‹ Traité des affections de la peau, d'après les doctrines de M. BazinChapitre 36 sur 48 · AFFECTIONS CUTANÉES SYMPTOMATIQUES DE LA LÈPRE OU LÉPRQIDES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS CUTANÉES SYMPTOMATIQUES DE LA LÈPRE OU LÉPRQIDES

La lèpre est une maladie constitutionnelle, non contagieuse, héréditaire, se traduisant sur tous les systèmes organiques par désaffections spéciales (tuberculeuses), et sur la peau par des variations dans la couleur et des altérations de la sensibilité (Bazin).

La lèpre présente quatre périodes, dont la première est caractérisée par des taches ou macules spéciales, au niveau desquelles la peau est généralement insensible, par des bulles de pemphigus, un arrêt de développement ou une atrophie des organes génitaux et l'altération des poils ; la deuxième, par des tubercules de la peau ou du tissu cellulaire sous-cutané ; la troisième, par rétablissement d'ulcères et des désordres du système osseux ; la quatrième, par des lésions viscérales et un état cachectique.

Nous devons principalement étudier ici les affections cutanées ou léproïdes ; or les léproïdes sont communes, c'est-à-dire consistent en des affections qui appartiennent non-seulement à la lèpre, mais encore à d'autres maladies, ou propres, spéciales, c'est-à-dire ne se manifestant que sous l'influence de la lèpre.

Les léproïdes communes se divisent en trois groupes : les léproïdes furfuracées, les léproïdes impétigineuses ou vésiculopustuleuses et les léproïdes pemphigoïdes.

Les léproïdes spéciales se divisent aussi en trois groupes : les léproïdes maculeuses, les léproïdes tuberculeuses et les léproïdes ulcéreuses.

Nous devrions étudier successivement les léproïdes communes et les léproïdes spéciales, mais nous préférons, dans rintérèt du lecteur, étudier successivement les léproïdes dans l'ordre de leur apparitiou.

Symptomatologie, première période. — La lèpre se traduit, dès le début, par des taches offrant une couleur rouge cramoisie ou jaunâtre, fauve, cuivrée, ne s'effaçant pas sous la pression du

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doigt, 'arrondies ou irrégulières, saillantes ou non au-dessus des téguments voisins, et insensibles à la pression, à la piqûre. Cette anesthésie eutanée constitue, aux yeux de M. Bazin, un symptôme propre de la lèpre, et n'a pas avec les taches un rapport constant et nécessaire. Quelquefois, en effet, elle existe seule et sans que la peau présente de macules, ou est très-prononcée au niveau de taches à peine visibles, et réciproquement. Taches et anesthésie sont donc deux phénomènes parfaitement distincts.

Les taches disparaissent et réapparaissent ordinairement un certain nombre de fois avant de devenir fixes et permanentes. C'est seulement alors que la pression ne les fait plus disparaître; elles sont quelquefois le siège d'une légère desquamation, et la sueur, à leur niveau, est à peine sécrétée.

Ces taches fauves, insensibles, constituent un symptôme propre de la lèpre, et n'appartiennent qu'à cette maladie (léproïde» spéciales).

Quelquefois on observe, à la surface des taches et sur les autres points du corps, de l'hyperesthésie ; mais ce symptôme n'a qu'une courte durée et fait bientôt place à de l'anesthésie.

Simultanément avec la léproïde maculeuse, on observe la léproïde furfuracée ou squameuse, qui occupe ordinairement les extrémités supérieure ou inférieure, offre de l'analogie avec l'ichthyose et est caractérisée par de petites squames continues, dures, d'une couleur brunâtre ou blanchâtre, adhérentes à la peau qui n'a subi, d'ailleurs, aucune autre altération.

