‹ Traité des affections de la peau, d'après les doctrines de M. BazinChapitre 23 sur 48 · AFFECTIONS DE CAUSE MECANIQUE · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DE CAUSE MECANIQUE

tent du prurit et des éruptions qui consistent le plus souvent dans des papules d'urticaire, quelquefois dans des taches érythémateuses et qui plus rarement sont pustuleuses.

Les actinies et les méduses, orties de mer, déterminent aussi des phénomènes d'urtication plus ou moins prononcés l'appareil urticant des méduses est constitué par des dards ou pointes aiguës que l'animal découvre pour attaquer ou se défendre.

Éruptions papuleuses mécaniques.

Les piqûres de punaises déterminent des saillies papuleuses rosées ou rouges, dont le sommet est quelquefois soulevé par de la sérosité, et qui sont accompagnées de douleur et de prurit.

Ces papules se différencient des piqûres de puces caractérisées par une tache hémorrhagique centrale, entourée d'une zone congestive ; de l'urticaire, dont les éléments sont intermittents, accompagnés de vives démangeaisons, et réapparaissent consécutivement à de légères frictions ; de Tépinyctide, caractérisée par la sensation nocturne de milliers d'insectes qui parcourent la peau et par d'atroces démangeaisons, sans que Ton constate aucune éruption cutanée.

Éruptions vésiculeuses et pustuleuses mécaniques.

Le rouget, arachnide très- répandu dans les campagnes, s'insinue au-dessous de l'épiderme et jusque dans les follicules des poils; alors apparaissent des rougeurs, du gonflement, des vésicules, quelquefois même de l'ecthyma et existent des démangeaisons très- vives.

N Crasses non parasitaires.

On désigne ainsi une altération cutanée, causée par une lésion sécrétoire. Cette affection s'observe presque exclusivement chez les enfants à la mamelle et consiste en un enduit sébacé delà tête, mêlé à des débris épidermiques, exhalant une odeur fede et nauséeuse, enduit d'abord assez mou, mais se desséchant

ensuite et prenant alors la forme d'écaillés larges, irr<!gulières et adhérentes. Si, cédant au préjugé vulgaire, on respecte ces crasses, la papille pileuse, privée d'air et de lumière, s'atrophie graduellement et s'oblitère, et le petit malade est condamné à une calvitie définitive.

Il faut donc se hâter de débarrasser l'enfant de ces crasses : on y parviendra facilement en appliquant des cataplasmes, faisant ensuite des lotions alcalines et des onctions avec un corps gras, huile d'amandes douces, jaune d'œuf, glycérine, etc.

M. Bazin désigne sous le nom d'affection provoquée, toute congestion ou inflammation de la peau déterminée par une cause d'ordre physique, qui n'agit sur le tissu cutané qu'au titre de stimulus morbide, ou agent provocateur.

Il partage les affections provoquées en deux sections :

1° Les affections provoquées directes, de beaucoup les plus nombreuses ;

2° Les affections provoquées indirectes ou pathogénétiques.

Nous avons déjà dit que les premières étaient le résultat de l'action sur la peau de substances irritantes, de parasites, etc., et que les secondes naissaient après l'absorption de principes morbifiques, tels que lecopahu, l'alcool, les moules (V. p. 4).

Nous diviserons pour la commodité de l'étude, les affections provoquées directes, en affections provoquées non parasitaires et en affections provoquées parasitaires. Nous avons donc trois grands groupes d'affections provoquées : les affections non parasitaires, les affections parasitaires et les affections pathogénétiques.

Avant d'étudier ces diverses affections spéciales de cause externe, nous croyons utile de placer sous les yeux du lecteur les caractères communs qu'elles présentent, tels que M. Bazin les a indiqués dans son Traité des affections artificielles.

Caractères communs des affections provoquées» — 1° Leur siège

topographique ordinaire est aux parties découvertes, les plus exposées à l'action des causes. Elles se développent surtout à la face, au front, aux mains, aux avant-bras, à la partie antérieure de la poitrine, aux jambes et aux pieds ; les parties génitales constituent, pour beaucoup d'entre ces affections, un véritable siège de prédilection, ce qui s'explique par le transport, au moyeu de la main, de l'agent provocateur ; la gale en fournit un exemple. Il est enfin des cas où l'éruption artificielle est généralisée à toute la surface du corps, mais alors même, elle est surtout prononcée dans les régions que je viens de vous signaler.

2° Forme. — Tandis que les éruptions constitutionnelles ont habituellement une forme qui leur est propre, forme nummulaire et nettement arrêtée pour les arthritides, sinueuse et figurée en arcs de cercles pour les syphilides, les éruptions artificielles prennent les aspects les plus divers, suivant les mille circonstances qui peuvent présider à leur développement. Tantôt et le plus souvent, elles sont diffuses, mal dessinées, vagues dans leurs contours, sans avoir la symétrie des herpétides; rien de normal, d'habituel, tout semble donné au hasard; tantôt, au contraire, leurs éléments se disposent avec une régularité si grande, que ce signe suffit à lui seul pour établir aussitôt le diagnostic : je parle surtout en ce moment des éruptions déterminées par certains emplâtres, onguents ou pommades (toiles vésicantes, diachylon thapsia, emplâtre de Vigo cum mercurio, onguent napolitain en frictions, etc.). Telles sont encore les éruptions qui annoncent au début la germination de l'achorion et du trichophyton (anneaux herpétiques, disques érythémateux, etc.) ; mais la forme est ici le fait du parasite, dont elle représente exactement le mode de propagation.

3° Le mode pathogénique n'est pas moins irrégulier et variable que la forme ; on trouve souvent réunis sur un petit espace tous les degrés de la dermite à la fois. Les éruptions constitutionnelles sont en général caractérisées par un seul élément anatomique ou par un élément prédominant: c'est de

JS2 AFFECTIONS SPECIALES.

par cette substance; tel autre a les cheveux verdàtres, un troisième a les ongles fortement colorés en jaune : on est en présence d'éruptions professionnelles déterminées, dans un cas par les préparations de cuivre, et dans l'autre par les verts arsenicaux. Enfin, l'agent provocateur laisse parfois, sur le lieu même de l'éruption, des traces révélatrices de son passage.

11° Le traitement est rapidement efficace dans les éruptions artificielles ; il sufdt même le plus souvent, comme je vous l'ai dit plus haut, d'éloigner la cause, pour voir presque aussitôt décroître et cesser les accidents. Or, on n'en peut dire autant des affections constitutionnelles.

Deux ordres de causes agissent pour produire les éruptions artificielles : les unes sont provocatrices ou déterminantes, les autres sont prédisposantes.

Les premières peuvent appartenir aux trois règnes de là nature ; elles agissent en irritant le tissu dermique. Les agents irritants sont gazeux, liquides ou solides.

Gazeux, ils sont chargés de principes acres, irritants ou toxiques, de corps solides impalpables qui agissent sur les téguments et déterminent des éruptions.

Liquides, ils agissent soit par suite de leurs propriétés spéciales, soit en vertu des principes qu'ils tiennent en dissolution ou en suspension.

Solides, ils agissent par leur dureté, leur résistance, leur température ; quelquefois même ils pénètrent dans la peau : ainsi se comportent, du reste, certains parasites végétaux, l'acarus.

La composition chimique des substances explique souvent leur action : ainsi quelques-unes dégagent, à une*faible température, des principes volatils irritants, des huiles essentielles, moutarde, térébenthine; d'autres agissent en se combinant avec les tissus et les irritants.

Un grand nombre d'agents jouissent d'une sorte de propriété élective et agissent sur tel ou tel élément de la peau, sur le réseau vasculaire, les papilles, les follicules sébacés, les glandes

sudoripares, les aréoles dermiques : de là érythèmes, papules, vésicules, pustules.

