DE L'HERPÈS
Définition. — L'herpès est une affection cutanée caractérisée par des vésicules groupées les unes à côté des autres, reposant sur une surface saine ou rouge et enflammée, persistant intacte pendant trois ou quatre jours et donnant ensuite naissance, par la dessiccation du liquide qu'elles contiennent, à des croûtes dont la durée ne dépasse pas huit à dix jours et qui laissent, après s'être détachées de la surface malade, soit des maculatures rougeâtres, soit des ulcérations marchant rapidement vers la cicatrisation.
Sytnptomatologie.— Tantôt cette affection apparaît Subitement au milieu de la santé la plus parfaite ; tantôt elle est précédée de phénomènes précurseurs, tels que malaise général, anorexie, courbature, sensation, au niveau des parties qui doivent être le siège de l'affection , de fourmillements , de picotemepts et même de douleurs lancinantes très-vives; que ces symptômes prodromiques aient existé ou non, les vésicules apparaissent sur une surface tégumentaire qui n'a subi aucune modification de sa coloration ou présente une rougeur plus ou moins vive.
Ces vésicules, petites et miliaires à leur origine, vont chaque jour en grossissant et atteignent un volume variable de celui d'un grain de mil à celui d'un petit pois. Elles sont souvent réunies les unes à côté des autres au nombre de dix, quinse, et forment un groupe herpétique tantôt unique, isolé, tantôt séparé d'un autre groupe par un intervalle de peau saine plus ou moins grand.
Le liquide contenu dans ces vésicules, primitivement transparent, se trouble bientôt, devient opaque et se concrète vers le troisième ou le sixième jour de leur existence en une croûte
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mince, aplatie, offrant une coloration jaunâtre ou brunâtre, persistant sept ou huit jours et laissant après sa chute, soit une simple rougeur des téguments qui disparaît lentement, soit une légère ulcération qui ne tarde pas à se cicatriser.
Il est rare que l'absorption du liquide ait lieu et soit suivie d'une exfoliation épidermique.
La forme arrondie est, en général, celle que présentent les groupes herpétiques : alors on observe des cercles dont les dimensions varient de celles d'une pièce de 1 franc à celles d'une pièce de 5 francs, cercles qui présentent des vésicules à leur périphérie, et au centre une desquamation lamelleuse d'un gris blanchâtre, indice de l'existence antécédente de vésicules et de la marche excentrique de l'affection (herpès circiné) ; quelquefois cependant les vésicules sont réunies les unes à côté des autres, de manière à figurer par leur ensemble une bande (herpès en traînée de Devergie); enfin la configuration des groupes peut être irrégulière et ne se rattacher à aucune forme géométrique.
L'herpès peut occuper toutes les régions du corps ; mais les lèvres, la partie postérieure du pavillon de l'oreille, les paupières, le prépuce, la vulve, sont les sièges de prédilection de cette affection. On Tobservç fréquemment aussi sur la membrane muqueuse de la bouche, sur celle du pharynx, sur le col de l'utérus.
Dans une espèce d'herpès (zona), les groupes herpétiques sont situés sur le trajet des nerfs sensitifs, des intercostaux au thorax, des nerfs du plexus cervical au cou, etc. Ils n'occupent jamais qu'une moitié du corps et forment par leur réunion une demi-ceinture caractéristique. (Voyez Affections pseudoexanthématiques, zona.)
L'herpès revêt une marche aiguë ou chronique : aigu, il disparaît dans l'espace de un à trois septénaires ; chronique, il consiste en une série de poussées successives, séparées les unes des autres par des intervalles de temps variables ; quelquefois une poussée est à peine terminée qu'une autre se produit ; dans d'autres circonstances, quelques jours, quelques mois séparent
deux éruptions, et, par ces récidives opiniâtres, l'herpès peut se prolonger ainsi indéfiniment (herpès successif et chronique).
Les auteurs ont décrit, en se basant sur la forme de l'éruption : un herpès phlycténodes, un zona, un herpès circiné, un herpès iris.
