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DES AFFECTIONS GÉNÉRIQUES DE LA PEAU

ÎL existe , avons-nous vu, des affections génériques et des affections propres.

Une affection générique, ou un genre dermatologique est une affection qui présente certains caractères spéciaux, la différenciant des genres voisins , et qui offre des espèces , dont chacune, outre les caractères du genre, a des caractères particuliers, la séparant des espèces voisines.

I/eczéma est un genre , puisqu'il est caractérisé par une évolution anatomique et symptomatologique, différente de celle du lichen, de l'acné...., et qu'il présente des espèces scrofuleuse, syphilitique, arthritique, herpétique, dont chacune, outre les caractères de l'eczéma, en offre de spéciaux capables de la faire reconnaître par un œil exercé.

Il existe des affections génériques érythémateuses , vésiculeuses, huileuses, pustuleuses, furonculeuses , phlegmotteuses, papuleuses, tuberculeuses, squameuses.

Le tableau suivant donnera une idée nette des affections

génériques :

Érythème.

Urticaire.

Roséole.

Miliaire.

i» ÈrythéfflateuiM»

*• Vêsifculetises ( E c^a. •

( Varicelle.

3* Boiteuses. . . * . . . . è . è Pemphigus, rapia.

IAcné.

Ecthyma»

Impétigo.

Mentagre» 5° Furonéuleuses ....*..* Furoncle, Anthrax.

des glande» sudoripares). . } Hydrowdénito.

"**- - ISS.

8° TribeTcaletHWs « Lupus.

9» Squameux j JJJ™T*

AFFECTIONS ÉRITHÈMATEUSES.

DE l'ÈRYTHÈME.

Définition. — On désigne sous le nom d 9 érythème une affection de la peau en voie d'évolution caractérisée, à sa période d'état, par des taches congestives, rosées ou rouges, assez larges, n'occasionnant pas de démangeaisons prononcées, et se terminant par résolution , en présentant ou non une desquamation légère.

Symptomatologie. — Tantôt l'érythème présente un début brusque; tantôt, au contraire, l'éruption est précédée de phénomènes précurseurs dont la durée varie de un à trois jours, et qui consistent dans un malaise général , le brisement des membres , des picotements ou des démangeaisons sur les parties qui doivent être le siège de l'affection , un mouvement fébrile modéré qui contraste avec la fièvre intense du début des pyrexies éruptives (variole, scarlatine), et enfin le trouble des fonctions digestives, c'est-à-dire l'anorexie, l'enduit blanchâtre de la langue, la soif, la difficulté des digestions.

Que ces phénomènes prodromiques aient existé ou non, des taches congestives, roses ou rouges, apparaissent à la surface du tégument externe, taches qui , d'abord diffuses et mal limitées, ne tardent pas à se circonscrire ; elles peuvent conserver, pendant toute la durée de leur existeiïce, la teinte rosée du début; mais le plus souvent elles acquièrent une coloration foncée, framboisée et violacée même ; elles sont circulaires, ovalaires (E. circiné), ou offrent une forme irrégulière; leur surface peut rester plane et lisse, ou se couvrir de saillies papuleuses ou tuberculeuses (éry thème papulo-tuberculeux); tantôt elles offrent à leur circonférence un relief, un bourrelet qui les sépare des parties environnantes (érythème marginé); tantôt, au contraire, la coloration morbide se confond insensiblement avec la teinte normale de la peau ; quelquefois elles sont ovalaires, présentent une saillie médiane du volume d'une noisette, d'une petite noix, qui semble enchâssée dans le tissu cellulaire souscutané (érythème noueux).

i/ÉRYTHÈME. 33

L'étendue qu'elles occupent est très-variable : si, en effet, les taches érytkémateuses peuvent ne pas dépasser les dimensions d'une pièce de 5 francs, même d'une pièce de 2 francs, elles occupent le plus souvent toute une région , la face dorsale des mains, les joues, le front, par exemple; enfin, elles disparaissent sous la pression du doigt, et sont ou non le siège de démangeaisons très-faibles, ou de légers picotements.

Arrivé à son plus haut degré d'intensité, l'érythème parcourt une marche inverse à celle qu'il a suivie pendant la période d'augment : on observe alors la décoloration progressive des téguments, l'affaissement graduel du bourrelet circonférenciel, et la disparition des démangeaisons , lorsque ces deux phénomènes ont existé. Enfin, au déclin de l'affection apparaît souvent, sur les parties malades, une légère desquamation qui ne tarde pas à cesser elle-même.

