PREMIÈRE SÉRIE
SPONGIAIRES (ÉPONGES, PORIFERA) ‘
Phytozoaires de forme très variable, sans nématocystes, sans lentacules, nr disposition rayonnée des parties, à mésoderme très développé, pouvant produire soit des spicules calcaires ou siliceux, soit des fibres siliceuses où cornées qui peuvent s'allier à des spicules siliceux ; des choanocytes.
Morphologie externe. — La forme extérieure des Eponges ne présente pas, en général, de rapport déterminé avec leur organisation interne; elle peut revêtir les
! Hzæckez, Die Kalkschwänvme, 1872. — Porésagrr, Report on the Calcarea. Voy. of H. M. S. Challenger, vol. VIIT. — F. E. Scnuzz, Report on the Hexactinellidæ, Voy. of H. M. $. Challenger, vol. XX. — Sozras, Report on the Tetractinellidæ, Voy. of H. M. S. Challenger, vol. XXV. — Rinpzey and Denvy, Report on the Monaronidæ, Vox. of H. M. S. Ghallenger, vol. XX. — LenvenreLn, Monographia of the horny Sponges. — Vosmaïr, Porifera, Bronn’s Thierrheich.
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aspects les plus différents non seulement dans l’étendue d’un même genre, mais aussi dans celle d’une même espèce. Lorsque cette forme est géométrique, elle est en général symétrique par rapport à un axe; elle offre alors une certaine constance, -et peut devenir caractéristique soit d'une espèce, soit d’un genre. Parmi les formes régulières les plus répandues on peut signaler celles d’une urne (Ascetta primordialis, etc.), d’un tube creux, d’une coupe (Potcrion), d’un nid d'oiseau (Rossella, Pheronema), d'un cornet (Asconema), d'une baguette pleine, d'un champignon (Caulophacus), etc. Les formes digitées sont fréquentes et très caractéristiques des espèces qui les présentent; quant aux formes ramifiées, elles sont de la plus grande instabilité. Si variées que soient les formes des Éponges on peut cependant arriver à les grouper méthodiquement. La plupart des Éponges sont, en effet, réduites, au moment de leur fixation, à un disque plus ou moins épais, plus ou moins régulièrement circulaire. L’accroissement ultérieur de ce disque se fait inégalement dans les diverses directions de l’espace, et c'est la facon dont sont réparties les régions d’accroissement maximum aux diverses périodes de la vie de l’'Éponge qui détermine les formes qu’elle revêt successivement. La répartition de ces régions d’accroissement peut dépendre des circonstances extérieures, où en être dans une certaine mesure indépendante; dans le premier cas, l'Éponge n’a pas de forme caractéristique; dans le second, tous les individus d’une même espèce ont au contraire une forme, ou tout au moins un aspect sensiblement constant. On appelle encrottantes les Éponges dont l'accroissement vertical est presque nul et qui s'étendent par conséquent en plaques plus ou moins irrégulières à la surface des corps sous-marins, telles sont diverses espèces d’Aplysilla, d'Halisarca, de Chalinopsilla: si l'accroissement vertical est notable et constant sur tous les points, l'Éponge prend la forme d'un cylindre plus ou moins élevé, dont la section peut être un cercle ou une courbe compliquée suivant la façon dont s’est accompli l’aceroissement horizontal (certaines variétés d'Euspongia irregularis et d'E. officinalis, Aulena crassa, Hircinia rugosa); l’irrégularité de l'accroissement horizontal amène même quelquefois la formation de véritables stolons (diverses Chalinopsilla, Bajulus). D'ordinaire l'accroissement vertical des Éponges est plus rapide que l'accroissement horizontal; aussi la plupart d’entre elles se dressent-elles verticalement sur leur support en même temps qu’elles s'élargissent. Si l'accroissement horizontal est pendant un certain temps beaucoup plus lent qne par la suite, la partie initiale de l'Éponge prend la forme d’un pédoncule parfois assez long (Thorecta, Stelospongia australis, Hippospongia aphroditella, (rellius calyæ, Suberites spiralis, Stylocordyla stipilata, etc.). Si l'accroissement vertical est uniforme sur tous les points, il en résulte des Éponges massives, à surface régulièrement convexe (Euspongia officinalis, var. adriataca, fig. 517; Spongelia elastica, Tethya cranium); mais celte régularité est assez rare, et le plus souvent la rapidité de la croissance varie le long des
Fig. 917. — Æuspongia officinalis. var. adriatica. — 0, oseule (d'après F. E, Schulze).
