‹ Traite des affections de la peauChapitre 42 sur 59 · ARTHRITIÛES TARDIVES ET GRAVES · texte numérisé non relu

ARTHRITIÛES TARDIVES ET GRAVES

Elles comprennent :

Une affection érythémateuse : cnidosis ou urticaire chrohique ;

Une affection vésiculeuse : eczéma nummulaire ou suintant généralisé ;

Des affections buUcuses : liydroa huileux, pemphigus chronique ;

Des affections phlegmoneuses : éruptions ecthymato-furonculaires, hidrosadénite.

Ces éruptions apparaissent le plus souvent dans les deux dernières périodes de l'arthritis, mais peuvent naître dans les autres périodes; de là le nom d'arthritides irrégulières ou tardives qu'on leur a donné ; elles sont mobiles , ont de la tendance à se généraliser et à devenir alors permanentes; représentent souvent une forme fixe et grave de l'arthritis (artliritides graves) ; sont chroniques, tenaces, difficiles à guérir.

D'ailleurs, il est difficile d'assigner des caractères communs aux diverses affections de cette troisième section, parce que chacune d'elles a sa physionomie propre.

(B) Caractères propres des arthritides.

1° Arthritides pseudo-exanthématiques.

Nous avons dit que ces arthritides étaient érythématcusos , vésiculeuses ou squameuses.

(a) Arthritides pseudo-exanthématiques érythcmateuses.

Érythème noueux. — Cette variété d'érythème est précédée ordinairement pendant plusieurs jours par un malaise général, de l'anorexie, de la céphalalgie, un mouvement fébrile plus ou moins intense, des picotements sur les parties qui doivent être le siège de l'affection , et souvent aussi des douleurs dans les articulations et la continuité des membres qui persistent quelquefois après l'apparition de l'érythème .

Alors se dessinent sur les membres , et particuUèrement sur la partie antérieure des jambes et le pourtour des genoux, sièges habituels de cette affection, des taches rouges, douloureuses à la pression, plus ou moins régulièrement ovales, dont le plus grand diamètre, parallèle à l'axe des membres, varie de quelques millimètres à !• ou 5 centimètres, offrant à leur centre

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une saillie du volume d'un pois, d'une noisette et mènie d'une petite noix, et qui donne au doigt que l'on promène des parties saines sur les parties malades, la sensation d'une véritable nodosité enchâssée dans le tissu cellulaire sous-cutané. La coloration des surfaces malades passe successivement du rouge au louge foncé, violacé, et bientôt fait place à une teinte ecchymotique bleuâtre et verdâtre, indice de l'infiltration sanguine qui s'est produite dans le tissu cellulaire sous-cutané. A ce moment, enfin, existe souvent une fluctuation obscure, due au ramollissement de la tumeur érythémateuse, mais jamais on n'observe de suppuration ou d'ulcération.

Plus fréquente chez l'homme que chez la femme , cette affection se développe principalement chez les individus doués d'un tempérament sanguin, et sous l'influence du froid humide, de fatigues, d'écarts de régime, coexiste souvent avec le rhumatisme , ainsi que le démontrent les observations de MM. Bouillaud, Rayer, Schœnlein et Bazin, et enfin est accompagnée d'une augmentation de la fibrine du sang.

Diagnostic. — Devant indiquer plus loin les caractères diftërentiels de l'érythème induré , nous ne les énumérerons pas ici. (V. Scrofulides.)

Dans l'urticaire simple, les plaques ortiées, rosées à la périphérie, sont décolorées au centre, n'existent â la surface des téguments que pendant un certain temps de la journée, et enfin déterminent un prurit intense , tandis que l'érythème noueux est permanent , présente une coloration foncée, puis bleuâtre et jaunâtre ; une induration centrale, enchâssée dans le tissu cellulaire, est douloureux à la pression et n'occasionne que de faibles démangeaisons. Dans l'urticaire tubéreuse, la saillie est superficielle, intermittente, ne présente pas la teinte ecchymotique de l'érythème noueux, et persiste pendant plusieurs années.

L'érythème produit par les piqûres de punaises est disséminé sur toute la surface du corps , et caractérisée par des saillies oblongues et rosées, superficielles, présentant â leur centre les stigmates de la piqûre, et ne donnant pas au doigt

la sensation d'unu induration s'enfonçant dans le tissu cfUulaire.