La léproïde furfuracée est ordinairement accompagnée d'une lésion des ongles : ces appendices sont décolorés, rudes et squameux, perdent peu à peu leur cohésion, présentent la disjonction de leurs lamelles, des fissures, et finissent par tomber, ou, au contraire, deviennent plus épais, plus saillants, tout en présentant la rudesse, l'état squameux et fissuré que nous venons de signaler. Enfin, on peut constater à celte même période l'existence de bulles de pemphigus lépreux (léproïde commune). Cette lésion peut occuper tous les points

de la surface du corps, mais siège spécialement à la paume des mains, à la plante des pieds et au voisinage des articulations. Le nombre des bulles est peu considérable; souvent, il n'en existe qu'une seule dans la région palmaire ou dans la région plantaire; deux ou trois autour d'une articulation. Elles apparaissent brusquement et sans être prédédées de phénomènes locaux, sont remplies par un liquide visqueux et jaune verdâtre, atteignent souvent le volume d'un œuf de poule, ne persistent que très-peu de temps, et laissent, après leur rupture, une surface rouge et ulcérée qui sécrète un liquide visqueux, se concrétant et formant des croûtes brunâtres, auxquelles fait place une cicatrice blanche, déprimée, et plus ou moins insensible.

En outre de ces lésions cutanées existent une atrophie chez l'adulte, un arrêt de développement, chez l'enfant, des organes génitaux; le changement de coloration et la chute des poils.

Deuxième période. — Tantôt la peau devient sèche, dure, se raccornit (forme atrophique) ; tantôt elle se recouvre de saillies tuberculeuses cutanées ou sous-cutanées, ou subit une dégérescence spéciale (sclérodermie lépreuse).

Les tubercules dermoïdes occupent spécialement la face et les membres: tantôt ils sont superficiels, semblent constitués par une hypertrophie papillaire et ressemblent assez aux papules du lichen : tantôt ils siègent dans l'épaisseur de la peau.' Ils sont quelquefois isolés ; parfois, au contraire, ils sont groupés et forment de larges plaques rougeâtres et mamelonnées.

Durs, fermes et élastiques ; plats et déprimés ou saillants et hémisphériques, présentant la coloration normale de la peau, ou rougeâtres, violacés, ou même d'une couleur brune ; lisses ou chagrinés, ces tubercules présentent pour caractère essentiel d'être insensibles au point que l'on peut souvent les traverser avec une épingle, les détruire sans que le malade manifeste aucune douleur.

Ces tubercules peuvent se développer sur les macules que nous avons précédemment signalées, ou sur des surfaces saines; arrivés à leur maximum de développement, ils rétrogradent

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et disparaissent en laissant une cicatrice caractéristique, ou se fissurent et s'entr'ouvrent, donnent issue à une masse semi-liquide, et présentent, peu de temps après, une ulcération arrondie ou irrégulière, à fond pâle et blafard, à bords taillés à pic mais non indurés, et donnant naissance à un liquide sanieux et fétide qui se concrète en croûtes noirâtres et fissurées.

Les tubercules cutanés sont accompagnés de tubercules souscutanés, irréguliers, d'un volume souvent considérable, de consistance assez ferme, mais se ramollissant après un certain laps de temps et s' ulcérant comme les tubercules cutanés. On les observe principalement à la face, aux avant-bras, au bord interne du petit doigt, dans le lobule du pavillon auriculaire (stéatome éléphantiasique).

Lorsque les tubercules siègent à la face, celle-ci présente un aspect bizarre et caractéristique que M. Bazin a décrit en ces termes : « Les téguments forment une couche épaisse et proéminente, sur laquelle se détachent confusément des nodosités profondes, des tubercules d'une teinte brune ou violacée; sont creusés de rides, de larges sillons; les régions soureilières, dégarnies de poils, se tuméfient énormément et se projettent au devant des globes oculaires, plus ou moins altérés eux-mêmes; le nez est écrasé, élargi, réduit parfois à un moignon informe ; les lèvres sont épaisses, chargées de tubercules ; les pommettes saillantes, mamelonnées, rougeâtres ; les oreilles deviennent monstrueuses. Si le malade ouvre la bouche, sa muqueuse apparaît, semée de granulations ou de macules comme ecchymotiques. On note, en outre, l'absence de cils, de chevelure, l'aspect huileux de la peau, la fétidité de l'haleine et une expression de souffrance et d'hébétude répandue sur toute la face. C'est pour retracer, sans doute, ces hideuses métamorphoses que les anciens avaient employé les dénominations de satyriasis, de léontiasis, etc., tirées de la comparaison avec les satyres fabuleux, les lions, ou autres animaux féroces. »

