C. Filaments tubuleux
Diagnostic. — Le diagnostic du favus n'est pas aussi simple et facile qu'on pourrait le croire, il existe un grand nombre
de cas où le médecin le plus exercé hésite et a besoin d'un examen approfondi et multiplié.
Résumons donc les caractères propres du favus et indiquons les caractères différentiels qu'il présente avec d'autres affections pouvant le simuler.
r Caractères du favus. — Lorsque le favus est caractérisé par des croûtes sèches, adhérentes, d'une couleur jaune-paille, d'une odeur de souris ou de marécage, d'une cassure pulvérulente, lorsque, d'autre part, les cheveux sont ternes, comme flétris, secs, d'un gris cendré et tranchent par leur couleur sur les cheveux environnants ; sont tortillés, bifurqués, lanugineux ; que la plus petite traction suffit pour les enlever, et que l'on constate l'absence de la capsule, alors il est difficile de méconnaitre cette affection.
Quand les croûtes sont tombées ou ont été enlevées, il existe encore des signes capables de faire reconnaître le favus. Alors on trouve à la place qu'occupaient les croûtes, des surfaces rouges, déprimées, circonscrites, au niveau desquelles il semble que le derme soit à nu, mais qui sont recouvertes d'une mince lamelle épithéliale. Les rougeui's s'éteignent peu à peu, les dépressions s'effacent, et l'aspect cicatriciel se prononce de plus en plus. Cependant, si les papilles pileuses ne sont pas complètement détruites, d'autres cheveux paraissent, et de nouvelles croûtes se forment.
Le diagnostic est quelquefois difficile, parce que les parents avant d'amener l'enfant malade au médecin, ont nettoyé toute la tête, enlevé toutes les croûtes, de sorte qu'il ne reste aucune trace de l'éruption ; ou, au contraire, parce que l'on a fait usage de substances irritantes qui ont déterminé des éruptions artificielles impétigineuses, dont la combinaison avec l'éruption faveuse la masquent plus ou moins complètement.
Dans les deux cas, il faut attendre, avant de se prononcer et recommander aux parents de s'abstenir de tous soins et de tous topiques pendant huit ou quinze jours, et après ce laps de temps, de ramener leurs enfants. On pourrait toutefois pratiquer l'avulsion de quelques poils^ et recourir au microscope
s'il était nc'iccssnirc de porter sans retard un jugement.
II faut aussi avoir soin de reclierclier s'il n'existe pas deux espèces de teignes.
2° Diagnostic différentiel. — Le favus peut être confondu avec •certaines alfections constitutionnelles, désignées sous le nom de pseudo -teignes à cause de leurs analogies avec les teignes véritables.
Ces pseudo-teignes sont humides, squameuses ou sébacées. Les pseudo-teignes humides répondent aux scrofulides bénignes exsudatives(ou première période de la scrof ule)et comprennent l'eczéma, l'eczéma impétigineux et l'impétigo ; mais, dans ces diverses éruptions, les croûtes sont plus humides, brunâtres ou offrent une couleur analogue à celle de lamarmelade d'abricots un peu cuite, ont un aspect luisant comme si elles étaient recouvertes d'une couche de vernis. Simultanément existe un suintement eczémateux derrière le pavillon de l'oreille. Enfin les cheveux sont collés les uns aux autres, n'offrent aucune altération, résistent à la traction de la pince, et (juand ils cèdent ne présentent pas de boutons plus volumineux que celui des cheveux normaux.
Si les croûtes sont tombées, la distinction est encore facile entre les pseudo-teignes et la teigne véritable.
A ce momeni, il est vrai, les deux aflcctions sont caractérisées par de la rougeur seulement; mais cette rougeur est superficielle, diffuse, occupe des surfaces plus ou moins iri'égulières et plus ou moins étendues dans la pseudo-teigne ; dans le favus, au contrake, la rougeur est plus foncée, les surfaces sont nettement limitées, de forme ordinairement ovalaire, trèssensiblement déprimées et recouvertes d'une lamelle épidermique très-mince et transparente, qui laisse apercevoir les vaisseaux du derme injectés.
Les pseudo-teignes squameuses ou furfuracées comprennent le psoriasis et quelquefois le pityriasis, ou le pseudo-pityriasis du cuir chevelu. On ne peut guère les confondre qu'avec le favus en cercle {porrigo scutulata). Mais dans les pseudo-teignes, les croiites sont moins épaisses et par conséquent moins sail-
lantos; elles ont une couleur plus blanclie, un aspect pluslamelleux, une forme moins régulièrement circulaire ; elles adhèrent moins à la peau et aux cheveux, et par ce caractère se distinguent très-nettement des gaines gommées dont nous voyons si souvent les poils entourés dans le favus en écu.* Dans la plupart des cas, l'éruption constitutionnelle n'est pas bornée au cuir chevelu. Enfin les cheveux ne paraissent point altérés, et la calvitie n'est pas autant à craindre que dans le favus scutiforme.
Quant à la pseudo-teigne sébabéc, elle est plus difficile à distinguer de la teigne faveuse que les affections précédentes. L'alopécie est un caractère commun à l'affection parasitaire et à l'affection constitutionnelle ; toutefois, elle est loin de suivre la même marche dans les deux cas. Quand le sujet est atteint de pseudo-teigne sébacée, les cheveux tombent d'une manière irrégulière et en différents points de la tète à la fois ; avant leur chute, ils n'ont subi aucune altération appréciable dans leurs caractères physiques, et, plus tard, les surfaces dénudées ne revêtent point un aspect cicatriciel. Nous savons qu'il en est tout autrement dans le favus. D'ailleurs, les caractères des croûtes oflrent habituellement, dans l'un et l'autre cas, des différences extrêmement tranchées ; ici elles sont très-sèches, épaisses, d'une couleur jaune-paille...; là, au contraire, elles sont minces, noirâtres ou grisâtres, et plus ou moins onctueuses au toucher. '
Enfin, l'examen microscopique, dans les cas embarrassants, sera toujours d'un grand secours.