L'érythème noueux a pour élément primitif une tache, et constitue une espèce du genre éry thème.

Pronostic. Considéré en lui-même, l'érythème noueux

n'est pas grave puisqu'il disparaît spontanément en peu de temps; mais si l'on envisage c[ue l'existence de cette aflection indique que le malade est sous l'intluence de l'arthritis, inalacUe constitutionnelle qui peut donner Ueu ultérieurement à d'autres manifestations , alors on devra porter un pronostic plus sérieux, au moins quant à ce qui concerne l'avenir.

Traitement. — Quelques purgatifs, une diète légère, des bains amidonnés suffisent pour amener la guérison ; rarement il est nécessaire de pratiquer une saignée.

Érylhème papido-tubercaleux. — Le début est généralement brusque, et les seuls phénomènes que l'on constate avant l'apparition de la rougeur des téguments , consistent dans l'existence de picotements à la surface des parties qui doivent être le siège de l'éruption, dans un peu d'anorexie, un léger malaise , etc.

L'éruption est caractérisée par de petites plaques saillantes, nettement circonscrites , offrant des bords plus ou moins festonnés , et relevés au-dessus des parties environnantes, circulaires ou plus ou moins ovalaires , d'un rouge foncé, vineux et même violacé, sièges quelquefois d'une congestion si intense qu'il se produit des hémorrhagies iutra-dermiques.

Dans certaines de ces plaques le centre est sain et légèrement déprimé ; dans cei'taines autx*es on observe au centre, ou sur les bords , de petites saillies ii'régulières , arrondies à leur sommet, et formant de grosses papules , ou même de véritables indurations tuberculeuses. Autoiu" de ces plaques existent souvent des taches dépassant rarement la largeur d'une pièce de 60 centimes, et saillantes en forme de papules.

On voit donc que l'érythème papulo-tuberculeux est caractérisé par la réunion de plusieurs éléments éruptifs, et qu'il répond aux érythèmes simple, paptileux et tuberculeux; il répond

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aussi aux érijthùmes circiné ot maryiné, caractérisiis, le premier, par des cercles rouges plus ou moins étendus, et dont le centre (.'st sain, et le second, par des taches rouges ou violacées, que circonscrivent nettement des bords relevés au-dessus des parlies environnantes.

L'érythème papulo-tuberculeux est quelquefois accompagné de coryza aigu, de lironchite catarrhale, de conjonctivite, d'eccliymose sous-conjonctivale , d'une éruption sur la muqueuse buccale , d(! petites vésicules qui se rompent et laissent après leur rupture de petites ulcérations arrondies, superficielles et entourées d'une rougeur érythémateuse.

L'érytiième papulo-tuberculeux a pour siège d'élection le dos des mains et des avant-bras, la paitie antérieure des genoux, le nez, les joues, les lèvres et les paupières; il est souvent accompagné de douleurs dans les membres et dans les articulations, et le sang des individus c[ui en sont aflectés présente une augmentation de la fibrine.

La marche de cette affection est aiguë ou subaiguf' ; aussi, ifts phénomènes éruptit's ont-ils généralement disparu au bout de quinze à vingt jours, ou ne reste-t-il alors qu'une teinte ecchymotique, témoignant de la congestion intense et de l'hémori'hagie qui ont eu lieu au niveau des taches.

Étiologie. — L'érythème noueux et l'érythème papulo-tuberculeux naissent sous l'influence du froid , et surtout du froid humide, par suite de fatigues, d'écarts de régime , d'excès alcooliques (É. noueux), d'irrégularités de la menstruation (É. papulo-tuberculeux). L'influence du printemps sur le développement de ces deux arthritides est incontestable.

Pronostic et traitement. — Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit relativement au pronostic et au traitement de l'érythème.

Urticaire hémorrhagique. — Le genre urticaire présente deux espèces qui se rattachent à l'arthritis ; ce sont : l'urticaire hémorrhagique, affection pseudo-exanthématique, et le ciiidosis, ou urticaire chronique, arthritide irrégulière.

