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RAPPORTS DES ESPÈCES FOSSILES ET DES ESPÈCES VIVANTES. SIA

opérations instinctives, où Ce qui se fixe par hérédité ceinest plus l’aptitude a percevoir presque inconsciemment tel ou tel rapport, à accomplir; àfpeu près automatiquement tels ou tels actes, c’est l'aptitude à rechercher et à découvrir des relations nouvelles, à improviser des actes en rapport aveciles circonstances inattendues qui peuvent se produire; c’est-à-dire l'intelligence proprement dite. De là cette antinomie apparente, sur laquelle ont longtemps insisté lesTauteurs, entre l'intelligence et l'instinct, qui leur paraissaient deux facultés exclusives l’une de l’autre.

En somme, les facultés psychiques semblent avoir suivi un mode d'évolution peu différent de celui des organismes eux-mêmes. Les organismes primitifs présentent un très grand nombre de parties, semblables entre elles, capables de se prêter chacune à l’accomplissement imparfait d'actes nombreux; quand ils se perfectionnent, le nombre des parties se réduit au strict nécessaire, et chaque partie, modifiée dans sa forme, n’est plus propre qu’à l’accomplissement d'un acte déterminé fqu'elle accomplit alors avec une merveilleuse précision; de même la vague intelligence des animaux inférieurs semble se diviser, quand ils s'élèvent, en facultés spéciales qui n’entrent en jeu que dans des conditions particulières et tendent chacune vers un but déterminé.

Rapports des espèces fossiles et des espèces vivantes !. — Des faits jusqu'ici rassemblés dans ce chapitre on peut dégager les conséquences suivantes :

1° Il y a entre la structure des animaux et les milieux dans lesquels ils vivent, les corps bruts ou organisés avec qui ils sont en contact habituel, un rapport tel que ces êtres semblent ordinairement placés dans les meilleures conditions pour utiliser leurs organes. Cette règle n’est cependant pas absolue, de sorte qu’on ne peut expliquer les rapports des êtres vivants avec le milieu en supposant qu'ils ont été faits, une fois pour toutes, pour ce milieu.

20 On trouve de fréquents indices que, sans changer tout d’abord de structure, certains animaux ont changé cependant de milieu, et ont modifié dans le milieu nouveau l'usage qu'ils faisaient auparavant de leurs organes.

3° La facon dont les animaux, sollicités par le milieu qui les entoure, usent de leurs organes, est pour ces derniers une cause importante de modification.

4° Les agents physiques, les conditions de nutrition et d’une manière générale les actions que subit un animal de la part du milieu extérieur, tendent à le modifier soit directement, soit par l'intermédiaire des réactions que provoquent ces actions.

5° Les modifications subies par un organe peuvent retentir sur les organes qui sont en rapport de nutrition avec lui et provoquer ainsi des modifications corrélatives.

6° L'incessante multiplication des éléments anatomiques pendant la vie est une cause nouvelle de modifications spontanées dont les effets sont cependant réglés de manière que le même individu ne présente, au cours de sa vie, que des modifications peu différentes de celles des autres individus de son espèce.

T° On peut admettre que les diverses formes de la lutte pour la vie, qu’elle s’établisse au point de vue de la nutrition ou au point de vue de la reproduction,

1 Voir ALBERT GAUDRY, Les enchaînements du monde animal; Horrnes, Manuel de paléontologie; Zrrrez, Traité de paléontologie.

ont une part importante dans la détermination des variations des animaux appelées à subsister.

8° Les espèces ne sont pas des entités isolées; elles sont liées par des ressemblances organiques qui permettent souvent de passer de l’une à l’autre par les transitions les plus ménagées, et ces ressemblances ne sont pas seulement des ressemblances générales d'organisation interne, mais des ressemblances de détail qui semblent impliquer une étroite parenté.

90 Il existe entre les diverses espèces habitant une même contrée des rapports d'adaptation, se manifestant par des caractères qui n’ont pu apparaitre qu'après l'établissement de ces rapports et qui impliquent que les espèces qui s'adaptent sont plus récentes que celles auxquelles elles se sont adaptées.

10° Les caractères psychiques présentent les mêmes phénomènes de gradation que les traits de structure.

Ces propositions ont trait aux rapports que les espèces contractent entre elles dans l’espace; s’il existait dans le temps des rapports analogues, ce serait un argument décisif en faveur de l'opinion que les espèces actuelles dérivent réellement des formes vivantes qui les ont précédées.

La démonstration de ces rapports est le but vers lequel tend la PALÉONTOLOGIE. Mais, en raison même des matériaux sur lesquels elle travaille, cette science ne peut la fournir que d’une manière très incomplète. On ne connaît et on ne connaïtra jamais, en effet, qu’une petite partie des formes qui ont vécu dans les âges géologiques antérieurs; aussi est-il surprenant que ce que l’on en sait cadre si exactement avec l'hypothèse d'une évolution continue des formes vivantes. Il résulte, en effet, de toutes les recherches actuelles que les faunes et les flores fossiles ne se sont jamais brusquement modifiées. Les formes d’une période ne se sont pas montrées en bloc, elles ont apparu une à une au milieu des formes anciennes qui ont elles-mêmes disparu de la même façon.

Rien ne distingue le mode paléontologique de disparition des espèces de leur mode actuel de disparition et le fait indéniable que de nouvelles espèces ont successivement apparu durant les temps géologiques pourrait être déjà considéré comme une preuve qu'il en apparail encore de nos jours.

L'état lacunaire des documents paléontologiques frappe de nullité tous les arguments qu'on a essayé de tirer del’époque relative d'apparition des divers types. Ces arguments sont d’ailleurs spécieux, car lorsque deux types parents, inégalement parfaits, sont en présence l’un de l’autre, rien n'indique à priori quel est celui qui est venu de l’autre; le type le moins parfait peut être, en effet, au lieu d’un type originel, un type dégénéré; tout ce que l'on doit demander à la paléontologie, c’est d'indiquer quelle est de ces deux alternatives celle qui est exacte; elle n’est malheureusement pas toujours en état de donner une réponse à cette question. Il n’en est pas moins nécessaire de tenir rigoureusement compte de ses indications lorsqu'on

veut apprécier les rapports généalogiques des êtres; elle ne peut être suppléée que

par l’embryogénie et encore dans la mesure restreinte que nous avons indiquée p. 192. Peut-être même est-il regrettable que, dans le groupement des espèces fossiles, les paléontologistes aient adopté les classifications des zoologistes ; ces classifications, principalement basées sur des considérations anatomiques, masquent trop souvent les véritables rapports génétiques et risquent d'introduire quelque confusion

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