ORGANES GÉNITAUX ET ENDOCARPES
fois de l’endothélium. En un même point ne se développent, en général, que des éléments d’un seul sexe. Autour des amas génitaux, le tissu conjonctif se feutre, et il se constitue ainsi une glande génitale, souvent pourvue d’un canal excréteur qui lui est propre.
Les glandes génitales, fondamentalement identiques, présentent cependant trois types différents de localisation qui permettent de répartir les Ascidies en trois groupes entre lesquels il peut d’ailleurs exister des passages : les Pleurogona, les Hemigona et les IIïpogona.
Dans le premier type, qui se rapproche le plus de ce que l’on voit chez YAmphioxus et de ce qui existe habituellement chez les Néphridiés segmentés, les organes génitaux se développent tout à fait indépendamment du tube digestif, dans l’épaisseur de la paroi du corps qu’ils envahissent parfois presque entièrement; on les retrouve des deux côtés de l’animal avec des restes manifestes de mélamérie (fig. I086, n° 1, o; p. 2209).
De chaque côté, il existe d’habitude plusieurs glandes de chaque sexe, pourvues chacune d’un canal excréteur particulier. Les Ascidies pleurogones sont toutes stolidobranches; on a déjà vu, p. 2172, les raisons qui conduisent à les considérer comme primitives; ce sont les Cynthudæ, les Styelidæ, les Molgulidæ et les Botryllidæ.
Chez les Hemigona, la formation des éléments génitaux est localisée au voisinage de l’intestin et dans la région circonscrite par l’anse intestinale; en général, les acini testiculaires se développent dans la première région, les acini ovariens dans la seconde; mais les deux sortes d’éléments peuvent se localiser autour de l’intestin ( Rhopalona ). Dans tous les cas, il n’existe plus ici que deux glandes génitales impaires, l’une mâle, l'autre femelle, munies chacune de leur canal excréteur.
Lorsque le tube digestif se détache de la paroi du corps pour se placer au-dessous de la branchie, les
glandes génitales, désormais serrées autour de lui, l’accompagnent naturellement (Cionid.e, Distomid.e), et l’ovaire peut sembler alors libre dans la cavité périviscérale ( Ciona ). On arrive ainsi à la disposition propre aux Hypogona, dont la réalisation normale s’observe dans le post-abdomen des Polyclinidæ (fig. 1594, ov). On a vu, p. 2175, comment les particularités caractéristiques des Didemnidæ dérivent de celles que présentent les Polyclinidæ. Les Ascidies mésogones sont phlébobranches (Ascidiidæ, Cionidæ) ou aplousobranches (Distomidæ) ; toutes les Hypogones sont aplousobranches. Au point de vue de la branchie, les Mésogones apparaissent donc encore comme un groupe de transition.
Chez les Pleurogona, comme il convient à des formes primitives, les glandes génitales, tout en demeurant dans les parois dermiques, présentent une variété très grande de disposition et souvent plusieurs dispositions fort différentes, en appa-
Fig. 1594. — Jeune colonie de Circinalium concrescens, montrant la concrescence et la blastogénèse épicardique. — ob, orifices buccaux ; C, cloaque commun; cl, sac épicardique cloisonnant le stolon ; ov, ovaire; co, cœur; D, bourgeon assez développé (d’après A. Giard).
rence, se rencontrent dans le même genre. C’est surtout dans les familles des Cyntiuidæ et des Styelidæ que l’on observe de nombreuses gradations.
Dans ces deux familles on remarque à la surface interne du test, des saillies spéciales, les endocarpes, constituées chacune par un ensemble de sinus bourrés de cellules conjonctives et qui pourraient être pris, au premier abord, pour des glandes génitales en voie de développement. Ces endocarpes sont transparents chez les Cynthia et les Styela, de couleur blanche chez les Polycarpa. On les observe surtout dans les genres où la paroi du corps est fortement musclée ( Cynthia , Polycarpa, Culeolus, Styela). Leur ressemblance avec les jeunes glandes génitales est telle qu’il est permis de considérer ces dernières comme résultant d’une évolution particulière des éléments contenus dans les endocarpes. Les endocarpes font défaut chez quelques espèces de Cynthia [C. dura ) et chez les Microcosmus : mais cette absence n’est peut-être qu’apparente chez ce dernier genre. En effet, les glandes génitales, semblables à leur début à des endocarpes, gardent ici, à leur maturité, une région centrale, creusée de sinus et remplie de cellules granuleuses. Cette région conserve exactement la structure des endocarpes. La même structure se retrouve dans des organes considérés comme des glandes génitales rudimentaires que la plupart des individus présentent au voisinage des lignes médianes dorsale et ventrale; ce serait là un argument nouveau en faveur de l’homologie des glandes génitales vraies et des endocarpes.
C’est, en tout cas, parmi les endocarpes que se développent les glandes génitales. La disposition de ces glandes chez les Culeolus, les Styela plicata et canopoïdes semble dériver d’une disposition métamérique. Au voisinage de l’endostyle, on trouve chez le Culeolus Murrayi, une douzaine de masses génitales, réparties de chaque côté, mais généralement plus nombreuses du côté droit que du côté gauche. Chaque masse génitale est formée d’un testicule arrondi, pourvu d’un délicat spermiducte ondulé; les spermiductes s’unissent de proche en proche pour constituer, de chaque côté, un canal déférent qui s’ouvre dans la cavité péribranchiale, au voisinage de l’orifice atrial. Autour des spermiductes et des testicules eux-mêmes sont les œufs que conduit au dehors un oviducte longeant le canal déférent du côté correspondant. Le nombre des masses génitales tombe à trois de chaque côté chez le C. recumbens, mais chaque masse a son canal déférent et son oviducte distincts; il n’y a plus qu’une masse génitale de chaque côté chez le C. perlucidus et les Fungulus. On observe des gradations analogues chez les Styela. La S. plicata présente de chaque côté cinq ou six groupes génitaux presque métamériques. Chaque groupe comprend un long ovaire tubulaire, terminé d’une part en cul-de-sac, prolongé d’autre part en un tube rétréci qui est l’oviducle; tous les oviductes convergent dans la direction de l’orifice cloacal. Chaque ovaire est entouré d’un grand nombre de follicules testiculaires isolés qui peuvent même se développer dans la couche dermique adjacente; chaque testicule est pourvu d’un canal déférent, cilié à l’intérieur et s’ouvrant à la surface interne de la cavité péribranchiale par une sorte de pavillon vibratile. Les organes génitaux de la S. canopoïdes sont construits de la même façon, mais on n’en compte que deux de chaque côté. Chez la plupart des autres espèces il n’existe de chaque côté, ou même d’un seul côté, qu’un ovaire cylindroïde, entouré de testicules dont les spermiductes se réunissent, comme chez le Culeolus Murrayi, en un canal déférent, accompagnant l’oviducte. Une disposition