Traitement. — Avant 1852, l'empirisme seul guérissait la teigne, ce dont on ne doit pas s'étonner. Des théories fausses pouvaient-elles engendrer autre chose qu'une thérapeutique impuissante? -
A une thérapeutique empirique, M. Bazin a substitué une thérapeutique rationnelle et toujours efficace, quelle que soit l'espèce de la teigne et quelles que soient les conditions de santé du teigneux.
La cause, l'unique cause do la maladie est un champignon ;
AFFECTIONS PROVOQUFES PARASITAIRES. 1 8o
donc, pour guérir, il faul et il suflit do détruire ce cliampignou. Mais, dii'a-t-on, cela n'est pas nouveau; longtemps avant M. Bazin on avait employé les parasiticides ; pourquoi ne guérissait-on pas ? On ne guérissait pas, parce qu'on ne remplissait pas cette condition fondamentale de mettre partout le parasiticide en contact avec le parasite. On détruisait le champignon à la surface de la peau, et on laissait de nombreuses spores dans la partie centrale du poil, sur sa racine et dans le follicule.
L'épilation est nécessaire dans le double but d'enlever, avec le cheveu, le champignon qu'il renferme, et de laisser béante, par le fait de cette extraction, l'ouverture du follicule pileux, dans lequel on peut alors introduire la solution parasiticide.
L'épilation est une opération qui exige, comme toute opération chirurgicale, une certaine habitude pour être pratiquée convenablement. Elle parait si simple, que l'on regarde tout apprentissage comme inutile, et, sans aucun scrupule, on la confie à tel infirmier plus ou moins maladroit. Aussi qu'arrivet-il ? C'est que souvent on ne guérit point les malades ; et l'insuccès est attribué à la méthode thérapeutique plutôt qu'à la manière dont elle a été appliquée.
Il existe pour l'extraction des poils trois procédés, ce sont : la calotte générale ou partielle, l'extraction avec les doigts, l'extraction par les pinces.
Épilation par la calotte. — La calotte est le pro(;édé le plus anciennement connu. Elle consiste en un emplâtre agglutinatif qu'on applique sur toute la tète ou seulement sur une partie de la tète ; de là, la distinction de la calotte en générale et partielle. La composition de l'emplâtre est la suivante :
Vinaigre blanc dSO grammes.
Farine de froment j
Poix noire } âa 25
Poix blanche )
Ce mode d'épilation produit toujours des douleurs atroces et constitue un véritable supplice pour les malades qui sont obligés de le subir plusieurs fois. Du reste l'efficacité du
traitement par la calotte n'est rien moins que certaine. Les cheveux sont arrachés en masse, et tirés, pour la plupart, dans des directions opposées à celles des capsules : aussi se cassentils en grand noml)re, et, sur les poils cassés, le champignon demeure et se développe pour reparaître bientôt à la surface de la peau.
La calotte est donc un procédé d'épilation aussi imparfait que douloureux, qui mérite d'être à tout jamais proscrit de la thérapeutique des teignes.
Épilation avec les doigts.— C'est le procédé des frères Mahon. Ils se servent en même temps du peigne et des doigts, et toujours, avant l'opération, le cuir chevelu a été recouvert de leur prétendue poudre épilatoire.
Malgré l'habileté la plus consomniée dans ce genre d'exercice, acquise par une longue pratique, il est difficile de bien saisir avec les doigts les poils que l'on veut extraii-e, et souvent même, quand les cheveux sont très-courts ou quand il n'y a qu'un léger duvet, comme dans la teigne pelade, l'extraction par ce procédé devient impossible. Mais, si leurs doigts sont insuffisants, les Mahon ne se font aucun scrupule de recom'ir à la méthode de M. Bazin et de fake usage de la pince.
Épilation par la pince. — Cette méthode d'avulsion des cheveux a, sur les précédentes, d'inconstestables avantages : elle cause quelques doulem-s au malade mais moindres que celles déterminées par la calotte ou l'épilation avec les doigts. D'ailleurs la douleur n'est ordinairement vive qu'à la première séance; à la troisième les malades sont accoutumés et ne souffrent que modérément.
Il ne faut à des infirmiers exercés que sept à huit heures pour épiler toute une tète; mais en général l'épilation se pratique en quatre ou cinq séances. Si les malades supportent difficilement cette opération, il faut multiplier les séances et n'épiler toute la tète qu'en sept, huit et dix fois.
Toute pince ne peut servir pour pratiquer l'épilation ; celles dont on fait usage sont des pinces à disséquer, légèrement modifiées par M. Dcffis.
Cette modification porte tout simplement sur his cxtrémit(5s libres des deux branches de la pince; elles sont aplaties, d'un diamètre de 3 ou 4 millimètres, se touchant exactement par leurs surfaces internes quand on les presse, et munies d'une dentelure émoussée, dans une étendue d'un centimètre à peu près. Je dis émoussée, car si les dents de hme dont sont armées les extrémités internes de la pince conservent leurs bords tranchants, elles coupent les cheveux comme le feraient des ciseaux, et l'épilation devient impossible. Le bout libre de la sm'face externe de chacune des deux branches est taillé en biseau, et son épaisseur à l'extrémité est à peu près d'un millimètre ; l'une des deux branches est percée au centre ; dans cette petite ouverture circulaire, vient s'engager une pointe qui se trouve solidement fixée à la branche du côté opposé ; elle maintient ainsi les deux branches appliquées l'une contre l'autre, et les empêche de glisser quand on les serre sur les cheveux, au moment de les exti'aire.
