DES
La maladie est un état accidentel et anormal de l'homme, qui produit et développe un ensemble de désordres fonctionnels et organiques, isolés ou réunis, simultanés ou successifs.
La scrofule, la syphilis, etc., sont des maladies, puisque ce sont des états anormaux de l'homme, sous l'influence desquels naissent successivement et évoluent des affections de la peau, des ganglions lymphatiques, des os et des viscères.
La maladie est produite par la combinaison de l'action des causes extérieures à l'organisme, et des prédispositions individuelles. Elle ne nait pas sous l'influence d'une même cause chez tous les individus. — Que de personnes prennent du copahu, qui ne présentent pas de roséole copahique ! Si des acares existent chez un individu qui n'a pas d'aptitude morbide, on observera des sillons, mais nulle trace d'éruption cutanée , et dans ce cas il n'y aura pas de maladie parasitaire, mais seulement une lésion. — Une substance irritante, appliquée sur la peau de plusieurs personnes, déterminera chez celle-ci une éruption locale, éphémère , disparaissant dès que la cause est éloignée, et chez celle-là, au contraire, une éruption arthritique ou herpétique , l'agent irritant ayant éveillé la prédisposition de l'arthiitis, ou à l'herpétis que présentait le malade. Il faut donc, en outre d'une cause provocante, une aptitude spéciale pour qu'une maladie survienne.
Nous admettons, avec M. Bazin, des maladies de cause interne et des maladies de cause externe.
Les premières, c'est-à-dire les lièvres, les phlegmasies, les maladies constitutionnelles ou diatliésiques, etc., naissent sous l'influence de causes dont l'action intime nous échappe (syphilis produite par le virus syphilitique), ou apparaissent sans que nous puissions déterminer leur étiologie.
Les secondes sont dues à l'action d'agents physiques, à l'existence de parasites, ou à l'ingestion de substances toxiques.
Sous l'influence des maladies se développent des affections. --Ce sont des états morbides d'un ou de plusieurs organes caractérisés par un simple trouble fonctionnel , ou par une lésion, et les désordres qui en résultent, états morbides, sul)issant une évolution spéciale.
L'eczéma est une aS'ection, puisqu'il est constitué par de la rougeur de la peau au début, des vésicules à sa période d'état, des squames à son déclin, en un mot, par une lésion cutanée dont l'évolution est spéciale.
La maladie étant un état de l'homme , et non des organes, il n'y a iias de maladies de la peau; mais l'affection étant un état morbide des organes, il y a des aflections de la peau.
Les aflections cutanées naissent sous l'influence de l'action d'agents physiques , de parasites, etc. : ce sont des alîections de cause externe ; ou constituent des manifestations d'un état anormal d'une maladie : ce sont des aflections de cause interne.
Il existe des affections qui n'apparaissent que sous l'influence d'une seule maladie : et la caractérisent ; telles sont l'acné varioliforme, la plaque muqueuse, déterminées uniquement par la scrofide ou la syphihs : ce sont des affections propres.
Il en est d'autres, au conti'aire, qui traduisent plusiem's maladies : l'cczcma, par exemple, peut être la manifestation de l'herpétis, de l'arthritis, de la scrofule, etc.; c'est une affection (jcnérique. Toute atlection générique a des espèces (I).
(I) Un genre, en piilliologie, osl. une allection qui présenle des caractJres spéciaux, le séparant dos b'enres voisins; l'espèce est l'affection qui, présen-
Enfin, les éruptions cutanées se divisent en affections en voie d'évolution (eczéma, lichen) et en affections arrêtées dans leur évolution (difformités congénitales ou acquises).
On désigne sous le nom de symptôme un troidile fonctionnel des organes, ou un changement perceptible aux sens dans les qualités physiques de l'organe, ou des matières excrétées.