Quelquefois aussi naissent à la surface de l'érythème des vésicules, des bulles, des phlyetènes, se produit même une sécrétion purulente, ainsi qu'il est donné de l'observer dans l'intertrigo purifluent.... Mais ces phénomènes doivent être regardés comme essentiellement accidentels, et ne sauraient être considérés comme formant partie nécessaire de l'évolution naturelle de l'affection.

Marche, durée, terminaison. — Tantôt l'érythème suit la marche des pseudo-exanthèmes, et disparaît spontanément vers le douzième ou quinzième jour de son existence ; tantôt on ne peut lui assigner aucune limite, et on le voit se prolonger pendant des mois et des années, et récidiver plusieurs fois avant de disparaître complètement; tantôt, enfin, sa durée est éphémère et en rapport avec la persistance de la cause qui lui a donné naissance.

Caractères anatomiques. — L'érythème, envisagé au point de vue du siège topographique, peut occuper toutes les parties du corps; envisagé au point de vue du siège anatomique, il consiste dans la congestion des vaisseaux capillaires du derme ; dans l'une des variétés de l'érythème se produit même dans le tissu cellulaire une extravasation sanguine de laquelle résul-

34 AFFECTIONS GENERIQUES.

tent des nodosités douloureuses, ovales, et offrant une coloration violacée, qui ne tarde pas à faire place à une teinte jaunâtre, indice de la résorption que subit le Sang épanché (erythema nodosum).

Diagnostic du genre. — L'érythème pourrait être confondu avec l'érysipèle :

Mais un frisson intense précède ordinairement l'érysipèle, et ne fait au contraire presque jamais partie du cortège des phénomènes précurseurs de l'érythème*

Dans l'érysipèle existe une surface rouge, surélevée au-dessus des parties environnantes et sensible à la pression, tandis que les taches érythémateuses ne dépassent pas, en général, le niveau des parties environnantes, et ne sont pas ou sont à peine douloureuses .

L'érysipèle présente des bords nettement limités par une saillie festonnée , tandis que la rougeur érythémateuse offre une décoloration progressive, et se confond insensiblement avec les parties saines.

Enfin on observe, à la suite de l'érysipèle, l'infiltration du tissu cellulaire par de la lymphe plastique ou du pus, la gangrène des parties sous-jacentes à la peau, résultats de l'inflammation que Ton ne constate jamais chez un malade affecté seulement d'érythème*

Des différences plus tranchées encore séparent la rougeole et la scarlatine de l'érythème; toutes deux, en effet, sont contagieuses, précédées de symptômes prodromiques pathognomoniques, et accompagnées d'une fièvre intense, caractères que Ton n'observe pas dans Férythème ; enfin, les éruptions rubéolique et scarlatineuse sont répandues sur toute la surface du corps, tandis que l'érythème n'en occupe qu'une partie peu étendue.

La roséole se distingue de l'érythème par la petite dimension, la multiplicité et la dissémination des taches sur toute la surface du corps.

L'urticaire se différencie suffisamment de l'érythème par l'existence de papules rosées ou rouges à la périphérie, déco-

l'èrythème. 35

lorées au centre, sièges d'un prurit intense , apparaissant brusquement et disparaissant subitement, sans laisser pour ainsi dire aucune trace.

La lèpre se distinguera facilement aussi de l'èrythème, si Ton considère que jamais, dans cette dernière affection, on ne constate la Coloration bronzée de la figure , l'existence de tubercules cutanés et sous-cutanés, l'enchifrènement nasal, l'enrouement de la voix, l'insensibilité des téguments...., cortège habituel de la lèpre. Cette maladie ne serait-elle encore caractérisée que par l'existence de macules, que leur couleur d'un jaune fauve, l'absence de décoloration à la pression, et leur insensibilité, suffiraient pour les différencier des taches érythémateuses.

Pronostic. — Considéré en lui-même, l'èrythème est une affection légère et tendant à disparaître spontanément ; mais, envisagé au point de vue de son origine, des causes qui lui oût donné naissance, il constitue une affection dont le pronostic est extrêmement variable. Est-il dû à la présence des parasites ou à l'action d'agents irritants, il n'entraîne à sa suite qu'un pronostic des plus bénins, puisqu'il suffit d'enlever la cause pour que l'effet disparaisse ; est-il le reflet d'un état général de l'économie, reconnaît-il pour cause une maladie constitutionnelle, il constitue alors une affection plus sérieuse , parce qu'il doit faire craindre l'apparition de nouvelles manifestations cutanées plus rebelles et plus graves dans un intervalle de temps plus ou moins éloigné.

