‹ Traité des affections de la peau, d'après les doctrines de M. BazinChapitre 12 sur 48 · DE L'URTICAIRE · texte numérisé non relu

DE L'URTICAIRE

On désigne sous le nom d'urticaire une affection de la peau, en voie d'évolution, caractérisée à sa période d'état par des plaques congestives rosées ou rouges, quelquefois décolorées au centre, d'une largeur variable de quelques millimètres à 2 à 3 centimètres, accompagnées d'un prurit semblable à celui que détermine la piqûre des orties, plaques qui apparaissent et disparaissent brusquement.

Symptomatologie. — L'éruption est quelquefois précédée de prodromes consistant dans de la fièvre, un malaise général, de la céphalalgie, de la courbature, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, etc.

Que ces phénomènes aient existé ou non, un prurit plus ou moins intense se fait sentir sur divers points du corps , aux membres, à la poitrine , au cou, à la face , et porte le malade à se gratter; alors apparaît une éruption caractérisée par des plaques saillantes, dures, arrondies ou ovalaires, de 4 millimètres à 2 , 3 et 5 centimètres de diamètre , rosées ou rouges, dont la coloration disparait sous la pression du doigt, souvent blanchâtres et décolorées à leur centre. Quelquefois les plaques sont tout à fait blanches, et cette décoloration est peutêtre due à la compression des vaisseaux du corps papillaire par de la sérosité.

Au lieu d'élevures, on peut observer de simples taches rouges ou rosées, disparaissant sous la pression du doigt, quelquefois fort étendues et se rapprochant de l'éruption scar-

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latineuse, taches ne faisant qu'une légère saillie au-dessus des parties environnantes (U. maculosa).

Quelquefois l'éruption se présente sous la forme de lignes sinueuses, rouges ou rosées , d'une longueur souvent trèsgrande, et qui semblent comme produites par des coups de lanière (U. gyrata).

Dans d'autres cas, les plaques d'urticaire offrent à leur centre une saillie papuleuse comme celle du lichen , ou au contraire une grosse éminence tuberculeuse s'enfonçant dans le tissu cellulaire sous-cutané (U. papuleux et tuberculeux).

Enfin, au centre des papules s'observe parfois une tache noirâtre due à une hémorrhagie capillaire , de forme congestive (U. haemorrhagica).

Tantôt les plaques sont discrètes, tantôt elles sont tellement rapprochées que quelques-unes se confondent (U. conferta).

L'éruption peut non-seulement occuper la surface de la peau, mais l'intérieur de la bouche.

Que l'une ou l'autre de ces formes existe, après une durée variable de deux à quelques heures, l'éruption disparait sans laisser la moindre trace, ou ne laissant qu'une légère teinte rouge ou violette, qui s'évanouit à son tour.

Souvent l'éruption disparait en un point pour reparaître en un autre. Le plus ordinairement l'éruption se reproduit plusieurs fois à des intervalles variables avant la guérison complète.

Les phénomènes généraux que le malade éprouve quelquefois au début de la maladie disparaissent dès l'apparition de l'éruption, et s'il existe plus tard un léger mouvement fébrile, ce n'est guère qu'au moment où se produisent les poussées éruptives ; mais le plus ordinairement le prurit intense détermine de Tinsomnie et de l'agitation.

Marche, durée, terminaison. — L'urticaire se présente à l'état aigu ou à l'état chronique : lorsqu'elle revêt la forme aiguë, sa durée varie de huit à quinze jours ; elle ne laisse alors après elle qu'une légère furfuration, si elle est très-intense ; revêt-elle au

contraire la forme chronique, elle peut durer des moi» et de* années. Elle est toujours alors symptomatique de i'arthritis ou de l'herpétis. L'urticaire tubéreuse, manifestation arthritique, laisse souvent à sa suite des taches bleuâtres , ne disparaissant pas sous la pression du doigt, et indice d'une extravasation sanguine.

Anatomie pathologique. — Les plaques d'urticaire sont le résultat de congestions limitées du derme, accompagnées d'un œdème partiel.

Diagnostic, — Trois phénomènes caractérisent l'urticaire ; l'existence de plaques rosées, décolorées à leur centre, et dont la coloration disparaît par la pression du doigt ; un prurit intense ; une brusque apparition, et une non moins brusque apparition de l'éruption, après un court espace de temps.