diverses verticales de l'Éponge, de sorte que sa surface libre présente des ondulations, des lobes ou même des protubérances assez saillantes (Sfigmatella corticata, var. mammillaris). Lorsque les points de croissance maximum sont répartis sur une même ligne horizontale droite ou courbe, l'Éponge prend la forme d’un éventail ou. d'une lame diversement contournée (Euspongia irregularis, var. lamella, Janthella flabelliformis, Phakellia ventilabrum, etc.); il peut même se faire que cette lame présente sur son bord libre des découpures ou des digitations (diverses Phyllospongia, Echinodictyum rugosum, Axinellx mariana, Phakellia fabellata). Bien plus souvent les points de croissance maximum sont isolés, irrégulièérement répartis à la surface de la croûte primitive et s’accusent de bonne heure; l’'Éponge se divise alors en lobes réunis à leur base, eux-mêmes plus ou moins ramifiés, et prend un aspect arborescent. La forme des lobes est des plus variable; ils sont larges et courts chez la Chalinopsilla arborea, var. macropora, l’Euspongia irregularis, la Stelospongia canalis, etc.; élargis en forme de feuille arrondie et symétriques par rapport à un plan chez l’Esperiopsis Challengeri; ce sont de longues et grêles digitations presque cylindriques chez les Chalinopsilla, arborea, v. micropora, Dactylochalina cylindrica, Phoriospongia chaliniformis, Dendrilla rosea, etc. L’Esperella abyssicola, var. lincaris. la Cladorhiza abyssicola ont même la forme de simples baguettes pourvues de grêles rameaux perpendiculaires à leur axe. Lorsque l'accroissement est maximum sur le pourtour du disque primitif, il se produit des Éponges creuses, tubulaires ou en coupe évasée, dont la forme dépend du rapport entre l'accroissement périphérique et l’accroissement vertical. Ces éponges caliciformes ou tubiformes se ramifient, chaque branche conservant la forme d'un calice ou d’un tube (Reniera aquæductus, Siphonochalina intermedia, S. annuluta); d'autres fois un assez grand nombre de tubes semblables naissent sur une même base, sont d'abord concrescents mais finissent par s’isoler de la masse commune (Hippospongia canaliculata, Dendrilla cavernosa); où bien, les tubes demeurant concrescents dans toute leur étendue, forment une lame épanouie en éventail (Sigmatella corticata, var. flabellum et corticata, Thorecta wuotan). Enfin par la production de lames normales à la surface primitive et diversement anastomosées certaines Éponges prennent une apparence alvéolaire (Hippospongia equina, var. elastica, Aulena, laxa, Hyattella sinuosa, nombreuses ECTYONINÆ et DESMACIDONIDÆ).
Les Cladorhiza, petites Éponges des grandes profondeurs, vivant dans la vase, présentent une remarquable adaptation à ce genre de vie; leur corps, dans sa forme la plus simple, consiste en un axe long et étroit d’où partent dans toutes les directions de courts processus tentaculiformes (C. abyssicola, var. rectangularis) ; ces processus se disposent comme les barbes d'une plume chez la C. pennatula; l'axe principal donne, chez la C. abyssicola typique, deux verticilles de rameaux, le verticille inférieur servant à enraciner l'Éponge. Les rameaux se rassemblent dans la région supérieure de la tige chez la C. moruliformis et sont irrégulièrement distribués à sa surface. Enfin chez la Crinorhiza des processus longs et étroits sont rassemblés au sommet le plus large d’une tige conique et s'opposent ainsi de la manière la plus complète à ce que l'Éponge puisse s’enfoncer dans la vase.
Les dimensions de certaines Éponges demeurent quelquefois très faibles : les Asco- NIDÆ ne dépassent pas 3 millimètres, les SyYconipæ 20 millimètres; quelques espèces atteignent cependant de très grandes dimensions : ainsi le Poterion amphitrite peut
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devenir une vaste coupe de 1,25 de hauteur et dont l'ouverture elliptique a 79 em. de long sur 23 cm. de large. Une Éponge usuelle appartenant à la collection du Muséum d'histoire naturelle, rapportée de Syrie par M. Albert Gaudry, est une coupe circulaire de près d’un mètre de diamètre.