Étiologie. — L'èrythème doit être divisé en érythème de cause externe et érythème de cause interne.

1° L'èrythème de cause externe est dû à une causii mécanique ou physique, ou est provoqué, artificiel.

(a) L'èrythème de cause mécanique est dû à la piqûre ou à la morsure de petits animaux non venimeux, tels que le rouget, le cousin, la puce, les processionnaires; à l'action prolongée des rayons solaires, à l'influence du froid, au décubitus prolongé, été*

(6) L'èrythème artificiel se divise en érythème provoqué di-

rect et en érythème patliogénétique. — L'érythème provoqué direct se rencontre fréquemment chez les ouvriers obligés de se servir, par le fait de leur profession , de substances irritantes, telles que les produits chimiques, pharmaceutiques, etc.

Certains agents médicamenteux, la farine de moutarde, la poix de Bourgogne, la clématite, etc.; des produits physiologiques ou morbides , tels que la sueur, les larmes dans l'épiphora, le mucus vaginal dans la blennorrhagie, etc.; l'insertion, sous Tépiderme, de matières vénéneuses, telles que le venin de l'abeille, des guêpes, des frelons, etc., déterminent l'érythème provoqué direct.

Enfin, le trichophyton (végétal parasite) détermine l'érythème circiné parasitaire, érythème provoqué direct parasitaire.

Les érythèmes provoqués indirectement, ou pathogénétiques , sont consécutifs à l'absorption de la belladone, de l'iode, etc., oii à l'ingestion de maïs altéré par le verdet (E. pellagreux.)

2° L'érythème de cause interne apparaît dans le cours d'une maladie fébrile (erythema fugax des fièvres, de l'état puerpéral), ou dans celui de l'arthritis ou de la scrofule (maladies constitutionnelles).

L'érythème arthritique est pseudo-exanthématique (érythème marginé, papuleux, noueux), pu chronique (érythème papulo tuberculeux, ou intertrigo). A la scrofule se rattachent l'engelure et l'érythème induré .

Causes de l'érythème Mécanique, de cause externe. ) Artificiel.

Erythème . , , ,. .

J f Provoque direct.

Pathogénétique.

Symptomatique d'une maladie fébrile.

Erythème \ I Aj guë . j K P"P uleu ^ *»*&*,

Arthritique 1 I noueux.

de cau 8 e interne, j ) Chronique. I Intert "8 ; ~ E - P a P u '<"

tuberculeux.

Scrofuleux. | E. pernio et E. induré.

Traitement» — L'érythème, envisagé comme affection gêné-

LA ROSÉOLE. 37

rique, ne donne lieu qu'aux indications thérapeutiques suivantes :

Il convient, en général, de séparer les parties eontiguës à l'aide de charpie, d'un linge, et de saupoudrer les surfaces malades de poudre d'amidon, de lycopode, de sous-nitrate do bismuth, etc. Ces poudres sont les meilleurs topiques, et doivent être employées de préférence aux liquides, aux corps gras.

Mais, avant tout, il faut tenir compte de la cause qui a donné naissance à l'érythème. L'érythème artificiel n'exigera que l'éloignement de la cause; l'érythème parasitaire, les parasiticides ; l'érythème pseudo-exanthématique disparaît spontanément ; mais un purgatif, un éméto-cathartique, une petite saignée, abrégeront sa durée ; enfin, les érythèmes scrofuleux et arthritique nécessiteront un traitement antiarthritique ou antiscrofuleux.

DE LA ROSÉOLE.

La roséole est une affection de la peau , non contagieuse , apyrétique, caractérisée à sa période d'état par de petites taches roses, ou d'un rouge clair, de configuration variable, sans saillie au-dessus des parties environnantes, et se terminant par résolution avec ou sans desquamation de l'épiderme.

Symptomatologie. — L'éruption roséolique , précédée ou non de courbature, de fièvre, d'anorexie, etc., se manifeste d'abord par des taches diffuses , pâles et échappant facilement à un examen superficiel ; mais bientôt ces marbrures de la peau sont remplacées par des taches inégales , de formes variées, tantôt rondes ou ovalaires , tantôt figurant un croissant , un demi- cercle, tantôt tout à fait irrégulières , de quelques millimètres d'étendue, dont la coloration varie du rose tendre au rouge vif, séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine, planes et lisses, et accompagnées ou non de chaleur, de picotements ou de brûlure.