Cette pince, avec ces petites modifications, rempht parfaitement les conditions nécessaires pour pratiquer l'épilation avec facihté et presque sans douleur, lorsque les cheveux ou les poils sont fournis et qu'ils ont un certain développement. Mais là où il n'y a que des poils follets ou quelques cheveux rompus très-ras, qu'il est également indispensable d'évulser, M. Deffis remplace cette pince par une autre, qui, dans ce cas, fonctionne beaucoup mieux.
Celle-ci diffère de la première en ce que les deux branches sont plus larges, surtout aux extrémités libres, qui ont un diamètre de 8 a 10 milhmètres, et qui sont recourbées en dedans, de façon à simuler une tenaille. Quand un espace plus ou moins étendu de la peau a été déblayé par la première pince, la seconde, si elle est l^ien maniée, s'empare de tout ce qui offre la moindre prise et fait place nette.
C'est en appelant ainsi à son secours, tantôt l'une, tantôt l'autre de ces pinces, que M. Bazin est parvenu a obtenir une épilation aussi parfaite que possible.
Comment pratique-t-on ré[)ilatiou?
iSS AFFECTIONS SPECIALES.
L'opérateur fait prendre au malade et prend lui-même la position qui lui semble la plus commode. Les infirmiers épileurs sont assis, et font reposer sur leurs genoux la tète du patient. D'une main, ordinairement de la droite, ils tiennent la pince comme une plume à écrire, ou s'ils veulent, dans les cas les plus faciles, comme un archet pour jouer du violon. L'autre main est appliquée sur la partie qu'il s'agit d'épiler, et, entre le pouce et l'indicateur, on tend la peau afin qu'elle ne glisse pas. Puis, une lotion savonneuse ayant été faite préalablement, on extrait les poils en les tirant dans le sens de leur direction naturelle ; on n'en prend à la fois qu'un petit nombre, deux, quatre, six et tout au plus un bouquet uniloculaii-e.
Quand on a dénudé une surface de 2 à 3 centimètres carrés, on suspend quelques instants l'épilation, et l'on fait une application parasiticide (presque toujours solution de sublimé), avec une brosse douce, une éponge, un pinceau..., selon le siège de la partie affectée. Alors on recommence l'avulsion des poils, pour s'arrêter de nouveau après quelques instants ; et ainsi de suite, jusqu'à la fin de la séance.
Il ne faut épiler ni trop vite ni trop doucement ; il y a un point intermédiaire qu'on ne peut saisir qu'avec un peu d'habitude.
Quatre ou cinq heures après l'épilation, on fait une onction avec la pommade parasiticide ; M. Bazin emploie de préférence la pommade à l'huile de cade, et plus souvent la pommade au turbith. Voici les formules de ces deux préparations :
1» Axonge
Huile d'amandes Glycérine. ....
Turbith minéral.
2° Axonge
Huile de cade. .
En définitive, si le ftivus est répandu sur toute la tête, il faut d'abord nettoyer la tête, faire tomber les croûtes avec un peigne, après les avoir ramollies à l'aide de cataplasmes de fécule et de bains d'amidon, dans lesquels le malade a soin de plon-
15 grammes.
0,50 centigrammes.
20 grammes.
AFFECTIONS PHOVOQUÉES PAKASrJAIUKii. 189
gcr la tùte, et couper les cheveux ù 2 ou 3 ceutimétres tlu ciùr chevelu. Aussitôt on applique une couche d'huile de cadc, qui détruit en partie le parasite placé à la surface de la peau, éteint la sensibilité du cuir chevelu et facilite l'extraction des poils. Le lendemain on épile, et l'opération exige, ai-je dit, d'une à cinq séances, suivant l'étendue du mal et la scnsilîilité du sujet. Pendant l'épilation on fait des applications do sublime avec une brosse douce; les mêmes lotions sont continuées matin et soir pendant deux ou trois jours après que l'épilation est terminée ; puis ou les remplace par des onctions avec la pommade au turbith.
S'il existe du favus sur le corps, on ordonne quelques bains de sublimé et on pratique l'épilation s'il y a lieu.
Si les ongles sont affectés, on détruit peu à peu avec la lime les couches superficielles jusqu'à ce que l'on arrive à la matière jaunâtre, à l'achorion que l'on détruit alors à l'aide d'une solution de sublimé.
Trois semaines ou un mois après l'épilation du cuir chevelu, la rougeur qui avait diminué reparaît, de nouveaux godets se produisent, précédés habituellement de petites pustules. Alors il faut pratiquer une deuxième épilation que l'on répète de nouveau un mois après, et souvent ces trois épilations suffisent ; quelquefois cependant quelques rares godets se montrent encore, et une quatrième opération est nécessaire. Lorsque le favus est disséminé sur tout le cuir chevelu, de sorte qu'il i*este seulement quelques couronnes de cheveux sur le front, les tempes, la nuque, il faut, comme dans le cas précédent, pratiquer une épilation générale et ne respecter aucune partie.
Si, au contraire, il n'existe que cinq ou six plaques de favus, l'épilation des parties malades est suffisante ; mais il faut qu'elles comprennent les cheveux qui entourent les croûtes dans un rayon variable, et que le médecin doit indiquer à l'iniirmier. Ces cheveux sont, en effet, généralement malades.
