DEVELOPPEMENT ET ORGANISATION DES CERCAIRES
Beaucoup de cercaires possèdent un aiguillon buccal, contenu dans la lèvre dorsale de la ventouse. Cet aiguillon est toujours accompagné de deux, quatre ou môme de plus nombreux groupes de cellules glandulaires dont chacune possède son canal excréteur, s’ouvrant à l’extrémité céphalique. Ces cellules sont remplacées chez le I). hepaticum par une paire de longues glandes situées latéralement et occupant presque toute la longueur du corps. Ces glandes semblent jouer un rôle dans la formation du kyste de la cercaire; elles disparaissent, en tous cas, après cette formation. En outre, presque toute la région dorsale de certaines cercaires ( D . hepaticum et autres) est occupée par de grandes cellules piriformes dont le protoplasme contient un grand nombre de petits bâtonnets; ces cellules sont persistantes, mais leur signification est encore inconnue. Les cercaires armées possèdent donc, en résumé, à l’état adulte, deux ventouses, un tube digestif bifurqué, un appareil néphridien, un système nerveux, divers organes glandulaires; des rudiments plus ou moins complexes d’appareil génital.
La queue, lorsqu’elle est bien développée, présente au-dessous de sa membrane tégumentaire, une couche périphérique de cellules et un cordon axial, formé d’un faisceau de fibres contractiles, entouré de cellules vésiculaires rappelant celles de la corde dorsale des Vertébrés. Mais, à ce point de vue, on peut distinguer trois sortes de cercaires : 1° les cercaires sans queue ou cercaroïdes ( cercariæum ) au nombre desquelles se rangent celles qui habitent les Mollusques terrestres, telles sont les cercaires du Leucochloridium paradoxum (p. 1794), ou celles de la Limace qui deviennent le D. migrans de la Musaraigne; 2° les cercaires à queue rudimentaire : C. limacis du Limax cinereus et de Y Avion ru fus ;
C. micrura de la Bythinia tentaculata; C. myzura de la Neritina fluviatilis ; C. columbellæ de la Columbellu rustica ; C. brachyura et C. cotylura du Trochus cinereus ; C. linearis de la Littorina littorea-, 3° les cercaires à queue bien développée ; c’est le groupe le plus nombreux, mais la queue présente des degrés très variés de développement; habituellement elle atteint ou dépasse à peine la longueur du corps et demeure simple; quelquefois elle présente soit une bordure membraneuse (C. distomi militarisa C. ornata , C. spinifera, etc.), soit une crête médiane {C. lophocerca, C. cristata ), soit des verticilles de poils régulièrement disposés (C. myocerca, C. lata, C. setifera, C. elegans, C. thaumantiadis) ; elle est aplatie chez les C. pachycerca et duplicata et acquiert un énorme développement chez les C. macrocerca de la Cyclas cornea, C. vesicata de la C. rivicola, C. vitrina du Bulimus détritus , C. elegans observée libre dans la mer, C. fulgopunctata, etc. La queue, est construite de façon que la cercaire peut y rétracter son corps tout entier chez la C. mirabilis , et le prétendu sporocyste libre de Wright; elle produit à sa base un kyste sphéroïdal où le corps peut également s’abriter chez la C. cystophora qui se fixe dans la cavité buccale de la Grenouille et chez la C. cymbidiæ. Il existe enfin un certain nombre de cercaires dont la queue est bifurquée soit à son extrémité seulement, soit presque dès sa base. Les cercaires de cette dernière forme ont été désignées sous le nom de Bucephalus; on en connaît plusieurs espèces (B. polymorphus des Anodonta ou des Unio; B. haimeanus de
Fip:. 1233.— Cercaire de CA ad acadium hepaticum (d’après Thomas).
TRÉMATODES
l’Huître, qui se fixe aussi parfois sur l’ombrelle des Sarsia, etc.)- Les deux branches de la queue des Bucephalus présentent une structure histologique assez compliquée. Dans des sporocystes de la Trivia europæa se développent des cercaires unies par l’extrémité de leur queue et formant ainsi une figure rayonnante à la façon d’un roi de rat. Enfin, on doit peut-être considérer comme encore à l’état de cercaire le singulier Bistomum filiformis, fixé par une touffe postérieure de filaments au tégument de certains Schizopodes de l’Atlantique austral, mais plongeant dans leur cavité générale. En raison des difficultés que présente le rattachement d’une forme déterminée de cercaires au Distome qu’elle doit produire, les cercaires ont souvent reçu un nom particulier et ont été décrites comme des organismes autonomes. Jusqu’à présent, il n’est pas évident que les variations d’organisation des cercaires correspondent à des différences génériques ou à des différences d’habitat des adultes, ou même à des modes d’évolution différents, mais nous pouvons dès maintenant grouper de la façon suivante les principales modifications que présentent ces formes larvaires.