I. CLASSE
ROTIFÈRES 1
Lophostomés presque microscopiques , généralement capables de se mouvoir ou de se fixer temporairement, à volonté. Appareil ciliaire constitué par une couronne qui se développe généralement en un disque prébuccal entier , diversement lobé ou même lacinié. Un appareil masticateur chitineux en avant de l’estomac. Pas de bourgeonnement ; mais des œufs parthéno génétique s, à développement immédiat , et , à la suite de certaines conditions de température ou d'habitat , des œufs sexués, à développement retardé. Métamorphoses peu importantes.
Forme générale «lu corps; affinités. — Les Rotifères sont des animaux presque microscopiques, dont le plus grand nombre habitent les eaux douces, quelques-uns les eaux saumâtres ou salées et qui partagent avec les Tardigrades et un certain nombre d’Anguillules la faculté de supporter une assez longue dessiccation (jusqu’à cinq ans, Cobelli), de passer alors à l’état inerte et de revenir à l’activité (réviviscence), lorsqu’ils retrouvent un milieu humide. De tous les Rotifères, celui qui présente la forme la plus simple est la Trochosphæra æquatorialis, découverte par Semper dans l’eau des rizières de l’ile Jamboanga, l’une des Philippines. La Tro-
1 Plate, Beitrâge zur Naturgeschichte der Rotatorien , Jenaïsche Zeitschrift für Naturgeschichte, t. XIX, 1886.
e, œil ; m, muscle ; n, bandelette nerveuse ; a, organe sensitif;*, estomac; o, ovaire; ot, oviducle ; cl, cloaque; le, canal néphridien ; g, glandes œsophagiennes; œ, œsophage; mx, mastax; ng, ganglion nerveux (d’après Semper).
FORME GÉNÉRALE DU CORPS, AFFINITÉS. 1439
chosphæra æquatorialis (fig. 1025) est presque régulièrement sphérique; une bande ciliée équatoriale la divise en deux hémisphères presque équivalents; au-dessous de la bande ciliée se trouve la bouche entourée de cils plus fins, l’anus est au pôle de l’hémisphère buccal. Celte forme est essentiellement nageuse; malgré son apparence régulière elle contient déjà des éléments de dissymétrie qui se développeront dans les autres formes; les deux hémisphères sont loin d’être équivalents ; l’hémisphère supérieur est vide ; l’hémisphère inférieur ou buccal contient tous les viscères. Ces deux hémisphères vont subir dans les autres formes des transformations différentes.
L'hémisphère supérieur devient la couronne qui
continue à porter des cils vibratiles; l’hémisphère Fig 1025. - Trochosphwra zquatoriaiis.^ inférieur forme le tronc et le pied. Ces transformations s’effectuent graduellement, à mesure que les espèces deviennent de moins en moins nageuses, et s’adaptent soit à la marche, soit à la fixation définitive. L’opposition entre les deux
hémisphères commence à s’accuser chez certains Synchæta (S. pectinata, S. oblonga) où l’hémisphère supérieur garde sa forme, tandis que l’hémisphère inférieur devient conique, une bande saillante et ciliée séparant les deux régions. La couronne s’aplatit déjà chez le S. baltica ; elle est discoïdalo chez la S. tremida et garde cette forme chez les Triarthridæ, les Anuræadæ, etc. Il n’y a pas encore de pied.
L’apparition du pied a lieu chez les Microcodonidæ, par suite du raccourcissement du tube digestif qui, au lieu de s’ouvrir à l’extrémité postérieure du corps, s’ouvre à une certaine distance de cette extrémité; dès lors l’hémisphère postérieur se trouve divisé en deux régions : l’une qui fait suite à la couronne et contient tous les viscères, c’est le tronc ; l’autre qui est exactement l’homologue d’une queue, puisqu’elle ne contient pas de viscères, mais qui se transforme d’ordinaire soit en un organe de mouvement, soit en un
organe de fixation (Rhizota, fig. 1029 et 1031, p. 1449) et qui a reçu le nom de pied. Le pied est encore tout d’une venue avec le corps chez les Hydatina{üg. 1034, p. 1452), Rhinops, la plupart des Noto.umatidæ qui ont un aspect vermiforme. Lorsque le tronc demeure large et que le pied se rétrécit brusquement, surtout lorsqu’il se termine par une paire d’appendices, le Rotifère prend une ressemblance frappante avec un Copépode (Dinocharidæ, Salpinidæ,
Fig. 1026. — Pcdalion mirum, vu de profil. — g, yeux; e, bande ciliée ; m, m', m'1, n , n', bandes musculaires; v, appendice ventral; d, appendice dorsal ; 1,1', appendices latéraux.