L'épilation doit naturellement être répétée trois ou quatre fois.
Lorsque deux ou trois godcLs iiculemcnt existent, il suffit,
souvent, de les détacher, d'urracher quelques cheveux et de lotionner avec la solution parasiticide pour que le malade soit guéri.
Il est utile, après la dernière épilation, de continuer à faire frotter la tète tous les quatre ou cinq jours avec la pommade au turbith pendant un mois, six semaines, et de faire des lotions savonneuses, afin de faire disparaître la matière sébacée, et les cellules épidcrmiques sécrétées en grande abondance à la suite du favus.
2° TEIGNE TONSURANTE,
Définition. — La teigne tonsurante est une teigne, c'est-àdire une aifection cutanée due à l'existence d'un champignon, le trichophj'ton, sur les poils, l'épiderme et les ongles, transmissible d'un individu à un autre, caractérisée par des flocons champignonneux, blancs, siégeant sur l'épiderme et sur des poils cassés, flocons pouvant être accompagnés d'éruptions symptomatiques nombreuses, vésiculeuses, pustuleuses, tuberculeuses..., selon le siège et l'époque de la teigne.
Symptomatologîe . — On peut distinguer dans la marche de la teigne trois périodes :
Première période. Le malade éprouve d'abord du prurit simple ou accompagné de picotements, d'une sensation de brûlure augmentant pendant la nuit et sous l'influence du travail de la digestion, et obligeant quelquefois le malade à se gratter avec fureur.
Quand le mal occupe la face, le malade ne se gratte pas avec les ongles, mais se frotte avec le dos des mains, des poignets : aussi constate-t-on souvent sur ces dernières régions des cercles herpétiques, des disques lichénoïdes ou ér}i;hémateux dus au transport de spores cryptogamiques de la face sur le dos des mains. Naturellement on observe ces lésions de préférence sur la main droite, dont se servent habitueUement les malades. Ces cercles herpétiques, ces plaques lichénoïdes circonscrites du dos de la main ont une grande valeur diagnos-
tique et éclaii'cnt souvent immédiatement sur ki nature d'une atlection de la face qui pouvait donner lieu à de l'hésitation.
En môme temps que le prurit, ou peu de temps après, apparaissent des éruptions qui peuvent être érytliémateuses ; elles sont alors caractérisées par des taches circulaires, rouges, ne s'élevant pas sensihlement au-dessus des parties voisines, et offrant des dimensions variables de celles d'une pièce de 20 centimes à celles d'une pièce de 2 francs. Quelquefois, cependant, la plaque forme une légère saillie, et tantôt toute la surface érythémateuse est saillante, tantôt, au contraii'e, le relief n'existe qu'à la circonférence, où l'on constate à l'œil et au doigt un bourrelet ; enfin ce bourrelet circonférentiel peut seul exister et circonscrire un espace sain {erythcma circina- Aum et erythema marfiinatmn).
Des affections vésiculeuses s'observent aussi fréquemment que les affections érythémateuses lors de la période de germination dutrichophyton. Quelquefois les vésicules n'ont qu'une durée éphémèi'e et passent inaperçues. Les vésicules se disposent ordinairement en petits groupes qui restent isolés ou se réunissent. Souvent des poussées vésiculeuses successives se font à la périphérie des groupes primitifs qui peuvent ainsi acquérir des dimensions assez considérables {herpès tonsurant des auteurs).
Quelquefois les vésicules se développent sur une bande rouge, de forme annulaire, et sont excessivement nombreuses et petites, ou occupent la périphérie d'un cercle plein auquel elles forment un bourrelet analogue à celui de l'erythema marginatum (herpès circiné) .
D'autres fois, autour d'un cercle herpétique, se développe un autre cercle herpétique, et même, plus tard, un troisième autour de ce dernier ; ces divers cercles concentriques peuvent offrir des nuances variées et constituer l'affection décrite dans les ouvrages de dermatologie, sous le nom d'herpes iris, et qui ne doit pas être confondu avec l'iris de Bateman (hydroa).
La foi'mc circulaire appartient aiix alï'ections érytliéma-
teusus et vcsiculeuscs, mais dans un cas existent des vésicules, et dans l'autre une simple rougeur érythémateuse.
Des pustules signalent quelquefois le dcljut de la maladie : on constate eu différents points de la barbe des boutons acuminés, purulents au sommet et traversés par des poils, ou des groupes de pustules de forme circulaire, — partie médiane de la lèvre supérieure, — ou de véritables cercles, à la circonférence desquels existent des pustules miliaires.
Les altections papulcuses, moins fréquentes que les précédentes, s'observent cependant non au cuir chevelu, mais au dos de la main, au poignet, au cou, où elles forment des plaques de lichen circonscrit.
Enhn on constate quelquefois au début des squames {dartres furfuracées) .
Simultanément après ces éruptions, ou peu de temps après leur apparition, on observe des altérations des cheveux; ils sont ternes, secs, rougeàtres, fauves, friables, et se cassent à quelques lignes de la surface tégumentaire : aussi ne peuventils être extraits que très-difficilement avec la pince, quelle que soit l'habilété de l'épileur.
Au début de la maladie, les poils brisés sont rares, et il est difficile de les apercevoir au milieu d'une épaisse chevelui-e; mais bientôt ils deviennent plus nombreux, et une tonsure se produit, simulant entièrement une tonsure artificielle.
Brisure des poils et tonsure sont rangées par M. Bazin au nombre des symptômes de la première période ; mais immédiatement après débute la deuxième période.
