‹ Traité de zoologieChapitre 55 sur 120 · Voy. Quart, joum. of micr. se, 1879, XIX, p · texte numérisé non relu

Voy. Quart, joum. of micr. se, 1879, XIX, p

1res bien décrit la façon dont les aliments sont introduits dans le corps du Cercomonas Termo. Vers la base du flagellum, la membrane cellulaire cuticularisée offre une petite interruption par laquelle le protoplasma fait saillie au dehors; dans cette saillie se trouve une vacuole contractile. Si un corps étranger alimentaire vient au contact du protoplasma nu qui constitue la petite saillie, il est englobé, passe dans la vacuole contractile qui est au centre de la saillie protoplasmique et est entraîné avecla vacuole dans l'intérieur de l'organisme. On peut voir le corps étranger cheminer avec la vacuole dans les différentes parties de l'animal; s'il peut servir à la nutrition il se désagrège peu à peu et disparaît entièrement; si, au contraire, il ne peut pas être utilisé comme matière alimentaire, si,

par exemple, c'est un grain de sable, on le voit, après avoir parcouru le corps de l'Infusoire revenir vers la partie supérieure et être rejeté par le même orifice qui a servi à son introduction.

La respiration de notre Infusoire est facilitée par un acte analogue; dans le voisinage de la bouche, il existe une ou plusieurs vacuoles contractiles remplies d'un liquide moins dense que le protoplasma. Ce liquide est en grande partie constitué par de l'eau provenant, soit du milieu ambiant, soit du corps de l'animal, et tenant en dissolution des principes chimiques très variés. Ces vacuoles qui, comme nous le savons, se dilatent et se contractent alternativement, jouent un rôle important dans l'acte de la respiration. L'air destiné à la respiration pénètre dans leur cavité avec l'eau dans laquelle il est dissous. Les vacuoles la chassent dans toute la masse protoplasmique de rinfusoire et mettent ainsi l'oxygène de l'air en contact avec toutes les parties du protoplasma. D'autre part, l'eau des vacuoles se charge de l'acide carbonique et des autres produits de désassimilation qui sont ensuite rejetés au dehors avec l'eau ellemême dans les vacuoles qui vont s'ouvrir au niveau de la bouche. Eu égard à ces phénomènes, on peut considérer les vacuoles contractiles comme un appareil aquifère, analogue à celui qui existe chez un grand nombre d'animaux plus élevés en organisation. Les mouvements de ces Inlusoiress'opèrentgrâceàleur flagellum.

Fig. 147. — Cercomonas Termo. «. individus pourvus de prolongements postérieurs; b, un individu en voie de division ; les deux moitiés du corps se sont séparées et paraissent être unies par les queues(d'après Stein).

INFUSOIRKS FLAGELLATES. 171

Le Cercomonas Termo ne vit pas toujours isolé. On voit fréquemment un nombre plus .ou moins considérable d'individus se réunir et constituer de véritables familles. C'est sur les flocons blancbàtres que l'on trouve à la surface des liquides où sont ces Infusoires, flocons formés par des lîactéries, que se rencontrent surtout les familles ào, Cercomonas Termo. Dans ce cas, les individus sont d'habitude nettement piriformes. Par leur extrémité inférieure, elnlée en pointe, ils sont fixés sur le corps qui leur sert de point d'appui et sont pressés les uns contre les autres par leur extrémité renflée qui porte le flagellum. L'aspect de ces colonies est extrêmement variable et dépend de la forme des corps sur lesquels elles se sont établies. L'existence de ces sociétés

Fig. 148.

Cercomonas crassicatida {d'ai^rès Stein). Formes diverses c, vacuoles contractiles.

n, noyau ;

nous montre combien, chez les animaux, même les plus inférieurs, la tendance à l'association est prononcée.

L'étude de la morphologie du Cercomonas Termo nous amène à constater un autre fait très intéressant, qui aune grande importance au point de vue de la théorie de l'évolution. Chez quelques indivi(ius, la partie postérieure du corps se modifie et émet un petit nombre de pseudopodes lobés. Le protoplasma a refoulé en ces points sa membrane d'enveloppe, de façon à former des prolongements analogues à ceux que nous avons déjà observés chez les Amœbiens. Il y a là un exemple manifeste d'atavisme, phénomène en vertu duquel un caractère ayant appartenu à des ancêtres souvent fort lointains déjà, se manifeste avec plus ou moins d'intensité

dans une partie des descendants. Nous en relrouverons des exemples plus fi'appants encore dans les organismes plus élevés en organisalion et partant plus riches en caractères variés.