L'herpès phlycténodes, qui présente les caractères généraux du genre herpès, est tantôt une affection pseudo-exanthématique, tantôt une affection arthritique, tantôt une affection critique ou artificielle ; le zona est une affection pseudo-exanthématique ; l'herpès circiné est arthritique ou parasitaire et l'herpès iris n'a pas de raison d'être : celui de Bateman n'est autre chose que l'hydroa vésiculeux, et celui de Biett est un herpès parasitaire. Nous décrirons ces divers herpès au sujet des affections spéciales.
Diagnostic. — L'herpès peut être confondu avec l'eczéma, la miliaire, la varicelle, l'érysipèle, le pemphigus, le chancre et la plaque muqueuse.
Mais l'eczéma est caractérisé par des vésicules, petites, nombreuses et dont la durée ne dépasse pas dix-huit à trentesix heures; dans l'herpès, au contraire, les vésicules sont peu nombreuses, grosses et persistent trois à quatre jours.
Dans l'eczéma existe un prurit permanent; dans l'herpès la sensation de fourmillements, de picotements, de brûlure, dont l'éruption est accompagnée, disparait après la formation des croûtes.
La varicelle se distingue facilement par la forme acuminée et l'isolement de ses vésicules.
L'érysipèle, caractérisé par une surface rouge, saillante audessus des parties environnantes, à bords festonnés et sur laquelle apparaissent accidentellement des bulles ou des phlyctènes de forme irrégulière et auxquelles on ne saurait assigner une marche régulière, l'érysipèle ne saurait être confondu avec l'herpès.
Les vésicules d'herpès peuvent, en se réunissant, constituer de petites bulles qu'un œil inattentif ou peu exercé pourrait prendre pour des bulles de pemphigus. Mais les vésicules ou
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bulles rudimentaires de l'herpès sont groupées sur des surfaces rouges, tandis que les bulles pemphigoïdes sont isolées, entourées seulement d'une légère auréole rose et disséminées sur la surface du corps.
Le pemphigus à petites bulles pourrait être confondu avec l'herpès, mais le plus souvent il constitue une variété d'hydroa ou d'herpès successif: l'hydroa bulleux.
Le chancre et l'herpès sont aussi essentiellement différents à leurs diverses périodes : à la première période, le chancre est caractérisé par une pustule et l'herpès par une vésicule ; il existe, en général, plusieurs vésicules herpétiques groupées les unes à côté des autres, tandis que l'on n'observe qu'une seule pustule chancreuse. A la période de dessiccation du liquide, on observe une croûte mince et jaunâtre dans l'herpès; une croûte brunâtre, épaisse et enchâssée dans l'ulcère sous-jacent, s'il s'agit d'un chancre. A la périocle ulcéreuse, il existe une simple érosion du derme dans l'herpès, et au contraire un ulcère profond dont les bords sont taillés à pic et le fond recouvert d'un liquide sanieux et grisâtre, lorsqu'on a un chancre sous les yeux.
La plaque muqueuse est constituée au début par un soulèvement du derme avec dépression centrale, tandis que l'herpès commence par une tache rouge sur laquelle naissent des vésicules; à une période plus avancée de la vésicule herpétique existent des croûtes recouvrant des ulcérations superficielles, arrondies et nettement circonscrites, tandis que si la plaque muqueuse siège sur les organes génitaux, on ne constate pas de croûtes, mais quelquefois une ulcération superficielle à bords mallimités, et que si elle occupe la peau, on observe un bourrelet circonférentiel qui entoure une croûte centrale.
Pronostic. — L'herpès constitue une affection simple, disparaissant spontanément après une courte durée et constituant même un phénomène critique de bon augure dans les maladies aiguës.
Cependant on peut observer, à la suite du zona, des névralgies rebelles et douloureuses au point de déterminer de cruelles
insomnies ; des ulcérations gangreneuses, etc., et, d'autre part, on peut voir des variétés d'herpès se prolonger indéfiniment. -— Alors le pronostic emprunte à ces circonstances une certaine gravité; mais ces accidents, appartenant à telle ou telle espèce en particulier, ne doivent pas influencer le pronostic du genre herpès qui constitue, en définitive, une affection des plus bénignes.