Ces symptômes différencient l'urticaire de l'érythème caractérisé par des taches congestives , sans élévation au-dessus du niveau de la peau, dépourvues de prurit, et circonscrites à une région limitée du corps ;

De la roséole constituée par des taches rosées, non saillantes, non prurigineuses, persistant pendant plusieurs jours;

Du pityriasis rubra, caractérisé par des taches rouges, à peine saillantes, disposées en demi-cercle, couvertes de squames, et ne disparaissant qu'après un certain temps;

De l'épinyctide, caractérisée par une éruption apparaissant pendant la nuit et disparaissant pendant le jour.

Au déclin de l'urticaire, et lorsqu'elle n'est plus caractérisée que par des taches violacées, des cercles, des ecchymoses, l'éruption est difficile à reconnaître , et le diagnostic ne s'établit que d'après les commémoratifs, c'est-à-dire l'existence antécédente de plaques rouges, décolorées au centre, prurigineuses, et dont le développement brusque a été suivi d'une disparition rapide.

Pronostic. — L'urticaire ne présente aucune gravité, La forme aiguë est moins sérieuse que la forme chronique, qui peut persister des mois et des années, et qui dépend d'une

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maladie constitutionnelle difficile à guérir (arthritis, her-

petis).

Le prurit est souvent un symptôme fâcheux par l'insomnie, l'excitation qu'il détermine, et la difficulté de le faire disparaître. — Trousseau a enfin signalé la possibilité, heureusement rare, d'accidents nerveux, tels que anesthésie et amyosthénie de» membres inférieurs à la suite de l'urticaire.

Étiologie. — Nous admettons une urticaire de cause externe et une urticaire de cause interne. — L'urticaire de cause externe survient sous l'influence du contact de l'ortie, des processionnaires, des actinies, ou orties de mer (urticaire provoqué directe), ou consécutivement à l'absorption de certaines substances alimentaire , parmi lesquelles il faut citer les crabes, les moules, les écrevisses, le homard, la langouste, les crevettes , les poissons salés ou fumés, le porc, les fraises, les concombres, la valériane, lajusquiame, le copahu (U. pathogénétique).

L'urticaire de cause interne est le symptôme d'un pseudoexanthème, de quelques maladies fébriles , ou d'une maladie constitutionnelle,

L'urticaire pseudo-exanthématique est surtout fréquente chez les enfants et les femmes , s'observe principalement au printemps et en été, sous l'influence des brusques transitions de température, et règne quelquefois épidémiquement; elle est souvent désignée sous le nom de fièvre ortiée, parce que l'éruption est précédée des phénomènes généraux que nous avons indiqués. Elle est aussi occasionnée par des émotions morales, la peur. Je l'ai observée dernièrement chez une femme à laquelle on devait pratiquer la ponction d'un kyste du foie.

L'urticaire apparaît quelquefois dans le cours de la pneumonie, de la pleurésie, dans certaines formes de fièvre intermittente, ou dans le travail de la dentition (U. fébrile).

Enfin, l'urticaire est une manifestation de la dartre et de l'arthritis. On l'observe assez souvent dans le cours du rhumatisme articulaire aigu.

Causes de l'urticaire.

Urticaire 1 directe ( P ro ^^ e P ap * es orties, les actinies, etc .

de cause externe. ] Pathogène- ( Produite par les moules, les crabes, les l tique. < fraises, etc.

IPseudoexanthématique.

Symptomatique d'une maladie fébrile.

Herpétique. | Cnidosis ou urticaire chronique. Arthritioue I ^S uë 0VL urticaire hémorrhagique. ^ * ( Chronique, — cnidosis.

Traitement. — L'éruption d'urticaire ne donne lieu, par elle-même, qu'à un petit nombre d'indications thérapeutiques.

Contre le mouvement fluxionnaire qui tend à s'opérer vers la peau, on emploiera les boissons acidulées, les bains émollients, de légers purgatifs, ou même une évacuation sanguine.

Contre le prurit on conseillera les lotions alcalines , de sublimé, d'eau blanche, de cyanure de potassium, et les préparations opiacées à l'intérieur.

Mais au-dessus du traitement imposé par l'affection générique se place le traitement de la cause qui a donné naissance à cette affection. — On donnera donc un émétique, si elle est pathogénétique (moules, crabes), ou les substances antiarthritiques, ou antiherpétiques, si elle est arthritique ou dartreusc.

AFFECTIONS VÉSICULEUSES

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