Deuxième période. Les démangeaisons persistent et sont souvent plus franches qu'à la première période, parce que les éruptions symptomatiques sont moins nombreuses, ou même sont disparues. Mais si ces éruptions existent encore, le prurit conserve ses caractères, et le malade éprouve des sensations de chaleur, de tension...
Quoi qu'il en soit, le champignon apparaît sur les poils brisés et sur l'épiderme. Sur les poils, il revêt la forme d'une gaine amiantacée, d'un blanc mat, complète ou in(;omplèie. Si
i;lle est incomplète, ou voit, au cenlre de la petite masse blauclic constituée par le champignon, un point noir qui répond à l'extrémité libre du poil cassé. Mais plus souvent la gaine est complète, et les poils, entièrement cachés à la vue, ne se peuvent reconnaître qu'à la saillie de la matière cryptogamique.
Le champignon qui se développe sur l'épiderme, dans les intervalles des poils, forme, par la réunion de ses éléments, une substance floconneuse ou lamelleuse dont la couleur blanche est un des caractères les plus saillants. En réalité, cette substance ne diffère pas de celle qui constitue les gaines; seulement la disposition des éléments est un peu différente et en rapport avec le siège qu'occupe le parasite.
L'existence bien constatée de la gaine blanche a une trèsgrande valem' quand il s'agit de poser un diagnostic ; c'est un signe qui suffit à lui seul, un signe vraiment pathognomoniquc de cette espèce de teigne.
Les flocons blancs formés par le même végétal parasite (trichopliyton) pourraient être plus aisément confondus avec les squames épidermiques au milieu desquelles ils sont répandus; car une h}'persécrétion, ordinairement très-abondante, accompagne le champignon qui se manifeste au dehors et constitue un des symptômes les plus constants et les plus remarquables parmi ceux qui appartiennent à la deuxième période de la teigne tonsurante.
Cependant la distinction entre l'élément parasitaire et l'élément cutané est toujours possible; le champignon est blanc, floconneux, sans forme bien déterminée ; l'épiderme, au contraire, est jaunâtre ou grisâtre plutôt que blanc, et sa tUsposition est toujours manifestement écailleuse.
Quelquefois il n'y a qu'une seule plaque ; plus souvent il y eu a plusieurs, qui tantôt demeurent isolées, et tantôt se réunissent, formant ainsi, principalement au cuir chevelu, de larges surtaccs tonsurées, sur lesquelles on retrouve encore des vestiges de la forme circulaire.
Les surfaces malades sont habituellement plus foncées et
tranchent, par leur coloration, sur la peau saine qui les environne. La surface des tonsures parait soulevée, saillante de 1 ou 2 millimètres au-dessus du' niveau des parties voisines. Cet aspect est dû sans doute à l'hypersécrétion épidermique et à la turgescence des follicules pileux, qui, remplis de champignons, donnent aux surfaces qu'ils occupent l'aspect d'une peau de chagrin.
Les poils sont plus altérés qu'à la première période ; ils sont brisés, recouverts de champignons, et il est très-difficile de les arracher en totalité, la racine restant presque toujours dans le follicule qui la renferme.
Troisième période. Le champignon qui occupe le follicule pileux enflamme ce follicule, et de cette inflammation résultent des pustules recouvertes de croûtes jaunâtres ou brunâtres, au travers desquelles passent souvent des poUs flétris et brisés, et alors cette teigne peut être confondue avec la scrofule bénigne exsudative, ou avec le favus scutiforme. L'inflammation s'étend aux aréoles voisines du derme ; aussi les pustules sontelles ordinairement accompagnées ou suivies d'indurations profondes, de nodosités, de véritables tubercules cutanés ou sous-cutanés, qui, tantôt rares et isolés, tantôt nombreux et agglomérés sur d'étroites surfaces, donnent aux parties malades un aspect inégal, mamelonné, tout particulier. Il est rare de ne pas trouver aussi quelques furoncles au milieu des pustules et des tubercules. Les induration tuberculeuses disparaissent presque toujours par résolution, surtout sous l'influence d'un traitement convenable. Il eu est autrement des pustules et des furoncles qui s'ouvrent à l'extériem* et sont assez souvent le point de départ de petites végétations fongueuses qui font saillie à la surface des téguments, entretenues d'ailleurs par les poils malades qui les entourent.
Nous avons dit (voyez Sucosis) que l'inflammation des follicules donnait lieu à une sécrétion purulente assez abondante et que le pus jouait, à l'égard du champignon qu'il baigne, le rôle d'un agent parasiticidc, que le cry]itogamo était détruit et qu'il devenait très-difficile , sinon impossible, de trouver des
spores sur les poils ; ce n'est donc pas à cette période , mais à la seconde qu'il faut les chercher.
D'ailleurs, le pus ne se horne pas à détruire le parasite , il , sépare des parois du folUcule le poil qui peu à peu se détache et ne tarde pas à tomher; et alors, ou bien les parois du conduit pilil"ùi-e enllammées se rapprochent et se réunissent, le Iblhcuie est oblitéré, toute reproduction du poil est impossible , et delà résulte une guérison spontanée, mais en même temps 1 une calvitie définitive ; — ou bien, c'est le cas le plus fréquent, la I papille pileuse sécrète encore, malgré une altération profonde dans sa structure , les éléments nécessaires à la formation du ; poil. Mais, par suite de cette altération, le poil nouvellement formé ne peut avoir ses caractères normaux ; il est rouge et jaunâtre, trcs-grèle; il n'a pas de capsule, et l'examen microscopique nous montre que ses éléments sont totalement confondus. Cependant ce poil vit encore . et par sa présence il contribue puissamment à eniretenir l'inflammation suppurative I dans le follicule d'où il nait.