Causes prédisposantes. — L'enfant nouveau-né ou à la mamelle est exposé aux éruptions cutanées, provoquées ou artificielles, par suite de la finesse de la peau, du frottement des linges qui Fentourent, du contact de l'urine, des matières fécales.

La femme y serait plus exposée que l'homme, à cause de la délicatesse de sa peau, si ce dernier n'exerçait des professions qui l'obligent à manier des substances irritantes.

Les personnes lymphatiques subissent plus facilement l'action des agents artificiels que les individus bilieux et sanguins. Enfin, il existe une aptitude spéciale pour chaque individu. En effet, la peau n'est pas également sensible, chez toutes les personnes, aux divers agents d'irritation ; elle ne répond pas toujours, et nécessairement de la même façon, à un même agent d'irritation. D'autre part, tous les points de la peau d'un même individu ne sont pas également sensibles aux irritants ; il est des parties où la peau est très-fine; d'autres, où elle est

i° AFFECTIONS PROVOQUEES NON PARASITAIRES.

Tantôt elles sont simples et caractérisées par l'existence dune lésion élémentaire unique ; tantôt elles sont caractérisées, au contraire, par la présence de plusieurs lésions élémentaires, de papules, de pustules, de vésicules.

(a) Affections provoquées caractérisées par une lésion élémentaire unique.

AFFECTIONS ÉRYTHEMATEUSES .

On a donné spécialement le nom de rubéfiants, en thérapeutique, aux substances qui, appliquées sur la peau, ont la Propriété d'y provoquer une congestion active. Les principales de ces substances sont : la farine de moutarde, l'ail pilé, la poix de Bourgogne, la clématite, la renoncule scélérate, etc.

Chacun connaît les effets classiques de la farine dô moutarde : quelques minutes après l'application de cette substance, on éprouve une sensation de picotements qui augmente à chaque instant et se convertit bientôt en une sensation de brûlure ; simultanément la peau revêt une coloration d'un rouge intense et devient turgide. Tous ces phénomènes disparaissent après l'enlèvement de la farine ; la rougeur persiste cependant quelquefois assez longtemps.

Urticaire provoqué direct. — Il est produit par le contact de l'ortie ou urtica urens. A peine la peau a-t-elle subi les atteintes de cette plante, qu'on voit apparaître des papules blanches, entourées d'une légère teinte rosée et accompagnées d'un sentiment de cuisson brûlante. Après quelques minutes, toute trace de l'éruption a disparu.

Les propriétés irritantes de l'ortie sont dues à un liquide acre qui s'insinue sous l'épiderme à la faveur des poils creux et piquants dont ce végétal est hérissé.

Roséole provoquée directe. Roséole estivale. — En été ou en automne, sous l'influence de l'éréthisme cutané produit par la chaleur, apparaissent, principalement sur les parties découvertes, de petites taches rouges dont la couleur disparait sous la pression du doigt, isolées les unes des autres, ne faisant aucune saillie au-dessus des parties environnantes. Après un ou deux jours de durée, la teinte des taches pâlit et il se produit une légère desquamation furfuracée ; quelquefois il existe simultanément un léger mouvement fébrile, de l'anorexie, etc.

Diagnostic. — La roséole estivale se distinguera toujours facilement de la rougeole et de la scarlatine, maladies caractérisées par une période de prodromes spéciaux : fièvre intense et angine dans la scarlatine ; fièvre, coryza, congestion oculaire et larmoiement, bronchite congestive, etc., dans la rougeole, et par une éruption plus régulière et moins fugitive que celle de la roséole estivale.

Nous indiquerons plus tard les caractères différentiels des roséoles syphilitique et herpétique et de la roséole esti- Yale,

Le pronostic n'a aucune gravité, puisque la roséole disparaît spontanément.

ÉRUPTIONS PÀPULEUSBS PROVOQUÉES PIRECTES.

1° Lichen tropicus. — Il se développe, ainsi que son nom l'indique, sous l'influence de la température élevée des régions tropicales. « Dans ces climats, dit Bontius, cité par M. Rayer, lorsque la sueur a été excitée, il se manifeste des papules rouges et rugueuses, qui, le plus souvent, couvrent tout le corps et qui sont accompagnées d'un prurit très- violent. Cette éruption attaque de préférence les personnes récemment arrivées dans ces contrées, mais il n'est aucun de leurs habitants qui n'en ait été atteint. Les démangeaisons sont intolérables. »

2° Dermite à petites papules. — Elle est produite par les pommades alcalines et les bains alcalins; elle n'offre rien de spécial dans sa forme ; aussi est-il difficile d'arriver au diagnostic de la cause d'après les seuls caractères objectifs de la lésion.

3° Demite à grosses papules. — Est est déterminée par l'ipé- , cacuanha. — Si l'on se sert d'une pommade composée d'une partie d'ipécacuanha pour deux parties d'axonge et si l'on frictionne la peau chaque jour cinq minutes, de la deuxième à la quatrième friction une éruption apparaît, caractérisée d'abord par des rougeurs diffuses, sur lesquelles s'élèvent de petites saillies qui augmentent de volume sous l'influence de nouvelles frictions, sont rouges de la base au sommet, mais dépourvues d'aréole circonférentielle, dont la coloration s'efface sous la pression du doigt, qui ne sont jamais très-nombreuses et sont séparées les unes les autres par des intervalles variables. La peau, à l'endroit où elles siègent, est rude, rugueuse et sèche au toucher, sans pourtant présenter d'épaississement notable.

Au début, le malade éprouve une cuisson vive due à l'action irritante produite par la pommade ; plus tard, lorsque l'éruption papuleuse est apparue, il ressent un prurit intense qui s'exaspère et devient intolérable pendant la nuit, sous l'ih- Ûuence de la chaleur du lit, Aussi le malade écorche-t-il sou-

vent les papules, qui se recouvrent de croûtes sanguines analogues à celles du prurigo.

L'éruption ne disparaît qu'avec lenteur, et il ne faut pas moins d'un à deux septénaires pour qu'elle soit complètement effacée.

S'il y avait lieu d'établir le diagnostic d'une telle lésion, dit M. Bazin, on pourrait la reconnaître à la coloration vive et animée de ses papules, à leur volume, à la régularité de leur aspect, à leur marche aiguë, à l'absence de toute exfoliation sensible à leur surface. Ajoutons à ces signes qu'elles sont ordinairement groupées sur un espace circonscrit et que la peau qui les supporte n'a pas subi d'épaississement.

AFFECTIONS PROVOQUÉES VÉSICULEUSES.

(a) Miliaire sudorale. — Ainsi que le nom l'indique, cette espèce de miliaire apparaît exclusivement sous l'influence de sueurs ; elle s'observe surtout pendant les grandes chaleurs et chez les individus qui sont sujets à des sécrétions sudorales abondantes : la peau devient chaude, halitueuse et turgescente, des taches rouges apparaissent çà et là à sa surface et se couvrent bientôt de petites saillies hémisphériques formées par l'épanchement d'une sérosité au-dessous de l'épiderme; ces petites vésicules sont toujours distinctes les unes des autres, discrètes ou confluentes. Rarement l'éruption est généralisée ; le plus souvent elle est limitée au cou, à la partie antérieure de la poitrine, au ventre, à la face interne des membres.

Après vingt-quatre ou trente-six heures d'existence, le liquide des vésicules se trouble et devient opaque ; puis, vers le troisième jour, la vésicule s'affaisse, se flétrit et disparaît en donnant lieu à une légère exfoliation.

La miliaire sudorale, affection des plus bénignes, ne réclame aucun traitement particulier.

(6) La dermite vésiculeuse peut aussi être déterminée par la térébenthine, le soufre, les emplâtres de poix de Bourgogne, de ciguë, d'opium, l'huile de croton, les euphorbiacées.

M. Bazin divise les éruptions produites par ces diverses substances en éruptions à petites, moyennes et grosses vésicules.