Enfin la peau présente quelquefois une dégénérescence spéciale, devient dure, blanchâtre, parcheminée et comme cicatricielle ; elle semble avoir perdu toute activité, n'est plus le

siège d'aucune sécrétion, et est devenue complètement insensible (sclérodermie lépreuse).

En Amérique, le D r Fabre a observé une éruption vésicopustûleuse, précédée de tacnes insensibles et tenant la place des tubercules.

En outre des altérations de la peau, on constate, à cette période, des lésions des muqueuses oculaire, buccale, pharyngée, laryngée ; ces muqueuses sont aussi le siège de tubercules et d'ulcérations, et Ton voit survenir des troubles fonctionnels en rapport avec le lieu de Faltération : la vue, l'odorat sont altétérés, la respiration est difficile et sifflante, la voie rauque ou éteinte, la déglutition difficile, etc.

Troisième période. — Elle est caractérisée par la production de nouvelles ulcérations et par la présence de celles qui existaient déjà ; les ulcères détruisent tous les tissus qu'ils rencontrent, même le tissu osseux, et alors se voient des trajets fistuleux qui aboutissent jusqu'aux os malades ; alors se détaxent ou tombent par fragments des os du pied, de la main, des phalanges, des membres même... Les os ne peuvent-ils pas être altérés primitivement par la lèpre? Bœck et Daniellsen n'admettent pas cette opinion, défendue au contraire par Schilling. . Dans le cours de cette période s'observe aussi de l'atrophie des muscles des éminences thénar et hypothénar, des inter* ttàseux.

Quatrième période. ~ Elle est caractérisée essentiellement par l'aggravation des phénomènes déjà existants et l'apparition de lésions viscérales ; on constate alors tous les symptômes d'une phthisie laryngée lépreuse, des troubles digestifs profonds, et, en définitive, une diarrhée incoercible; des paralysies localisées à la face, au pharynx, au voile du palais, et la mort survient à la suite d'un accès de suffocation, d'une syncope ou par les progrès seuls de la cachexie, le malade conservant intacte son intelligence jusqu'au dernier moment*

En définitive, la lèpre se traduit par des macules d'un jaune fauve, au niveau desquelles la peau est insensible, qui ne disparaissent pas sous la pression du doigt, etc*; par une des-

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quamation furfuracée des membres et des bulles de pemphigus; par des tubercules cutanés ou sous-cutanés, insensibles, s'ulcérant, et enfin par des lésions . viscérales et un état cachectique bientôt suivi de mort.

Formes de la lèpre. — M. Bazin admet trois formes : la forme tuberculeuse ou commune, la forme larvée et la forme anesthésique ou maligne.

La forme tuberculeuse est caractérisée d'abord par l'existence de macules d'un jaune fauve, et insensibles, et ensuite par l'existence de tubercules qui s'ulcèrent bientôt et donnent lieu à des pertes de substance plus ou moins grandes.

Forme larvée. — Lèpre blanche. M. Bazin a eu l'occasion d'observer dans son service un cas fort curieux d'éléphantiasis, cas qui ne rentre pas dans les formes précédentes. Le malade venait des États-Unis, où il était resté un an environ, dans le Kentucky. Sur les diverses régions de son corps étaient répandues des taches variables de forme et de dimensions, les unes blanches, les autres de couleur fauve. Les taches vitiliges, de beaucoup plus nombreuses, présentaient des caractères tout particuliers ; quelques-unes situées au cou, au menton, à la face, avaient encore la consistance normale de la peau, mais le plus grand nombre s'était transformé peu à peu et par les progrès du mal, en un tissu dur, d'un blanc mat, comme cicatriciel, et tout à fait comparable à celui de la kéloïde ; de plus, et j'insiste sur ce caractère qui est capital, la sensibilité à la surface de ces macules était diminuée ou tout à fait abolie. Le malade portait, en outre, sur les jambes des ulcères irréguliers, à bords indurés, taillés à pic, à fond rouge mamelonné et insensible. Les cheveux tombaient surtout le cuir chevelu et une sorte de tonsure ovalaire existait au sommet de la tète*