Nous pouvons donc admettre trois classes de symptômes :
1" Ceux qui sont caractérisés par un trouble fonctionnel ;
20 Ceux qui consistent dans une modification des qualités physi(iues des organes;
3" Ceux qui sont constitués par des modifications des matières excrémentitielles.
Le symptôme étant locaUsé , il y a une symptomatologie cutanée.
On appelle lésion toute altération matérielle des organes ; or la structure de la peau pouvant être lésée, il y a une anatomie pathologique de la peau.
En définitive , il existe des symptômes , des lésions et des affections de la peau, et l'affection cutanée est constituée par une lésion de la peau et les désordres fonctionnels qu'elle entraine ; eUe est l'eûet , la manifestation d'une maladie ; aussi, le médecin, en sa présence, doit-il établir le triple diagnostic suivant, seule base d'une saine thérapeutique :
Quelle est la lésion élémentaire de la peau (vésicule, papule, pustule, etc.) qui caractérise l'affection ?
L'affection est-elle une affection propre ou générique ?
S'il s'agit d'une affection générique , quelle est l'espèce que le malade présente? S'il s'agit, par exemple, d'un eczéma, est-ce un eczéma herpétique, arthritique, scrofuleux ou syphilitique ?
S'il s'agit d'une affection propre, le diagnostic de l'affection
tant les caractères du genre, possède certains caractères (jui la ililTéroncient des autres espèces. — L'eczéma est un genre, une affection générique, puisqu'il a (les caractères qui le séparent de l'érytlième, de l'acné, etc. ; et l'eczéma scrofuleux est une espèce, puisque, outre le caractères du getu-e, il en offre (le particuliers qui le séparent de l'eczéma dartreux, scrofuleux, etc.
4 CONSIDÉRATIO-NS GÉNÉRALES.
entraîne celui de la maladie. Dire que l'affection est une plaque muqueuse, n'est-ce pas diagnostiquer la syphilis?
Bes maladies qui déterminent des affections cutanées.
Il existe, avons -nous dit, des affections de cause externe et des affections de cause interne.
Causes des affections d'origine externe. — Les affections de cause externe se divisent en affections mécaniques et en affections provoquées ou artificielles.
Les affections mécaniques sont dues à des agents dont l'action est instantanée et détermine une lésion immédiate. — Telles sont les affections produites par des instruments piquants, tranchants ou contondants, des morsures, etc. L'effet suit alors immédiatement la cause.
Les affections provoquées se suhdivisent en affections provoquées directes et en affections pathogénétiques.
Les premières sont le résultat de l'action sur la peau de substances irritantes, de parasites, etc. — Les secondes sont des affections qui naissent après l'absorption de principes morbifiques, du copahu, de l'alcool, des moules....
Les affections provoquées , directes ou pathogénétiques , n'apparaissent qu'un temps variable après l'application de la substance irritante, après l'existence du parasite, ou l'absorption de la substance nuisible; il semble qu'il est nécessaire qu'une élaboration, une réaction vitale survienne après l'impression causée par l'agent morbide, pour qu'une affection naisse.
L'état anormal de l'organisme, né sous l'influence des causes précédentes, et en vertu duquel apparaissent les aftections provoquées, directes ou pathogénéti(jues, est la maladie de cause externe.
Les aftections pathogénéti(pies se rapprochent des aftections provoquées directes }ku' leur mode de production: les unes et les autres, en eftet, sont (hios à un ;igent extérieur à l'organisme , et agissant sur lui. Mai^ les aftections provoiiuées di-
CONSIDÉRATIONS gÉnÉRALKS.
rectes sont le résultat de l'application immédiate d'un agent spécial sur les téguments, tandis que les ailections pathogénc'tiques ne surviennent que secondairement à l'absorption d'une substance spéciale, à sa présence dans le sang.