La térébenthine, le soufre, produisent des éruptions à petites vésicules. Sous l'influence de lotions et pommades sulfureuses, naît une irritation qui se manifeste surtout par une fluxion vive, suivie de près par une poussée de très-petites vésicules conûuentes qui se gonflent de pus ou de sérosité purulente et s'entourent d'une auréole inflammatoire qui égale deux ou trois fois leur diamètre ; cette éruption est assez douloureuse ; elle se dissipe dans l'espace de quelques jours.

La dermite à vésicules moyennes est surtout déterminée par les préparations mercurielles appliquées localement.

L'éruption se rapproche plus ou moins de celle de l'eczéma : elle est constituée par une teinte érythémateuse qui est quelquefois le seul phénomène observé ; mais, le plus souvent, naissent des vésicules hémisphériques, sensiblement égales dans leur volume, et répandues avec une grande profusion sur la surface cutanée, oii elles provoquent de vives démangeaisons.

La sérosité limpide qui les goufle à leur début devient rapidement lactescente ; % la plupart se dessèchent sans rupture de leur enveloppe et ressemblent alors assez bien à des gouttelettes de cire concrétée ; d'autres sont déchirées par les ongles des malades, et se recouvrent de petites croûtes foliacées. Dans l'espace de quelques jours, tout est revenu à l'état normal.

Les emplâtres de poix de Bourgogne, de sparadrap, de ciguë et d'opium, la clématite, la renoncule, les acides étendus, etc., déterminent aussi une dermite à vésicules moyennes; mais pour ces divers agents, la production de vésicules est tout exceptionnelle, et ces éléments n'ont d'ailleurs ni la forme bien définie, ni le volume égal des vésicules mercurielles.

L'huile retirée des euphorbiacées, dit M. Bazin, jouit de propriétés tellement énergiques qu'il suffit ordinairement d'une ou deux frictions de quelques minutes pour que la der-

188 AFFECTIONS SFECULES.

mite vésiculeuse se déclare avec ses caractères les plus tranchés. Sur un fond légèrement érythémateux, apparaissent des groupes de vésicules confluentes, tantôt parfaitement distinctes, tantôt réunies par leurs bords, et perdant ainsi leur forme arrondie primitive ; un certain nombre d'éléments peuvent même, dans leur développement excentrique, se fusionner les uns dans les autres, et donner lieu à de véritables bulles.

Le contenu des vésicules est d'abord séreux et limpide, et il peut demeurer tel pendant toute leur durée ; mais ordinairement, du deuxième au quatrième jour (surtout si les frictions ont été continuées), il se trouble et devient tout à fait purulent. Quelques-unes se dessèchent sur place sans rupture ; sur d'autres, l'enveloppe se déchire, et laisse à nu une exulcération arrondie, limitée par un liséré épidermique, et qui se recouvre d'une petite croûte jaunâtre : cette exulcération peut être fort étendue et irrégulière.

Au début, le malade éprouve un sentiment d'ardeur et de cuisson, qui s'accroit avec les progrès de la lésion, pour diminuer ensuite avec elle, et faire place à un prurit ordinairement modéré. La douleur acquiert parfois une intensité extrême.

On observe quelquefois des éruptions secondaires loin de la région sur laquelle, avait été porté l'agent (scrotum) et qui sont dues au transport de l'huile de croton ou d'euphorbe au moyen des doigts ou par tout autre intermédiaire.

Le thapsia garganica détermine une éruption caractérisée par des vésicules uniformes, très-nombreuses et également réparties, vésicules qui deviennent très-rapidement purulentes.

Éruptions eczémateuses des cuisiniers et des cuisinières. — A la face dorsale des mains, aux poignets, aux avant-bras, existe souvent chez ces personnes un eczéma caractérisé par des vésicules éparses, disséminées sur une surface érythémateuse ; ces vésicules se rompent, et le liquide se concrète en squames minces et adhérentes ; mais la cause qui a déterminé l'appari-

tion des premières vésicules en fait bientôt naitre d'autres et ainsi se perpétue l'affection.

Lorsque l'eczéma existe depuis quelque temps, les surfaces malades sont rudes, sèches, recouvertes ça et là de squames minces et adhérentes, présentent une coloration rougeâtre ; l'épiderme est cassant et fendillé et le derme s'épaissit, se hérisse de saillies papuleuses et de plaques lichénoïdes; de temps à autre apparaissent quelques poussées aiguës de courte durée. Les malades éprouvent au début une sensation de chaleur et de cuisson et plus tard du prurit.

Cette affection est due à la manipulation <le substances irritantes et malpropres, et à l'exposition des mains à la chaleur des fourneaux.

Le traitement consiste d'abord à éloigner la cause et ensuite à employer les émollients, c'est-à-dire les bains d'amidon, la poudre d'amidon, les cataplasmes de fécule, si l'affection est aiguë; mais lorsque l'affection existe depuis longtemps, il faut laisser ces moyens et conseiller soit des pommades au goudron ou au calomel, soit des onctions avec l'huile de cade mitigée par l'addition d'huile d'amandes douces, etc.

Gale des épiciers. — A côté de l'eczéma des cuisiniers nous devons placer une éruption que l'on observe chez les épiciers et qui est caractérisée par de l'eczéma et du lichen. Elle est due à l'action des alcalis et des autres irritants que manient ces personnes.

Eczéma déterminé par la coralline. — Dans la séance du 2 février 1869, M. Tardieu a attiré l'attention des médecins sur les accidents que peut déterminer la coralline ou péonine, substance dérivée de l'acide rosolique, lequel est lui-même un dérivé par oxydation de l'acide phénique.

La coralline sert à colorer les chaussettes en rouges ; or, on constate chez les personnes qui font usage de ces chaussettes, une éruption vésiculeuse aiguë, douloureuse et ressemblant à une éruption eczémateuse. Les vésicules, petites, reposent sur une surface rouge ; quelquefois et notamment à la plante des pieds, elles se réunissent et forment de larges cloches ou bulles

160 AFFECTIONS SFECIALES.

remplies d'un liquide séro-purulent, l'éruption s'accompagne de malaise général, de fièvre, de mal de tête, de nausées ; elle disparaît dès la cessation de l'usage des chaussettes et sous l'influence d'applications émollientes.

ÉRUPTIONS PROVOQUÉES BULLEUSES.

La dermite huileuse provoquée se présente sous deux formes distinctes : le pemphigus et le rupia.

Le pemphigus est déterminé par de nombreux agents* l'ammoniaque pure ou incorporée à Taxonge, l'eau bouillante, la poudre de cantharides, l'écorce de garou, etc.

Le soulèvement de l'épiderme ne s'opère pas d'une façon tout à fait identique avec tous les agents de vésication, et de là résultent des aspects variées dans la lésion : lorsqu'on fait usage de poudre de cantharides, l'épiderme est soulevé sur toute la surface où elle a été appliquée, et souvent il existe une bulle unique, large et régulière ; quelquefois cependant il existe plusieurs bulles séparées les unes des autres, de grosseur variable et dans l'intervalle desquelles l'épiderme a été à peine soulevé.

D'autres agents, dit M. Bazin, doués d'une grande énergie, et dont l'action est difficile à mesurer, sont, par cela même, plus irréguliers dans leurs effets ; ils infligent à la peau une véritable brûlure qui parfois n'atteint pas, et qui souvent dépasse le degré de la vésication (ammoniaque, chaleur, cautère objectif, alcool enflammé, acide acétique, etc.). Enfin, se placent sur la limite un assez grand nombre de substances dont les propriétés se rapprochent davantage de celles des cantharides, mais qui n'arrivent à produire, dans la majorité des cas, que des phlyctènes isolées, répandues comme au hasard sur une surface, rouge érythémateuse : la dermite est tout aussi bien vésiculeuse que huileuse (farine de moutarde, garou, quelques plantes de la famille des rcnonculacées, etc).

