Mitophora : corps à forme persistante
A l'exemple de Saville Kent et crun gi-and nombre d'auti^es zoologistes, nous avons éliminé du groupe des Inl'usoires Flagellâtes un certain nombre de genres qui y sont placés par Stein et que nous considérons comme les Algues, tels que les Volvox, les Chlamydococcus, lesPandorina, etc. hesChlamj/dococus, Chlami/domonas, cic. , sont libres et munis de deux flagellums de môme longueur ; leur protoplasma est enveloppé d'une épaisse membrane de cellulose, à travers laquelle passent les deux flagellums. Les Voluox et les Pandorlna, etc., vivent en familles formées par la division d'un seul individu; chaque individu est pourvu également de deux flagellums et d'une membrane cellulosique; cette dernière s'épaissit, se gélifie et se confond en partie avec les membranes de toutes
les cellules composant une môme famille, de façon à former une masse sphériqueliyaline, marquée d'un réseau de mailles polygonales répondant aux lignes de contact des cellules. Tous les flagellums font saillie, accouplés deux à deux, à la surface de la sphère et déterminent par leurs mouvements la locomotion. Dans le Yolvox globator, qui abonde dans nos eaux douces stagnantes, le nombre des individus formant chaque famille est très considérable. Dans le Pandorlna Morum, il est réduit à seize, La reproduction de ces organismes s'effectue par segmentation et par conjugaison.
Dans les CMamudomonas^ l'individu unicellulaire se divise d'abord en huit petites cellules munies chacune de deux vacuoles contractiles et de quatre cils. Ces cellules sont mises en liberté par rupture de la membrane de la cellule mère ; elles se conjuguent,
•Fig. 207. Piindorina Monun. a, famille mobile; b,c, cellules isolées; rf,e, conjugaison de deuxcellules;/', zygospore.
Fig. 208. Volvox ylobalor. a colonie entière; b, deux individus isolés.
se fusionnent deux à deux pour former autant de zygospores qui se subdivisent pour former des individus nouveaux destinés à se comporter comme leurs ancêtres.
Dans le Pandorlna Morum chaque individu se segmente en seize individus nouveaux qui forment une famille mise en liberté par la rupture de la membrane qui entoure la famille primitive. Ce phénomène constitue la reproduction asexuée ; mais il existe aussi une reproduction sexuée qui s'effectue de la façon suivante : la membrane commune d'une famille se détruit ; les individus mis en liberté, et désignés par les auteurs sous le nom de zoospores se meuvent pendant quelque temps librement dans l'eau; puis ils se conjuguent
1. Voy. RosTAFiNSKi, Beobachtung. iiher Paaning von Schwàmsporen, in Botan. Zeit., 1871, p. 785.
INFUSOIRES FLAGELLATES. 237
deux à deux pour former une cellule unique, à quatre cils, désignée sous le nom d'oospore. Celle-ci, après un certain temps de repos, précédé de laperte de ses cils, se dépouille de sa membrane, et se montre sous l'aspectd'une niasse arrondie, à deux cils (zoospore) qui se meut dans l'eau et se segmente bientôt en une lamille de seize individus.
Dans les Volvox ' chaque cellule de la famille peut produire, par simple division, une famille nouvelle, mais certaines cellules delà colonie peuvent aussi prendre des caractères spéciaux et devenir les unes des cellules femelles (oosphères), les autres des cellules maies (anthérozoïdes). Les dernières se fusionnent avec les premières pour produire une cellule unique (oospore), qui sort de la colonie, et passe l'hiver dans l'eau, au repos. Quand vient le printemps, elle se divise en deux, quatre, huit, seize, etc., cellules qui se disposent en une sphère creuse, tout à fait semblable au blastoderme d'un œuf holoblastique.
La membrane de la sphère se déchire ; puis chaque cellule acquiert deux cils, et une famille de Volvox se trouve constituée. Ilenncguy a signalé ce fait intéressant que, parmi les cellules produites par la division de Toospore, il s'en trouve quelques-unes plus grosses que les autres, et qui ultérieurement donnent naissance, sans fécondation préalable, à des colonies filles, par un mode de division semblable à celui des oospores.
L'inconvénient qu'il y avait, à ranger parmi les Flagellâtes les organismes dont nous venons de parler réside tout entier dans la nécessité où l'on se trouverait d'y faire entrer à leur suite un certain nombre d'Algues très voisines des Pandorina et des Volvox, telles que les Ilydrodictyées ; celles-ci de leur coté , ont des affinités étroites avec d'autres Algues ou même des Champignons plus élevés qui devraient nécessairement lessuivres, et l'on devrait ainsi faire passer dans les Protozoaires un très grand nombre d'Algues et de Champignons.
Il est un autre organisme que les zoologistes sont unanimes à placer parmi les Flagellâtes, mais qui nous paraît encore trop insuffisamment connu, le Magosphœra Planula dTIœckel \ Ce petit être, trouvé par Ilœckel sur les côtes de la Norvège, se présente sous la forme d'une sphère hyaline, constituée par un grand nombre de cellules piriformes. Celles-ci sont appliquées les unes contres les
1 Voy. CoHN., in Beilràfje fur Bioloçjle iler P[lan:ien, 1875. — Hk.nm-guy, Gcrminaliou des spores du Volvo.v dioique, iii Revue inlcrnat. des sciences, 1878, I[, p. G9l5. :2. H^ECKEL, Bioloijie Slud., in Jenaiscke ZeUscli., 1.
autres, leurs petites extrémités sont dirigées vers le centre de la sphère, tandis que leurs grosses extrémités en forment la surface par leur juxtaposition. Cette extrémité est munie d'un grand nombre de cils à l'aide desquels la sphère entière se meut dans l'eau. D'après Hasckel, on voit, à un moment donné, toutes les cellules qui constituent cette colonie se séparer et nager isolément dans l'eau
Fig. 209. Magosphœra P/anuia (d'après Hœckelj. —A, de face; B en coupe optique.
pendant un certain temps. Puis, elles contractent leurs cils, entrent au repos, et enfin chacune d'elles s'enkyste et se segmente pour produire une nouvelle colonie semblable à la première. Le Magosphœra Planula est la seule espèce d'un petit groupe que Hœckel désigne sous le nom de Calallactes et que l'on place généralement à la suite des Infusoires Flagellâtes.