Si/mptomatologie. — Après un ou deux joni's de prodromes, (•.<)nsistant dans de la fièvre, de la lassitude, de la céphalalgie,

Ofi/, AFFECTIONS SPECIALES.

dos troubles digestifs, du prurit, etc., apparaissent sur les memln-es, le tronc, la face, des papules ortiées, ordinairement circulaires, de quelques millimètres à 2 centimètres de diamètre, entourées d'une auréole rouge et quelquefois violacée, présentant à leur centre, en général décoloré, une tache noirâtre, constituée par une hcmorrhagie capillaire, phénomène qui a fait donner à cette variété d'urticaire le nom d'hémorrhagique , et accompagnées de démangeaisons assez vives.

L'éruption est discrète ou confluente; dans ce dernier cas, les papules se réunissent, et on observe alors de larges plaques nuancées de rouge et de petits points ecchymotiques.

Chaque papule a une durée assez longue, et persiste deux à trois septénaires ; de là le nom de urticaria perstans donné aussi à cette espèce d'urticaire ; la marche intermittente des papules ne s'observe pas dans l'urticaire hémorrhagique : les papules s'effacent peu à peu, laissent à leur place des taches ecchymotiques , lentes à disparaître , et sont remplacées par d'autres papules.

Ètiologie. — L'urticaire hémorrhagique naît surtout dans l'adolescence et dans l'âge adulte, chez les personnes du sexe masculin, et chez celles qui sont douées d'un tempérament sanguin. Le froid a une influence incontestable sur son apparition.

Diagnostic. — Nous avons indiqué les caractères distinctifs du genre urticaire (page -iâ). Le diagnostic de l'espèce urticaii'e hémorrhagique est très-facile , si l'on se fonde sur l'injection intense de -la base , le point central ecchymotique et la durée de chaque papule.

La nature arthritique de cette affection est indiquée, selon M. Bazin, par l'influence du froid sur l'apparition des plaques ortiées, par la congestion intense et l'hémorrhagie de la peau qui les accompagnent, par l'augmentation de la fibrine du sang qu'on retrouve ici comme dans les autres arthritides pseudoexanthématiques ; et enfin par les relations que présente cette espèce d'urticaire avec d'autres affections de nature évidem-

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ment arthritique, telles que les érytlièmcs que nous avons étudiés et le rhumatisme.

Pronostic. — Il n'offre aucune gravité, l'urticaire liémorrhagique guérissant spontanément en deux ou trois septénaires ; mais cette afl'ection récidive assez souvent et indique l'existence d'une maladie constitutionnelle : Fartliritis,

Traitement. — On conseillera des lotions émollientes eltièdes, avec les décoctions de guimauve, de graine de lin ou de pavot; un régime doux, un purgatif salin, ou une petite saignée si le sujet est sanguin.

(b). ArthrUides pseiido-exanthématlques vésiculeuses.

Herpès circiné. — On désigne ainsi une espèce du genre herpès, caractérisée par une éruption de vésicules disposées en cercles sur une surface enflammée, cercles quelquefois accolés, le plus souvent séparés les uns des autres par des intervalles de peau saine.

Symptomatologie. — Apres un ou deux jours de malaise général, de fièvre, d'anorexie, d'une sensation de picotements et d'élancements sur tous les points qui doivent être affectés, apparaissent sur le tronc, et principalement la partie antérieure de la poitrine, sur le cou, des cercles rouges de la largeur d'une pièce de 1 franc à celle d'une pièce de o francs, séparés les uns des autres ou se touchant par leur circonférence , cercles qui présentent bientôt des vésicules de la grossem' d'une tète d'épingle, dont la durée ne dépasse pas vingt-quatre à quarantehuit heures , et laissant à leur place des lamelles fines et d'un gris blanchâtre, stigmates de l'existence antécédente des vésicules; pendant que cette desquamation se produit, un autre cercle de vésicules nait à la circonférence, de sorte qu'à la période d'état on constate une première zone rouge surmontée de vésicules, en dedans une seconde zone plus large et siège d'une desquamation constituée par des lamelles fines, enfin xine partie centrale saine, si ce n'est lorsque des cercles se coupent mutuellement.

Le maliulo éprouve des picotemenls légers, qui augraenteut sous l'inllueiice de la chaleur du lit; enfin, railéction n'est accompagnée d'aucun suintement, le liquide des vésicules se résorbant eu partie et se transformant en squames légères.