Alors tout espoir de guérison spontanée doit être abandonné; le poil malade est un séquestre dont il faut débarrasser le follicule. L'épilation est nécessaire, indispensable, n'y eût-il plus I de champignons, et c'est dans ces circonstances qu'elle fait merveille. Aussi M. Bazin a-t-il pu dire en toute vérité que les vieilles mentagres étaient plus faciles à guérir que les récentes, I et que, le plus souvent, une seule épilation suffisait pour débarrasser complètement les malades. C'est vraiment là le Itriomplie de sa méthode thérapeutique.
L'intervalle de temps qui sépare les périodes, dit M. Bazin, 1 est extrêmement variable, et, à cet égard, le traitement suivi : a une influence des plus marquées. Qu'un malade affecté d'her- 1 pès circiné à la face recule devant l'épilation qui lui a été pro- I posée comme moyen curatif, et se borne aux applications pa- I rasiticides, l'herpès durera très-longtemps et pourra disparaître I et reparaître plusieurs fois, occupant toujours les mêmes sur- I faces. — Que se passe-t-il donc là, et pourquoi la maladie n'arrive-t-cUe pas plus tôt à la troisième période ? — Le ohampi-
gnon qui produit l'éruption herpétique peut n'exister qu'entre ces deux lames de l'épiderme et sur les" poils de duvet ; or, par le seul usage do lotions ou des onctions parasiticides, on peut détruire le champignon situé à la surface tégumentaire , sans atteindre celui qui occupe la racine des poils follets; et voilà pourquoi l'éruption ne disparaît pas ou se montre de nouveau après avoir disparu. Mais le môme traitement a pour effet de s'opposer, jusqu'à un certain point, à l'extension du parasite sur ces poils parfaits, et c'est ce qui nous explique pourquoi la maladie a tant de peine à passer à la période mentagreuse.
Dans l'appréciation de la durée des diverses périodes de lai teigne, il faut tenir compte non-seulement du traitement, maisde conditions générales que nous ne pouvons souvent pas sai sir, et dont l'influence est cependant incontestable, et de con-ditions individuelles, telles que l'idiosyncrasie, et en vertu des quelles l'herpès circiné dure quelques joui's chez tel individu i et persiste des mois chez tel autre, sans que l'état du système pileux puisse rendre compte de ces différences. On peut dire qu'en général la teigne tonsurante est une maladie longue, quij persiste ordinairement plusieurs années, quand elle arrive à lai troisième période. — Toutes choses égales d'ailleurs, la durée est plus longue chez les sujets où le parasite trouve une abondante nom-riture. Évidemment, si on suppose ime teigne ton surante de la face à la période herpétique, chez la femme, chez^ l'enfant, où existent seulement quelques poils de duvet, oru concevra facilement que le champignon , après un certain laps de temps , ne trouvant plus les éléments de sa nom^ritm-e, mourra et que le malade sera guéri. Au contrah'e, si on suppose cette même teigne de la face chez un homme portant uu& barbe bien fournie, on concevra facilement que l'herpès circiné sera suivi des phénomènes de la deuxième et de la troi sième période et que la maladie se prolongera pour ainsi dire indéfiniment, à moins qu'il n'y ait, chose rare, après la chute des poils, une oblitération des folhcules et une caMtie perma nentc. C'est là une guérison spontanée sur laquelle il ne faut compter qu'exceptionnellement.
AFFECTIONS TROVOQUÉES PARASITAIRES. 197
/ Ainsi, la teigne tonsuranto, à sa piNimière période, gutu it spon- ' aniiment lorsque le parasi1(î meurt faute de nourriture on sous
iiillucnce d'autres causes qui nous ccliappent, et la teigne ton-
! ante, à sa troisième période, guérit lorsque les follicules 3'oblitèrent après la destruction du parasite par le pus et la chute des poils malades ; cette guérison n'a lieu qu'en déterminant une calvitie irrémédiable.
Variétés de siège de la teigne tonsurante. — 1" Teigne du cuir chevelu. Teigne tondante de Mahon, herpès tonsurant deCazenave. — L'herpès en groupe ou herpès tonsurant des auteurs, l'herpès squameux, l'herpès circiné, peuvents'observcr au début de la teigne tonsurante du cuir chevelu.
On constate souvent Texistence de petites plaques circulaires herpétiques occupant différents points de la tète, s'étendant par le développement de vésicules à la circonférence et pouvant se réunir les unes aux autres.
Quelquefois on n'observe au début que des squames, qui peut-être ont été précédées de vésicules éphémères d'herpès (herpès squameux).
Enfin, l'herpès circiné peut être le premier signe de l'existence du trichophyton. M. Bazin pense que ce mode de début n'est pas aussi rare qu'on le croit, mais que l'herpès circiné n'est pas facile à distinguer au cuir chevelu, à cause des conditions anatomiques de cette région.
Simultanément on constate les altérations primitives des poils que nous avons signalées plus haut; ensuite les poils se brisent et se recouvrent de leurs gaines blanches. Alors se produisent des tonsures plus ou moins larges au niveau desquelles la peau est saillante , chagrinée , bleuâtre , ardoisée chez les sujets bruns; rougeâtre ou jaune chez les personnes blondes. Cette coloration a une importance diagnostique très-grande et n'appartient à aucune autre affection cutanée; elle disparaît tardivement, et quand les téguments ont repris leur couleur normale, on peut être certain que le malade est guéri, et on peut faire cesser l'épilation.