Quel que soit d'ailleurs l'agent mis en usage, le mode de formation et la constitution des bulles ne varient pas; du derme

enflammé s'exhale un liquide séro-albumineux, transparent, qui décolle et soulève d'une manière brusque ou graduelle la lame épidermique, et le derme mis à nu se recouvre d'une couche mince de lymphe semi-coàgulée qui plus tard pourra se transformer en fausse membrane.

La vésication est quelquefois produite dans un but de simulation. A l'hôpital Saint-Louis a séjourné pendant plusieurs mois une jeune fille qui chaque soir appliquait sur divers points de sa peau de petites rondelles d'emplâtre vésicant et chaque matin, à la visite, offrait huit, dix bulles pemphigoïdes; on la croyait affectée de pemphigus, quand un jour on reconnut sur une des bulles de la poudre de cantharides.

On conçoit que le diagnostic est souvent, dans ces cas, fort difficile, qu'il faut étudier la marche, le siège de l'éruption et regarder attentivement les bulles pour tâcher de découvrir quelques vestiges de poudre de cantharides.

Le rupia artificiel est très-rare et s'obtient seulement en appliquant sur la peau un papier Joseph imbibé d'huile de noix d'acajou. Après six, huit, ou vingt-quatre heures, on constate l'existence d'une ou de plusieurs bulles remplies d'une sérosité purulente ; après la rupture des bulles, on note que le derme est ulcéré;, il sécrète alors un liquide qui se transforme en croûtes assez épaisses.

ÉRUPTIONS PROVOQUÉES PUSTULEUSES.

a. Éruptions pustuleuses phlyzaciées, c'est-à-dire purulentes de la base au sommet. La plus remarquable est celle qui est produite par le tartre stibié en solution ou en pommade. Après l'application de cette substance sur la peau, on voit apparaître de petites pustules, dont le volume s'accroît rapidement, mais d'une manière inégale, entourées d'une auréole assez vive, arrondies et contenant, dès le début, un liquide louche, opaque et purulent; on voit ordinairement au centre de la pustule une petite tache qui tranche, par sa coloration plus foncée, sur la teinte générale de la vésicule ; si on ouvre alors la vésicule, on constate qu'elle est tapissée d'une fausse membrane.

Après quelques jours de durée, le liquide intérieur devient de plus en plus consistant, les pustules s'affaissent et perdent leur plénitude ; la tache centrale grandit et se déprime, d p oû résulte quelquefois une espèce d'ombilication ; puis tantôt la vésicule se rompt à son centre et dès lors existe une ulcération qui mesure le diamètre de la pustule ; tantôt le liquide se concrète au contact de l'air et forme une croûte noirâtre qui recouvre toute la surface de la vésicule purulente.

Le tartre stibié attaque la propre substance du derme, détermine une véritable ulcération et de petites cicatrices indélébiles.

b. Éruptions psydracièes, c'est-à-dire purulentes au sommet, dures à la base. L'huile de cade, les verts arsenicaux, l'acide azotique sont les principaux agents qui les produisent.

1° Buile de cade. — Lorsqu'un malade s'est frictionné pendant quelque temps avec de l'huile de cade, on constate l'existence de papulo-pustules disséminées ou réunies en groupes peu confluents, mais distinctes les unes des autre*, s'implantant dans la peau par une large base papuleuse, se terminant par un sommet acuminé donnant issue à un poil; ces papulo-pustules sont dures, sofîdes, rouges et entourées d'une auréole de même couleur; elles suppurent difficilement et lorsque la supuration a lieu, elle est localisée au sommet.

L'affection a évidemment son siège dans les follicules pileux et mérite le nom de sycosis cadique sous lequel M. Bazin la désigne.

2° Composés arsenicaux. — M. Bazin, à l'aide de frictions avec une pommade contenant 8 grammes de vert de Scheele ou d'iodure d'arsenic pour 30 grammes d'axonge, a obtenu des effets tout à fait semblables à ceux que l'on observe chez les ouvriers qui manient les verts arsenicaux: érythèmes, pustules, ulcérations.

3° Acide azotique. — M. Bazin a fait des frictions avec de l'acide azotique étendu de deux fois son poids d'eau. A la pre* mière ou deuxième friction, la peaif présentait une rougeur diffuse parsemée de petites élevures pleines ; à la quatrième

friction, ces petites élevures devenaient des pustules qui bientôt donnaient lieu à de petites ulcérations, présentant un point noirâtre au centre et une zone blanchâtre d'aspect pseudomembraneux à la périphérie.

{b) Affection* provoquées, caractérisées par des lésions élémentaires multiples.

Éruptions propres aux ouvriers qut manient les verts arsenitoua?. — L'érythème constitue le premier degré de la dermite atsenicale ; il est diffus et n'offre aucun caractère spécial. Bientôt s'élèvent, sur la surface érythémateuse, des papules, des vésicules fines et transparentes, ou des pustules. C'est la pustule <Jtd, en dernière analyse, paraît traduire l'action des arsenicaux sur la peau. Ces pustules constituent des saillies coniques, rouges à la base, purulentes au sommet, ne tardant pas à se recouvrir de croûtes verdâtres, opaques et assez minces. Si l'ouvrier cesse alors son travail, l'éruption disparaît, mais s'il le continue, la pustule est suivie d'une ulcération arrondie, â bords taillés à pic, non décollés et mesurant parfois plus d'un* Centimètre de hauteur ; le fond est grisâtre ou rougeâtre, légèrement humide, quelquefois induré ainsi que le pourtour, et alors l'ulcération a été comparée au chancre spécifique. Les ulcères sont, en général, accompagnés d'une douleur plus ou moins cuisante .

M. le D r Vernois pense que les ulcères succèdent aux piqùreS que se font les ouvriers employés au séchage des étoffes : « L'inoculation du sel arsenical s'ensuit, la peau s'irrite et rougit, une vésicule, puis une large pustule recouvrent la piqûre et subissent in situ toutes les transformations qui produisent la suppuration et souvent la gangrène; au-dessous d'elles se développe une ulcération profonde et douloureuse, d'autant plus lente à se cicatriser que l'inoculation se renouvelle chaque jour.» M.Bazin n'admet pas l'opinion exclusive de M. Vernois et pense que les ulcèïes ne procèdent pas toujours d'une écor-

chure ou d'une plaie ; il a pu d'ailleurs obtenir des ulcérations à l'aide de frictions avec le vert de Scheele sur des parties ne présentant aucune solution de continuité.

Siège. — Comme la plupart des éruptions provoquées, les éruptions produites par les verts arsenicaux existent sur les parties découvertes, là où l'agent toxique peut se déposer ; on les observe aux extrémités des doigts et à leur racine, aux plis des coudes, aux avant-bras, au pourtour des lèvres et des ailes du nez, au front, derrière les oreilles et sur la région cervicale. Le scrotum et la partie interne des cuisses sont presque toujours atteints chez les hommes, et on explique facilement le siège de la lésion en ces points par les attouchements incessants que nécessitent les besoins de la miction. C'est là que la lésion se montre sous forme de larges papules humides et suintantes, véritables plaques muqueuses, comme les a appelées M. Pietra- Santa. Les ulcères siègent quelquefois à l'extrémité, le plus souvent à la racine des doigts.

Diagnostic. — On trouve réunis tous les caractères appartenant aux éruptions artificielles : siège sur les parties découvertes, multiplicité des éléments, dissémination, etc. Mais les érythèmes, papules, vésicules, pustules ne présentent aucun caractère particulier ; l'ulcère seul est type et ne saurait être confondu qu'avec l'ulcère spécifique ; mais si on tient compte de la profession, du siège de l'ulcère, de ce fait que le chancre arsenical induré n'offre jamais cette résistance élastique, parcheminée, si remarquable dans le chancre spécifique, on pourra toujours porter un diagnostic exact.