Un septénaire après le début de ces phénomènes, on ne constate plus que l'existence de squames légères, grisâtres, reposant sur une surface érythémateuse qui pâlit également de plus en plus.

Plus tard encore les squames tombent, la rougeur s'efiace complètement, et la peau reprend peu à peu su coloration normale.

Étiologie. — Les causes de l'herpès cii'ciné arthritique sont celles des arthritides aiguës.

Diagnostic. — L'herpès circiné arthritique peut être confondu avec l'herpès cii'ciné parasitaire : mais cette dernière affection siège au niveau des parties velues, à la face en général, au dos des mains où elle est transmise par contagion ; est caractérisée et par des cercles complets et par des arcs de cercle concentriques, revêtus de squames fines, argentées ; a une marche essentiellement chronique; est accompagnée de l'engainement des poils par la poussière champignonneuse, ou plus tard par des tubercules de sycosis, etc. Enfin, si l'on examine au microscope les squames argentées qui recouvrent les cercles ou les arcs de cercle, on constate l'existence des spores du trichophyton.

Pronostic et traitement. — L'affection cutanée n'est pas sérieuse et guérit spontanément en quelques jours, mais traduit une maladie constitutionnelle : l'arthritis. Il suflitde conseiller de saupoudrer les parties malades de poudre d'amidon, de prendre de légers purgatifs, des boissons acidulées et diurétiques, et au déclin de l'alfection quelques l^ains amidonnés ou légèrement alcalins.

Hydroa vésiculeux. — Nous transcrivons ici le chapitre sur l'hydroa que nous avons puljhé dans le premier volume des leçons sur les affections génériques de la peau. Sous le nom d'hydroa, on désigne une affection analogue à l'herpès phlycténode de Willan, caractérisée par des vésicules ou de petites

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bulles qui se montrent par groupes placV'S ;ï des intervalles plus ou moins éloignés. Cette affection se présente exclusivement chez les sujets arthritiques, et constitue une afleclion propre .

M. Bazin distingue trois variétés d'hydroa : l'hydroa vésii uleux, l'hydroa vacciniforme confondu avec l'aphthe chronique (olophlyctide chronique d'Alihertj; l'hydroa huileux (pemphigus à petites bulles).

Première variété. — L'hydroa vésiculeux est une affection qui a été confondue généralement par les auteurs avec l'érythema papulatum.

Siège. — L^hydroa vésiculeux se développe sur les téguments cutanés et muqueux. A la peau, il existe ordinairement sur les parties découvertes; nous l'avons vu à la face dorsal»; des mains et des poignets, à la paiiie antérieure des genoux. Dans la plupart des cas, la muqueuse huccale a été affectée; l'éruption occupe de prélérence la lèvre inférieure et la face interne des joues. Cependant, sur un malade, la hase de la luette était entourée par un cercle de vésicules. La conjonctive peut être aussi le siège des éruptions que nous étudions.

Symptômes. — L'affection est quelquefois précédée de malaise, d'anorexie et d'un léger mouvement féhrile ; mais ces phénomènes prodromiques peuvent manquer, ou être si peu marqués, que l'attention du malade est d'abord attirée par le développement des vésicules.

L'éruption apparait en premier lieu sur le dos des mains et sur les genoux ; elle ne se montre hahituellement sur la muqueuse huccale que vers le deuxième ou troisième jour. Toutefois, chez un malade, M. Bazin ohserva, comme signe prodromique, une légère angine produite par une éruption vésiculeuse de l'isthme du gosier.

Quel que soit le siège de l'éruption, elle présente les caractères suivants : on aperçoit d'abord des taches d'un rouge foncé, petites, arrondies, un peu saillantes et à ])ords nettement limités. Ces taches ont des dimensions qui varient depuis la largeur d'une lentille jusqu'à celle d'une pièce de

20 contimes; elles sont quelquefois entourées d'une auréole rosée ; elles présentent bientôt à leur centre une petite vésicule remplie d'un li({uide jaunâtre et transparent. Cette vésicule naît le jour qui suit l'apparition de la tache rouge ; elle se dessèche rapidement au centre qui est occupé par une petite croûte noirâtre, tandis que le liquide est résorbé ù la circonférence. Ces phénomènes s'accomplissent vers le deuxième o'u le troisième jour de l'éruption.