Les affections pathogénétiques se rapprochent aussi des affections pathologiques, ou de cause interne ; les unes et les autres sont précédées d'une impression de l'organisme, et cette impression est suivie d'une réaction qui, dans les affections pathogénétiques , se traduit par une éruption variable, suivant la substance ingérée ; mais ces dernières sont consécutives à l'absorption d'un poison morbide , tandis que les premières sont le résultat d'une impression spontanée, héréditaire, innée ou acquise, dont la cause nous échappe souvent, dont les manifestations lentes à se développer sont lentes à disparaitre, et résistent souvent à nos moyens thérapeutiques. Les affections provoquées ou pathogénétiques ne naissent pas d'ailleurs fatalement sous l'influence de l'action d'une substance irritante , de l'existence d'un parasite, ou de l'absorption d'un poison morbide ! Il faut que les causes précédentes trouvent une aptitude morbide de l'organisme.
Causes des affections d'origine interne. — Les affections de cause interne naissent sous l'influence des pyrexies, des pseudoexanthèmes, des phlegmasies, des maladies liémorrhagiques, constitutionnelles, diathésiques, cachectiques.
Pyrexies. — Les fièvres sont des maladies aiguës, fébriles, contagieuses, épidémiques, dont l'évolution est régulière, la durée fixe, et qui confèrent l'immunité aux personnes qui en sont atteintes. Elles sont exanthématiques ou non.
Les fièvres exanthématiques sont caractérisées par une éruption occupant toute la surface du tégument externe, et une partie du tégument interne (variole, rougeole, scarlatine).
Certaines fièvres non exanthématiques présentent aussi des éruptions dans leur cours, mais hmitées en général à une partie du corps, et n'offrant pas la marche régulière des érup-
tions cxantliômutiques (fièvre typhoïde, synoque, etc.). — Les fièvres et les éruptions qu'elles produisent étant bien décrites dans les traités de pathologie interne, nous ne leur consacrerons aucun chapitre.
Pseudo-exanthèmes. — On désigne sous ce nom des maladies aiguës, ordinairement fébriles, non contagieuses, épidémiques, caractérisées par une éruption à marche réguUère, et se terminant toujo\irs par résolution dans l'espace de trois à cinq semaines.
Les pseudo-exanthèmes diffèrent des fièvres exanthématiques par les caractères suivants : leur période prodromique n'est pas constituée par des symptômes aussi caractéristiques, et n'a pas une durée aussi fixe ; leur marche ne peut être comparée, au point de vue de la régiûarité, à celle des pyrexies qui évoluent en un espace de temps précis , tandis que les pseudo-exanthèmes parcourent leurs périodes en un espace de temps qui varie de trois à six semaines ; ils ne sont pas contagieux. Enfin, s'ils constituent souvent une entité morbide, ils peuvent être aussi des manifestations d'une autre maladie, de l'arthritis ou de l'herpétis, et présenter alors des caractères spéciaux.
Il existe donc des pseudo-exanthèmes idiopathiques, des pseudo-exanthèmes arthritiques , et des pseudo-exanthèmes herpétiques.
Dans la première édition de ses Leçons sur l'arthritis, l'herpétis, M. Bazin avait l'attaché à l'arthritis : l'érytliôme noueux, l'urticaire, le pityriasis rubra aigu , l'herpès phlyctenodes, le zona, le pemphigus; et à l'herpétis : la roséole, l'urticaire fébrile, le pityriasis rubra aigu, l'eczéma rubrum généralisé, l'herpès, le zona, le pemphygus aigu.
Dans sa deuxième édition, il décrit au nombre des pseudoexanthèmes itliopathiquos l'urticaire aigu, l'herpès phlj'ctenodes aigu, le pityriasis rubra aigu , le pemphigus aigu, le zona, et rattaclie soulemcnt à l'arthritis : l'érythèmc noueux, l'érythème papulo-tuberculoux , l'urticaire hémorrhagique.
l'herpès circiné, l'iiydroa vésiciilcux, le pityriasis rubra aigu, et à l'herpétis, la roséole et l'eczéma rubrum généralisé.
