‹ Traité de zoologie (volume 5)Chapitre 108 sur 396 · ADAPTATION DES ANIMAUX TERRESTRES A LA VIE AQUATIQUE · texte numérisé non relu

ADAPTATION DES ANIMAUX TERRESTRES A LA VIE AQUATIQUE

Ces faits prennent d'autant plus d'importance, au point de vue de l’origine des animaux terrestres, que l'histoire des Poissons Dipnés (Ceratodus, fig. 421, Lepidosiren), des Batraciens actuels et des Stégocéphales de la période primaire nous montrent de très nombreuses formes de transition entre les Vertébrés aquatiques et les Vertébrés aériens. Toute l’'embryogénie de ces derniers s'explique facilement si l’on admet que les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères sont issus de Vertébrés aquatiques dont la vessie natatoire se serait graduellement adaptée à la respiration aérienne (p. 95), dont les branchies auraient disparu, dont l'appareil circulatoire se serait

Fig. 421, — a. Ceratodus miolepis; b, sa nageoire pectorale (d’après Günther). — ce. Mächoire inférieure avec les plaques dentaires du Ceratodus Forsteri (d'après Krefft).

modifié en conséquence (p. 107), dont les membres se seraient de mieux en mieux adaptés à la marche, et dont les embryons, protégés par des enveloppes spéciales, l’'amnios et l’allantoide, auraient acquis la faculté de se développer hors de l’eau (p. 190).

Il semble que l'adaptation à la vie terrestre ne s’accomplisse pas simultanément pour tous les ordres de fonction. Tout se passe comme si elle commençait par les organes de locomotion. Parmi les animaux aquatiques aptes à se mouvoir sur une surface résistante, on voit apparaitre quelques modifications de structure permettant la respiration de l'air en nature; l'appareil circulatoire se modifie en conséquence, et c'est seulement en dernier lieu que les organes de reproduction et la marche du développement s'adaptent à la vie terrestre. Ainsi le développement de la plupart des Crustacés, et celui des Batraciens ne peut encore s’accomplir que dans l’eau. Inversement, bien que les Tortues marines et les Phoques mènent une existence presque exclusivement aquatique, les premières reviennent à terre pour pondre, les seconds pour mettre bas et allaiter leurs petits. Ce retard de la fonction de reproduction sur les autres s’observe même chez les Végétaux où les Cryptogames vasculaires ont conservé un mode aquatique de fécondation, auquel s’est enfin substitué chez les Phanérogames un mode de fécondation essentiellement aérien.

Adaptation des animaux terrestres à fa vie aquatique. — L'ensemble des faits connus il y à une quarantaine d'années avait déjà conduit Bronn à formuler sa fameuse loi terripéte, d’après laquelle la Vie, après avoir peuplé les mers, n'aurait que tardivement envahi les eaux douces et les continents. Cette loi demeure vraie dans ses traits généraux, mais il faudrait bien se garder de lui attribuer une géné-

ralité absolue. Les animaux le plus complètement adaptés à la vie terrestre peuvent se réadapter à la vie aquatique; l'adaptation, dans ce cas, porte le plus souvent simplement sur l'appareil locomoteur; elle respecte ou ne modifie que fort peu les autres appareils, et notamment l'appareil respiratoire. Des adaptations de cette nature se montrent dans la plupart des groupes d'animaux terrestres et présentent les degrés de perfection les plus divers. Beaucoup d’Araignées sont aptes à marcher sur l’eau; l'Argyronète plonge, et se construit, à l’aide de sa soie, une cloche à air; de nombreux Acariens vivent enfin complètement dans l’eau et peuvent devenir d’habiles nageurs, tout en conservant leur respiration trachéenne (HYDRACH- NIDÆ). Le nombre des [nsectes aquatiques est beaucoup plus considérable; ces animaux peuvent vivre dans l’eau soit à l’état de larve seulement, soit pendant toute leur vie. On pourrait se demander si le fait du passage de l’Insecte de la vie aquatique à la vie aérienne, au moment de sa métamorphose, n’est pas l’indication de l'origine aquatique de ces animaux, comme cela parait évident pour les Batraciens. Mais ce serait là une fausse interprétation, en effet : 1° les groupes d'Insectes les plus divers, si aérienne que soit leur vie à l’état adulte, peuvent avoir des larves aquatiques; ce sont ou bien des Névroptères (EPHEMERIDÆ, PERLIDÆ, LIBELLULIDE, Sialis, PHRYGANIDE), ou bien des Lépidoptères (Hydrocampa, Nymphula), ou bien des Diptères (Eristalis, Stratiomys, Chironomus, Corethra, CULICIDÆ); 2° tantôt les larves sont aquatiques dans toute l'étendue d’une famille zoologique, tantôt dans quelques genres seulement d'une même famille; 3° chez les larves aquatiques, aucun appareil de respiration purement aquatique ne précède l'appareil itrachéen qui présente souvent les traces évidentes d’une adaptation à la vie aérienne, antérieure aux modifications qu'il a dù subir pour se prêter à la vie aquatique. Il faut donc voir simplement dans l'habitude qu'ont beaucoup d'Insectes de venir pondre dans l’eau un moyen de procurer à leurs larves une sécurité relative. Comme on pouvait s’y attendre, c’est surtout parmi les Insectes à élytres résistantes que l’on trouve des formes capables de vivre dans l’eau, même à l’état parfait, ce sont des Coléoptères (Hyx- DROPHILIDÆ, DYTISCIDÆ, GYRINIDÆ) ou des Hémiptères (HYDROMETRIDÆ, NEPIDÆ, NOTONECTIDÆ).

L'adaptation peut porter très inégalement sur les divers appareils. C’est ainsi que les Nèpes (fig. 422), dont l’appareil locomoteur est à peine modifié, ont tous leurs stigmates clos, sauf ceux qui sont en rapport avec la double gouttière qui termine le corps. De même l'appareil trachéen ne présente que deux orifices chez les larves d'Hydrophilides et de Dytiscides ; il est en rapport avec des branchies trachéennes chez celles des Gyrinides. Chez toutes ces larves l'appareil locomoleur est adapté simplement à la marche;

AE MF PMRANEART contraire les Insectes adultes de ces trois familles ont

(Règne animal). un appareil respiratoire presque normal, tandis que les

tarses de leurs pattes postérieures, aplatis et frangés de

longs poils, transforment ces appendices en véritables rames (fig. 423). C’est aussi

principalement sur l'appareil respiratoire que portent les modifications adaptatives chez les larves aquatiques des Névroptères et des Diptères (p. 92).

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