Étiologie. — Il existe un herpès de cause externe et un herpès de cause interne.
I/herpès de cause externe est dû à l'existence d'un parasite (trichophyton), — herpès circiné parasitaire, — ou à l'action de causes extérieures telles que le frottement, l'action de la matière sébacée si abondamment sécrétée entre le prépuce et le gland, etc.
Il n'existe pas d'herpès pathogénétique.
Les herpès de cause interne sont pseudo-exanthématiques, arthritiques ou syphilitiques.
L'herpès pseudo-exanthématique est idiopathique ou symptomatique; s'il est symptomatique, il survient alors au déclin des affections aiguës, telles que la pneumonie, et constitue habituellement un phénomène critique d'un heureux augure.
Voici d'ailleurs le tableau synoptique des espèces d'herpès
Herpès de
cause externe.
H«rpè§
de
cause interne.
Parasitaire.
Artificiel.
Pseudo- exanthématique idiopathique.
Pteudoexanthématique critique.
Arthritique.
Syphilitique.
Circiné,
Iris.
Nummulaire.
Labialis.
Praeputialis.
Vulvaris.
I Herpès phlyctenodes.
Zona.
j Phlyctenodes labialis.
Herpès circiné (pseudo-exanthém.) (Affection inr
Herpès successif et chronique.
Herpès syphilitique.
chronique), labialis, praeputialis, vulvaris.
Traitement. — Le genre herpès, envisagé en lui-même, ne donne lieu qu'à des indications thérapeutiques peu importantes : on conseillera des tisanes acidulés, on saupoudrera les parties malades de poudre d'amidon; on proscrira les lotions et les bains, qui, en déterminant la rupture prématurée des vésicules, laissent exposées au contact de l'air des ulcérations douloureuses, et on en réservera l'usage pour le moment où les croûtes seront prêtes à se détacher.
En outre de ce traitement local, il faut ordonner un traitement interne approprié, lorsque l'herpès est symptomatique de la syphilis, de la dartre, ou de l'arthritis.
de l'eczéma.
'' Définition. — L'eczéma est une affection de la peau caractérisée, à sa période d'état, par l'existence de vésicules petites, acuminées, agglomérées sur une surface plus ou moins étendue, et contenant un liquide séreux et transparent, vésicules qui s'affaissent lorsque le liquide qu'elles contiennent est résorbé, mais qui le plus souvent se rompent après vingt-quatre ou quarante-huit heures d'existence, et auxquelles succèdent l'exhalation et la sécrétion d'un liquide séreux et transparent qui se concrète en lamelles plus ou moins épaisses, et ensuite une simple exfoliation épidermique.
Symptomatologie. — L'eczéma présente trois périodes : la période de vésiculation, la période d'exhalation et de la formation de squames, enfin la période de dessiccation.
Première période, de vésiculation. — L'éruption cutanée est quelquefois précédée par un léger malaise, des phénomènes gastriques, un mouvement fébrile peu intense, un sentiment de prurit et de fourmillements au niveau des parties qui doivent être le siège de l'affection, et bientôt par l'apparition d'une rougeur diffuse dont l'existence n'est cependant pas constante. Ces phénomènes prodromiques durent vingt-quatre à quarantehuit heures et sont suivis de l'apparition, à la surface des téguments, d'un grand nombre de vésicules transparentes, agglo-
mérées et tellement ténues qu'on pourrait plus judicieusement leur donner le nom de granulations vésiculeuses, qu'il faut souvent les examiner de profil pour les apercevoir et qu'elles passent même quelquefois inaperçues. Ces vésicules sont remplies d'une sérosité transparente et limpide, et tantôt se crèvent après vingt-quatre ou quarante-huit heures d'existence, et donnent issue à un liquide irritant, dont le contact détermine, à la surface des téguments, des excoriations et des ulcérations superficielles; tantôt ne se rompent pas, mais se flétrissent et s'affaissent, à mesure que le liquide qu'elles contiennent est résorbé, et sont suivies d'un travail d'exfoliation épidermique. C'est principalement à la plante des pieds et à la paume des mains, régions où l'épiderme est épais et résistant, qu'on observe cette résorption de la sérosité de l'eczéma.