M. Bazin a donc rejeté de l'arthritis et de l'herpétis l'urticaire, l'herpès phlyctenodes, le zona et le pemphigus aigu, et de l'herpétis seul le pityriasis rubra aigu.
Toutefois, dans bien des cas, selon M. Bazin, les affections précédentes posséderaient des caractères militant en faveur de leur origine arthritique ou herpétique ; mais ces caractères diflerentiels n'étant pas toujours nettement tranchés , ces pseudo-exanthèmes disparaissant spontanément, et ne réclamant, partant, aucun traitement, au point de vue pratique la distinction en plusieurs espèces n'a pas d'utilité réelle, et le médecin de l'hôpital Saint-Louis a préféré, pour la simplicité de l'étude, les considérer comme étant toujours des pseudoexanthcmes idiopathiques,
Phlegmasies. — Une phlegmasie , l'érysipèle, donne naissance à une éruption cutanée, si tant est que l'érysipèle puisse être considéré comme une phlegmasie et non comme une fièvre, une pyrexie,
Hémorrhagies. — Une maladie hémorrhagique produit une éruption cai-actérisée par des taches sanguines dues à l'extravasation du sang dans le tissu cellulaire ; c'est le purpura.
Maladies constitutionnelles. — On appelle de ce nom une maladie constitutionnelle, héréditaire, aiguë ou chronique, pyrétique ou apyrétique, continue ou intermittente, ordinairement à longues périodes, contagieuse ou non, et caractérisée par l'existence de lésions de nature variée et occupant indistinctement les divers systèmes organiques.
Quatre maladies constitutionnelles déterminent des affections de la peau, ce sont : la scrofule, la syphiUs, l'arthritis, l'herpétis. Ces maladies présentent des symptômes particuliers et des symptômes communs.
Les manifestations particulières, spéciales des maladies constitutionnelles sont très-nombreuses, différentes suivant cha-
(juo maladie, et se succèdent, (îii gV'm'ral, dans un ordre régulier; aussi peut-on admettre pour chacune de ces maladies quatre périodes.
Ces manifestations procèdent de la peau vers les muqueuses, de la périphérie au centre, de sorte que l'on observe des éruptions cutanées, des affections osseuses et enfin des affections viscérales. Les affections d'une période ne réapparaissent jamais dans la période suivante et sont :
Spéciales ou propres, c'est-à-dire n'appartenant qu'à une maladie et suffisant à la caractériser ;
Génériques, c'est-à-dire communes à plusieurs maladies, mais offrant alors des caractères objectifs variables avec la maladie qui leur a donné naissance;
Accidentelles, c'est-à-dire ne recevant de la maladie constitutionnelle aucun cachet spécial et pouvant survenir à toutes les périodes (verrues; polypes muqueux pour la scrofule, végétations , vitiligo , pour la syphilis ; liémorrhagie de la peau et des muqueuses pour l'arthritis ; hydropisies pour la dartre) .
Relativement aux symptômes communs, on peut admettre deux époques.
Dans la première, dite de périodicité, les manifestations, légères en général, sont intermittentes, séparées les unes des autres par des intervalles variables, apparaissent et disparaissent suivant leur ordre de succession, et alternent quelquefois avec des affections d'un autre système (balancement des affections cutanées et muqueuses herpétiques).
Dans la seconde, ou de continuité, les affections prennent droit de domicile, deviennent permanentes, et survient une cachexie à laquelle concourent les lésions d'un plus ou moins grand nombre d'organes, et qui conduit les malades à la mort.
La marche est, en général, très-lente et ce n'est que dans quelques cas très-rares que les maladies constitutionnelles présentent une marche aiguë.
CONSinÉRATIONS GÉNÉRALES. 9
La g'uéi'ison tle ces maladies peut cependaiU avoir lieu, mais après uu temps assez loug, et la certitude de cette guérisou ne peut exister (jue si la maladie a parcouru ses quatre périodes.