A cette époque, l'affection prend un aspect particuher : on voit de petits disques rouges supportant à leur centre une croûte noirâtre et entourée d'un liséré blanchâtre, légèrement saillant. Ce liséré est formé par l'épiderme macéré qui, après la résorption partielle du liquide contenu dans la vésicule, est appliqué imparfaitement sur le derme. Au bout de quelques jours, la coloration de la petite tache disparait, la croûte centrale tombe en laissant une macule violacée qui s'efface lentement. Assez souvent, un cercle de vésicules, reposant sur une surface rouge, se produit au pourtour de la vésiculi^ centrale, subit la même évolution que cette dernière, et est suivie quelquefois d'une troisième poussée de vésicules; delà résultent des nuances concentriques de coloration qui ont fait donner à cette affection le nom d'herpès iris. Dans d'autres cas, l'affection suit une marche différente : on aperçoit d'abord une petite vésicule arrondie, et bientôt autour d'elle une auréole rouge, au niveau de laquelle l'épiderme est soulevé par un liquide transparent qui se résorbe, tandis que celui qui occupait la partie centrale se concrète en une croûte brunâtre.

Enfin, il peut arriver, surtout dans les temps froids, que le fluide exhalé dans la vésicule se résorbe promptement. Il n'y aura dès lors qu'une petite macule blanchâtre ou jaunâtre, placée au centre d'un disque rouge et formée par de l'épiderme décollé. C'est dans ce cas que l'affection a pu être confondue avec l'érythema papulatum.

Sur les muqueuses, les vésicules sont blanchâtres et entourées d'une auréole violacée; les croûtes se détachent plus promptement.

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Les disques rouges et vcsiculeux sont plus ou moins nombreux. Ils sont sépares liahituellemont par des parties de peau saine ; quelquefois ils sont disposés par groupes de deux ou trois et se touchent par leur circonférence. Ils n'apparaissent pas tous simultanément, mais par poussées successives pendant plusieiu's jours. Les parties affectées présentent à peine quelques démangeaisons. Les phénomènes fébriles, qui existent rarement au début, cessent dès que l'éruption se développe.

L'affection se montre successivement sur les genoux et sur le dos des mains, puis sur la muqueuse buccale, et en particulier sur la face interne de la lèvre inférieure. Dans un cas, ainsi que nous l'avons dit, on voyait luie couronne de vésicules à la base de la luette.

Durée et terminaison. — La durée de l'hydroa vésiculeux est de deux à quatre septénaires ; chaque élément éruptif pris en particulier parcourt son évolution en quatre ou cinq jours. L'affection ne se prolonge pendant plusieurs semaines que par l'existence des poussées vésiculeuses. La récidive peut avoir lieu ; nous l'avons observée à différentes reprises.

Étiologie. — L'hydroa se montre dans les deux sexes, mais plus souvent dans le sexe masculin ; il se développe chez les adultes vers l'âge de 20 à 30 ans ; est plus fréquent au printemps et à l'automne ; se manifeste chez des sujets qui avaient présenté ou présentent encore des symptômes d'arthritis.

Diagnostic. — Il est facile de reconnaître l'hydroa vésiculeux par les caractères que nous venons de donner. Cependant, cette affection a été confondue et pourrait l'être encore avec l'érythèmc papule ux et llicrpès.

Dans l'érythèmc papuleux, on observe parfois une vésicule sur le sommet de quelques-unes des saillies rouges qui constituent l'éruption. Mais dans cette affection, la vésicule n'est qu'un symptôme accessoire ; elle ne présente pas l'évolution de la vésicule de l'hydroa que nous avons décrite avec beaucoup de soin.

L'herpès est caractérisé par des vésicules groupées sur une base cnllammée ; il est souvent accompagné de symptômes gé-

néraiix. Dans l'iiydroa, chaque vésicule repose sur une petite tache viohicée et parfaitement distincte ; les symptômes généraux font défaut le plus ordinairement.