Traitement. — Les accidents disparaissent spontanément dès que les malades sont soustraits à la cause provocatrice; quelques bains d'amidon, des pansements avec le cérat simple ou saturné suffisent pour obtenir la guérison. M. de Pietra-Santa s'est constamment servi avec succès de lotions d'eau salée sur les parties malades, qui étaient immédiatement après ces lotions, saupoudrées de calomel.

Éruptions propres aux ouvriers qui travaillent la canne de Provence. — La canne de Provence est complètement inoiïensive c

s'acquiert ses propriétés irritantes et toxiques que par le développement à sa surface d'une poussière blanche qui parait constituée par un cryptogame parasite, produit de fermentation et se développant dans les endroits humides, mal aérés, sur les roseaux plus ou moins altérés et vieillis.

Cette poussière irrite tout ce qu'elle touche. A son début l'affection s'annonce par du malaise, de la céphalalgie, des éternuments, de la rougeur des paupières, des démangeaisons sur tout le corps : la fièvre s'allume alors et des taches érythémateuses apparaissent à la partie supérieure du tronc, la face interne des cuisses, les parties sexuelles; ces taches se recouvrent de vésico-pustules. Vers le deuxième jour, . dit M. Maurin, l'éruption se localise sur les bourses qui sont tuméfiées, rutilantes, dépouillées d'épiderme, exulcérées en un mot, et plus tard se recouvrent d'une croûte unique, brune et crispée. M. Miquel a constaté un cas de mort par suite de gangrène des parties génitales.

Le contact de la moisissure avec les diverses muqueuses y développe des accidents analogues : conjonctivite, coryza, stomatite, angine, laryngite.

Tous les symptômes précédents, après deux ou trois jours d'existence, diminuent d'intensité : la rougeur pâlit, les pustules, s'affaissent et se couvrent de croûtes, et vers le neuvième ou dixième jour tout a disparu.

Traitement. — Les bains tièdes, simples ou à l'eau de son, un Uniment d'huile d'olive vierge camphrée, additionné de 1 à 2 grammes de laudanum; un vomitif et des purgatifs, quand le tube gastro-intestinal est affecté, tel est le traitement.

On préviendra l'affection en ayant soin de mouiller les réseaux, et en rendant ainsi adhérente la poussière toxique.

Affections des ouvrières employées à piler des oranges arriéres. — C'est à M. Imbert-Gourbeyre que nous en devons la connaissance.

Les ouvrières sont occupées à piler les chinois (ouvrières pileuses) ; elles commencent par les inciser à l'aide d'un couteau, et le jùs qui s'écoule de l'orangette se répand sur les mains

qui, à leur tour, peuvent les transporter sur d'autres parties du corps : de là des accidents cutanés locaux. En outre, l'essence qui se dégage incessamment des chinois vicie l'atmosphère des chambres, et devient la cause de symptômes généraux plus ou moins graves. Les accidents observés par M, Imbert^Gour»beyre ont été de deux espèces ; des troubles nerveux consistant en céphalalgie, vertige, névralgies diverses, convulsions épileptiformes ou autres, partielles ou générales, crampes, agitation, etc., etc. ; et du côté de la peau, des lésions de divers ordres : des érythèmes douloureux avec tuméfaction, des éruptions vésiculeuses et pustuleuses, avec cuisson et prurit intenses. Ces lésions, ordinairement localisées aux membres supérieurs et à la face, et spécialement à la main gauche qui tient l'oran» gette, au moment où on l'incise, peuvent être rencontrées sur toutes les régions; elles sont remarquables par leur persistance indéfinie dans certains cas, et par les souffrances parfois intOr lérables qu'elles font endurer aux malades.

Éruption* propres aux peintres, teinturiers, apprêt eurs de couleurs, minium, chromate de plomb, etc. — Les substances dont se servent ces artisans ont presque toutes une action irritante: tels sont le plomb, l'arsenic, le cuivre, le fer, le mercure etc., qui fournissent les matières colorantes employées pour les peintures ; l'essence de térébenthine qui sert à délayer les couleurs ; les acides nombreux^ et les sels employés comme mordants, etc. De cette multiplicité de substances maniées résultent des éruptions élémentaires multiples : érythèmes, papules, vésicules, pustules, squames.

Les barbouilleurs, les broyeurs de couleurs, les teinturiers, sont les plus fréquemment affectés, et le siège des affections est aux mains, aux avant-bras ; les mains sont habituellement rouges, gonflées, fendillées et gercées.

Éruptions propres aux ouvriers employés dans les fabriques de produits chimiques et phrmaceutiques. — Un certain nombre de produits chimiques et pharmaceutiques peuvent déterminer, chez les ouvriers qui les préparent, des accidents de divers ordres, et particulièrement des éruptions cutanées. Nous ne

pouvons indiquer toutes les substances douées de propriétés [irritantes, nous signalerons seulement les principales.

M. Chevallier a démontré que les ouvriers qui travaillent le

pulfatede quinine étaient atteints d'accidents cutanés spéciaux.

M. Bazin à vérifié l'exactitude des assertions émises par

\9« Chevallier, et a résumé en ces termes le travail de ce

médecin:

4° Ces accidents, fort rares en Angleterre, très-communs au

contraire en Allemagne, et surtout en France, atteignent

presque exclusivement : a. les ouvriers qui font bouillir les

écorces ; b. ceux qui convertissent la quinine en sulfate, et

ceux qui mettent le sulfate en flacons.

8° Les mômes accidents ont été observés parfois sur des personnes qui ne faisaient que séjourner dans les fabriques, sans prendre aucune part aux travaux.

3° Us consistent spécialement en éruptions cutanées, sur la nature desquelles paraissent d'accord tous les fabricants : ce sont des rougeurs, des vésicules, des pustules, des croûtes, siégeant aux mains, aux avant-bras, à la face, aux parties génitales, et pouvant, dans certains cas, se généraliser à toute la surface du corps ; on note de vives démangeaisons.

4° L'éruption cutanée dure quinze jours, un mois et plus ; un ouvrier aurait été six mois dans l'impossibilité de travailler. 8* L'éruption cutanée est due à un principe émané du quinquina, et non point, comme on l'a prétendu, à la pénétration, dans le tissu de la peau, de petites éebardes de quinquina, puisqu'elle attaque ceux qui font bouillir les écorces, les sulfateurs, et même des personnes fréquentant simplement les fabriques ou travaillant aux environs. Les éebardes des écorces peuvent, il est vrai, causer des irritations cutanées, mais qui ne ressemblent nullement à l'éruption produite par les émanations quiniques.

La préparation de certains extraits et particulièrement de celui de douce-amère, peut déterminer quelquefois des accidenta cutanés, tels que rougeur, tuméfaction, etc., de la face, des membres et des parties génitales.

La plupart, des plantes de la famille des euphorbiacées, surtout le croton tiglium et l'euphorbia latyris, jouissent de propriétés extrêmement irritantes, et ceux qui les manient doivent, pour se préserver de leur action, user des plus grandes précautions. L'euphorbe est un violent sternutatoire ; lorsqu'elle est en poudre fine, elle peut se répandre dans l'air à de grandes distances, et produira l'effet ptarmique; elle agit en même temps sur la peau et y provoque de la rougeur, un gonflement douloureux, et une éruption de vésicules assez» comparables à celles de l'eczéma. Le croton tiglium possède des propriétés analogues.

Ajoutons enfin que si l'on s'abandonne au sommeil à l'ombre du rhus radicans et durhus toxicodendrum, le corps se couvre presque aussitôt d'un exanthème vésiculeux, avec gonflement énorme, et en même temps se déclarent des symptômes généraux qui prennent la forme d'un véritable empoisonnement aigu, et dont la violence peut entraîner la mort dans un temps très-court.

Mal de vers ou mal de bassine. Éruptions des fileuses de cocons.— On désigne sous le nom de mal de vers une éruption vésiculopustuleuse survenant chez les fileuses de cocons de vers à soie. M. le D r Potton, de Lyon, a le premier décrit cette curieuse affection.

