ESS
Fig. 446. — Acerotherium tetradactylum. Fig. 447. — Pattes gauches de devant et de derrière Sansan. Patte de devant gauche. 1/6. de Brontotherium.
tous, disparait le premier, puis vient le tour des 2° et 5° doigts (fig. 447). La sustentation du corps peut, dès lors, être dévolue soit au 3e et au 4° doigts, fonctionnant simultanément, soit au 3e seul, habituellement plus long que le 4°. Ces deux combinaisons ont été réalisées d'une manière indépendante; elles ont donné naissance, la première, à la série des ONGULÉS ARTIODACTYLES ; la seconde, à la série des ONGULÉS PÉRISSODACTYLES. Les dents, chez ces animaux, pouvaient demeurer tuberculeuses ou se raser, en quelque sorte, ne présentant plus, au lieu des tubercules, que des croissants d’émail (p. 325). Ces deux formes de dents se combinent avec la forme artiodactyle du pied; de là deux séries de types parallèles : celle des ARTIODACTYLES BUNODONTES et celle des ARTIODACTYLES SÉLÉNODONTES. La première série aboutit aux types actuels des Hippopotames et des Porcins, où l'on constate une tendance bien manifeste de l'estomac à se diviser en poches distinctes, ce qui est réalisé chez le Pécari; chez le même animal les métatarsiens moyens sont soudés en un seul os et le cinquième doigt postérieur est réduit à son métatarsien. Les ancêtres de tous ces animaux sont caractérisés par le fait que les os du tarse et du carpe qui soutenaient les doigts latéraux, devenus inutiles, se mettent de plus en plus en rapport avec les doigts demeurés fonctionnels, et leur constituent ainsi une région d'attache de plus en plus solide; il y a en d’autres termes adaptation de la totalité du carpe et du tarse à la forme fourchue du pied (fig. 448). Mais les doigts latéraux pouvaient aussi devenir inutiles et se réduire sans que le carpe ou le tarse fussent modifiés. C’est ce qui est arrivé dans
une autre série d’Artiodactyles !. Celte combinaison évidemment défectueuse, après avoir été en quelque sorte essayée, a disparu : les Anoplotherium (fig. 449) et les
Fig. 448. — Squelette de la main, a, chez l'Orang; b, chez le Chien; €, chez le Porc; d, chez le Bœuf; e, chez le Tapir; f, chez le Cheval (d'après Gegenbaur). — À, radius; U, cubitus; À, scaphoïde; 2, semilunaire; €, pyramidal; D, trapèze; Æ, trapézoïde; F, grand os; G, os crochu]} ou unciforme; P, pisiforme; Ce, os central du carpe; 7, métacarpe.
Xiphodon qui la présentaient ont cédé la place aux Porcins et aux Sélénodontes à tarse et carpe également adaptés au pied fourchu; ces derniers ont abouti aux Ruminants.
Les premiers artiodactyles sélénodontes avaient euxmêmes une dentition complète : c’est-à-dire, à chaque machoire, trois paires d’incisives, une paire de canines et sept paires de molaires. Cette dentition s’est peu à peu réduite, mais aussi de façons différentes : chez les Cainotherium on assiste, en quelque sorte, à la disparition des canines supérieures et de l’une au moins des prémolaires; les Camélidés ont conservé leurs canines et leurs incisives latérales, mais ils ont perdu Fe A Anoplothertun. Dalle de | incisives médianes supérieures; les Moschidés
ptative.
s,scaphoïde; /, semi-lunaire; p, py- Ont également conservé leurs canines supérieures chez
me grand ces do creuse les mâles, mais toutes les incisives supérieures ont
disparu; enfin chez tous les autres Ruminants, toutes les incisives supérieures manquent, ainsi que les canines des deux mâchoires. Nous trouvons donc là encore des combinaisons variées qui ont pour la plupart subsisté, mais deux d’entre elles ne se rencontrent plus que chez un très petit nombre d’espèces, et sont, en conséquence, beaucoup moins stables que la troisième, quoique plus rapprochées du type primitif. Pendant que ces changements s’accomplissaient dans la dentition des Sélénodontes, leurs membres se modifiaient aussi. Les deux
1 WozpEemar KowaLEevsky, Osteology of the Hyoporamibx. Philosophical Transactions of the Royal Society of London, 1873.
doigts latéraux de chaque pied sont d'abord complets, et les doigts médians ont des métacarpiens et des métatarsiens libres (0reodon) ; les métatarsiens se soudent chez les Gelocus, les métacarpiens demeurent libres, disposition qui n’est plus présentée aujourd’hui que par les Hyæmoschus de la côte orientale d'Afrique. Cependant, la soudure des métatarsiens et des métacarpiens est déjà réalisée chez les Camélidés, quoique leur dentition soit moins spécialisée que celle de ces animaux; leurs doigts latéraux ont même complètement disparu, alors qu'ils se conservent chez les Ruminants les plus parfaits au point de vue de la dentition, les Cervidés par exemple, et ne disparaissent à l'extérieur que chez les Bovidés. La réduction des doigts est, à la vérité, commencée chez les Cervidés; elle porte sur les métacarpiens et les métatarsiens, et s’accomplit de trois façons; la portion moyenne de ces os manque chez les Gelocus ; leur partie supérieure fait défaut chez les Cervidés américains, les deux espèces de Chevreuil, et l’Hydropotes de la Chine; leur partie inférieure est absente, au contraire, chez les Cervidés européo-asiatiques et le seul Wapiti d'Amérique. Il résulte bien clairement de ces faits que les choses se passent comme si toutes les modifications possibles d’un organisme donné se manifestaient simultanément ou successivement dans la suite des temps, et l'exemple des Cervidés montre qu’une forme donnée de modifications peut se limiter aux animaux occupant une région céographique déterminée; M. Em. Blanchard a constaté des faits de ce genre pour les Perroquets de l’Ancien et du Nouveau-Monde.