Nature. — L'hydroa vésiculcux est une affection essentiellement arthritique ; du moins l'avons-nous toujours rencontré cliez les sujets arthritiques ; il a présenté constamment des rapports évidents avec des manifestations de l'artliritis.

Pronostic. — Cette affection n'a aucune gravité ; elle disparait spontanément au hout de quatre ou cinq semaines. On sait qu'elle est sujette à récidiver.

Traitement. — On devra se horner à prescrire des hains alcalins et à employer des moyens hygiéniques : on recommandera aussi le repos, un régime doux et des boissons diurétiques.

(C) Arthritide pseudo-exanthématique squameuse.

Pityriasis rubra aigu. — L'artliritis détermine deux espèces de pityriasis, l'une pseudo-exanthémathique, pityriasis rubra aigu disséminé, l'autre clironique, pityriasis circonscrit. Nous ne devons étudier en ce moment que le pityriasis rubra aigu, maculé et circiné.

Définition. — Le pityriasis pseudo-exanthématique arthritique est caractérisé par des taches rouges, petites, mais se réunissant quelquefois et formant alors de larges plaques ; taches couvertes de squames furfuracées blanchâtres et disparaissant spontanément dans l'espace de deux à quatre septénaires.

Symptomatologie. — Après o[uelques jours de prodromes apparaît tme éruption qui se présente sous deux aspects ■ tantôt, en effet, elle est caractérisée par des taches petites^ arrondies et à bords sinueux, disséminées sur toute la surface du corps, présentant une teinte rosée, et sièges d'une desquamation plus ou moins abondante : pytyriasis maculata ; tantôt elle est constituée par des taches rouges, se réunissant pour former des cercles pluS ou moins complets, ressemblant à ceux de

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riicrpès circiué et an nivcnii desquels se l'ait une desquamation furfuraccc : piUjriasis circinata.

Dans l'une et l'autre de ces variétés existent des démangeaisons, quelquefois assez intenses pour forcer le malade à se gratter; on peut voir alors a}»paraitrc des placards eczémateux.

Cette alfection siège ordinairement sur la face, le cuir chevelu et le tronc, quelquefois aussi sur les membres, notamment sur les avant-bras et la partie inférieure des jambes.

Marche, (Jurée et terminaison. — Le pityriasis rubra disparait quelquefois dans l'espace de dix ou quinze jours, ou se continue pendant quatre et cinq septénaires par des éruptions succes.sives, mais se termine toujours par résolution, et ne passe jamais à l'état chronique.

Êtioloçjie. — Il constitue une affection du jeune Age survenant sous l'influence du froid, des écarts de régime et de la suppression de la transpiration. L'influence printanicre peut aussi contribuer à la production de l'affection cutanée.

Diagnostic. — Nous avons déjà -indiqué les caractères différentiels du genre pityriasis; nous ajouterons seulement que le pityriasis rubra pseudo-exanthématique se distingue du pityriasis rubra arthritique par l'existence de plaques d'un rouge vif, foliacées, lamelleuses, jamais circinées.

Pronostic ot traitement. — Le pronostic n'est pas grave, puisque l'affection disparaît spontanément. On h.âtera la guérison à l'aide de tisanes rafraîchissantes , de bains émollients, de légers purgatifs, etc.

2° ARTHRITIDES VULGAIRES,

Cette section comprend cinq groupes renfermant eux-mêmes des genres distincts ; ce sont : les arthritides èrj-thémateuses, pustuleuses, vésiculeuses, squameuses et papuleuses.

a. Arthritides érythémateuses ou couperoslques.

Acné rosée ou couperose arthritique. — On désigne sous ce nom une affection caractérisée par de petites éminences papulo-

pustuleuses, à base rouge et à sommet purulent, et par une rougeur érytliématcuse accompagnée de dilatation des capillaires de la peau.

Syviptomatologie: — La couperose arthritique occupe principalement le nez, les joues, le menton, quelquefois même la partie antérieure de la poitrine. Elle est caractérisée par des taches rosées ou rouges qui disparaissent sous la pression du doigt, sont d'abord passagères et ne surviennent qu'à certains moments, sous l'influence de véritables poussées congestives d'une partie ou de presque tout le visage, poussées accompagnées de tuméfaction et de sensation de chaleur, de pesanteur, etc.