Les maladies constitutionnelles présentent des formes diverses : une forme bénigne et une forme maligne dans lesquelles les affections présentent une faible ou une forte intensité; une forme fixe caractérisée par la localisation de la maladie sur un système de l'économie, le système osseux, par exemple, dans la scrofule fixe ; une forme commune dans laquelle les affections se succèdent dans un ordre régulier.
Dans la production des maladies constitutionnelles, comme dans celle de toutes les maladies, il faut admettre une prédisposition, ou cause interne, et une cause provocatrice.
La scrofule et la syphilis héréditaire débutent ordinairement dans l'enfance ; la dartre et l'arthritis apparaissent dans l'adolescence, l'âge mùr ou la vieillesse.
L'herpétis est plus commune chez les femmes et l'arthritis chez les hommes.
Tous les tempéraments sont sujets aux maladies constitutionnelles et n'influent que sur la forme des manifestations.
Toutes les maladies constitutionnelles sont essentiellement héréditaires; la syphihs seule est contagieuse et inoculable.
Les causes physiques ou morales, telles que le froid, les
émotions, les chutes, les coups, les parasites ne donnent
pas naissance aux maladies constitutionnelles, mais éveillent la prédisposition jusque-là latente. Ainsi agit le froid pour l'arthritis, l'émotion morale pour la dartre, la chute pour la sci'ofule. Ce sont des causes provocatrices incapables par ellesmêmes de produire une maladie constitutionnelle, mais déterminant son apparition lorsqu'elles agissent sur des individus prédisposés.
En outre, ces causes provocatrices peuvent amener une forme spéciale de la maladie; si un enfant prédisposé à la scrofule, né de parents scrofuleux, fait une chute sur le genou, il pourra être affecté de tumeur blanche scrofuleuse, sans avoir
éprouvé aucun des accidents des deux premières périodes. Il sera alors afFecté de la forme fixe primitive de la scrofule.
Si un enfant contracte la syphilis ou la scrofule dans le sein de sa mère, il pourra présenter des aflcctions viscérales dès sa naissance ou un peu plus tard.
Après ces considérations sur les maladies constitutionnelles, nous devons indiquer les caractères spéciaux de chacune d'elles. ,
Arthritis. — L'arthritis est une maladie constitutionnelle, non contagieuse, caractérisée par des manifestations variées sur divers systèmes organiques, et spécialement par des affections de la peau, des manifestations articulaires et la production d'un produit morbide particulier, le tophus.
M. Bazin admet que le rhumatisme et la goutte sont des dépendances de l'arthritis , sont deux branches émanées d'un même tronc; l'obsei'vation apprend, toutefois, qu'il y a des éruptions cutanées spécialement rhumatismales ( arthritides passagères), et d'autres spécialement goutteuses (arthritides fixes, irréguliôres et malignes) : on pourrait donc au point de vue de la pathologie cutanée admettre des arthritides rhumatismales et des arthritides goutteuses, mais la distinction entre ces éruptions est souvent difficile à établir et ne conduit à aucun traitement particuHer, aussi M. Bazin la rejette-t-il.
L'arthritis présente des prodromes et quatre périodes :
L'arthritique est sanguin ou lymphatique sanguin, offre un système musculaire développé, une tendance à l'embonpoint, un faciès coloré, une transpiration facile, surtout aux extrémités, une chute prématurée des cheveux, un appétit modéré, de la constipation, des urines rouges et briquetées, de la tendance aux congestions encéphaliques et aux homorrhagies.
Dans la première période do l'arthritis, on observe des éruptions légères et passagères de la peau, des érythèmes, de l'hydroa, des inflammations catarrhales des muqueuses pituitairc, oculaire, pharyngée, bronchique... de la dyspepsie, des
accès de fièvre éphémère ou rhumatismale, des congestions céphaliques, etc.
