ADAPTATION DE FORMES AQUATIQUES A LA VIE TERRESTRE
de la Nouvelle-Guinée et d'Australie, et surtout que celles de Célèbes et des Moluques; les espèces d'Amboine et de Célèbes sont les plus grandes de toutes. Les ailes antérieures des espèces de Célèbes ont une forme toute particulière, et les ailes postérieures, pourvues d’une queue, des espèces de la région hindoue perdent cet appendice à mesure qu'on avance vers l’est de l'archipel. À Amboine et à Célèbes, les femelles de plusieurs espèces sont plus ternes que dans les iles adjacentes.
On peut conclure de ce qui précède que Île plus grand nombre des espèces propres aux archipels, loin de prêter un appui à la théorie des créations spéciales, est un des arguments les plus puissants que l’on puisse faire valoir en faveur de la variabilité des formes spécifiques. Il est bien clair d’ailleurs que les iles madréporiques n'ont pu se peupler que par voie de migration, ce que confirme absolument la composition de leur faune et de leur flore. Toute espèce considérée comme spéciale à ces iles est une preuve de plus de la variabilité des espèces et de l'influence de l'isolement sur la conservation des types nouvellement apparus.
Adaptation de formes aquatiques à la vie terrestre. — On pourrait s'attendre à voir se multiplier dans les iles et sur les rivages le nombre des espèces terrestres qui ne mènent ce genre de vie qu'en raison d’une adaptation spéciale d'organes évidemment construits pour une existence aquatique. Il existe réellement un très srand nombre de ces formes. Sur nos côtes les Lygies, les Talitres, passent une partie de leur vie à découvert; des Crabes terrestres, les Cardisomes, sont communs sur les côtes du Bengale, à l'ile Rodrigue, aux Antilles qu'habitent aussi d’autres Crabes terrestres, les Gécarcins. Les Grapses (Grapsus marmoratus) de nos côtes quittent l’eau plusieurs fois par jour, pour venir au soleil; d’autres, des pays chauds (G. cruentatus), courent sur les branches et les racines des Palétuviers; les Sesarma Pisoni ne vont jamais à l’eau que pour pondre, où descendent d’ailleurs pour cela toutes les autres espèces de Crabes. Les Gélasimes et les Ocypodes sont encore des Crabes presque exclusivement terrestres et d'une extraordinaire agilité. Dans toutes les iles de l'Océanie, de la mer des Indes, ainsi qu'aux Antilles, vivent les Birgues, voisins des Pagures, qui grimpent sur les cocotiers pour en dévorer les bourgeons et les jeunes fruits. Les Cloportes (Oniscus, Porcellio, Armadillo, etc.) ne vont plus du tout à l’eau. Il suffit de modifications de détail dans leur appareil respiratoire pour permettre à ces Crustacés la vie terrestre. Tout le problème consiste à maintenir leurs branchies dans un milieu humide. Les lames externes des pattes abdominales des Oniscus sont disposées pour réaliser ce résultat; les deux premières de ces lames sont creusées chez les Porcellio et les Armadillo de poches remplies d'air qui plongent au milieu du liquide sanguin. Les Crabes présentent des dispositions plus variées; leur Cavité branchiale ne communique avec l'extérieur que par d'étroits orifices; un canal conduit même l’eau dans la partie postérieure de cette cavité chez les Ranina. Beaucoup d’entre eux utilisent pour leur respiration une même quantité d'eau dont ils ont rempli leur cavité branchiale et qu’ils ne renouvellent qu'à de plus ou moins longs intervalles; cette eau est expirée comme d'habitude chez les Cyclograpsus et les Sesarma, mais à sa sortie, elle est dirigée de nouveau vers l’orifice d'entrée de la cavité branchiale par un feutrage de poils disposé sur les bords du cadre buccal. Les Gecarcinus font passer leur provision d'eau dans un système de canalicules, creusé dans les téguments; elle s’y charge d'oxygène et est ramenée dans la cavité branchiale par un appendice sans cesse
agité des pattes-màchoires internes. Chez d’autres Crabes brésiliens étudiés par M. Jobert, il existe dans les parois de la cavité branchiale deux systèmes de vaisseaux unis entre eux par un réseau capillaire et dont l’un communique avec le cœur, l’autre avec la cavité générale; cette cavité devient ainsi une sorte de poumon dans lequel l’air est renouvelé grâce à un continuel mouvement de va-et-vient de la membrane qui la sépare de la cavité générale; c'est là une véritable respiration aérienne. Îl en est de même chez les Birgues où la paroi de la cavité branchiale se couvre même d’excroissances arborescentes dans lesquelles circule le sang.
Les Vers fournissent peu d'exemples d’une adaptation des espèces aquatiques à la vie terrestre. On connait cependant des Sangsues, des Planaires ! et même des Némertes terrestres ?. On peut d’ailleurs se demander si les Lombriciens ne sont pas un produit de ce genre d’adaptation, bien que leur appareil génital hermaphrodite et compliqué les distingue nettement des Annelés marins; ils ne peuvent vivre, en effet, que dans un milieu très humide, quelques-unes de leurs espèces sont marines (Clitellio, Pachydrilus, Pontodrilus, etc.), un grand nombre habitent les eaux douces (NAÏDIDÆ, TUBIFECIDÆ), de sorte que toutes les transitions existent ici entre lies formes marines et les formes terrestres.
On ne peut guère expliquer que par une adaptation successive d'espèces aquatiques à la vie terrestre les rapports que présentent les Gastéropodes terrestres avec des formes aquatiques très différentes les unes des autres : les Hélicines et les Proserpines (fig. 419) se rattachent.fen effet, très étroitement aux Néritidés ; les Cyclophores
Fig. 419. — Proserpina (Ceres) Salleana Fig. 420. — Cyclostoma elegans
(d'après Fischer), 3/4 gr. nat. (d'après Woodward). aux Paludinidés; les Cyclostomes (fig. 420) aux Littorinidés ; tandis que les Pulmonés ont avec les Gastéropodes opisthobranches de remarquables, quoique bien plus lointaines affinités. Comme chez les Crustacés décapodes ce sont encore ici les parois de la cavité branchiale qui deviennent d'ordinaire le lieu des échanges gazeux.
Quelques Poissons peuvent aussi, tout en conservant franchement les attributs de leur classe, devenir aptes à demeurer plus ou moins longtemps à terre. Ceux dont la cavité branchiale ne présente qu'une étroite ouverture, comme les Anguilles, vivent déjà assez bien hors de l’eau. Dans tout un groupe de ces animaux les os pharyngiens supérieurs sont creusés d'assez vastes cavités anfractueuses, dans lesquelles l’eau peut être maintenue comme dans une éponge et tomber goutte à goulte sur les branchies; grâce à cette disposition les Anabas peuvent vivre plusieurs heures hors de l’eau.
Les animaux aquatiques susceptibles de vivre à l’air libre grâce à de légères modifications de leur appareil respiratoire sont donc nombreux dans tous les groupes du Règne animal où l'appareil locomoteur se prête à la marche sur un sol résistant.
1 Geoplana, Cœloplana, Dolichoplana, Rhynchodesmus d'Europe et de l'Amérique du
Nord; Bipalium du Japon et de l'Inde; Polycladus, Limacopsis, etc. 2 Geonemertes pelacensis.