DÉGRADATION GRADUELLE DES LARVES
Fig. 1044. — Vue latérale d’une larve de Flustrella hispida. — Ai\ extrémité antérieure, pi, organe piriforme; ma, muscle adducteur; s, sac interne (organe adhésif); mit, muscles latéro-lransversaux ; c, couronne ciliée; Ar, extrémité postérieure; mp, muscles pariétaux; a, organe aboral ; mn, tractus musculo-nerveux ; ml, muscles longitudinaux (d’après Prouho).
entre l’organe piriforme et le sac interne. L’exislence de cette poche est môme tout à fait transitoire; au moment où la larve sort de la cavité incubatrice elle n’est plus représentée que par une très petite excavatiou de la face orale. Il se forme bien, au cours de la segmentation, un entoderme, mais il parait se dissocier rapidement en cellules qui demeurent libres dans la cavité générale.
Au moins extérieurement la larve d 'Eucrateci chelata ne diffère guère de celle des Flustrella que par l’absence de carapace bivalve. Les larves des Cellulariidæ (Scrupocellaria, fig. 1045, n°l) Vesiculariid.e ( Amathia lendigera ), Valkeriidæ ( Valkeria cuscuta ) , et Bicellariid.e ( Bicellaria , Bugula ), ressemblent encore aux précédentes, mais elles sont plus rentlées, leur axe horizontal se raccourcit, leur face orale devient convexe, et elles arrivent à être presque piriformes. L’organe aboral est beaucoup plus large et entouré d’un cercle de soies raides; toute la surface du corps est ciliée, comme si elle avait été envahie par la couronne ; elle est parsemée de points rouges. L’organe piriforme toujours muni de son plumet, est presque latéral. L’organe adhésif ou sac interne s’ouvre à l’extérieur par une fente en fer à cheval, et il n’y a plus trace de tube digestif entre ces deux organes. Dans les familles des F lustridæ (F lustra), Escharidæ [Lepralia, fig. 4 045, n° 2, et 1046; Porella, Mucronella), la face ventrale est moins convexe, l’axe ano-buccal
plus allongé, l’organe piriforme et l’organe adhésif sont situés sur une face ventrale nettement définie; la forme générale est moins éloignée, par conséquent, de celle des larves d’Èucratea , mais la couronne s’est limitée; elle est formée d’un cercle de grandes
cellules portant une seule rangée de longs cils, accompagnés de quelques soies tactiles; de plus l’organe aboral s’est étalé en un large gâteau d’un diamètre peu inférieur au plus grand diamètre de la larve. Enfin les larves des Cyclostomata (' Tubulipora , Crisia, Diastopora) sont allongées verticalement, symétriques par rapport à un axe, légèrement rétrécies vers le milieu de leur longueur, de manière à ressembler à un sablier; toute leur surface est ciliée. Cette forme larvaire résulte, en réalité, simplement d'une blaslula dont l’un des pôles s’est invaginé pour constituer un sac interne, tandis que le pôle aboral s’est épaissi pour constituer l'organe aboral habituel; seulement ici l’organe est hémisphérique ou ovoïde, et la paroi du corps s’est prolongée autour de lui en un double repli qui le recouvre entièrement; il n’y a plus d’organe piriforme. C’est la forme la plus dégradée que présentent les larves
Fi". 1045. — Larves de Bryozoaires. — 1, larve do Scrupocellaria reptans ; 2, larve de Lepralia spinifera-, Cb , organe aboral (d’après Barrois).
BRYOZOAIRES
de Bryozoaires, avant d’arriver à la simple zoœcie ciliée qui est la forme larvaire des Bryozoaires d’eau douce.
Le développement de ces derniers a lieu à l'intérieur du cystide. Parfois l’œuf est rattaché à la paroi de ce dernier par un bourgeon, analogue à un bourgeon de polypide, à l’intérieur duquel il se développe. La segmentation est incomplète et inégale; il se produit une gastrula épibolique d’où parait finalement une larve ovoïde sans tube digestif. Celle-ci est bientôt divisée par un repli transversal, ou manteau , en deux régions dont l’une est ciliée, tandis que l’autre, iuvaginable dans la première, produit deux polypides par un bourgeonnement identique à celui précédemment décrit. La région ciliée du corps de la larve devient la paroi définitive du corps, après la perte de ses cils; la région réfléchie à son intérieur se résorbe. L’embryon s’échappe par l’orifice du cystide après la mort de son polypide l.
Fixation et métamorphose. — Après avoir nagé librement un certain temps,
les larves de Bryozoaires arrivent toujours à adhérer à un corps solide. Elles se fixent par leur surface orale, comme c’est la règle pour tous les animaux sédentaires dont les larves atteignent à une organisation élevée avant de se fixer (Crinoïdes, Cirripèdes, Tuniciers), et la fixation est suivie de phénomènes d’histolyse et de régénération qui doivent être étudiés dans les différents groupes.
Chez les Entoproctes, aussitôt après la fixation, la région postérieure du vestibule s’enfonce peu à peu à l’intérieur de l’embryon jusqu’à ce que toute la portion qui porte les orifices du tube digestif ait changé sa position horizontale primitive en une position verticale ( Loxosoma ) ou horizontale en sens inverse ( Pedicellina ). L’orientation de l’animal se trouve de la sorte intervertie, résultat que tend également à réaliser la métamorphose chez les Crinoïdes, Tuniciers et Cirripèdes. Pendant ce mouvement, le fond du vestibule se détache peu à peu de ses bords qui entrent en dégénérescence pour former des globules qui flotteront plus tard dans la cavité du pédoncule. La couronne resserrée formera la glande du pied. Le tube digestif dont l’orientation a changé par suite du mouvement de retournement du vestibule, devient le tube digestif de l’adulte; les parois du vestibule avec leurs deux orifices et la protubérance ciliée sont également conservés; les tentacules s’étant constitués sur tout le pourtour de cette région conservée, l'ancien plancher du vestibule devient l’espace intra-tentaculaire. D’ailleurs, pendant que ces changements s’opèrent, une dépression étroite, à lèvres épaissies, apparaît sur la face antérieure et supérieure de l’exoderme; elle se porte vers le polypide, s’élargit et finit par constituer l’ouverture de la zoœcie. En somme la Pédicelline, ou le Loxosome adulte n’est autre chose que sa larve
1 Kkaeplin, Die deutschen Susswasser-Bryozoen., Abh. Nat. Ver. Hamburg, 12 Bd. 1892.
Fig. 1046. - Coupe optique d’une larve de Lepralia unicornis. — v, cellules radlaires du plumet; f, fente ciliée ; g , organe piriforme ; (' , épaississement du tégument autour de la fente ciliée; gn, coude de la couronne; pm, rudiment du feuillet externe du polypide ; rs, organe adhésif ou sac interne; co, partie centrale de la face orale ; s, cavité du sac interne ; v, organe aboral ; si, cavité dite palléale (d’après Barrois).