A la troisième période, les tonsures se dénaturent : lecham-
j(J8 AFFECTIONS SPKCIAI.ES.
pignon, déterminant unn infljimmation profondf! dans los foUi- • cidcs pileux, on voit apparaître des (h'uptions pustuleuses, sou- . vent très-conlluentes, et qui sont bientôt remplacées par des croûtes jaunâtres, foncées, luisantes, humides, présentant, en un mot, tous les caractères assignés par les auteurs aux croûtes impétigineuses. Aussi, à cette période, la maladie parasitaire est presque toujours confondue avec les scrofulides bénignes exsudatives du cuir chevelu, et quelquefois aussi avec le favus, dans les cas oû les croûtes sont moins foncées en couleur et plus sèches.
Alors il faut employer le microscope et examiner les cheveux avec soin.
2" Teigne de la face et du cou. — Sur ces régions , la teigne tonsurante débute par de l'herpès circiné ou des disques érythémateux dont le nombre et la dimension sont très-variables. — La région sous-maxillaire et la nuque sont souvent affectées en même temps que le visage. Selon M. Bazin, on observe très-fréquemment une petite plaque rouge , circulaire , de la dimension d'une pièce de 1 franc ou de oO centimes , et située au devant de la ligne d'implantation des favoris. Plus rarement on voit un cercle herpétique d'un diamètre considérable i:t ordinairement incomplet, étendu de la région mastoïdienne gauche à la même région du côté droit , comprenant dans sa concavité les joues, le menton et la moitié supérieure du cou ; toutes parties qui peuvent être en même temps couvertes d'anneaux ou de disques d'un moindre diamètre.
L'herpès en groupes et l'herpès squameux sont beaucoup moins communs à la face qu'au cuir chevelu.
A la deuxième période, des plaques de pityriasis se forment, et les poils cassés et engaînés se montrent en même temps.
La troisième période est caractérisée non plus seulement par des éruptions pustuleuses , mais aussi par tous les degrés du sycQsis, c'est-à-dire par des noyaux indurés , des tubercules cutanés ou sous-cutanés, des furoncles mêlés à des papulo-pustules traversées par des poils à leur centre .
De la présence des pustules, des tubercules et dos furoncles,
iï';sult<e pajioJ!- uin- lum'^l'ui.-tiojj cotisidiirablt" rlc la l'u<;i', une ■iltf^i atioiJ (hm iiaiXa cj u<;l«j unloin m(i<;orj aaissabi»^; l'exej <-i<;t; ciijjit^ d(i la païuk, rimpobbiijiiité de lu masticatiou .
■i" Troty:t> et memOres. — J^'iiei-pès curiad, lee disques érytiiéma- .i;ux, 1(; Jiciieju cmx>û.sciit sont à jjeu jjjés les seules éruptions riuiitives qu'on oi»sej-ve sur le tron«; ou sui' les membres; et, ■1 esqu<.' toujours, à eause du peu de développement des poils,
ckamplî^nou ayoï'tn, et la maladie ne dépasse pas la premièj e j/iriode.
4'' Parties sexmlks. — Les trois péi'iodes de la teigne tonsurante sont habituellement réunies en cette réf^ion .
EtioUjyiji. — causes sont prédisposantes et efficientes.
C'jui-fa jjiédisponantes. Ija teigne tonsuiante occupe habituellement le cuix' chevelu chez les enfants, la face chez les adultes. — Rarement la femme et l'enfant sont affectés de teigu<e tonsurante de la face, et dans (ya cas, la maladie ne dépasse pas la j^remit^re période, à moins qu'il n'existe un développement anormal des poils.
M . Jiazin pense que la constitution et le tempérament n'exercent pas d'influence sur la teigne même, mais seulement sur les éi uptions symptomatiques ; que les sujets lymphatiques ont ordinaiiemeut des affections x ésiculeuses ou pustuleuses, et les sujets forts et sanguins des tubercules et des furoncles; quii la syjjhilis, qui se rencontre assez sou\ ent chez les malades aliéctés de teijjue tonsurante, semble prédisposer à cette alfec tion.
Cause déterminante. — L'unique cause de la teigne tonsurante est le irickojÂyton.
Ce cryptogame est en grande partie ou presque exclusivement constitué de spores et se distingue, pai' ce f;aractére, des autres champignons des teignes.
M. Jiaziu est porté à croiie qu'au début de la teigne tonsurante, de même qu'à une période avancée de cette maladie, des tubes de myoéhum existeut au miUeu de spores innombrables. A une époque intermédiaiie, quand le ciyptogame est dans toute la force de son développement, les spoi-es seules le
constituent, et c'est en vain (ju'on chercherait un autre (élément.
Comme tous les champignons des teignes, le trichophyton commence à germer entre la couche molle et la lame cornée de l'épidermi;. Comme l'achorion du favus, il peut vivre aux dépens des poils, des ongles ou de l'épiderme ; c'est toujours, dans ces différents cas, le même siège anatomique qu'il occupe.
Quand il vit sur la lame molle de l'épiderme, il forme ces flocons, ces lamelles, qui tranchent ordinairement par leur couleur nacrée au milieu des débris épidermiques.
Quand il affecte les ongles, il produit une altération spéciale qu'on peut confondre avec celle que détermine le favus, quoiqu'elle en diffère à certains égards.
Sur les poils, le parasite existe longtemps avant que la concentration de ses éléments permette de l'apercevoir ; c'est alors la période de germination, pendant laquelle les poils plus ou moins altérés dans leurs qualités physiques indiquent la présence du cryptogame. Lors même qu'on n'observe d'autres symptômes qu'un cercle herpétique, le champignon ne fait point défaut, et U suffit de le chercher avec soin poiu' le trouver toujours.
