DU LICHEN
la surface des téguments, des boutons pleins, c'est-à-dire ne contenant pas de liquide à leur intérieur, acuminés, ne dépassant pas la grosseur d'un grain de millet, présentant la coloration normale de la peau ou, au contraire, une couleur rosée ou rouge, discrets et disséminés sur de larges surfaces, ou réunis et groupés les uns à côté des autres, de manière à constituer des plaques nettement limitées et séparées par des intervalles de peau saine.
Si l'affection ofï're une marche aiguë, l'éruption se fait simultanément sur tous les points du corps, et en moins d'un septénaire les papules perdent leur coloration rouge, s'affaissent et se terminent par une desquamation furfuracée ; si, au contraire, le lichen revêt la forme chronique, l'éruption est lente et les papules, d'abord limitées à une seule région, envahissent successivement les autres parties du corps, à moins que, par suite de leur nature, elles n'aient pas de tendance à occuper toute la surface des téguments.
Lorsque le lichen a acquis son entier dévelopement, et lorsque le malade ne s'est pas soumis à un traitement rationnel, on ne constate plus seulement l'existence des papules que je vous ai décrites il y a un instant, mais encore celle de plusieurs phénomènes caractéristiques : c'est - à - dire , d'une sécheresse particulière de la peau, d'un épaississement marqué de cette membrane , d'une exagération remarquable des rides qu'elle présente à l'état normal , d'un état granuleux de sa surface qui la fait ressembler à une peau de chagrin, et enfin si l'affection occupe des parties mobiles, telles que le creux poplité, le pU du coude, la paume des mains, de crevasses et de rhagades qui intéressent profondément le derme.
Le lichen est accompagné d'un prurit dont l'intensité, en général augmentée par la chaleur du lit, l'usage des boissons ou de tout autre excitant, varie surtout avec la nature de l'affection : nul , en effet , dans le lichen syphilitique , modéré dans le lichen aigu et dans le hchen scrofuleux, il est très-prononcé, quelquefois même intolérable, dans le Ucheu lierpétique.
LICIIEX. 109
Sous l'intlucnce des démangeaisons que le malade éprouve et des frictions répétées qu'il l'ait pour les calmer, apparaissent au sommet des papules irritées et excoriées des vésicules ou de petites croûtes squameuses, adhérentes dans un seul point, libres dans le reste de leur étendue, en sorte que l'on a sous les yeux un aspect qui simule assez bien celui des lichens qui recouvrent le tronc des vieux arbres; ces croûtes laissent, en se détachant, des excoriations qui sont le siège, pendant un certain temps, d'un léger suintement séreux ; aussi confond-on assez souvent avec l'eczéma, le lichen parvenu à ce degré d'intensité.
On désigne sous le nom de lichen agrius la variété de lichen dont les papules sont excoriées et recouvertes de croûtes.
Marche, durée, terminaison. — Si le lichen revêt la forme aigué, il disparait en général, avons-nous dit, après une assez courte durée; il peut cependant se prolonger pendant plusieurs septénaires à cause de la production d'éruptions successives, et dans des circonstances exceptionnelles, il passe à l'état chronique. Le lichen de la dentition peut persister au delà de sa durée habituelle, revêtir tous les caractères du lichen scrofuleux et ne plus céder qu'à un traitement antiserofuleux. L'afl'ection cutanée accidentelle a constitué dans ce cas une épine qui a provoqué l'éveil de la scrofule, maladie constitutionnelle jusqu'alors latente, et dont l'apparition a modifié les caractères de l'atrection cutanée préexistante et en a prolongé la durée.
Le lichen chronique, au contraire, constitue une affection tenace et rebelle : il présente de temps en temps des améliorations qui donnent l'espérance d'une terminaison prochaine; mais l'apparition d'une nouvelle poussée ne tarde par à détruire nos illusions : aussi est-il impossible de fixer la durée de cette affection. D'ailleurs sa persistance est en rapport avec la cause qui lui a donné naissance: le lichen scrofuleux disparait en i^i'iKTal à l'âge de la puberti-, tandis que le lichen herpétiipie tend d'autant plus à s'invétérer que le malade avance
iiO AFFECTIONS GÉNÉRTQUES.
davantage en âge, et tandis que le lichen artliritique ne s'efface définitivement qu'au moment où surviennent des manifestations d'une période plus avancée de la maladie.
Le lichen peut se transformer sur place en une autre affection : c'est ainsi que le hchen agrius se transforme in situ en mélitagre et le lichen squanieux en psoriasis ; c'est ainsi que les papules dégénèrent et se convertissent en tubercules; quelquefois aussi subsistent consécutivement à la présence du lichen des taches brunes, noires, hyperchromateuses, qui ne disparaissent que lentement.
Siège anatomique. — M. Cazeuave a placé le siège du Uchen dans la papille nerveuse, et a considéré cette affection comme une névrose. Aux yeux de ce dermatologiste, le lichen constitue ime affection nerveuse des papilles tactiles et la papule du lichen une papille pathologique.