C'est dans l'eczéma rubrum, pseudo-exanthème aigu, que l'on observe des prodromes et l'existence d'une rougeur diffuse avant l'apparition des vésicules.
Deuxième période, d'exhalation. — Après la rupture des vésicules et l'excoriation des parties environnantes, existe une vaste surface exulcérée; à ce moment commence la deuxième période, caractérisée essentiellement par la sécrétion d'un liquide séreux, transparent, plastique, empesant le linge, alcalin, et contenant des globules pyoïdes et des cellules cylindriques. Ce liquide se dessèche peu de temps après son exhalation et se concrète en lamelles molles, d'un blanc grisâtre, bleuâtre ou verdâtre, se détachant pour être remplacées par d'autres squames de nouvelle formation.
S'il s'agit d'un eczéma impetiginodes, c'est-à-dire dont les vésicules sont devenues rapidement purulentes, on observe de véritables croûtes jaunâtres ou verdâtres, humides, présentant des fissures à travers lesquelles s'écoule un liquide séro-purulent ou purulent qui se concrète à son tour en croûtes jaunes ou verdâtres.
La durée de la deuxième période est très-variable ; tantôt, en effet, l'exhalation du liquide ne se perpétue que pendant quelques semaines ou quelques mois; tantôt, au contraire, elle
persiste durant des années entières. Cependant parvient un moment où la sécrétion diminue de plus en plus et bientôt se tarit, où les squames deviennent aussi sèches que celles du pityriasis, où, en un mot, la troisième période s'établit définitivement.
Troisième période. — Elle est caractérisée par l'existence de croutelles ou de squames minces, foliacées, s'enle vant facilement, mais se reproduisant avec une extrême facilité, et au-dessous desquelles la peau est rouge et luisante; ces squames diminuent progressivement de largeur et d'épaisseur et ne constituent plus après un certain temps que de simples lamelles qui ne tardent pas à disparaître elles-mêmes.
Alors n'ekiste plus, au niveau des surfaces malades, qu'une coloration d'un rouge plus ou moins foncé dont la teinte s'efface lentement, qu'un état luisant et vernissé des téguments, et l'eczéma eût-il duré dix, vingt ans, jamais il ne laisse à sa suite de cicatrice ; cependant, si l'eczéma occupe des membres variqueux, on observe souvent une maculature des téguments.
L'eczéma occupe une étendue variable de la surface tégumentaire : tantôt il est généralisé, tantôt il est circonscrit à une partie limitée du corps, aux membres, à la paume des mains, la plante des pieds, au cuir chevelu, aux seins, au mamelon ; tantôt il se présente sous la forme de larges placards; tantôt on observe de petites surfaces circulaires dont les dimensions ne dépassent pas celles d'une pièce de S francs et sont séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine (E. nummulaire).
Les surfaces eczémateuses sont le siège d'un suintement abondant ou présentent une sécheresse remarquable.
Marche et durée^ terminaison. — L'eczéma parcourt successivement ses trois périodes ; il présente successivement des vésicules, une surface exhalante et des squames; mais il n'est pas rare de voir les premières périodes de l'éruption réapparaître quand l'eczéma est cependant parvenu à la période de desquamation et qu'il n'existe plus qu'une surface un peu rouge et couverte de squames. C'est alors que l'on observe comme
indice du retour des premières périodes et de l'imminence d'une poussée yésiculeuse un aspect luisant vernissé et quelquefois granuleux des téguments.
La durée de l'eczéma est très-variable : il a quelquefois une marche aiguë et se termine en deux à trois septénaires, d'autres fois il se perpétue pendant un temps très-long; enfin, la guérison n'est souvent que temporaire et les récidives sont fréquentes.