Pour se rendre compte, dit M. Potton, de la cause et du mode de développement de la maladie, il faut savoir que les ouvrières sont assises auprès d'une bassine pleine d'eau chaude et qu'elles déroulent et réunissent les fils provenant de flocons détrempés et ramollis qui surnagent au liquide.

Il existe deux sortes d'accidents : les uns sont légers, sans importance et dus au contact de l'eau chaude ; l'épiderme est ramolli, macéré, quelquefois soulevé par de la sérosité, on observe même des fissures, des crevrasses, de petits abcès autour de l'ongle. Ces lésions guérissent facilement.

Les accidents du mal de vers proprement dit s'observent dans les grandes filatures entretenues par des coèons anciens; ils surviennent après huit jours de travail à la racine des doigts

et dans les espaces interdigitaux ; alors on voit se dessiner une rougeur érythémateuse, &ur laquelle s'élèvent des vésicules arrondies. Ces phénomènes sont accompagnés de démangeaisons et d'une douleur cuisante; deux choses peuvent alors arriver : ou les vésicules se rompent, la rougeur s'éteint et tout rentre dans Tordre, ou l'affection s'accroit, les vésicules se transforment en pustules et dans leurs intervalles se forment d'emblée d'autres pustules volumineuses. Alors la douleur est aiguë, les mouvements sont impossibles surtout dans le sens de la flexion... les pustules se rompent et laissent à nu des surfaces ulcérées et tuméfiées; cependant, dit M. Potton, toute douleur a cessé brusquement et les fileuses peuvent dès lors reprendre sans inconvénient leur travail.

La durée totale des accidents est de quinze à dix-huit jours. M. Potton a quelquefois observé l'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané, des vaisseaux et des ganglions lymphatiques; de petits phlegmons circonscrits sous les pustules: alors existe une réaction locale et générale très-intense, mais dès que les pustules se crèvent tout l'éréthisme tombe.

Cette affection n'attaque qu'une fois les ouvrières, elle leur confère pour ainsi dire une immunité.

M. Potton attribue cette affection à une décomposition du ver qui s'est faite lentement dans l'intérieur du cocon. Il a vainement essayé de la prévenir à l'aide de moyens variés ; il conseille de laisser travailler les ouvrières jusqu'à l'apparition des pustules et alors de n'employer ni les émollients, ni les antiphlogistiques inefficaces pour ces cas comme pour toutes les inflammations spécifiques et de ne conseiller que des décoctions de plantes aromatiques, de feuilles de noyer, de ronces, d'écorce de chêne; des solutions d'alun, de sulfate de fer. S'il existe des abcès, il faut les ouvrir et cautériser les surfaces dénudées avec le nitrate d'argent.

Les ébénistes , les graveurs, les maçons sont exposés à des affections vésiculeuses et papulo- squameuses déterminées par le contact des substances irritantes qu'ils emploient : chaux, vernis, ciment romain, etc.

Les fleurs de laine sans cesse enveloppés de poussières irritantes et malpropres présentent des furoncles, de* érywpèles, et quelquefois toutes les formes de la déroute.

Des gerçures existent souvent sur la peau des mains des ouvriers en nacre de çerlej elles sont dues à la poussière ténue et abondante qui s'échappe de la coquille que l'on scie.

Les mégmiers, les tanneurs, les criniers, les pelletière, les marchands de peaux de lapins, etc. ; tous les ouvriers qui W nient journellement les peaux ou les poils des animaux morts» offrent souvent des éruptions pustuleuses et eothymatiquesàln surface des doigts,

Les forgerons, les verriers, les pâtissiers, etc., exposés cofr stamment à une chaleur intense, présentent des lésions cutanées sur les mains et la face : le tissu de la peau se vascularise, perd son poli, sa souplesse; on observe de l'éry thème, et plus tard l'exagération de la sécrétion épidermique, de la & cheresse, des gerçures qui s'agrandissent par les mouvements des doigts, gerçures dont les bords sont durs et le fond wl" gnant. La peau ainsi modifiée ne revient à ses conditions pby« siologiques qu'avec une extrême difficulté.

On désigne sous le nom de parasite un être végétal ou ani* mal qui, fixé sur uu autre, y puise exclusivement les élément* de sa nourriture.

Il existe des parasites végétaux et des parasites animaux.

h' affection cutanée parasitaire est une affection produite direc* tement par le parasite lui-même — sillon acarien — ou sym» ptomatique d'une maladie parasitaire.

Or, la maladie parasitaire est un état particulier et accidentel de l'organisme qui se développe par suite de la présence d'un parasite, et se manifeste par un ensemble de symptômes, de lésions et d'affections.

La maladie ne peut se développer sans le concours de la cause provocante : le parasite , et d'une cause interne : l'ap-

titude morbide. M. Bazin a eu l'occasion d'observer un sujet dont la peau des mains était couverte de sillons et d'acares, paais qui ne présentait pas la plus petite éruption; dans ce cas, il y avait défaut d'aptitude, et le sujet ne présentait pas la psore, bien que les conditions de terroir fussent très-favorables au développement des parasites.

(A) AFFECTIONS CUTANÉES PRODUITES PAR LES PARASITES VÉGtTAUX.

Les parasites végétaux ont une préférence marquée pour les poils et les ongles : végétaux trichophytiques et onychophy tiques; ou vivent plus volontiers aux dépens de Tépiderme : végétaux èpidermophytiques ; ou enfin occupent principalement les surfaces épithéliales : végétaux épitkéliophy tiques.

1° Végétaux trichophytiques et onychophytiques.

Ces parasites se développent quelquefois sur l'épiderme, mais ont pour siège de prédilection les poils et les ongles. M.Bazin donne le nom de teignes aux affections cutanées qu'ils déterminent. "

Il existe trois espèces de teignes, ce sont : la teigne faveuse, due kYaçhorion Schœnleinii; la teigne tonsurante, due au trichathytqa tonsurqns; la teigne pelade, due au microsporon Audouini.

1° FAVUS, TEIGNE FAVEUSE.

Définition. — On désigne sous le nom de favus une teigne, c'est-à-dire une affection cutanée, due à l'existence de l'achonon Schœnleinii sur les poils, les ongles et l'épiderme, caractérisée par des croûtes jaunâtres et plus ou moins épaisses, sèche*, raboteuses, d'une odeur sui generis, tantôt disposées d'une manière irrégulière, tantôt, au contraire, déprimées artistement en forme de coupes; teigne déterminant la décoloration des cheveux et l'alopécie , et trangmissible d'un individu à un autre.

M. Bazin admet trois variétés de forme : le favus urcéolaire, le favus scuti forme, et le favus squarreux.

172 AFFECTIONS SPÉCULES.

§ I. Teigne faveuse urcéolaire.

Elle peut occuper tous les points du corps où il y a des poils, tandis que les favus scutiforme ou squarreux siègent exclusivement au cuir chevelu.

Au début, le malade éprouve seulement des démangeaisons au niveau des surfaces qui doivent être couvertes de croûtes, et bientôt apparaissent des rougeurs que Ton observe plus focilement au tronc que sur le cuir chevelu recouvert d'une épaisse chevelure, mais dont l'existence, en cette dernière région , n'en est pas moins incontestable. — Ces rougeurs se présentent sous la forme de petits anneaux uniformes, ressemblant beaucoup aux cercles herpétiques , mais plus petits que les moindres de ces derniers, et n'atteignant jamais les dimensions d'une pièce de 50 centimes.