Des objections sérieuses ont été adressées à M. Cazenave, relativement à cette manière de voir : ou lui a fait remarquer que le lichen n'apparaissait jamais dans la paume des mains et au niveau des doigts, c'est-à-dire sur les parties du corps où existent le plus grand nombre de papilles ;
Que jamais les papilles du lichen n'affectaient la forme des papilles physiologiques ;
Que dans le hchen pilaris, l'affection avait bien réellement son siège sur la papille pileuse et non sur la papille tactile,
M. Hardy a émis une liy[)othèse nouvelle, et a placé le siège du Hchen dans le corps muqueux de Malpighi.
M. Bazin pense que cette affection a son siège dans la papille chargée de la sécrétion épidermique, et se fonde principalement pour émettre cette assertion sur le fait de la sécrétion épidermique, abondante, dont est accompagné le Uchen de la face externe des membres.
Les Allemands admettent que les ]iapillcs du lichen sont ducs à un exsudât inliltré dans l'épaisseur du derme et déterminant un gonllemeut circonscrit de cette membrane.
Diagnostic. — Le lichen peut être confondu avec le prurigo et le diagnostic est souvent diflicile à étabhr; toutefois les
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papules du prurigo sont en général plus volumintuiscs que celles du lichen, recouvertes de croûtes noirâtres, disséminées à la surface du corps et non groupées, agglomérées et confondues, et on constate rarement l'hypertrophie du derme, l'état rugueux et l'exagération des plis de la peau si souvent observés dans le cours du lichen.
Ces caractères distinctifs ne sont toutefois pas absolus ; si, par exemple, le malade ahecté de hchen se gratte, on pourra constater l'existence; de gouttelettes sanguines au sommet des papules; d'autre part, dans le lichen aigu les papules sont disséminées et dans le hchen scrofuleux les papules sont plus volumineuses que dans le prurigo herpétique; c'est à cause de cette difhculté de différencier les deux genres qu'Ahbert avait pensé pouvoir les réunir en un seul.
L'eczéma, envisagé à l'une ou à. l'autre de ses trois périodes, *peut être considéré comme un lichen; toutefois le diagnostic est, en général, facile :
L'eczéma, à sa première période, est caractérisé par des vésicules, tandis que le lichen est constitué par des saillies pleines et solides.
A sa deuxième période, l'eczéma ne peut être confondu qu'avec un lichen dont les papules sont excoriées et donnent naissance à un suintement : mais dans l'eczéma le liquide exhalé est abondant, se concrète et forme de larges squames, i tandis qu'il est peu considérable dans le lichen et que l'on constate seulement des croùtélles fragmentées, adhérentes et individueUes pour chaque papule.
A la troisième période de l'eczéma et au déclin du lichen existent des squames ; mais, tandis que dans le lichen la peau est hypertrophiée et présente une exagération de ses plis, dans l'eczéma elle est amincie.
L'ichthyose, affection congénitale et arrêtée dans son évolution, le psoriasis, caractérisé par des plaques saillantes auilessus dos parties envh'onnantcs , recouvertes de squames nacrées, argentées, ne peuvent être confondus avec le lichen par un œil exercé.
112 AFFECTIONS gÉiNÉRIQUES.
L'herpès circiné n'offre d'analogie qu'avec le lichen circonscrit; mais, tandis que l'herpès o.ftre une l'orme réguhère et présente des vésicules à sa circonférence, le lichen est caractérisé par des papules occupant le centre et la circonférence de la plaque et devient le siège d'une desquamation farineuse quand le centre s'affaisse et marche vers la guérison; enfin la plaque herpétique s'étend par suite de l'apparition de vésicules et non de pustules.
Pronosiic. — Envisagé comme affection générique, le hchen présente une certaine gravité parce qu'il est tenace, résiste aux agents thérapeutiques que nous employons, s'accompagne quelquefois {lichen herpétique) d'un prurit atroce qui fait le désespoir du malade et du médecin.
La gravité varie d'ailleurs avec la nature de l'affection : le lichen de cause externe disparaît avec la cessation de la cause et n'est pas sérieux ; le lichen syphilitique cède rapidement à un traitement spécifique et n'a d'importance, au point de vue pronostique, qu'en dévoilant l'existence de la syphihs. Les lichens scrof'uleux et arthritique cèdent aussi facilement aux moyens thérapeutiques mis en usage et ne comportent pas un pronostic aussi grave que le lichen herpétique, si souvent rel^elle, et occasionnant un prurit atroce.
Eiiologie. — Il existe un lichen de cause externe et un lichen de cause interne.
Le lichen de cause externe est dû à l'action de substances irritantes, telles que la pommade àl'ipécacuanha, etc., à là présence de parasites — L. parasitaire. — Ainsi on observe quelquefois sur le dos delà main ou du poignet des plaques de lichen circonscrit qui constituent une manifestation de la teigne tonsurante, du trichophyton ; d'autre part, la gale détermine ordinairement une éruption papuleuse, et enfin M. Gibert a décrit un lichen qui s'observe chez les citadins qui vont à la fin lie l'été à la campagne, dans des lieux boisés où se trouvent de petits acares végétaux qui s'implantent sur la peau de l'homme et y meurent après avoir déterminé des démangeaisons, suivies biLMitol de l'apparition de petites papules.