La forme maligne anesthésique est caractérisée au début par des bulles de pemphigus, des macules et une hyperesthésie qui peut acquérir un haut degré d'intensité et occuper une grande étendue de la surface cutanée, mais qui ne tarde pas à faire place à de l'anesthésie. L'insnsibilité de la peau est en

effet un caractère dominant de cette forme : elle acquiert une telle intensité que le malade supporte les plus affreuses mutilations sans éprouver la moindre douleur.

En même temps la peau est [d'un blanc sale, sèche, dure, comme parcheminée, mince, atrophiée. Le visage, dit M. Bazin, est amaigri, cadavéreux; le muscle orbiculaire des paupières perd son activité; la conjonctive s'injecte, les cils tombent, la cornée s'obscurcit, et la vision est ainsi détruite peu à peu.

La bouche est déviée, insymétrique/ la lèvre supérieure amincie s'applique à l'arcade alvéolaire, qu'elle dessine; l'inférieure, renversée et pendante, laisse à découvert les dents correspondantes et une partie de la gencive, d'où résulte un véritable ptyalisme avec écoulement continuel de salive au niveau des commissures. Les altérations du nez sont ici moins fréquentes et moins prononcées que dans la forme tuberculeuse.

Le goût est émoussé. Le sens de l'ouïe est celui qui persiste lé plus longtemps à l'état d'intégrité.

Dans cette forme on observe encore une incurvation singulière des doigts et des orteils, qui prennent la forme d'une ligne brisée en deux sens opposés et alternatifs, une sorte de rétraction lente dont le résultat définitif est de produire une flexion forcée qui résiste à tous les efforts. Le malade éprouve des douleurs et une fièvre intense, et voit peu à peu les phalanges, les doigts, les mains et les pieds se détacher de leurs articulations.

Marche, durée, terminaison. — La lèpre présente une marche continue, mais offre toutefois quelques périodes de rémission; elle a une durée longue qui est, selon MM. Daniellsenet Bœck, de neuf ans et demi pour la forme tuberculeuse, et de dix-huit ans et demi pour la forme anesthésique. Cette maladie se termine à peu près fatalement par la mort; on a cependant observé des cas de guérison.

Etioiogie. — La lèpre est une maladie héréditaire et non contagieuse. Peut-être était-elle autrefois contagieuse puisque

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Moïse a pris des précautions pour garantir son peuple de la contagion; mais aujourd'hui, elle ne l'est certainement plus et l'on peut impunément toucher les lépreux et partager leur Ut.

Trois lépreux observés par M. Bazin étaient issus d'un père goutteux et d'une mère cancéreuse; y avait-il là simple coïncidence ou y aurait-il entre ces affections et. la lèpre un lien pathologique méconnu jusqu'ici? M. Bazin pencherait volontiers vers cette dernière supposition.

Les causes provoquantes de la .lèpre sont : l'humidité de l'air, les cours d'eau, les chaleurs ou les froids excessifs, peutêtre aussi l'usage de la viande de porc, d'oiseaux de mer, de

poissons gâtés mais toutes ces causes sont insuffisantes,

si elles ne trouvent pas un organisme prédisposé spontanément ou par transmission héréditaire.

La lèpre frappe les personnes de tout âge, même les enfants qui sont encore dans le sein maternel. Peut-être les hommes y sont-ils plus sujets que les femmes.