Il n'en est pas de même quand la maladie est arrivée depuis longtemps à la troisième période ; les poils que l'on examine au microscope offrent des altérations de structure, mais on ne peut quelquefois découvrir sur eux aucun élément crj^itogamique, et les recherches sont souvent renouvelées pendant huit ou quinze jours sans plus de succès. Il ne faut pas cependant affirmer que le trichophyton a été complètement détruit, car il peut arriver qu'à force de persévérance, on finisse par distinguer quelques spores caractéristiques sur l'un des nombreux poils arrachés en nous rappelant le rôle que joue le parasite dans le sycosis.
A la deuxième période de la maladie, non-seulement le champignon ne manque pas, mais il est toujours extrêmement facile à trouver, puisqu'il ce moment il devient visible ù l'œil nu, et constitue en totalité les gaines blanches des poils brisés.
A un grossissement de deux à trois cents diamètres, le poil parait comme épié aux deux extrcîmités et ses éléments sont altérés à tel point qu'il est impossible de distinguer les deux substances (corticale et médullaire) cpii le composent dans l'état normal ; tout est confondu. Les fibres longitudinales sont écartées, et leurs intervalles sont remplis de sporules. On ne trouve ni racine, ni capsule, le poil ayant été. brisé aux deux cxtré mités, et l'on voit parfaitement la trace de la rupture. On remarque aussi en dehors du poil, et dans une certaine étendue, une masse uniquement composée de spores qui lui forment une enveloppe complète, une sorte de manchon dont il occupe le centre. Les spores sont innombraliles, très-régulières, partout identiques, sur le poil comme dans la gaine.
A une époque moins avancée de la teigne tonsurante, à la période herpétique, on peut, non sans difficultés, extraire avec leurs bulbes les poils malades. On voit alors, sur la partie intracutanée, des altérations du même genre, mais moins avancées que celles dont nous venons de parler. Des spores existent encore autour du poil et dans son épaisseur, mais elles ont des diamètres différents, sont moins nombreuses, moins réguHèrement arrondies, quelques-unes même sont allongées et se rapprochent ainsi des tubes de mycélium. Une altération remarquable des poils, plus remarquable cependant dans la pelade que dans la teigne tonsurante, consiste en des renflements olivaires ou tubéreux qui paraissent formés, au moins en grande -partie, par une accumulation de matière parasitaire, et sont plus fréquents et plus prononcés sur la racine que sur la tige. Aussi serait- on tout d'abord tenté de leur attribuer quelque part à la difficulté de l'épilation, si l'on ne savait pas que les poils se brisent d'eux-mêmes dans la teigne que nous étudions.
A la troisième période, sur les plaques suppurées des vieilles mentagres, le trichophyton est rare ; beaucoup de poils malades ne portent aucune spore, bien que leur altération soit profonde et qu'ils soient complètement dépouillés de leurs capsules. Les spores, quand on en trouve (c'est sur les poils moins altérés dans leurs caractères physiques qu'il faut les chercher).
sont inégales, plus jKîtilcs et mrli-es ii un plus grand nomlire
do tubes de mycélium.
La différence des caractères microscopiques du végétal parasite à la deuxième et à la troisième période de la teigne tonsurante explique l'erreur du Gruby, qui a cru découvrir dans la dernière un champignon autre que le tricliophyton. Pour M. Robin le microsporon mentagraphytes de M. Gruby ne serait que de l'épiderme roulé en forme de tubes ; pour M. Bazin c'est un tricbopbyton d'un âge avancé.
Le trichophijton decaloans de quelques micrograplics n'est autre que le cryptogame dont je viens de donner la description et n'appartient point, comme on l'a prétendu, à la pelade produite par le mtcros/jorow cFAudouin. Par un hasard singulier, on a cherché ce dernier sur des plaques de fausse pelade, et il n'est pas étonnant qu'on ait trouvé un champignon en tout semblable au trichophyton, puisque la fausse pelade n'a qu'une analogie de forme avec la vraie pelade, et qu'en réalité elle n'est qu'une variété de la teigne tonsurante. (Bazin.)
La teigne tonsurante se transmet par l'air, le contact médiat (bonnet, calotte), le contact immédiat (baisers du père aux enfants ou à la mère' transmission au dos de la main par les grattages), et enfin l'inoculation (c'est par inoculation que le rasoir du barbier donne ordinairement la teigne tonsurante de la face).
Du reste M. Deffis a pratiqué avec succès des inoculations.
Diagnostic. — Rien n'est plus facile que de reconnaître la teigne tonsurante parvenue à sa deuxième période : alors, en effet, existent des tonsures, au niveau desquelles les téguments sont saillants, grisâtres, où l'on observe des poils cassés cà quelques miUimètres de la surface de la peau, enveloppés d'une gaîne blanche, entourés de fiocons nacrés et de quelques écailles grisâtres (ces écailles sont formées par l'épiderme et non comme les flocons par le cryptogame). Or tous ces caractères n'appartiennent qu'à la teigne tonsurante.
Mais le diagnostic est souvent très-difficile, lorsque la teigne tonsurante est à sa première ou à sa troisième période.
Fip'. n. — P.-ircpIlc do poiissirro lilanclm f|iii rovi^t los flinvoiix brisi's (II' riini'|irs Iniisiii'.'nil . \-i|i' ;ni mini'nscoiic.
A. Sporulcs isolées. C. Tubes vicies.
B- Sporules réunies. D. Tube sporulaii-e.
Fig. 4. — Clievpu extrait, d'nnc plaque tonsuranto.
A. Tige du cheveu. D. Fibres longitudin. écartées et brisées
B. Extrémité supérieure rompue. E. Sporules iiifUlraiit la lige.