L'eczéma peut-il se convertir en une autre affection? Si des auteurs ont avancé avoir vu des eczémas se transformer en lichens ou en pityriasis, c'est qu'ils ont regardé comme des lichens ou des pityriasis l'épaississement des téguments consécutif à l'eczéma, à l'état squameux qui constitue la troisième période de cette affection et présente une si grande ressemblance avec le pityriasis. D'ailleurs, cette dernière affection peut remplacer le pityriasis. Dans ce cas, la partie importante de la question consiste dans le diagnostic de l'espèce : il n'y aura, en effet, aucun avantage à traiter une espèce plutôt que l'autre, si elles sont toutes deux de même nature.
Des métastases s'observent souvent dans le cours de l'eczéma. Cependant toutes les espèces ne présentent pas cette transmutation de lieu d'une affection. Jamais les eczémas artificiels et arthritiques n'en ont offert d'exemple. Les eczémas scrofuleux dont on méconnaît la nature, et pour le traitement desquels on conseille les préparations arsenicales ou autres, pourront sans doute disparaître et être remplacés par une affection grave, telle que la tuberculisation du poumon. Mais est-ce là une véritable métastase, et ne doit-on pas considérer la tuberculisation comme une période plus avancée de la maladie qui a reçu pour ainsi dire un coup de fouet du traitement intempestif mis en usage ?
L'eczéma dartreux seul offre de nombreuses et fréquentes métastases : l'affection cutanée disparaît, mais survient un catarrhe bronchique ou intestinal, une hydropisie d'une des grandes séreuses de l'économie ; ces affections métastatiques disparaissent dès le retour de l'affection cutanée. Pendant un
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temps plus ou moins long, d'ailleurs , il existe une sorte ne balancement entre l'affection cutanée et les affections viscérales ; mais avec le temps et par les progrès de la maladie, celles-ci finissent par prendre droit de domicile dans l'économie, par coexister avec l'affection cutanée.
Les affections dartreuses, herpétiques, offrent des récidives fréquentes, je n'oserais dire nécessaires, récidives séparées d'ailleurs par des intervalles de temps variables , suivant les conditions extérieures, et surtout l'âge du malade I
Toutes les causes capables de déterminer l'apparition de l'eczéma peuvent aussi être l'origine d'une récidive. Ainsi estil de l'âge critique, de la grossesse, de la lactation, du froid, des excès alcooliques, d'une nourriture trop excitante, des émotions morales, etc.
Anatomie pathologique. — Des solutions différentes ont été données au problème du siège anatomique de l'eczéma. Biet l'avait placé dans le réseau vasculaire d'Eichorn, c'est-à-dire dans la couche superficielle du derme.
M. Cazenave, élève de Biett, rejeta l'opinion de son maître, et se fondant sur l'impossibilité d'expliquer avec elle la sécrétion souvent si considérable de l'eczéma, professa que cette affection avait son siège à l'extrémité des conduits sudorifères.
M. Hardy place le siège de la maladie dans la couche profonde de l'épiderme chargée, d'après lui, de la sécrétion de la couche superficielle épidermique. Or, la couche profonde de l'épiderme ne constitue pas un organe sécréteur.
M. Bazin se rallie complètement à l'opinion de M. Cazenave, et admet que l'eczéma consiste, au début, dans l'inflammation des orifices des glandes sudoripares, mais que cette inflammation ne reste pas limitée dans ces points, et se propage peu à peu à la surface de la peau , dont elle occupe bientôt le réseau vasculaire superficiel (1).
(1) Niemeyer pense que l'eczéma est dû à une inflammation du derme déterminant une exsudation séreuse qui soulève l'épiderme en des points rapprochés et détermine ainsi des vésicules.
ECZEMA. Î57
Sémé'wtique. — Diagnostic. — L'eczéma peut être confondu avec deux affections vésiculeuses : l'herpès, la miliaire. J'ai déjà indiqué les caractères diagnostiques de l'herpès, de la miliaire et de l'eczéma; je ne les rappellerai pas.