ROTIFÈRES
Euchlanidæ, Bracbionidæ); les espèces pourvues d’un test comprimé rappellent, au contraire, les Ostracodes ( Monura ); ces ressemblances toutes superficielles ont conduit quelques zoologistes à admettre entre les Crustacés et les Rotifères une parenté que rien dans leur organisation ne permet de soutenir.
Chez 1 ’Asplanchna Ebbesborni, il se développe chez les mâles, une ou deux paires d’appendices latéraux, lisses, en forme de cône obtus, auxquels viennent s’ajouter deux appendices impairs, postérieurs, l’un dorsal, l’autre ventral. De semblables appendices caractérisent les Scirtopoda. Dans cet ordre, le Pedalion mirum (fig. 1026) a aussi deux appendices coniques impairs, l’un dorsal, l'autre ventral, et deux paires d’appendices latéraux; mais ces appendices sont terminés par un éventail de soies plumeuses. Les Hexarthra ont trois paires d’appendices cylindriques, barbelés et terminés par des faisceaux de soies; leur physionomie rappelle exactement celle d’un nauplius. On s’est également appuyé sur ces faits pour rattacher les Rotifères aux Crustacés; mais le rôle important que jouent les cils vibratiles chez ces animaux et le mode de constitution de leurs néphridies ne permet pas de les rapprocher d’animaux essentiellement dépourvus de cils vibratiles; il ne faut voir encore dans ces ressemblances que des phénomènes tout extérieurs de convergence.
Couronne. — En forme d’hémisphère chez les Trochosphæridæ, la couronne garde cette forme, nous l’avons vu, chez certaines Synchæta (S. pectinata, S. oblongci), mais même dans les autres espèces de ce genre, elle s’aplatit en disque et c’est là la forme qu’elle présente le plus habituellement; ce disque peut avoir des dimensions plus ou moins grandes, être orienté de diverses façons, s’excaver en coupe ou même se festonner sur ses bords qui peuvent s’allonger par places et former des bras. On peut se représenter la couronne comme une simple troncature de la région antérieure du corps chez les Notommatid.e, Triarthridæ, Hydatinidæ, Asplanchnidæ (fig. 1032), Dinocuaridæ, Catypnidæ, Rattulidæ, Coluridæ; toutefois dans ces familles la surface de la troncature n’est pas nécessairement plane ; elle est souvent bombée Notommata cyrtopus , Proales petromyzon, Dinocharis pocillum , etc.), excavée ( Hydatina , Euchlanis) ou ornée d’éminences diverses. Le disque coronal s’élargit déjà beaucoup chez les Microcodonidæ, où il demeure circulaire; il s’échancre profondément du côté ventral de manière à paraître formé de deux disques circulaires fusionnés du côté dorsal chez les Brachionidæ; ces deux disques deviennent tout à fait indépendants et complètement circulaires chez les Püilodinidæ (fig. 1027, nos 4 et 3) et Pterodinidæ. Le disque coronal atteint ses plus grandes dimensions chez les Rhizota. Simplement circulaire chez quelques OEcistes (QE. umbella ) qui ont la forme de pavillons de trompette, il est plus ou moins réniforme ou en fer à cheval chez les autres OEcistes , les Cephalosiphon , Megalotrocha , Conochilm, et devient graduellement de plus en plus nettement bilobé chez les Limnias et Lacinularia ou même quadrilobé chez les Melicerta (fig. 1031, n° 3, p. 1449).
Finalement la couronne se transforme chez les Floscularidæ en une sorte de coupe à bords festonnés; les festons saillants demeurent souvent larges, courts et arrondis au sommet (F. campnnulata, F. ambigua, F. longicaudata), ou capités ( Flos cularia coronetta , F. cyclops, F. cornuta, F. regalis, F. ornata, F. mira), ou se transforment enfin en longs bras pourvus de soies qui simulent ceux des Bryozoaires (Stephanoceros, fig. 1031, n° 1). La couronne se réduit surtout chez les formes parasites ( Seison , Balatro).