Les taches présentent quelquefois, à leur centre, une petite

38 AFFECTIONS GENERIQUES.

élévation vésiculeuse, comparable à celle de la miliaire, ou au contraire une petite saillie papuleuse (R. miliaire ou papuleuse). D'autres fois on observe une desquamation plus ou moins abondante (R. squameuse). L'éruption peut n'occuper qu'une partie du corps, les cous*de-pied, les genoux, les poignets, etc., ou, au contraire, être généralisée.

Après un temps variable de quelques jours à un ou deux septénaires, les taches pâlissent, les squames se détachent, les saillies papuleuses s'affaissent, et aucune trace de l'éruption ne subsiste. Cependant des maculatures brunâtres ou jaunâtres, persistant pendant des semaines et des mois, une légère furfuration de la peau, s'observent parfois â la suite de la roséole. Cette furfuration se produit principalement à la suite de la roséole miliaire. On constate , dans certains cas, une congestion de la conjonctive, ou de l'isthme du gosier, indice de l'extension de l'éruption aux membranes muqueuses.

Marche, durée, terminaison. — La roséole est aiguë ou chronique; aiguë, elle dure quelques jours, ou un ou deux septénaires : chronique, elle peut persister pendant plusieurs mois. Elle se termine toujours par résolution , tantôt spontanément, tantôt sous l'influence d'un traitement approprié. On a cité «de rares exemples de disparition subite de l'éruption et de l'apparition de phénomènes plus graves, ou de la transformation inusitée des taches en éléments papulo-tuberculeux (R. syphilitique).

Diagnostic. — Nous avons indiqué les différences qui séparent la roséole de l'érythème.

La scarlatine et la rougeole se différencient par l'existence de prodromes spéciaux et d'une intensité plus grande que ceux de la roséole ; la température de la peau est plus élevée dans la période prodromique de la scarlatine et de la rougeole, que dans celle de la roséole.

L'éruption de la scarlatine est caractérisée par une rougeur uniforme de la peau, ou par une série de petites élevures rouges se touchant pour ainsi dire par leur base.

L'éruption rubéolique se rapproche beaucoup de celle de la

LA ROSÉOLE. 39

roséole; elle en diffère cependant par son intensité plus grande, ga marche régulière, sa desquamation abondante. — Simultanément avec elle existent ordinairement des phénomènes de catarrhe du côté des muqueuses oculaire, nasale, pharyngée, Bronchique et intestinale.

On pourrait aussi confondre la roséole miliaire avec la miliaire; mais, tandis que dans cette dernière affection la vésicule est l'élément primitif et constant, dans la roséole elle constitue un élément accidentel et secondaire à la présence de taches.

Pronostic. — La roséole, envisagée en elle-même et indépendamment de la cause qui lui a donné naissance, ne présente aucune gravité; elle disparaît ordinairement spontanément et sans laisser aucune trace de son existence.

Anatomie pathologique. — L'éruption de la roséole consiste en une hyperémie de la peau, limitée à de petites places circonscrites; c'est un genre dermatologique caractérisé par une tache, et qui doit être placé entre l'érythème et l'urticaire.

Étiologie. — Nous admettons une roséole de cause externe et une roséole de cause interne.

La roséole de cause externe apparaît lorsque la peau est fortement excitée par les chaleurs vives de l'été ( R. œstivale, provoquée directe), ou consécutivement à l'inge&tion du copahu, du cubèbe (R. pathogénétique).

La roséole de cause interne est pseudo-exanthématique essentielle, syphilitique ou herpétique.

La roséole pseudo-exanthématique survient dans l'enfonce et la jeunesse, sous l'influence des émotions morales , des vicissitudes atmosphériques : elle règne quelquefois épidémiquement.

Roséole de cause externe.

Causes de la roséole.

Provoquée j Produite la fat^ directe. < r

Pathogène* | Produite par l'ingestion du cubèbe, au

tique. < copahu, etc.

Pseudo-exanthématique essentielle.

Roséole I Herpétique. | Roséole miliaire.

< j Commune,

de cause interne. J Syphilitique./ Granulée.

) Papuleuse. f

40 AFFECTIONS GENERIQUES.

Traitement. — La roséole, envisagée comme affection générique, ne donne lieu à aucune indication spéciale ; on peut conseiller des bains, des lotions astringentes, etc.; mais les espèces de roséole exigent un traitement différent suivant chacune* d'elles. La roséole pseudo-exanthématique disparaît spontanément et n'exige que des tisanes acidulées, des laxatifs, etc.; les roséoles syphilitique et herpétique un traitement antiherpétique ou antisyphilitique.

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