A un moment donné, la rougeur devient habituelle et permanente en certains points , et surtout au nez. Elle est alors principalement constituée par des vaisseaux capillaires dHâtés et flexueux, augmente après les repas et l'exposition à la chaleur. Alors aussi on constaie, en général, l'existence de saiUies papuleuses ou papulo-tuberculeuses, qui ne tardent pas à se convertir en pustules, et sont dues à l'inflammation des glandes sébacées. La dilatation des capillaires existe non-seulement au niveau des taches de couperose , mais aussi à leur circonférence.

Si l'affection continue , la peau s'épaissit , s'indure et se couvre de tubercules rugueux qui atteignent quelquefois le volume d'une noisette et coexistent avec les papulo-pustules précédemment décrites.

Les régions aff"ectées sont le siège de picotements, d'élancements, ou d'une sensation de cuisson et de chaleur.

Marche , durée. — La couperose a une marche chronique, oflVe quelquefois des rémissions, mais passagères, et en définitive ne guérit que rarement et fait le désespoir du médecin et du malade.

Étiologie.— Cette aftection apparaît habituellement à l'âge de 30 ou 40 ans, vers l'âge critique, et est rare dans l'adolescence.

L'exposition de la face à la chaleur, l'usage de lotions irritantes sur la figure, les excès de table, etc., jouent seulement

DES AimiKrnuE.s. 21 'à

le l'ijio do causes uccasionnelles. et ne l'uiit tj^u'éveilier l'artliritis.

Diagnostic. — La couperose arthritique doit être dillérenciée de la couperose serofuleuse et de la couperose alcoolique. La couperose serofuleuse est caractérisée par une roui^eur érytîiémateuse moins vive ; ne présente pas, à la circonférence de la plaque, des capillaires dilatés, et les pustules qui naissent sur les taches couperosiques sont plus rares, mais plus volumineuses et plus purulentes; enhn, il n'existe qu'un prurit modéré.

La couperose alcoolique est difficile à différencier de la couperose arthritique, et pour la reconnaître il faut s'informer si le malade a fait ou non abus des alcooliques; s'il existe ou s'il a existé des manifestations arthritiques, telles que de l'eczéma, des douleurs rhumatismales, des angines, des î^astralgies, des migraines.

■Pronostic. — Il est sérieux, parce que l'aifection siège ordinairement au visage et constitue une difformité désagréable et surtout parce que nous n'obtenons que bien rarement une guérison définitive.

Traitement. — Après avoir recommandé au malade d'éloigner les causes qui ont déterminé l'apparition de l'affection, on conseillera un régime doux, des badigeonnages des parties malades avec de l'huile de cade, avec une solution alcoolique d'acide phénique (acide 1 partie, alcool 9 parties). M. Bazin n'a pas obtenu de succès avec les pommades au biiodure ou à l'iodo-chlorure de mercure, et n'emploie qu'exceptionnellement l'huile de noix d'acajou ou la teinture d'iode. Enfin on ordonnera aussi des douches alcalines ou sulfureuses et surtout des douches pulvérisées.

Mais avant tout il faut instituer un traitement interne et prescrire des tisanes amères, un verre d'eau de ISedlitz, de Pulna, de Friedrichshall tous les deux ou trois jours; le sirop alcalin, et les eaux de Vais, de "Vichy, d'Ems.

Intertrifio arthritique. — L'intertrigo arthritique est caractérisé par une rougeur érytliémateuse, sur laquelle naissent or-

274 Al-'KECTIONS .SPÉCIALES.

dinairemoiit des pustules aciiéiquos ou l'aroiKUxlaircs et qui s'cteudcut en largeur par un Ixjurrelet analogue à celui de

l'herpès circiné.

Symplomatoloriie. — L'intertrigo siège dans toutes les régions où les surfaces cutajiécs sont adossées et constitue ordinairement une simple afiection artilicielle, due au contact de la sueur. Mais si le malade est arthritique, l'éruption érythémateuse, d'abord artificielle, devient une manifestation de la maladie constitutionnelle, qui s'en empare et lui imprime des caractères spéciaux : la rougeur est plus intense, s'étend au delà des parties adossées, par un bourrelet légèrement saillant et se couvre de pustules, de furoncles et d'hidrosadénites, résultats de la propagation de l'inilammation aux bulbes pileux et aux glandes sébacées.