La coloration des Éponges est presque toujours uniforme, parfois d'une grande vivacité, et peut revêtir toutes les teintes; elle varie assez souvent dans une même espèce suivant les individus : c'est ainsi que les Oscarella lobuluris peuvent être rouges ou bleues. La présence d’Algues parasites peut influer sur ces teintes.
Oscules. préoscules, pseudoscules, vestibules indifférents. — La surface d'une Éponge présente toujours un plus ou moins grand nombre d’oritices arrondis appartenant à deux catégories qui se distinguent immédiatement par leurs dimensions et leurs fonctions. Si l’on place une Éponge bien vivante dans de l’eau tenant en suspension une poudre colorée, on voit celte poudre dessiner dans le liquide des courants qui pénètrent à l’intérieur de lanimal par les orifices les plus petits et em sortent par les plus grands. On donne le nom de pores inhalants ou de pores efférents aux petits orifices (fig. 518, P) et celui d’oscules aux grands (fig. 517, O).
Les plus simples Éponges (Ascetta primordialis) ont l’aspect d'une urne dont les parois sont percées de pores inhalants et dont l’oritice représente l’oscule. Mais chez la très grande majorité des Éponges il existe un nombre souvent considérable d'oscules dont la position est très variable et qu'il ne faut pas confondre avec d’autres orifices plus grands, moins nombreux, dont la signification morphologique est toute différente. Fréquemment chez les Éponges digitées ou ramifiées et à rameaux cCaliciformes, chaque rameau se termine par un oscule (Stelospongia australis), mais Ne des Éponges presque exactement de même forme pré- Re BAB Pete varte ds de sentent à la surface de leurs rameaux de nombreux
surface d'une Spongilla mon- OSCules qui chez les Eponges digitées sont générale-
Da ue ment distribués le long d’une même ligne longitudinale
kühn). (Dactylochalina cylindrica, D. reticulata, Chalinopsilla imi-
lans, Chalina oculata, etc.). Chez les Éponges lamelliformes les oscules peuvent présenter trois dispositions différentes : 1° ils sont situés au bord même de la lame où ils forment une seule rangée (Phyllospongia vasiformis, Spongelia nodosa, Thorecta wuotan), rarement plusieurs (Sigmatella corticata, Var. flabellum); 2° ils sont également répartis sur les deux faces de la lame (Phyllospongia foliascens) ; 3° ils n'existent que sur l’une des faces de la lame (la plupart des Phyllospongia, Phoriospongia lamella, var. osculata, ITanthella flabelliformis, Phakellia ventilabrum). Dans ce dernier cas, lorsque la lamelle s’enroule, la face qui porte les oscules devient le plus souvent la face concave; c’est ainsi que chez les Éponges caliciformes ou tubuliformes, tous les oscules se trouvent rassemblés sur la face interne de la coupe ou du tube. La cavité dans laquelle s'ouvrent tous ces oscules peut être désignée sous le nom de chambre préosculaire, et son large orifice, bien différent morphologiquement d’un oscule, sous celui de préoscule (Chalinopsilla tuba, Aplysina Archeri, Sigmatella corticata, v. tubaria). La face qui porte les oscules, dans les Éponges tubulaires peut aussi être la face externe (plu-
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sieurs HEXACTINELLIDÆ, SIPHONINÆ, Dendrilla cavernosa, D. membranosa, Variétés d'Hippospongia canaliculata); dans ce cas l'orifice terminal du tube unique ou des rameaux n’a rien à faire avec les orifices efférents et nous le désignerons sous le nom de pseudoscule. Les orifices des cavités résultant du plissement et de l’anastomose de la lame fondamentale et de ses dépendances peuvent aussi simuler des oscules; mais ces cavités sont simplement des vestibules dans lesquels s'ouvrent indifféremment les véritables oscules et les pores inhalants. Dans des cas très rares seulement les pores inhalants et les oscules s'ouvrent dans des vestibules différents (Hippospongia aphroditella et formes voisines). Les préoscules et les pseudoscules ont de 3 à 30 millimètres de large; les oscules proprement dits sont généralement plus petits, leur diamètre oscille entre 0,3 et 15 millimètres.