L'eczéma peut être confondu avec une affection pustuleuse : l'impétigo. Cependant il existe entre ces deux affections des caractères suffisamment différentiels; tandis, en effet, que l'eczéma débute par des vésicules remplies de sérosité transparente , l'impétigo est caractérisé par l'existence de pustules ; tandis que le liquide de la pustule impétigineuse donne naissance à des croûtes épaisses, jaunâtres ou brunâtres, et irrégulièrement disposées, le liquide de la vésicule eczémateuse se concrète en petites coûtelles ou en squames minces et foliacés. On ne saurait donc confondre ces deux affections.
L'eczéma peut être confondu à sa période squameuse avec un pityriasis ou un psoriasis.
Le pityriasis aigu disséminé, ou pityriasis rosé, ne pourrait être confondu avec l'eczéma que par des hommes étrangers à la dermatologie. Cette affection , en effet, ne présente jamais de suintement; quelle que soit l'époque de son évolution à laquelle on l'envisage, elle est caractérisée par des taches d'un rouge vif, à bords sinueux, et présentant une exfoliation lamelleuse au début, furfuracée au déclin; enfin elle est disséminée à la surface de tout le corps, caractères suffisamment différentiels. Que si d'ailleurs des vésicules se produisaient à la surface , elles seraient accidentelles et occuperaient seulement quelques-unes des nombreuses plaques qui recouvrent tout le corps. A l'état chronique, l'eczéma nummulaire pourrait être confondu avec le pityriasis alba herpétique; cependant l'eczéma arthritique n'offre pas des plaques aussi nombreuses et aussi multipliées que le pityriasis; dans cette dernière affection les squames sont sèches et grisâtres; dans l'eczéma chronique, au contraire, elles sont jaunâtres et souvent un peu humides. Enfin, il faudra s'informer de l'existence antérieure ou de l'absence de suintement sur la partie affectée. Néanmoins, on ne saurait se dissimuler la difficulté que l'on éprouve quelquefois
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à établir le diagnostic différentiel entre le pityriasis simple et le pseudo-pityriasis du cuir chevelu (E. à sa 3 e période).
Psoriasis. — En général le diagnostic est facile à établir. Cependant il est des psoriasis localisés à la paume des mains et au cuir chevelu, arthritiques en un mot, qui peuvent d'autant mieux être le sujet de quelques hésitations de la part du praticien qu'ils sont souvent le siège d'une sécrétion séreuse ; mais, tandis que l'eczéma occupe toute la paume de la main, le psoriasis est caractérisé par des plaques arrondies circonscrites, séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine. Enfin, les squames du psoriasis sont adhérentes, blanches, nacrées et argentées. D'ailleurs, le psoriasis nummulaire de la main est souvent caractérisé par l'association des lésions de l'eczéma et du psoriasis, et dès lors il n'y a plus de diagnostic différentiel à faire; la nature seule importe, or, elle est toujours arthritique.
On a confondu l'intertrigo avec l'eczéma : cependant, si l'on se reporte au début de l'affection, on apprendra qu'elle n'a jamais offert à cette période de vésicules, mais uniquement une rougeur érythémateuse , et s'il existe des ampoules ou des bulles, on pourra reconnaître que leur existence est accidentelle; enfin, dans l'intertrigo, il existe des saillies inflammatoires des follicules pileux que l'on n'observe pas dans l'eczéma.
Pronostic. — La question des récidives domine tout le pronostic de l'eczéma; or, j'ai dit que les récidives n'étaient pas nécessaires, infaillibles ; le pronostic n'est donc pas aussi grave que quelques auteurs l'ont avancé; il est d'ailleurs des caractères tirés du siège de l'affection qui font varier le pronostic : un eczéma situé près des ouvertures naturelles, ou sur les muqueuses, est plus difficile à guérir que celui qui siège sur la continuité des membres; un eczéma du cou est plus rebelle à cause des mouvements de latéralité qui se produisent en cette région.
Il faut aussi tenir compte des causes occasionnelles ou prédisposantes auxquelles est soumis le malade, de son tempéra-
ment, de sa constitution, de son régime et de sa profession, etc., mais avant tout de la nature de l'espèce dont il est affecté (eczéma scrofuleux, arthritique, dartreux ou syphilitique).