Alors, et avant que le champignon soit visible, naît une éruption pustuleuse, discrète, sur les surfaces érythémateuses, et les pustules indiquent , en général , les points précis où les godets paraîtront. Quelquefois les pustules existent encore quand le champignon se montre, et c'est à cause de la simultanéité d'existence du favus et de pustules dont le liquide se dessèche que des observateurs un peu superficiels ont pu soutenir que le favus était constitué par du pus desséché. f

Simultanément on constate que les poils ont subi des altérations dans leurs propriétés physiques : ils ont perdu leur brillant, sont devenus ternes, ont changé de couleur et n'offrent plus le même degré de résistance si on veut les arracher. Ces altérations sont évidemment dues à l'existence de l'achorion sur le bouton et la racine du cheveu. Le champignon forme alors un obstacle à l'excrétion de la matière sébacée chargée de lubrifier le poil, et de là l'aspect sec et terne de ce dernier.

Ensuite, le champignon paraît en dehors, et alors commence la deuxième période de la maladie. Si l'on examine à l'œil nu le cryptogame naissant , on le distingue sous la forme d'un point jaunâtre, à peine perceptible , et cependant offrant déjà

une dépression centrale traversée par un poil. Avec le secours de la loupe on peut surprendre, vingt-quatre heures plus tôt, son développement : « On voit, dit M. Bazin, tantôt un petit soulèvement épidermique à l'endroit où le poil sort de la peau, tantôt un petit point jaune sous-épidermique et latéral , ou bien deux ou trois concrétions de même couleur, isolées, séparées à la base du poil , et qui , le lendemain , n'en forment déjà plus qu'une seule, creusée d'un enfoncement conique et traversée par le poil. »

Ainsi se forme le godet, qui, à partir de ce moment, ne cesse de s'accroître; son diamètre vertical augmente d'un quart de ligne à une demi-ligne en vingt-quatre heures, et, à mesure qu'il s'élève , la dépression centrale devient plus accusée ; la croûte faveuse peut acquérir de la sorte jusqu'à 1 centimètre et demi de hauteur.

Le godet favique est traversé assez exactement à son centre par un poil. Tantôt la face interne de la cupule est parfaitement lis^e, tantôt elle est rugueuse, inégale, et offre une série de reliefs circulaires concentriques. Ces différentes couches, déplus en plus rares, ont une couleur jaune d'autant plus foncée qu'elles sont plus récentes; les plus anciennes, qui occupent le centre , sont presque blanches. La dernière de ces couches,, celle qui forme le rebord de la cupule, soulève quelquefois fortement l'épiderme, et dépasse de quelques millimètres le niveau de la peau voisine. Le godet peut acquérir ainsi, sans se déformer, une largeur de plus de 2 centimètres. Jusqu'alors il est demeuré enchâssé entre deux lamelles épidermiques, mais bientôt le champignon déchire la membrane superficielle à quelques millimètres du point où la croûte est traversée par le poil , quelquefois au niveau de la circonférence de la cupule. A dater de ce moment, le champignon se développe en liberté et n'offre plus de forme régulière dans son accroissement. Alors les godets se déforment, deviennent méconnaissables et sont remplacés par de larges croûtes plus ou moins saillantes et inégales , exhalant une odeur fade, repoussante, que Ton a comparée à l'odeur de souris, d'urine de

chat, de matières animales en putréfaction, odeur toute différente de celles des gourmes ou de l'impétigo.

Cependant le poil s'est altéré davantage encore : les cheveux paraissent de plus en plus atrophiés, présentent un diamètre variable dans les divers points de la tige, sont flétris, décolorés, ou d'une couleur terne, gris-souris, cendrée; s'arra* chent sous l'influence de la plus légère traction, ou 6e cassent spontanément au niveau des croûtes.

Si le malade , cédant aux démangeaisons qu'il éprouve , M gratte, il peut survenir un suintement sanguin qui donne mi aspect brunâtre aux croûtes faveuses; ou, par suite de l'irritation qu'engendre le grattage, naissent des pustules, des croûtes impétigineuses qui, se mêlant aux croûtes faveuses, masquent les caractères de ces dernières et rendent le dia- v gnostic difficile.

L'impétigo peut d'ailleurs naître sous l'influence de l'existence simultanée d'autres parasites, de poux, par exemple, ou parce que le favus a éveillé une prédisposition morbide latente, et a provoqué l'apparition de manifestations scrofiileuses.

Plus rarement l'inflammation produite par le parasite s'étend plus profondément et atteint le tissu cellulaire sous-ctltané; de véritables abcès peuvent se former alors en différente points du cuir chevelu, abcès ordinairement circonscrits, de nombre et de volume variables, et qui, dans certaines circonstances, d'ailleurs très-rares, détruisent toutes les parties molles péricràniennes, et arrivent jusqu'à la surface osseuse dénudée; plus souvent on rencontre des angioleucites et des adénites qui occupent les régions sous-maxillaire et parotidienne.

Après un temps variable de quelques mois â plusieurs années , le favus urcéolaire s'étend du cuir chevelu aux autres régions du corps, à la face, au tronc, aux membres, souvent précédé dans son développement par des cercles herpétiques d'un très-petit diamètre. C'est ordinairement par voie d'inoculation qu'a lieu la propagation de la maladie.

Le teigneux qui gratte avec l'ongle une partie couverte de

fevus peut , en grattant ensuite une partie saine de la peau, insérer sous Tépiderme quelques parcelles de matière faveuse. Aussi est-il assez rare de rencontrer des malades qui portent depuis longtemps de la teigne faveuse, chez lesquels on ne trouve pas d'altération des ongles ; car le champignon inséré sous l'ongle occupe un terrain qui lui convient à merveille. Il est entre deux lames épidermiques , dont la superficielle est très-dure et très-épaisse. Il se trouve donc dans des conditions f&Yoràbles à la germination. Toutefois le favus alvéolaire peut fie montrer de prime abord sur toutes les régions, notamment aux bras, aux jambes, aux parties sexuelles; et déjà Mahon avait signalé ce fait que le favus de l'ongle est quelquefois primitif.

La maladie arrive à la troisième période après un temps si ( variable, qu'on ne saurait aucunement le préciser; les cheveux tombent pour ne plus reparaître, les follicules s'oblitèrent; en même temps les croûtes faveuses se détachent, laissant à découvert des surfaces rouges, déprimées, qui peu à peu se transforment en de véritables cicatrices.

M. Bazin donne de ces faits l'explication suivante : Le parasite) dans sa marche envahissante, a bientôt atteint la partie la plus profonde du follicule où il rencontre la papille, élément générateur; il se borne d'abord à dénaturer, à transformer en sa propre substance les produits sécrétés, et de là résultent ces altérations si remarquables des poils que j'ai signalés plus haut. Jusqu'alors il n'y a point perte irrémédiable de la chevelure. Mais, au bout d'un certain temps, l'organe sécréteur luimême s'altère, ne souffrant pas impunément la présence de la matière parasitaire. La papille devient donc le siège d'une irritation obscure, elle s'atrophie, et cette altération, faisant des progrès incessants, un jour vient où elle ne sécrète plus les éléments formateurs du poil; alors ce dernier tombe, et, ne pouvant plus se reproduire, il y a calvitie définitive. Alors aussi le follicule pileux n'a plus de raison d'être; ses parois se rapprochent et ne lardent pas à arriver au contact.

Quelquefois, la papille pileuse n'est pas détruite, mais pat suite d'une altération spéciale, elle sécrète des cellules épidermiques, et non plus des cellules pigmentaires. Dans oc cas, il n'y a pas oblitération du follicule qui livre passage aux cellules épidermiques, comme il livrait passage clu. poil.

D'autres fois enfin, après la disparition du parasite et TobXitération incomplète du follicule, la papille peut sécréter encc^^re les éléments du poil, et l'on voit, ainsi que l'a fait remarqiner M. Cazenave, des débris de cheveux qui rampent et qui senablent emprisonnés sous l'épiderme.

Lorsque la sécrétion pileuse est suspendue sur le bulbe p*»pillaire, le champignon, ne trouvant plus les éléments nécessaires à sa subsistance, ne tarde pas à mourir, disparaît de la surface de la peau, laissant à découvert les cicatrices qui se forment et sur lesquelles on ne le trouve jamais.

