MIGRATIONS DES PARASITES. JO
rocyste. Rédie ou Sporocyste produisent à leur intérieur de petits Distomes pourvus d'une queue, les Cercaires, qui deviennent bientôt libres, quittent leur hôte et, après avoir librement nagé quelque temps, pénètrent en général dans le corps de quelque animal aquatique (petit Crustacé, larve d’Insecte, Ver, Mollusque, Poisson ou même Batracien), s'enkystent dans ses tissus après avoir perdu sa queue et attendent alors, pour arriver à maturité, que leur hôte soit mangé par un animal carnassier; ils acquièrent, dans l'appareil digestif de celui-ci, leur maturité sexuelle. Quelques Nématodes émigrent d’une manière analogue, mais suivent des chemins moins compliqués. Ainsi les jeunes Cucullanus elegans pénètrent dans le corps des Cyclopes qui doivent les transporter dans l'intestin de la Perche; le Dragonneau ou Ver de Médine (Dracunculus medinensis) parait éprouver des migrations analogues. Les migrations des Gordius se rapprochent par leur complication de celles de Trématodes. Ces animaux habitent d’abord la cavité générale des Insecte; ils en sortent pour acquérir leurs organes génitaux, s’accoupler et pondre dans l’eau où ils vivent quelque temps librement. Leurs embryons se retrouvent ensuite enkystés soit dans des larves d’Insectes (Chironomus, Ephemera), soit dans la muqueuse intestinale des divers Poissons. Ici la trace se perd; on ignore s'il existe un lien entre ces deux modes d’enkystement, et comment il se fait que ces singuliers animaux peuvent finalement se rencontrer chez des Insectes aussi terrestres que les Procrustes, les Hannetons ou les Criquets chez qui on les a observés.
Enfin le sixième type de migration est le mode de migration compliqué d’hétérogonie du Rhabdonema nigrovenosum déjà décrit p. #8.
Ces phénomènes de migration donnent lieu à plusieurs remarques.
1° Il existe entre eux une gradation bien marquée du premier cas au sixième. L'existence de pareilles gradations conduit à penser que l'évolution des migrations, a dû être graduelle, et la voie qu’elles ont suivie pour arriver à leur mode actuel semble toute tracée, Les espèces carnassières et celles qui leur servent de proie vivent nécessairement mélangées. On comprend que les embryons des parasites des premières aient pu fréquemment s’égarer dans les secondes, ce qui d’ailleurs assurait leur retour dans l’espèce primitive, qu'ils aient tenté de sortir du tube digestif de celles-ci où ils ne trouvaient pas les conditions propices à leur développement et qu'ils aient gagné d’autres parties de leur corps (cavité générale, muscles, etc.). La migration, phénomène d’abord accidentel, mais fréquent et avantageux, à pu ainsi devenir peu à peu un phénomène normal. L'ancienne idée qui représentait les Cysticerques comme des Ténias malades ne semble pas invraisemblable, si on l’applique aux temps qui ont précédé la régularisation de la migration, d'autant plus que le Ténia enkysté est bien réellement arrêté dans son développement, el qu'il ne peut rester très longtemps sans mourir à l’état de Cysticerque. S'il en est ainsi, les migrations de la proie à l'animal carnassier ne doivent pas être absolument nécessaires. Parmi les Vers qui émigrent, il doit y en avoir qui peuvent, sans émigrer, se développer dans leur hôte. Tel serait, suivant M. Mégnin, le cas du T. perfoliata des herbivores et même du T. saginata de l'Homme; mais ce sont des faits qui demandent encore un examen plus approfondi. S’il est vrai, d'autre part, que la migration soit un phénomène accidentel qui s’est régularisé, il y aurait lieu de rechercher s’il ne serait pas possible de revenir à l'état primitif et d'obtenir le développement direct d'espèces actuellement émigrantes.
Le résultat serait d'autant plus intéressant qu’on a pu déjà arriver, dans certains cas, à la suppression même du parasitisme ; ce serait une question de savoir si les Nématoides libres dont les nombreuses espèces ont été décrites par Bastian, Marion, de Man et autres ne seraient pas d'anciennes formes parasites, adaptées à vivre dans le vase où les œufs des formes parasites sont si souvent amenés avec les excréments de leur hôte.
2° Avec les migrations sont presque toujours en rapport des changements de forme parfois profonds; ces changements sont si bien liés aux changements dans les conditions d'existence qu’on les observe en dehors du parasitisme proprement dit, dans les migrations des Insectes vésicants qui présentent ainsi plusieurs formes successives : le Triongulin, la première larve vermiforme, la deuxième larve vermiforme, qui mènent respectivement un genre de vie différent.
3° Enfin les migrations des trois derniers types comprennent deux phases bien distinctes, l’une active, l’autre passive. Dans la première, l'embryon doit reconnaitre l'hôte où il passe les premiers temps de sa vie parasitaire et pénétrer dans son corps. Dans ce cas, comme dans tous ceux où une période de liberté précède la période de parasitisme, intervient une faculté qui n’est autre chose que ce que nous nommons l'instinct. La part de l'instinct est plus frappante lorsqu'il s’agit, non plus des véritables parasites, mais des commensaux (P.J. van Beneden), qui exploitent les provisions de bouche préparées par d’autres animaux, comme le font les Psithyres, les Stelis, les Sphécodes et les hôtes nombreux des Fourmilières et des Termitières, ou même les animaux qui hantent nos maisons. Elle est de toute évidence pour
les mutualistes qui savent se rendre des services réciproques tantôt d’une manière
inconsciente, tantôt d’une manière parfaitement consciente, et qui sont dans des rapports analogues à ceux que nous entretenons avec nos animaux domestiques.
Dans les exemples qui précèdent l'instinct de rechercher l’hôte qui lui convient appartient à l’animal même qui doit vivre en parasite, en commensal ou en mutualiste; mais cet instinct peut être transporté à la mère du futur parasite, lorsque celui-ci passe seulement les premiers temps de sa vie à l’état de parasitisme, comme c’est le cas pour beaucoup d’Insectes. Il peut alors se développer sur les femelles des organes qui font partie de leurs caractères sexuels, et qui ne sont en rapport qu'avec la condition d'existence des larves qui naïtront de leurs œufs : tels sont les oviscaptes, les tarières, les aiguillons de beaucoup d'Insectes et notamment des Hyménoptères.
Ainsi le développement des caractères secondaires des parasites, comme celui des caractères sexuels secondaires, nous ramène à l’étude d’une nouvelle question, celle des phénomènes psychiques qui poussent l’animal à accomplir certains actes, à user de ses organes ou à les laisser en repos, à rechercher ou à éviter certaines conditions de milieu. Ce sont ces phénomènes psychiques qui ont été réunis sous le nom d’instinct.
Instincts, — La sélection sexuelle suppose qu'il existe, relativement aux mâles, dans le sensorium des femelles de chaque espèce, une sorte d'idéal de perfection plus ou moins conscient et héréditaire, comme le choix par un parasite d’un hôte déterminé suppose une vague notion des conditions d'existence qui lui seront le plus favorables. La transmission héréditaire de semblables facultés psychiques d’où la conscience parait être fréquemment absente donne lieu, d’une manière générale,