Dans la deuxième période existent des affections propres ou spéciales à l'arthritis : le rhumatisme articulaire aigu ou la goutte aiguë, l'hydroa vacciniforme et de nombreuses affections génériques : myalgies, névralgies, éruptions cutanées (eczéma, acné, pityi'iasis, etc.).
Alors s'observe la loi de l'alternance entre les affections cutanées, les affections articulaires ou les affections des muqueuses, et, en général, plus le système articulau'e est affecté et moins la peau est malade.
Dans la troisième période les affections cutanées disparaissent, les affections articulaires deviennent fixes et permanentes et l'on observe des dépôts de substance topliacée, des altérations des os et des cartilages, des ankyloses.
La quatrième période est caractérisée par des affections viscérales (cancer de l'estomac, de l'intestin, du foie ; affections organiques du cœur ou de la moelle et de l'encéphale).
L'arthritis présente les quatre formes que nous avons signalées plus haut.
De l'herpétis ou de la dartre. — La dartre est une maladie constitutionnelle non contagieuse, non inoculable, se traduisant par des affections spéciales des membranes tégumentaires, des nerfs et des viscères, et dont les manifestations cutanées sont tenaces et récidivent fréquemment.
Le dartreux présente un tempérament bilieux et mélancolique, une sécheresse assez considérable de la peau, siège d'un prurit plus ou moins intense, de l'irascibilité, de la tentlance à la diarrhée ou à des alternatives de diarrhée et de constipation, une disposition aux névralgies, à la migraine, un appétit assez développé, et malgré cela nulle aptitude à l'embonpoint et à la production de la graisse.
Dans la première période de la dartre on observe des affections superficielles, mobiles de la peau et des muqueuses : des éruptions pscudo-exanthématiques , telles que la roséole et
12 CONSIDÉRATIONS OÉnÉRÂLER.
l'eczéma rnbnim , du coryza, île l'anfi^ine gramileuso, des bronchites, des leucorrhées ou blennorrhées.
Dans la deuxième période, la peau et les muqueuses sont encore le siège des manifestations de la dartre, mais alors ces manifestations sont tenaces, relielles, alternent les unes avec les autres et récidivent facilement. En outre, on observe des névralgies et des viscéralgies, des hydropisies.
La troisième période est caractérisée par des affections cutanées tendant à envahir la plus grande partie de la surface de la peau, à devenir fixes ou à faire place à des affections viscérales du foie, de l'estomac, du poumon...
Dans la quatrième période, la peau est en général affectée dans sa totalité, et le plus ordinairement existent simultanément des dégénérescences des organes internes; alors survient une cachexie profonde et bientôt une terminaison fatale.
De la scrofule. — La scrofule est une maladie constitutionnelle, le plus souvent héréditaire, non contagieuse, caractérisée par des affections variables de siège et de modalité pathogénique, mais présentant pour caractères la fixité et la tendance ulcéreuse, et pour sièges les systèmes tégumentaire, osseux et lymphatique.
Les personnes prédisposées à la scrofule présentent un habitus extérieur spécial.
Il existe, ainsi que l'a écrit M. Bazin, une exagération ou une diminution des forces organiques ; le scrofuleux offre une stature gigantesque ou une petite taille disproportionnée avec son âge ; un embonpoint extrême ou une maigreur considérable; un développement prématuré de l'inteUigence ou de l'idiotisme ; de l'irascibilité ou de la mansuétude ; de la boulimie ou de l'inappétence ; des désirs vénériens très-développés ou de la frigidité.
Tantôt le visage est coloré, l'œil vif, tantôt le visage est pâle, l'œil languissant.
Le gonflement de la lèvre supérieure constitue, non Tun des
traits de la constitution scrofuleuse, mais l'un des symptômes de la scrofule conflrmée.