Lorsque les oscules n’affectent pas de place particulière à la surface de l'Éponge, ils peuvent cependant présenter des groupements déterminés. Ils se disposent, par exemple, en rangées méridiennes régulières le long des tubes de certains variétés d'Euspongia irregularis; en étoiles chez les Homæodictya grandis, Phakellia fiubellata, Axinella polypoides (fig. 519). Ce fait ne saurait évi- 1lemment être imterprété comme un indice de parenté entre les Éponges et les Polvpes coralliaires.
Les oscules s'ouvrent d'ordinaire à la surface même de l'Éponge; ils sont cependant situés au fond de dépressions cupuliformes chez les Aplysina aerophoba, Spongelia avara; ils sont portés au sommet de tubes ou de papilles spéciales à parois minces chez les Plakina, Caminus Vulcani, Oscarella lobudaris, elc., à parois épaisses chez les Weberella, les Polymastia, la Latrunculia apicalis ; ils sont rétrécis par un anneau membraneux en forme d'iris plus ou moins convexe chez les /sops, Poterion, Synops, Velinea; des Ssaillies semblables à de courts tentacules les entourent chez les Ainphimedon viridis, Osculina polystomella, Spinosella sororia, Spongia Krebbresti, S. musicalis. Lorsque les oscules sont rétrécis par une membrane annuaire, cette membrane contient souvent des fibres musculaires qui agissent comme un sphincter.
Pores inhalants. — Le nombre des pores inhalants est inliniment plus grand que celui des oscules ‘. Le plus ordinairement ces orifices sont uniformément répartis sur toute la surface de l'Éponge (toutes les Éponges calcaires, beaucoup d'Eponges siliceuses). Quelquefois ils forment des aires porifères SAE CT assez nettement délimitées et en dehors desquelles la surface /ypoides à oscules dispode l'Éponge est continue (Semperella, Aplysina, Crella, Euspon- ne er gia, elc.). [ls se disposent le long de lignes anastomosées en réseau Chez lEsperella Murrayi. Is sont circulaires ou elliptiques, et leur grand diamètre varie suivant les espèces de 1 millimètre à 0,01 millimètre. Quelques Éponges
? On n’a pu jusqu'ici observer ces orifices chez les Chondiocladia et Cladorhiza, mais il est probable: qu'ils existent, au moins à une certaine période de la vie, chez toutes les &ponges.
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(Chondrosiu reniformis) en présentent de deux dimensions différentes et qu'on peut appeler des micropores et des macropores. Dans un assez grand nombre de cas, les pores inhalants sont entourés d'un anneau de fibres contractiles, et l'Éponge peut alors les fermer momentanément. Les pores inhalants sont placés à la surface des saillies en forme de pain de sucre de la paroi de certaines SYCONIDÆ (Sycetta primitiva, S. sagiltifera, Sycaltis conifera, Sycortis lingua, S. quadrangulata). Ils sont portés au sommet de grandes papilles tronquées chez la Latrunculia apicalis. Constitution graduelle de l'appareil d'irrigation des Éponges. — Les oscules et les pores inhalants ne sont que les orifices externes d’un système plus ou moins compliqué de cavités qui traversent toute la substance des Eponges et que nous décrirons en prenant pour point de départ celles qui commencent aux oscules. Les Éponges calcaires de la famille des AsconiD# se réduisent à une urne brièvement pédonculée, à parois très minces, traversées par des pores inhalants et dont l’orifice supérieur est l’oscule. Une telle éponge doit être considérée, suivant la nomenclature se p. 43, comme un spongoméride. Elle est susceptible de bourgeonner, de se transformer par conséquent, en un spongozoide ramifié de façons diverses, dont chaque rameau ou méride peut ou non se terminer par un oscule. Les cavités internes ou mérogastres des divers rameaux communiquant toutes entre elles, sont uniformément revêtues d’un épithélium cilié; un courant d’eau qui entre par les pores inhalants parcourt ces mérogastres et.
YA
— sort par les oscules. L’appareil d'irrigation est ici exclusive- = ment constitué par l’ensemble des mérogasires. La surface de = cet appareil est singulièrement augmentée dans la famille des = SYCONIDÆ, par la production sur les divers spongomérides, de diverticules creux, en forme de doigt de gant (fig. 520), qui = Rt sont régulièrement distribués et forment normalement à la surface de l'Éponge autant de saillies dont la cavité communique = avec la cavité cloacale par un orifice plus ou moins large.
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