Des réductions analogues sont bien connues chez les Ongulés périssodactyles. Ces animaux paraissent avoir été d'abord tétradactyles: mais une première série de formes (Tapiravus, Hyrachyus, RE qui aboutit aux Tapirs actuels n’a
en plus; la marche tend à M
s’'accomplir uniquement sur H
l'extrémité du doigt médian; on passe ainsi des Paloplotherium et des Pachynolophus,aux Anchitherium, puis aux Hipparion, encore tridactyles, et
enfin aux Chevaux où les
doigts latéraux ne sont plus 1 450. ou antérieure ( V) et postérieure ( RAS e ; : après Marsh). — a, Equus; b, Pliohippus; c, Pr Ne us (Hip-
r 2 : pie ; - DH RD rep ésentés que par leurs mé parion) ; d. Miohippus (Anchitherium) ; e, Mesohippus ; f, Orohippus.
tacarpiens et métatarsiens.
Des modifications exactement parallèles à celles qui s’opéraient sur les Paléothéridés de l’Ancien-Monde paraissent s'être produites d’une manière tout à fait indépendante sur ceux du Nouveau, et avoir conduit de même à de véritables Chevaux qui avaient disparu avant la conquête de l'Amérique. La série américaine (fig. 450) est même plus complète que la série européenne.
Le rapport entre la disparition des doigts et l’allure digitigrade est encore con-
déjà plus que trois doigts postérieurs; le pied antérieur perd à son tour un doigt chez les Palæotherium et les Rhinoceros. À partir des Palæotherium le pied se relève de plus
servé chez les Carnassiers qui gardent cinq doigts tant qu'ils sont plantigrades, mais perdent en général un doigt en arrière (Chiens et Chats) ou même aux quatre pieds (Hyènes), dès qu'ils sont digitigrades.
L'atrophie des doigts semble être, dans tous les cas que nous venons d'indiquer, une conséquence indirecte de l’action musculaire de l'animal. Le processus de modification des membres est le même que si le Mammifére s'était constamment efforcé de se dresser de plus en plus sur ses pattes, pour user de toute leur longueur, et augmenter, en conséquence, la rapidité de son allure. On peut suivre toutes les phases de ce redressement à partir des Monotrèmes. L'humérus et le fémur se meuvent encore chez ces animaux, comme chez les Reptiles actuels, dans un plan horizontal, et un os coracoide, supporté par le sternum, prend part à la constitution de l’articulation humérale (fig. 451). Chez presque tous les autres Mammifères, les membres se meuvent tout entiers dans des plans verticaux, et le coracoïde, comme emporté par les membres antérieurs, entre lesquels le tronc vient se placer, abandonne le sternum et se soude à Fig. 451. — Ceinture scapulaire de l'Ornithorhynchus l'omoplate pour constituer l’'apophyse
rer (d'après Wicdeisheim). — S£ sternum; coracoïde. Cette transformation est com-
Zp, épisternum; Co, coracoïde; Co', épicoracoïde;
S, omoplate; Cl, clavicule; G, cavité articulaire pour plètement réalisée chez les Marsupiaux
RE __ actuels et chez les Placentaires, où se poursuit jusqu’à son dernier terme le redressement graduel de la paite, qui de plantigrade devient digitigrade, puis onguligrade, l'animal se hissant enfin sur l'extrémité de la dernière phalange de son doigt le plus long.
Toutes les transformations des membres ne sauraient, à la vérité, rentrer dans cette formule de l'effort héréditaire. Elle n’explique pas la soudure des méta- Carpiens et des métatarsiens des Ruminants en un canon. Il est remarquable pourtant que cette soudure semble liée à l'aptitude au saut; tous les métatarsiens des Gerboises sont, en effet, soudés également en une tige unique que terminent trois doigts; c’est justement aussi le caractère de la patte des Oiseaux, où les os du tarse se sont, en outre, soudés à l’os unique résultant de la fusion des métatarsiens d'une part, au tibia de l’autre. Le pied des Gerboises, comme celui des Oiseaux, n’est plus mobile latéralement et, dans les deux cas, le péroné est rudimentaire.
Il y a plus : le degré de soudure des métatarsiens parait proportionnel à l'aptitude au saut de ces animaux. Ces trois os sont encore bien reconnaissables et relativement courts chez les Perroquets qui ne sautent pas; ils sont séparés par de profonds sillons du côté antérieur du tarso-métatarse chez les Manchots.
Atrophie des organes des sens: animaux aveugles des cavernes et des eaux profondes. — Les organes des sens sont susceptibles, comme les membres, de présenter des atrophies d'autant plus remarquables qu’elles n'influent pas sur l'aspect général de l'organisme, et semblent en rapport avec des conditions d’existence bien déterminées. On a remarqué depuis longtemps que.les yeux s’amoindrissent et peuvent même disparaitre chez beaucoup d'animaux vivant constamment