Diagnostic. — La lèpre présente des caractères tellement tranchés qu'elle ne peut être que difficilement confondue avec une autre maladie.

L'éléphantiasU des Arabes s'en distingue par sa localisation à une partie du corps, aux membres inférieurs principalement; par l'existence antécédente d'angioleucites multiples et d'engorgements ganglionnaires, par F absence de macules et d'anesthésie cutanée, etc. Enfin cette affection se rencontre dans tous les pays et non exclusivement sous certaines latitudes.

Les léproïdes communes, c'est-à-dire les léproïdes squameuses, vésico-pustuleuses et pemphigoïdes, ne présentent pas de caractères objectifs capables de les faire diagnostiquer. Mais l'existence de taches d'un jaune fauve et insensibles, de tubercules cutanés et sous-cutanés insensibles n'appartient qu'à la lèpre, et il est inutile d'établir un diagnostic différentiel avec les taches du pityriasis nigra ou versicolor, les tubercules scrofuleux ou syphilitiques, etc.

Anatomie pathologique. — Les tubercules de la lèpre sont

entourées de tissu adipeux et se décomposent en lobules séparés par des travées de tissu cohjonctif. Chaque lobule se compose de cellules rondes, irrégulières et quelquefois étoilées de œ .0l5 à ra ,02 de diamètre et d'autres cellules plus grandes de O^OS à m ,04 de diamètre, chargées de noyaux et ressemblant aux cellules mères de la moelle des os, — Les vaisseaux ont une paroi épaisse non embryonnaire.

La texture de la peau à leur niveau est très-altérée, les glandes sudoripares ont disparu, les follicules pileux sont en partie détruits, et les poils altérés, inégaux, ne tardent pas à tomber.

Pronostic. — Il est très-grave puisque la mort est la conséquence presque inévitable de cette maladie.

Traitement. — Tous les remèdes jusqu'ici préconisés ont été inutiles et inefficaces. Toutefois, il faut conseiller l'éloignetnent du lieu où a été contractée la lèpre, les soins de propreté, un régime composé dé viandes blanches et de volailles, l'exercice, etc.

On a conseillé contre le principe même de la lèpre, le mercure, l'iodure de potassium, le muriate d'or, l'arsenic, l'hydrocotyle asiatique, l'acide phénique, etc., tous ces romèdes sont inutiles. M. Bazin a obtenu quelques améliorations sous l'influence de l'emploi des alcalins et sous celle du remède du D r Thorp (remède secret).

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AFFECTIONS CUTANÉES SYMPTOMATIQUfiS DE MALADIES DIATHÉSIQUES,

Je ne consacrerai quelques lignes qu'à deux manifestations de la diathèse fibro-plastique : la sclérodermie et la kéloïde, et aux manifestations de la diathèse fongoïdique, renvoyant le lecteur, pour la description des autres manifestations diathésiques, soit au traité des affections artificielles de M. Bazin, soit aux traités de chirurgie où se trouvent décrites les tumeurs fibro-plastiques, cancéreuses, épithéliales, etc.

DE LA SCLÉRODERMIE.

La sclérodermie est une lésion diathésique à marche chronique, caractérisée par le retrait et une forme particulière d'induration de la peau, qui devient tendue, rigide, comme rétrécie et en quelque sorte momifiée (Bazin)-

La sclérodermie occupe d'abord la région cervicale et quelquefois aussi les membres supérieurs et envahit ensuite les diverses parties de la surface cutanée.

Après avoir éprouvé pendant un certain temps un sentiment de gène et de roideur insolites dans la partie qui doit être le siège de l'affection, le malade présente une induration ou une rigidité des surfaces malades, tout à fait comparable à celle que présente un cadavre qui a été gelé, mais n'est pas encore froid; ou à celle du cuir desséché; rigidité telle qu'il est impossible de saisir et de pincer la peau.

Çà et là on observe des crevases et des déchirures, mais la peau n'est ni épaisse, ni hypertrophiée, au contraire, elle est resserrée, amincie et comme contractée sur les tissus qu'elle semble avoir de la peine à contenir.