Êtiologie. — Il existe un eczéma de cause externe et un eczéma de cause interne.
L'eczéma de cause externe est provoqué directement par l'action sur la peau de substances irritantes ou par l'existence de parasites, et indirectement par l'absorption de certaines substances (eczéma pathogénétique).
L'eczéma provoqué direct s'observe chez les individus qui manient des substances irritantes, telles que les produits chimiques ou pharmaceutiques ; chez les teinturiers, les confiseurs, les garçons épiciers, les laveurs de vaisselle, etc. ; chez les malades auxquels on applique des emplâtres irritants, ou chez lesquels on fait des frictions mercurielles ; «chez les personnes affectées de varices ou d'ulcères variqueux, personnes dont la peau est très sensible et devient le siège d'une éruption eczémateuse sous la moindre influence excitante ; enfin, chez les individus atteints de gale (E. parasitaire). L'eczéma pathogénétique naît consécutivement à l'absorption du mercure.
L'eezéma de cause interne est scrofuleux, arthritique, herpétique ou syphilitique ; il est héréditaire et se transmet, en général, de la mère aux garçons, et réciproquement.
L'eczéma artificiel peut apparaître à tout âge et dans les deux sexes; les individus à peau fine et délicate y sont plus sujets que les autres ; aussi les femmes en seraient-elles plus fréquemment affectées que les hommes, si ceux-ci n'exerçaient des professions qui les obligent à manier des substances nuisibles.
Parmi les eczémas de cause interne, l'eczéma scrofuleux apparaît dans l'enfance; les eczémas arthritiques et herpétiques dans l'âge adulte; le travail de la dentition, la lactation, les excès de nourriture ou de boissons, les irritants cutanés, etc., jouent souvent le rôle de cause provocante vis-à-vis des eczémas de cause interne.
AFFECTIONS GENERIQUES.
Causes de V eczéma.
Eczéma de cause externe.
Eczéma de cause interne.
Provoqué
direct.
Pathogénétique.
Scrofuleux.
Arthritique.
Herpétique.
Syphilitique.
! Produit par des irritants.
Produit par l'acarus (E. parasitaire).
| Produit par l'absorption du mercure.
| Scrofulide bénigne exsudative.
E. circonscrit.
. orbiculaire.
centrifuge.
Pseudo-exanthématique. | E.rubrum. Inflammatoire,non pseudo-exanthémat.
Sécrétant.
Traitement. — Envisagé comme affection générique , l'eczéma donne lieu aux indications thérapeutiques suivantes :
Si l'eczéma présente un état inflammatoire assez intense, on aura recours aux antiphlogistiques locaux et généraux, c'est-àdire aux bains* d'amidon, aux cataplasmes de fécule de pomme de terre , principalement utiles dans la forme impétigineuse ; à la poudre d'amidon dont on saupoudrera toutes les parties malades. Les poudres sont préférables aux lotions émollientes de lin ou de guimauve. — On prescrira simultanément l'usage de tisanes rafraîchissantes, telles que la limonade, l'orangeade, le chiendent, et des laxatifs doux, tels que l'huile de ricin,- ou le sulfate de magnésie, un régime sévère et peu substantiel ; quelquefois même on pourra pratiquer una saignée du bras.
Lorsque, sous l'influence de ce traitement, les phénomènes inflammatoires ont disparu, et qu'il existe un suintement abondant, on saupoudrera encore les surfaces malades avec de la poudre d'amidon, qui, en se mêlant aux liquides, forme des croûtes s'opposant à une sécrétion ultérieure ; on continuera les bains d'amidon; on exercera une légère révulsion sur le tube intestinal, à l'aide d'un verre d'eau de Pullna ou de Prederichshall, ou d'un litre de tisane de chicorée sauvage, additionnée de 12 à 15 grammes de sulfate de soude; enfin on proscrira tous les excitants, tels que le thé, le café, l'alcool , les épices.
Lorsque la surface eczémateuse est sèche et devient le siège d'une desquamation plus ou moins abondante, on aura