ASSOCIATION DES PLASTIDES
plus grand que les conditions dans lesquelles pourront vivre les plastides seront plus variées, et, ce qui revient au même, leurs fonctions et leurs formes plus différentes. On peut donc mesurer, en quelque sorte, la puissance et la perfection d'un organisme au nombre et à la variété des plastides qui le composent. On peut, avec Henri Milne Edwards, énoncer cette proposition sous forme de loi, en disant que : La division du travail physiologique est la condition du progrès et du perfectionnement des organismes, comme elle est la condition du progrès, du perfectionnement et de la puissance des industries et des sociétés humaines. Indépendance et solidarité des plastides constituant um organisme. — Les plastides associés pour constituer un organisme, qui se sont différenciés et entre lesquels s’est accomplie une division du travail physiologique, deviennent par cela même solidaires. Chacun dépendant des autres pour l’accomplissement d’une partie des fonctions nécessaires à son existence, ne peut être sans dommage séparé de ses compagnons, et la mort est ordinairement la suite de cette séparation. D'autre part, la disparition d’une certaine catégorie de plastides, supprimant ou amoindrissant une fonction nécessaire à tous les autres, amène également leur mort et, par conséquent, la destruction de l'organisme qu'ils constituaient. Les plastides ainsi associés paraissent donc inséparables dans une certaine mesure; ils semblent faits les uns pour les autres, en vue de la constitution d’un organisme qui apparait alors non plus comme une unité idéale, mais comme une unité réelle, indivisible, dont les plastides ne sont plus que les parties constituantes, incapables de vivre si elles n’occupent pas la place qui leur est destinée dans l'organisme: cet organisme devient donc désormais pour l'observateur, l'être véritable, l'individu, et les plastides ne sont que les plus infimes de ses parties intégrantes. C'est bien ainsi qu'on a compris tout d’abord les organismes supérieurs, et c'est pourquoi on désigne encore habituellement les plastides sous le nom d'éléments anatomiques, que nous emploierons fréquemment, pour nous conformer à un langage reçu et qui n'a d'ailleurs rien d'inexact. Mais s'ils deviennent ainsi solidaires dans les organismes hautement différenciés, les plastides devenus éléments anatomiques ne perdent pour cela complètement ni leur autonomie, ni leur indépendance. Ils ne font pas nécessairement partie de tel ou tel individu et leur inséparabilité n’est pas absolue. L'organisme dans lequel ils sont engagés leur fournit certaines conditions d'existence, auxquelles ils sont accoutumés, qui leur sont impérieusement nécessaires, et qu'ils sont incapables de réaliser par eux-mêmes. Voilà pourquoi ils meurent dès qu’on les isole; mais que ces conditions soient artificiellement réalisées autour d'eux, ils continueront à vivre, et même à se développer et à se multiplier. On observe du reste toutes les transitions entre l'indépendance à peu près complète et la solidarité absolue, à mesure que l’on considère des organismes plus hautement différenciés ou, dans un même organisme, des parties plus complètement spécialisées. C’est ainsi qu'il suffit souvent de planter dans la terre une jeune branche de Peuplier, de Saule, de Vigne, etc., pour que cette branche produise des racines et se développe en un végétal nouveau : c’est une bouture. Un fragment de tige de Saule, de tubercule de Pomme de terre, pourvu d’un bourgeon, reproduit aussi, si on l’enterre, le végétal; un fragment de racine suffit dans certains cas (Paulownia, Aralia papyrifera, Dahlia, Orchis, etc.), ou un fragment de feuille (Begonia, Gloxinia, Maclura,
Peperomia, Marattia, etc.); mais il est déjà rare que de simples fragments de tige, de racine, ou que des feuilles même entières se comportent ainsi; cela est plus rare encore pour les feuilles différenciées qui constituent la fleur et le fruit, quoiqu'on arrive parfois dans de bonnes conditions à leur faire produire des racines adventives.
Les conditions de nutrition sont au moins réalisées lorsqu'on laisse attaché à la plante mère le fragment qui doit servir à la multiplication, et qu’on se borne à favoriser le développement des parties qui lui manquent; c'est ce qu'on fait dans le marcottage, employé par exemple à la multiplication des lauriers-roses. Il arrive assez souvent que ce phénomène s’accomplit naturellement : certaines branches rampantes du Fraisier produisent ainsi des racines et des feuilles, et se détachent spontanément de l'individu principal, ce sont des stolons. Les racines de nombreuses plantes (Ophioglossum, Epipactis microphylla, Neottia nidus-avis, Cirsium arvense, Robinia pseudo-acacia, Populus tremula, Pyrus malus, etc.) peuvent produire des bourgeons, par conséquent une tige, et donner naissance à une plante tout entière; elles constituent ce qu’on nomme des drageons; les bourgeons axillaires de la Ficaire, certains bourgeons des Orchis produisent des racines, et se transforment les premiers en bulbilles, les seconds en tubercules qui se détachent ainsi spontanément et multiplient la plante; les feuilles d’un grand nombre de Fousères et de quelques Phanérogames (Bryophyllum calycinum, Cardamine pratensis, Atherurus ternatus, Hyacynthus Ponzolsii), les cotylédons du Streptocarpus polyanthus, produisent de même soit des bourgeons capables de s’enraciner, soit des racines et des bourgeons qui forment finalement un certain nombre de plantes distinctes. La reconstitution d’une plante nouvelle n’est pas même nécessaire pour qu'un organe accidentellement isolé continue à vivre. Une feuille détachée de Caoutchouc, placée dans de bonnes conditions, produit des racines adventives et vit pour son propre compte sans former un nouveau végétal; les fleurs de la Cuscuta strobilaris et de la C. sidarum, plantes parasites, peuvent s’enraciner sur leur support et mener une existence indépendante !. On peut encore transplanter, en quelque sorte, une portion de végétal soit sur un végétal de même espèce, soit sur un végétal d'espèce différente, quoique de même famille; le fragment ainsi transplanté continue à se développer en même temps que son support; tous deux ne constituent qu’un seul et même individu végétal; cependant les parties nées de l’un et de l’autre, bien qu’elles soient en continuité de substance, conservent leurs caractères propres. Ce phénomène, qui constitue la greffe, est trop connu pour que nous y insistions.
Jusqu’aux recherches de Trembley sur l’'Hydre d’eau douce on a considéré le bouturage, le marcottage, la greffe comme des phénomènes propres aux Végétaux. Ils sont tout aussi répandus, tout aussi remarquables dans le Règne animal. Les phénomènes de multiplication par division des Protozoaires (fig. 25) sont un véritable bouturage spontané; chez les Eponges et les Polypes (fig. 26 et 27) il existe presque toujours un marcCottage spontané; mais on peut en outre provoquer artificiellement la formation de nouveaux individus : des fragments déta-
1 Voir pour ces divers phénomènes relatifs aux végétaux : Van Tieghem, Traité de Botanique, p. 205, 208, 210, 246, 914 (2e édition).