Le tempérament lymphatique s'observe en général chez les scrofuleux, mais ne constitue pas une prédisposition à la scrofule.
La première période de cette maladie apparaît ordinairement entre la ^îremière et la deuxième dentition et est caractérisée par inie éruption sécrétante du cuir clievelu (eczéma et impétigo) ou par des éruptions sèches érythémateuscs ou papuleuses de la peau; en même temps ou ultérieurement apparaissent des catarrhes de la conjonctive, de la pituitaire, de la memlirane pharyngée , etc. , et comme effet consécutif ou comme manifestation directe de la scrofule, des adénites suppuratives qui déterminent des ulcérations spéciales, lentes à se guérir et laissant des cicatrices caractéristiques.
Dans la deuxième période on observe des scrofulides profondes, malignes, naissant après la disparition des éruptions bénignes de la première période ou étant le résultat de la transformation in situ des scrofulides bénignes en scrofulides malignes (scrofulides inflammatoires, fibro-plastiques, tuberculeuses).
La troisième période est caractérisée par des lésions du système osseux, et la quatrième par des lésions viscérales (périostites, ostéites, caries, tumeurs blanches, tuberculisation des viscères).
La scrofule estréguUère, incomplète, bénigne, maligne, fixe, ulcérative et enfin larvée.
De la syphilis. — La syphilis est une maladie constitutionnelle, contagieuse, inoculable, héréditaire, continue ou intermittente, d'une longue durée en général, se traduisant par des affections qui procèdent de la périphérie au centre, sont résolutives d'une part, ulcéreuses de l'autre, consistent principalement dans des altérations de ki substance conjonctiv e et dont l'une d'elles, la gomme, lui est spéciale.
La syphilis présente quatre périodes.
La première période comprend les accidents dits primitifs : beaucoup de sypliiliograplies modernes admettent que la syphilis ne débute que par un chancre particulier (infectant).
M. Bazin professe que dans la syphiUs régulière, normale, l'accident initial est un chancre induré ou une plaque muqueuse initiale ;
Que dans certains cas exceptionnels de syphilis irréguhère, l'accident primitif peut être le chancre mou ou la blennorrhagie ;
Que dans la syphihs héréditaire, les accide-nts qui se montrent les premiers sont des accidents secondâmes .
Deuxième période. — Les accidents secondaires sont souvent précédés de prodromes qui consistent en malaise généred, de la courbature, des accès fébriles intermittents et nocturnes, des vertiges, des éblouissements, de la céphalée nocturne, des douleurs rhumatoïdes, etc.
Ces prodromes manquent en général quand la syphilis est consécutive à un pseudo-chancre induré (plaque syphihtique initiale).
Ils sont suivis de lésions qui siègent sui" le tégument externe ou interne, le système lymphatique. Fuis et le testicule (syphilides cutanées, muqueuses, hypertrophie et induration des ganglions et des vaisseaux lymphatiques, iritis, albuginite).
Troisième période. — Les accidents tertiaires font suite immédiate aux accidents secondaires ou n'apparaissent qu'un certain temps après la cessation des accidents secondaires ; ils ne surviennent guère, en tout cas, avant le sixième mois, à dater de l'accident primitif, et les faits dans lesquels on a observé des exostoscs, avant la guérison de l'accident primitif, sont tout à fait exceptionnels.
La période tertiaire comprend des affections des os, du tissu cellulaire (gommes), des ganglions lymphatiques, des muscles, du sytème fibreux, les gommes de la langue et du testicule et la phthisie laryngée.
La quatrième période comprend les affections des viscères.
CONSIDÉRATIONS GENERALES. 15 Des diathèses. — On désigne, sous le nom de diathèscs, des maladies aiguës ou clu'oniques, pyrétiques ou non, continues ou intermittentes, le plus souvent continues, contagieuses ou non, caractérisées par la formation d'un seul produit morlîidc, qui peut avoir son siège indistinctement dans tous les systèmes organiques.