La multiplication du Cercomonas Termo a lieu par segmentation longitudinale. Le noyau se divise d'abord, puis le corps se segmente à son tour, suivant son grand axe, en deux parties à peu près semblables. La segmentation commence dans le voisinage de la base du flagellum et s'avance peu à peu vers l'extrémité opposée. Puis, l'une des moitiés s'écarte lentement de l'autre, et, après avoir occupé une sériedepositions intermédiaires, elle se trouve, en dernier lieu, jux-

Fig. 149.

Cercomonas ramulosn (d'après Stein).

n, noyau.

Formes diverses.

taposée par son extrémité caudale à celle de l'autre moitié, de sorte qu'en observant l'animal à ce moment, on serait porté à croire que la division s'est opérée transversalement. Tandis que les deux moitiés de l'animal s'écartent l'une de l'autre, un flagellum se forme sur celle qui en était primitivement dépourvue.

Cercomonas crassicauda Dujard'. — Cette forme de Flagellate rappelle beaucoup le Cercomonas Termo; mais la partie inférieure est ici terminée par une longue pointe; c'est, pour ainsi dire, un seul

1. Voyez Stein, Der organismus der Infusionsthiere , III, I, tab. 1, abth. III, fig. 1-5.

INFUSOIRES FLAGELLATES. 173

pseudopode que l'animal aurait développé dans cette région. Indépendamment de celte sorte de queue proloplasmique im^taire, ouà sa place, on trouve liabilucllement d'autres saillies plus [)Ctites dont la présence nous éclaire sur la nature morphologique du prolonoement caudal.

Du Cercomonas crassicauda nous pouvons passer facilement au Cercomonas ramnlosa STEiN^qui possède, à un plus haut degré encore que les précédents, ( e caractère ancestral sur lequel nous venons d'insister. Il présentt. fréquemment à la partie postérieure, soit un long prolongement solitaire, soit un certain nombre de pseudopodes courts; mais il oflre, en outre, toujours, sur les parties latérales du corps, un nombre plus ou moins considérable de pseudopodes coniques ou aplatis, parfois ramifiés, qui le font ressembler à certains Amœbiens. La partie antérieure porte, comme dans les espèces précédentes, un très long iïagellum grêle et mobile.

L'analogie de formes de cet organisme avec les Amœbiens est si

Fig. 159. — Cercomonas intestiiialis (d'après Leuckart). a, putito variété ; b, grande

variété.

grande, qu'on pourrait nous demander pourquoi, au lieu de commencer l'histoire des InfusoiresFagellatespar le Cercomonas Terme où les pseudopodes latéraux ne sont qu'accidentels, nous n'avons pas décrit, dès le début, le Cercomonas ramnlosa^ qui ressemble beaucoup plus que tous les autres Flagellâtes à ses ancêtres Amœbiens. Nous avons agi ainsi parce qu'à notre avis la présence des pseudopodes n'est, pour ainsi dire, qu'accidentelle dans le groupe des Flagellâtes, tandis que le flagellum est un organe constant. Ces pseudopodes nous montrent que d'un ancêtre commun, tel quel'embryon àv\ Protomyxa aurantiaca , ontpupartirdeux branches allant : l'une, vers les Amœbiens, l'autre vers les Infusoires Flagellâtes. Les Flagellâtes eux-mêmes peuvent dériver, en partie, directement, de l'embryon du Protomyxa axirantiaca, en partie, indirectement, de cet embryon, en passant par les Amœbiens.

1. Stein, /oc. cil., tab. I, lll, Abtli. III. fig. 1-7. Nous reproduisons une partie de ses figures.

174 IMIOTOZOAIRES.

Quelque? Flagellâtes très voisins des précédents nous ofïrent un intérêt particulier au point de vue médical et doivent par conséquent attirer spécialement notre attention.

CercomonasintesfinaUsLxMBL^. — Cet animal se rapproche beaucoup par sa forme du C. Termo et du C. crassicauda. Son corps est ordinairement piriforme, pourvu d'un flagellum et d'un petit prolongement caudal raide. Son histoire, faite uniquement par des médecins, l'a été fort mal, et de son organisation de même que de sa reproduction nous ne savons à peu près rien. La meilleure description que nous en possédions est encore celle qui a été faite par Davaine qui le trouva dans les selles de cholériques, pendant l'épidémie qui sévit en 1853-54 à Paris ^.

Davaine le décrit sous le nom de Cercomonas hominis et en dis lingue deux variétés qui diffèrent à peine l'une de l'autre. Voici les caractères qu'il leur assigne.

