir ensemble, dès le jeune âge, en captivité et dans l'isolement complet des individus de leur espèce, les animaux que l'on veut croiser. Méme dans ces conditions, les animaux, dont l’accouplement est infécond, restent étrangers les uns aux autres.

A mesure que se succèdent les générations des produits féconds de croisements, on observe d'autre part les phénomènes suivants : Les produits croisés dont la fécondité se maintient à travers les générations gardent, pendant un certain nombre de générations, des caractères mixtes; mais, peu à peu, à mesure que les générations se succèdent, les caractères propres à chacune des deux formes parentes tendent à se séparer. Après une période plus ou moins longue de variations désordonnées, durant lesquelles certains individus ressemblent entièrement à l'une des formes parentes, tandis que les autres gardent à des degrés divers des caractères . mixtes, tous les individus finissent par ressembler à l’une des formes initiales, l’autre étant complètement éliminée. Dans ce cas, il ne se crée pas de forme intermédiaire entre celles qu'on a décidées à Ss’unir, et l’on convient de considérer comme d'espèce différente les formes dont la descendance présente le phénomène de retour. Mais ce phénomène de retour se produit après un nombre très variable de générations, on l'observe même dans l'union de deux races différentes de nos espèces domestiques, et il est probable qu’il se rencontre également dans le croisement des races de l'espèce humaine, puisque les plus anciennes de ces races ont encore des représentants parmi nous.

Les formes considérées comme spécifiquement distinctes ne sont donc pas brusquement séparées; les intervalles qu’on observe entre elles, au point de vue de la fécondité des croisements, présentent toutes les grandeurs possibles.

Il existe aussi des gradations de ce genre quand on unit des animaux appartenant sans conteste à la même espèce. Lorsque ces animaux font partie d'une même lignée, les accouplements sont souvent d'autant moins féconds, les produits d'aulant moins vigoureux que la parenté des conjoints est plus proche, et, dans les cas 1es plus favorables, la fécondité égale, sans la dépasser, la fécondité des unions entre individus de lignée différente. Les unions entre individus de races différentes sont souvent, au contraire, d’une extrême fécondité.

On peut réunir tous ces cas dans une même formule en disant : Une trop grande ressemblance entre les individus qui s’accouplent améne l'infécondité; à mesure que les dissemblances s'accentuent la fécondité croit jusqu'à une certain2 limite, après laquelle elle décroit et finalement devient nulle.

La fécondité peut être très grande entre individus de races différentes. Chaque individu prend alors une part à peu près égale à la détermination des caractères des produits; ces caractères demeurent mixtes, quoique variables d’un individu à l'autre, pendant un grand nombre de générations, quand on accouple entre eux les produits de croisement; mais peu à peu les caractères des races unies se séparent et l’un des sangs finit par être éliminé. Moins les croisements sont féconds, plus cetle séparation et cette élimination se produisent vite. On signale enfin quelques races voisines entre lesquelles la fécondité semble avoir disparu : les femmes fellahs et les Européens, d’après M. de Lesseps; les Lapins de Porto Santo près de Madère, les Chats domestiques du Paraguay et leurs congénères européens. Les paléontologistes retrouvent d'autre part, à l’état fossile, durant la période quaternaire, les équivalents de nos principales races actuelles de Bœufs, de Chevaux et de Chiens. Le Bos primigenius quaternaire se divisait, en effet, en trois races : la race brachyceros, à laquelle se rapporte le bétail d’Appenzell; la race primigenius proprement dite, d'où dérive le bétail de Hollande; la race frontosus, mère du bétail de Berne. La race germanique du Cheval européen remonte à une race diluvienne autrefois commune sur l'emplacement de Magdebourg. Le Cheval de Solutré a pour descendants le Cheval ardennais, le Cheval de la Camargue et une race alsacienne qu’on rencontre depuis Schlestadt jusqu'au Rhin. En dehors du Loup européen (Canis lupus), du Loup indien (Canis pallipes), du grand Chacal d'Afrique (Canis lupaster), du Chacal ordinaire (Canis aureus), dont on a signalé les ressemblances avec nos diverses races de Chien, plusieurs races quaternaires peuvent réclamer une part dans la production de notre Chien domestique. Les types humains quaternaires ont de même persisté jusqu’à nos jours. Le type de Néanderthal n’est pas très rare actuellement en Europe, et se retrouve normalement dans une population des environs de Port-Western (Australie). Le type de Cro-Magnon est encore reconnaissable chez les Basques, les Kabyles, les habitants des Canaries, les Dalécarliens. Le type de Grenelle a laissé, à son tour, dans l'Ile-de-France d'assez nombreux représentants.

Nous admettons aujourd'hui que tous nos Bœufs, nos Chevaux, nos Chiens appartiennent respectivement à la même espèce, et qu'il n’y a de même qu'une seule espèce d'Hommes. S'il en est ainsi, il faut nécessairement admettre, d'après les résultats que nous venons de rappeler, ou bien que les races dans lesquelles ces espèces se divisent sont aussi anciennes qu’elles, ou bien que ces grandes espèces résultent de la fusion de plusieurs espèces distinctes de moindre étendue. Quel que soit le point de vue auquel on se place, on est ramené à cette conclusion que, lorsque l’on considère des animaux appartenant soit à une même lignée, soit à des lignées différentes, on trouve, quand on les accouple entre eux, tous les degrés possibles de fécondité. Il est légitime de distinguer le cas où l’infécondité de l’accouplement entre animaux de lignées différentes est absolue; on peut en rapprocher celui où l’accouplement fécond donne lieu à des hybrides qui, accouplés entre eux, reviennent rapidement aux formes pures qui leur ont donné naissance. Dans les deux cas il ne peut y avoir mélange entre les lignées qu’on cherche à unir. Les lignées ainsi séparées constituent, au premier chef, des espèces distinctes; mais il ne faut pas oublier non plus que c’est là un cas extrême, et qu’au-dessous de l’espèce ainsi définie il y a une foule de termes moins tranchés que l'on néglige trop souvent. |

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