Les surfaces dépouillées de cheveux se présentent sous l&> forme de places blanches où les bulbes pileux et tout le pigT~ ment ont été absorbés par le champignon favique, et où 1^ peau est lisse, tendue, luisante et extrêmement amincie. A 1** troisième période les fonctions digestives se troublent, le malade devient anémique, tombe dans le marasme, et la mort vien* mettre un terme à une si triste existence. Mais ces faits son'* maintenant du domaine de l'histoire, et de pareils accidents ne sont plus à craindre depuis que M. Bazin a mis en usagée^ fait connaître uns méthode de traitement toujours efficace.

§ 2. — Teigne f aveuse senti forme, favus enécu, favus nummulaire*

A la première période, Térythème précurseur affecte une forme plus régulièrement circulaire et se présente sous l'aspect de plaques arrondies plus larges, plus saillantes, et plus routes, sièges d'une hypersécrétion épidermique abondante; les poils sont entourés à leur base d'écaillés épidermiques blanchâtres qui leur forment une gaîne adhérente d'un aspect gommé, d'où une certaine analogie avec la teigne tonsurante

parvenue à sa deuxième période ou encore avec le pityriasis du cuir chevelu.

Bientôt apparaissent de petits points jaunes, de petits godets qui d'abord isolés, se réunissent, se pressent et se déforment mutuellement avant que le parasite soit visible à la surface de a peau.

Alors la maladie est arrivée à sa deuxième période : par suite de la réunion des petites croûtes jaunes partielles, il n'en existe plus qu'une qui, traversée par les cheveux, recouvre complètement la surface affectée ; elle est circulaire, inégale, bosselée, saillante, quelquefois un peu relevée sur les bords, et exhale la même odeur que les croûtes du favus urcéolaire.

Ordinairement existent plusieurs plaques dans la même région qui se réunissent pour ne former qu'une large surface occupant la plus grande partie et quelquefois même la totalité du cuir chevelu.

Souvent il reste sur le front et la partie inférieure de la région occipitale une couronne des cheveux respectés par le parasite.

L'altération des poils est moins prononcée qu'à la période correspondante du favus urcéolaire, et l'alopécie arrive moins vite.

La troisième période ne présente aucune particularité : à une époque avancée de son existence la teigne scutulée peut aussi s'étendre du cuir chevelu aux autres régions du corps, mais alors la forme en écu disparaît et fait place à la forme urcéolaire.

§ 3. — Teigne faveuse squarreuse. — Porrigo squarrosa.

Les auteurs n'ont pas admis cette variété de favus et l'ont confondue les uns avec le favus scutiforme, les autres avec l'impétigo granulata.

Le porrigo squarrosa n'existe qu'au cuir chevelu et débute par des groupes sur lesquels on n'observe aucune trace de la

forme urcéolaire qui peut être cependant la forme primitive. .

La matière favique semble se développer plus particulièrement sur la tige des poils, auxquels elle forme, dans une cer* taine étendue, des gaines qui se réunissent et adhèrent assez fortement les unes aux autres. De là ces saillies anfractueuses et quelquefois considérables qui hérissent le cuir chevelu, sortes de monticules comparables à ceux d'une carte de géographie en relief représentant une région montagneuse, le sol de l'Ardèche, par exemple. La membrane épidermique du poil, ne reste pas en place, comme dans les variétés précédentes, mais détachée par la pression du parasite, elle glisse sur la racine et sur la tige formant ainsi à cette dernière, avec la tunique interne de la capsule, une véritable gaine dans une étendue d'un à plusieurs centimètres. Le cryptogame est alors en rapport immédiat avec le poil.

Les autres symptômes ne diffèrent pas de ceux des deux autres variétés précédentes.

Nous avons déjà dit que les godets faviques pouvaient s'observer partout où il y a des poils, on en a constaté même sur le gland, qui présente de petits poils.

Sur le tronc et les membres, l'éruption se présente sous la forme d'anneaux érythémateux remarquables par leur uniformité et leur petit diamètre.

Lorsque la matière faveuse est introduite sous l'ongle, elle trouve dans les cellules molles d'épiderme, un terrain favorable et se développe. Alors la lame cornée unguéale s'épaissit, laisse voir par transparence une matière sale et brunâtre, ensuite l'ongle jaunit et se flétrit; on distingue mieux les stries longitudinales qui semblent s'écarter les unes'des autres; assez souvent des renflements, des nodosités, des tubérosités se forment et dans ces divers points, on observe un amincissement de plus en plus marqué, comme si l'ongle était graduellement usé par l'action du champignon sous-jacent. Enfin, la perforation de l'ongle a lieu.

Complications. — Le favus peut être compliqué par une

autre teigne, par des parasites animaux (poux) ou par des éruptions constitutionnelles herpétiques, scrofuleuses, etc.

Durée et terminaisons. — Si le favus est abandonné aux seules forces de la nature, il se prolonge indéfiniment jusqu'à la destruction complète de la chevelure. Dans un vingtième des cas, surviennent les symptômes de la cachexie parasitaire et même la mort; la guérison spontanée a lieu mais est une rare exception.

Etiologie et pathogénie. — Causes prédisposantes. Le favus ^observe principalement dans l'enfance et plus souvent chez tes jeunes garçons que chez les jeunes filles, sans doute parce «Tue les premiers , luttant corps à corps, changeant de cas* «luettes ou de bonnets, etc., se transmettent plus facilement le champignon de l'un à l'autre. La constitution n'a pas beaucoup ^importance, et si quelques teigneux sont faibles et pâles, d'autres sont forts et robustes.

Le favus est plutôt la teigne des pauvres, tandis que nous voirons que les teignes tonsurante et pelade ne se rencontrent pas plus souvent chez ces derniers que chez les riches.

Enfin la scrofule y prédispose singulièrement. Causes déterminantes. Il n'y a qu'une cause déterminante : l'existence du parasite sur les parties velues; or, l'achorion est transmissible à l'enfant p<ir l'air, par le contact médiat, par le contact immédiat et enfin par l'inoculation.

On s'est beaucoup élevé contre le premier mode de transmission (par l'air); mais, dit M. Bazin, est-il donc si absurde ou si difficile d'admettre qu'une des nombreuses spores qui recouvrent la tête du teigneux puisse être emportée dans l'air et déposée sur la tète d'un frère ou d'un camarade ? En 1850, M. Cazenave écrivait que les tentatives d'inoculation étaient demeurées stériles ; mais depuis, M. Deffis, qui pendant plus de dix ans a dirigé le traitement de la teigne, à l'hôpital Saint-Louis, a inoculé trois fois le favus et a obtenu dans deux cas du favus épidermique, dans un cas un godet très-bien formé traversé au centre par un poil.

On n'obtient pas toujours un godet favique à l'aide de l'inoculation parce qu'il faudrait pour cela atteindre avec la pointe de la lancette le canal pilifëre et y déposer une ou plusieurs spores, et la chose n'est pas facile.

Anatomie pathologique. Description du parasite et des altérations des poils. — Si l'on examine au microscope, à un grossissement de 200 à 300 diamètres, un fragment de croûte faveuse délayé dans un peu d'acide acétique, on constate l'existence de sporules, de tubes vides, mycélium, et de tubes chargés de sporules, sporidies. Quelques sporules sont quelquefois très-petites et se distinguent à peine des granulations ; d'autres ovoïdes, ou triangulaires et comme étranglées, isolées ou réunies bouta bout en chapelet, ont 0,007 à 0,008 de millimètre de diamètre, et paraissent avoir deux enveloppes.

Les tubes sont flexueux, simples ou ramifiés, vides ou chargés de spores ou de granules ; ils sont accolés les uns aux autres, forment des tiges plus ou moins larges et quelquefois comme articulées.

Spores, sporules, sporidies.

A. Sporules isolées.

B. Sporules réunies.

Page 1