Les diathèses diffèrent des maladies constitutionnelles par les caractères suivants :
Une diathèse ne donne naissance qu'à un seul produit morbide, tandis qu'une maladie constitutionnelle en détermine plusieurs. La diathèse cancéreuse n'engendre que du cancer; sous l'iuQuence de la scrofide apparaissent des lésions inflammatoires, fdiro-plastiques, tuberculeuses.
Les maladies constitutionnelles présentent de longues intermissions et une marche régulière. Après avoir déterminé des affections passagères de l'enfance, la scrofule, par exemple, demeure latente pendant dix ou vingt ans ; ses périodes se succèdent dans un ordre constant, les lésions marchent de la périphérie au centre. Les diathèses, au contraire, ont une marche continue ou procèdent par pouss(ies. S'il existe <lcs intervalles de repos, ils sont courts et il est rare d'observer des intermissions de dix, quinze, vingt ans.
Les manifestations diathésiqnes occupent tantôt un organe, tantôt un autre, et ne peuvant être prévus à l'avance. — Elles ont indistinctement pour siège pi'imitif la peau, l'estomac, le tissu osseux, le cerveau. Au contraire, les manifestations des maladies constitutionnelles s'enchainent dans un ordre régulier qui ne varie jamais; aussi peut-on facilement admettre des pél'iodes, qui marquent les divers stades de la maladie au sein de l'organisme.
Dans les diathèses, les phénomènes morbides sont d'une extrême simplicité, tandis que, dans le cours des maladies constitutionnelles, ils revêtent les apparences les plus diverses et les plus opposées.
La durée, des diathèses est moins longue, d'une manière
générale, que celle des maladies constitutionnelles et leur gravité est plus grande (1).
Les diatlièses sont aiguës ou chroniques. Aiguës, elles sont, en général, acquises et caractérisées par des lésions inflammatoires. Elles déterminent de la fièvre, de la prostration et la mort après un espace de temps très-court. Quelquefois, elles sont subaiguës et intermédiaires aux diathèses aiguës et chroniques; tels sont le farcin et la morve chronique.
Les diathèses chroniques présentent une première période, dans laquelle on ne constate qu'une ou plusieurs manifestations locales et aucun phénomène général ; et une Seconde période, caractérisée par de la fièvre ou'par le trouble de tous les actes organiques et fonctionnels (fièvre hectique et cachexie).
Les diathèses apparaissent sous l'influence de fhérédité, quelquefois sous celle de la contagion (morve), et souvent sous des influences qui nous échappent.
Les causes physiques auxquelles on attribue tant d'importance, au point de vue de l'étiologie, n'ont qu'un seul résultat : la localisation de la maladie sur tel ou tel point, ou l'éveil de la prédisposition diathésique jusque-là latente.
M. Bazin admet trois classes de diathèses :
Les diathèses inflammatoires (pm'ulente, gangréneuse, pseudo-membraneuse) ;
Eloméomorphes (hémorrhagique, séreuse, albumineuse, calcaire, saccharique, graisseuse, fibro-cartilagineuse) ;
Hétéromorphes (fibro-plastique, tuberculeuse, fongoïdique, épithéliale, cancéreuse).
Un certain nombre de ces diathèses se traduit par des manifestations cutanées que nous étudierons ultérieurement.
Maladies cachecticjues. — M. Bazin a admis un groupe de maladies cachectiques, qui sont le pemphigus chronique, le scorbut, le rachitis, la maladie d'Addison, etc. — A ces maladies correspondent des éruptions : le pemphigus, le purpura.
(I) Voyez, pour plus de drliiils ; Larons mv les afjcdions urli/icic/h's de la peau, par M. Bazin.
CONSlDÉRATIOiNS GÉNÉRALES. 17
Voici, d'ailleurs, un tableau qui donne une idée nette des maladies sous l'influence desquelles naissent les affections de la peau :