La coloration de la peau est variable : normale chez quelques individus, elle est chez d'autres, brunâtre ou jaunâtre, ou, au contraire, d'un blanc mat qui rappelle la couleur des

cicatrices. Ses fonctions sont conservées intactes et sa sensibilité, sa température, ses sécrétions ne sont pas notablement influencées ; mais la perte de la souplesse de la peau entraîne des troubles de la motilité : les muscles comprimés par l'enveloppe inextensible que forme la peau restent inactifs, la face est immobile et ne reflète plus les sensations du malade, les doigts ne peuvent plus saisir les objets, et la marche est très-dificile.

La sclérodermie présente une marche lente et a une durée qui varie de quelques mois à plusieurs années.

La sclérodermie est une affection sérieuse puisque nous ne possédons aucun moyen efficace pour la combattre et que ses conséquences nous sont à peu près inconnues.

Etiologie. — On l'observe à tous les âges et plus souvent chez les femmes que chez les hommes ; ses causes déterminantes sont à peu près inconnues. M. Bazin considère la sclérodermie comme une maladie se développant sous l'influence d'un état morbide général, diathésique, se traduisant par l'infiltration, dans le tissu de la peau, d'éléments fibro-plastiques.

Diagnostic. — La sclérodermie est caractérisée par des phénomènes si tranchés, qu'il est impossible de la confondre avec d'autres affections.

La kéloïde s'en différencie par l'existence de plaques plus épaisses et plus dures, par son peu de tendance à la généralisation.

L'hypertrophie cutanée n'offre point de changement de coloration de la peau, de rigidité spéciale, mais seulement une augmentation de l'épaisseur normale.

Traitement. — Il est impossible aujourd'hui d'indiquer les bases d'une médication rationnelle; on a conseillé le mercure, l'iodure de potassium, les sudorifiques, l'hydrothérapie, les bains de vapeur, les bains alcalins, etc., mais aucun de ces agents n'a produit de gué ris on.

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DE LA. KÉLOÏDE.

La kéloïde est caractérisée par des excroissances arrondies ou cylindriques des bords desquelles émanent des prolongements multiples qui semblent s'implanter dans la peau, excroissances dures, élastiques, ordinairement d'une coloration plus foncée que celles de la peau voisine, quelquefois cependant plus pâles, mobiles et ne contractant jamais aucune adhérence avec les parties sous-jacentes.

Cette affection siège ordinairement à la région sternale, mais s'observe aussi au cou, à la face, aux membres, etc.

Elle ne détermine aucun trouble des grandes fonctions, reste stationnaire lorsqu'elle est arrivée à un certain degré de développement, et peut même disparaître par une sorte de résorption interstitielle, en laissant à sa place une cicatrice blanche et déprimée. Me est toutefois accompagnée de démangeaisons, de picotements, et d'élancements dont l'intensité est quelquefois extrême ; enfin, elle est sujette aux récidives sur place, alors même que la tumeur a été complètement enlevée.

Etiologie. — La kéloïde peut apparaître sur une partie saine de la peau, mais succède en général à une lésion accidentelle, telle qu'une brûlure, une plaie, etc.

La kéloïde s'observe à tous les âges et beaucoup plus fréquemment chez la femme que chez l'homme.

Anatomie pathologique. — Le tissu des kéloïdes est dur, et constitué par des éléments fibro-plastiques ; il est revêtu par un épiderme mince et luisant, et est entouré de petits vaisseaux capillaires qui se perdent dans son épaisseur; enfin, on observe à sa surface les orifices des glandes.

Diagnostic. — La kéloïde se différencie facilement de la fausse kéloïde, ou kéloïde cicatricielle, qui est toujours consécutive à des ulcérations scrofuleuses ou syphilitiques, à des brûlures, des cautères, etc.; est due à une déviation accidentelle du tissu de la cicatrice dont le développement a été

exubérant et a dépassé le but dfe la nature; qui parait trouver une prédisposition dans l'existence de la scrofule, et qui, enfin, ne présente pas à sa surface les pertuis glandulaires, et n'est jamais le siège de picotements et d'élancements.

