‹ Traité de zoologie (volume 5)Chapitre 109 sur 396 · ADAPTATION DES ANIMAUX TERRESTRES A LA VIE AQUATIQUE · texte numérisé non relu

ADAPTATION DES ANIMAUX TERRESTRES A LA VIE AQUATIQUE

Les Mollusques pulmonés n’ont à subir, pour ainsi dire, aucun changement pour se réadapter à la vie aquatique. Il n'en est pas de même des Vertébrés, dont les trois classes terrestres des Reptiles, des Oiseaux et des Mammifères contiennent des formes habitant les eaux. Les procédés d'adaptation sont partout les mêmes. Au point de vue de la respiration et du développement, l'animal reste complètement aérien, si bien qué tous les Vertébrés aquatiques de ces trois classes sont obligés de : venir à la surface de l’eau respirer l'air en nature et que tous ceux qui sont ovipares doivent revenir à terre pour y pondre et assurer le développement de leurs œufs.

Chez les Mammifères les rapports de l'embryon et de la mère n'ont évidemment pas à changer. C’est donc principalement l’appareil locomoteur qui se modifie. Dans les cas les plus simples, les doigts sont élargis soit par une membrane qui en suit tous Fig. #3. — Æydrophilus piceus (Règne animal). —

{ : a. Insecte parfait. — b. Larve. — ce. Nymphe. les contours (Grèbes, Foulques). soit par uue frange de poils (Ondatra); puis une membrane se développe entre les doigts, soit aux pieds de derrière seulement (CROCODILIENS, OISEAUX aquatiques, Castor, Hydromys, Coypou), soit aux quatre pieds (Tortues d’eau douce, Desmans, Visons, Loutres, Enhydres). On constate déjà une modification plus profonde des membres chez les Phoques ; leur partie basilaire se raccourcit, mais la main et le pied prennent

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au contraire un grand développement; leur palmure s’épaissit de manière à les transformer en larges palettes où les doigts ne sont indiqués que par des sillons peu apparents et par les ongles qui disparaissent aux membres postérieurs chez les Leptonyx; l'orientation même des membres se modifie, et les postérieurs tendent à se disposer horizontalement de chaque côté de la queue (fig. 424). Chez les Tortues marines les quatre membres sont définitivement transformés en fortes rames à doigts immobiles, et dont les ongles peuvent subsister au nombre de deux (Cheloniu, Thalassochelys, fig. #25) ou disparaitre entièrement (Sphargis). Les pattes des Plésio-

saures et des Ichthyosaures présentaient une modification analogue, compliquée chez les premiers d'une augmentation du nombre des phalanges (fig. 426) et d’une bifurcation d'un ou deux doigts chez les seconds, où les os du carpe et du tarse n'étaient même plus distincts des autres (fig. 427). Les membres antérieurs ont subi une modification de même nalure quoique moins profonde chez nos Sirénides et nos Cétacés ; les doigts restent en nombrenormal,mais s’allongent,s’aplatissent et sont complètement indistincts à l'extérieur; la main n’est plus mobile sur l’avant-bras chez les Sirénides ; l’avant-bras cesse lui-même de l'être sur le bras chez les Cétacés (fig. 428) ; dans les deux cas le squelette des membres postérieurs est réduit à quelques os rudimentaires de sa partie basilaire. On observe une transformation toute semblable de l’aile chez les Oiseaux plongeurs, et l’on en peut suivre toutes les transitions des Plongeons aux ailes courtes, mais au vol rapide, aux Pingouins dont les ailes sont impropres au vol et aux Manchots où ce sont de véritables nageoires (fig.429).

Fig. 495. — Thalassochelys caretta (regne animal). 5 y 5 )

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Fig. 426. — Plesiosaurus dolichodeirus, Conyb. Lias inférieur. Angleterre.

Chez la plupart des Mammifères aquatiques, le sang est plus abondant que chez les Mammifères terrestres, et des dispositions spéciales de l'appareil circulatoire permettent un emmagasinement de ce liquide, favorable à la suspension momentanée de la respiration pendant que l’animal plonge. Déjà chez le Rat d’eau (Arvicola amphibius) et l'Ornithorhynque, la veine cave inférieure se dilate en sinus en arrière du diaphragme. Cette disposition se retrouve chez le Castor, la Loutre, le Phoque, mais, en outre, l'aorte et l’artère pulmonaire présentent une dilatation plus ou moins importante à leur origine. Les veines hépatiques se renflent même en sinus à l’intérieur du foie chez les Loutres, les Otaries, et il s’y ajoute chez tous les Amphibies des réseaux admirables dans les membres. Des dispositions analogues se rencontrent chez les Célacés !, où l’on observe en outre dans l’abdomen jusqu’à cinq grands

1 Bouvier. Thèse présentée au concours d’agrégation des Écoles de pharmacie. Les Cétacés souffleurs, 1889.

plexus veineux, à réseau très serré, tandis que des plexus artériels non moins

ADAPTATION DES ANIMAUX TERRESTRES A LA VIE AQUATIQUE. développés existent dans le thorax et dans les organes génitaux.

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L'obligation de revenir respirer l'air en nature à la surface de l’eau était évidemment pour les grands Reptiles marins, comme pour nos Cétacés, un assujettissement

fâcheux à certains égards, mais racheté par la puissance respiratoire plus grande qu'implique la présence de poumons. Malgré leur retour à la vie aquatique, les organes acquis par l'adaptation antérieure de ces animaux à la vie aérienne, persistent en vertu de l’hérédité. Comme la vie aérienne a elle-même succédé à la vie aquatique, les grands Reptiles marins portent en eux la trace évidente de trois adaptations successives qui se sont superposées sans s’effacer entièrement, et dont une est manifestement en désaccord avec le dernier genre de vie de ces animaux. Ces adaptations successives, souvent contradictoires, se retrouvent dans presque tous les groupes du règne animal (p. 322). Elles ont une importance particulière, parce qu'elles introduisent dans l’organisation des animaux des caractères en désaccord avec leurs habitudes actuelles, réalisés pour un genre de vie tout différent, persistant malgré l'abandon de ce senre de vie, et propres, en Conséquence, à jeter du doute sur les causes qui ont déterminé leur apparition.

Ressemblances des adaptations chez les

Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères.

Fig. 429. — Manchot (Apfenodyfes. __ Ja lutte pour la vie s'étant toujours accompatagonica, d'après Brehm). Us , ie a” L plie‘en présence de conditions de milieu qui

sont demeurées constantes dans leurs traits généraux, il existe nécessairement une certaine similitude dans la direction des adaptations des divers groupes zoologiques. Cette similitude est frappante quand on compare des animaux

Fig, 430, — a. Morosaurus grandis, Marsh. 1/30. Fig.431.— Camptonotus dispar, Marsh. 1/18. b. Laosaub, Stegosaurus ungulatus, Marsh, 1/24. #, tibia; rus altus, Marsh. 1/12. 6 = tibia. m 1-4 — métatarsiens f, péroné ; m1-5, métatarsiens 1-5. 1-4. f, péroné. Jurassique des montagnes Rocheuses.

de même type fondamental, par exemple, les Reptiles des temps secondaires, avec

les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères des périodes suivantes. Durant les

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