'( Variété A. Corps piriforme, variable, long de 0'"'",01 à 0""'^,0\^; extrémité amincie se terminant par un filament caudal épais, aussi long que le corps; filament flagelliforme antérieur situé à l'extrémité, obtus, opposé au précédent, très long (deux fois aussi long que le corps?), mince, toujours agité, très difficile avoir; trait longitudinal vers l'extrémité antérieure, donnant l'apparence d'un orifice buccal (?); point de nucléus bien appréciable. Locomotion assez rapide, quelquefois suspendue par l'agglutination du filament caudal aux corps environnants; l'animal oscille alors, comme un pendule, autour du filament.

» Variété B. — Plus petite que la précédente; corps moins piriforme, àcontours moins arrondis, long de 0""°, 008; deux filaments, l'un antérieur, l'autre caudal, situés un peu latéralement; longueur des filaments non déterminée; locomotion très rapide. »

La première variété fut trouvée par Davaine dans les selles de cholériques, où elle existait souvent en assez grande quantité pour que l'on en pût trouver plusieurs dans une seule goutte de liquide.

La seconde variété fut trouvée dans les selles d'un malade atteint de fièvre typhoïde.

1. Cercomonas et Ecliinococcus m hepate hominis, in fiussischer medin. Bericht, 1875, n° 33. — ZuNKER, Uber dus Vorkommen der Cercomonas intestinalis in Digestionskanal des Menschen und deren Beùehung zu Diarrltoen, in Deutsche Zeitsch. f. prakt . Medic, 1878, n" 1.

2. Davaine, Sur les animalcules Infusoires trouvés dans les selles de malades atteints du choléra et d'autres maladies, in Compt. rend. Soc. iio/ogf., 2" série, 1854, I, p. 129, Traité des Entozoaires et des mal. vermin., p. vi, 67.

INFUSOIHKS FLAC.KLLATES. 175

L'une et Fautre variété meurenl très rapidement quand les selles se refroidissent.

Les deux variétés de Davaine ont été réunies par les observateurs plus récents. Les difterences que leur créateur indique entre elles sont en réalité si peu considérables, qu'il est difficile de ne pas les considérer comme de simples variations individuelles.

En 1859, Lambl' trouva le CercowoHrtsù?^es^i«a//.s en grande quantité dans les selles diarrhéiques d'enfants. Ekeckrantz-, Tham^et Zunker*, vers la même époque, découvrirent ces Infusoires dans les selles d'individus atteints depuis longtemps de dyspepsie et de diarrliée. Enfin, LambP le rencontra dans le foie d'un malade qui mourut d'un Echinocoque.

Les descriptions données par tous ces auteurs sont trop imparfaites pour qu'on puisse affirmer rigoureusement que les animaux qu'ils ont observés sont identiques entre eux et semblables à l'espèce décrite par Davaine.

Quant à la question de savoir d'où viennent les Infusoires trouvés dans les selles de ces malades et quel rôle ils jouent dans les maladies avec les quelles leur présence coïncidait, elle est loin d'être ré-, solue. Il est bien certain que le Cercomonas intestinalis est introduit dans notre corps par les eaux; mais comme on ne Tapas encore trouvé à l'état libre, on ignore complètement où et dans quelles conditions il vit à l'extérieur.

Lambl a constaté sa segmentation longitudinale et l'on est endroit d'admettre qu'une fois dans l'intestin, il s'y multiplie avec une très grande rapidité; on l'a trouvé en effet en quantité telle, qu'il n'est pas permis de supposer que tous les individus habitant l'organisme malade avaient été ingérés les uns après les autres. L'observation faite par Lambl sur le malade mort d'Echinocoques dont nous avons parlé plus haut, est particulièrement instructive à cet égard. Les Cercomonas^ furent trouvés autour du foie en quantité tellement considérable que chaque goutte de liquide en contenait un grand nombre. Or, l'intestin n'en renfermait pas du tout et le malade était à l'hôpital depuis deux

1. Lambl, Prager Vierteijahrsschrift fur prahlische Ileilkunde, 1859, LXl, p. 51. Aus dem Fram-Joseph Kinderspitale in Ping, I, p. 3ùU.

2 Ekeckrantz, Bidrag till Kdnnedomen om de i menniskans tarmkanal fôrekommande Infumrier, in Nordisk med. Ark'iv., 1, n° "20; et in Wirckow-Hirsch Jahresher. 186'.), 1, p. !20'2.

3. Tham, Tu'ànna fall of Cercomonas, in Upsala Idkare fôren. forliaudl., V, p. 631; — et in Wirckow — Ihrsch Jahresber., 1870, I, p. 3 H.

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