Traitement. — La ciguë, l'aconit, l'iode et le mercure, etc., ont été inefficaces ; enfin, lorsqu'on a enlevé la tumeur avec l'instrument tranchant, elle s'est en général reproduite.

DIATHÉSE FONGOÏD1QUE; MYCOSIS FONGOÏDE.

On décrit sous ce nom une maladie ayant pour effet de produire des tumeurs constituées par un tissu adénoïde, à tendance envahissante et souvent ulcérative.

Le mycosii fongoïde est caractérisé au début par des taches d'une coloration rouge foncée, disséminées sur toute la surface du corps, quelquefois confluentes, donnant lieu à un peu de prurit, disparaissant après un certain temps pour faire place i d'autres taches. — Quelquefois sous l'inffuence des grattages leur surface s'excorie, suinte et elles revêtent un aspect analogue à celui de l'eczéma. Elles peuvent disparaître au commencement de l'hiver, mais réapparaissent au printemps suivant.

Après plusieurs poussées les taches deviennent saillantes, et à leur. niveau la peau s'épaissit, s'indure, perd sa souplesse, ne présente plus de plis et se recouvre de squames (plaques /*• ckénoides).

Deux ou trois ans après le début naissent au niveau des taches ou dans leurs intervalles de petites tumeurs du volume d'un pois, d'une noisette ou d'une noix; ces tumeurs peuvent se réunir et acquérir le volume d'un œuf de poule ; alors elles sont orbiculaires, hémisphériques ou ovalaires, rougeàtres et ressemblent à des morilles ou à des tomates. La peau qui les recouvre est lisse et tendue ; leur consistance est ferme, élastique, enfin la sensibilité à leur niveau est émoussée, voire même éteinte (Bazin.) .

Quelquefois les tumeurs diminuent rapidement de volume et s'effacent en quelques semaines ou quelques jours sans lais-

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ser de traces; le plus souvent elles se ramollissent, se perforent, et donnent naissance à des ulcérations de mauvais aspect, superficielles, desquelles s'écoule un liquide épais, verdàtre, et qui se convertit en croûtes dures et noirâtres, bientôt soulevées par un pus fétide et se détachant pour laisser à nu des surfaces blafardes, parfois hérissées de végétations fongueuses. A ces ulcères font suite des cicatrices indélébiles. On note simultanément l'augmentation de volume des ganglions lymphatiques, la chute des poils, une altération des ongles qui sont jaunes, cassants, amincis, déformés et comme soulevés à leur extrémité par une production épidermique abondante. — Dans un cas existait de l'acné éléphantiasique des aisselles (Bazin).

Le mycosis fongoïde présente une marche habituellement continue, mais quelquefois intermittente, et dont l'intermittence est en rapport avec les saisons ; mais cette maladie finit toujours par déterminer du marasme, la fièvre hectique et en définitive la mort.

Anatomie pathologique. — Les tumeurs sont constituées, d'après Ranvier, par du tissu adénoïde ne différant pas de celui que l'on observe dans la leucocythémie et l'adénie. — Les ganglions ont la même structure que dans l'adénie, et on note dans les tumeurs de gros vaisseaux capillaires variqueux, tortueux, à parois épaissies ; le foie est adipeux. — M. X. Gillot, dont j'engage à lire la remarquable thèse sur le mycosis, admet une identité entre le mycosis, la leucinie et l'adénie. — Pour nous le mycosis est une diathèse caractérisée par un tissu spécial.

Traitement. — M. Bazin conseille d'ordonner les toniques, et ensuite le deutochlorure de mercure, aux mêmes doses et de la même façon que dans le traitement de la syphilis, de panser les ulcères avec une solution de coaltar saponiné, ou de saupoudrer les surfaces malades avec des poudres excitantes telles que celles de quinquina.

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