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DES ROCHES

Des trois groupes que l'on peut établir parmi les Foraminifèros, il en est un, celui des Foraminileres calcaires, dont l'imporlance est

telle que nous devons nous y arrêter encore. En effet, les animaux qu'il renferme ont joué pendant les époques préhistoriques et jouent aujourd'hui même, sous nos yeux, un rôle considérable dans la formation du globe terrestre. On trouve encore vivantes des espèces de Foraminifères qui existaient déjà pendant la période de dépôt de terrains relativement anciens (les terrains tertiaires par exemple). L'identité de caractères persistant pendant un temps aussi long chez ces êtres, a servi d'argument aux adversaires de la théorie évolulioniste, à ceux qui en sont encore à admettre que les différentes espèces ont été produites isolément ; mais on peut répondre que si beaucoup d'êtres inférieurs n'ont pas changé depuis une époque très reculée, cela tient à ce que les conditions du milieu dans lequel ils vivent n'ont elles-mêmes pas varié. Est-il en effet un milieu moins susceptible de changer que le fond de la mer? Nous sommes ainsi amenés à reconnaître l'importance de cette inlluence des milieux que le génie de l'illustre Lamarck avait signalée et que les savants transformistes de notre époque ont peut-être trop négligée.

Wywille Thompson et Huxley ont constaté que dans certaines régions du globe, par exemple entre le 60° lat. N. et le 60° lat. S., le fond des mers contient une grande quantité de débris de tests de Foraminifères. Les animaux, après avoir formé leur test, meurent. Les coquilles ne peuvent plus rester à cause de leur pesanteur dans les régions superficielles de la mer et tombent au fond. Il suffit de se rappeler combien ces êtres peuvent se multiplier facilement, pour concevoir l'énorme couche de coquilles de Foraminifères qui tapisse, dans la zone indiquée , les profondeurs de la mer; ces coquilles, en se soudant les unes aux autres, à l'aide du carbonate de chaux qui se précipite entre elles, finissent par former une roche compacte, mais dans laquelle on peut encore reconnaître leurs formes caractéristiques.

Il peutaussi arriver, et c'est le cas le plus fréquent en ces régions, qu'une fois formées, ces masses compactes de calcaire subissent des transformations telles qu'on ne puisse plus finalement y reconnaître le moindre vestige d'êtres organisés. Les récentes découvertes de la chimie appliquée à l'étude de la formation de l'écorce terrestre, nous prouvent en effet que les minéraux en apparence les plus immuables subissent des transformations incessantes qui, accumulées pendant de longues périodes , modifient profondément leurs propriétés physiques et chimiques.

Si, dans le cas qui nous occupe, nous supposons que des courants d'eau chargée d'acide carbonique dissolvent le carbonate de chaux

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des coquilles des Foraminifères, puis, que sous l'influence de conditions physiques et chimiques diverses (variations dans la pression, dans la température, etc.), ces solutions très concentrées se précipitent, elles formeront des roches compactes où l'œil armé du meilleur microscope ne découvrira plus aucune trace des Foraminifères qui cependant on servi à les produire. -

D'un autre côté, Wywille Thompson et Huxley ont constaté que les lests des Foraminifères qui vivent en grand nomhre dans le golfe du Mexique, une fois abandonnés par la substance protoplasmique, se remplissent par leurs différents orifices d'un dépôt de silicate d'alumine et de fer, coloré en vert foncé ou noirâtre. Supposons, et ce fait peut être vérifié expérimentalement, que le carbonate de chaux des coquilles ainsi remplies d'un dépôt siliceux vienne à être dissous, il ne restera plus que la substance siliceux, qui pourra elle-même, sous l'innuence des mouvements constants de feau dans ces régions, (mouvements produits par les courants sous-marins, parla température interne du globe, etc.), être désagrégée et former une épaisse couche de sable constitué par des silicates d'alumine et de fer; ce sable pourra, à son tour, subir des transformations physiques ou chimiques, et produire des roches compactes, dans lesquelles on ne trouvera même plus la substance calcaire des test des Foraminifères ; et cependant ces tests auront servi de point de départ à la formation de la roche.

Les faits qui précédent justifient bien, ainsi que le fait remarquer Huxley', le mot célèbre de Linné : « Petrefacta non a calce, sed calx a petrefactis. Sic lapides ab animalibus, nec vice versa. Sic rupes saxei non primœvi, sed temporis filiœ. »

Nous voyons en effet la matière vivante surgir d'éléments chimiques inorganiques, puis accumuler des éléments minéraux dont elle s'enveloppe, à l'aide desquels elle consolide et protège ses formes, qu'elle abandonne de nouveau au milieu inorganique et qui, transformés par ce milieu, servent à produire des roches compactes, destinées plus tard, à se dissoudre, à se désagréger, pour servir à la constitution d'autres organismes. Nous voyons ainsi se manifester à nos yeux, avec une évidence éclatante, le mouvement incessant de transformation de la matière non vivante et de la matière vivante Tune dans fautre, mouvement semblable à un tourbillon sans limites dans l'espace comme dans le temps.

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