Les surfaces malades sont souvent recouvertes d'une sueur abondante et nauséabonde et sont le siège de démangeaisons, de picotements ou d'élancements.

L'intertrigo arthritique persiste ordinairement des mois et des années, et récidive avec une grande facilité.

Etiologie. — La cause occasionnelle est habituellement le contact de la sueur altérée, aussi, observe-t-on cette affection chez les personnes qui transpirent abondamment; mais la sueur ne fait qu'éveiller la maladie constitutionnelle qui entretient et prolonge l'éruption.

Diagnostic. — L'intertrigo arthritique se distingue de l'intertrigo artificiel par l'existence d'une rougem" plus intense, s'étendant au delà des parties adossées, présentant un bourrelet circonférentiel et recouverte de pustules; par la coïncidence d'attections arthritiques, telles que dyspepsie, acné, etc.

Pronostic. — L'intertrigo est sérieux à cause de sa longue durée et de ses récidives ; parce que s'il siège à la partie interne des cuisses ou aux aisselles, les mouvements sont difficiles ; parce que s'il existe à la vulve et au vagin, il est accompagné de démangeaisons pénibles et tenaces qui peuvent altérer les fonctions digestives et déterminer des troubles intellectuels. J'raitcniPnt. — En outre du traitement local tiue nous avons

DES ARTiIRITinES. 275

indiqui! à l'article Inkrlfiijo arliftcicl, page l ili, il laut conseiller le sirop alcalin ou les eaux minérales alcalines.

(B) Arthrilides pustuleuses .

Ce groupe comprend l'acné et le sycosis. Acné arthritique. — Trois variétés d'acné se rattachent à l'arthritis, ce sont : l'A. miliaire, l'A. pilaris et l'A. indurata.

1" Acné miliaire. — Elle est caractérisée par des pustules très-petites, acuminées, entourées d'une auréole rouge et rosée, et constituées par un mélange de matière sébacée, de lymphe plastique et de sérosité purulente.

Les pustules d'acné miliaire occupent le Iront, les tempes, le nez, le menton, souvent aussi la région dorsale; quelquefois enfin elles sont disséminées sur toute la surface du corps. Ces pustules se réunissent et forment des arcs de cercle, des ellipses, etc., reposent sur une surface rouge et sont accompagnées de pustules d'acné indurata.

L'acné miliaire arthritique peut être confondu avec l'acné miliaire syphilitique. Selon M. Bazin, les deux affections sont caractérisées par des pustules traversées par un poil et entourées d'une auréole d'un rouge vif, etc., et souvent la teinte cuivrée n'existe pas dans la syphilide miliaire. Pendant les deux premières périodes, le diagnostic ne peut s'appuyer que siu' les antécédents; plus tard, on pourra s'appuyer sur les cicatrices. L'acné syphilitique offre des cicatrices arrondies, déprimées, cuivrées, et qui lilanchissent du centre à la circonférence ; au contraire l'acné arthritique donne lieu à des cicatrices plissées et non cuivrées.

L'acné miliaire ayant lieu par poussées successives, on pourra souvent th'er parti de l'existence des cicatrices résultant de l'évolution des pustules antécédentes.

2" Acné pilaris. — Elle est caractérisée par des éléments papuleux à la base, pustuleux au sommet, ombiliqués et traversés par un poil; le liquide de la pustule se dessèche rapidement et se concrète en une croûte jaune reposant alors svu* une

saillie arrondie, rouge et indurée. Bientôt les poils tombent et il n'existe plus que des papules recouvertes de croûtes légèrement déprimées qui tombent à leur tour et laissent des cicatrices blancbes et indélél)iles. Cette affection est accompagnée de picotements ou de légères démangeaisons. Les pustules sont souvent réunies et disposées en demi-cercle, partant d'une tempe pour se rendre à l'autre, en suivant la racine des cheveux ; souvent aussi elles occupent simultanément les favoris et la barbe, et encadrent la plus grande partie du visage.

On peut observer aussi des plaques d'acné pilaris à la nuque, dans le cuir chevelu, aux lèvres, etc.

L'acné pilaris consiste dans l'inflammation des glandes sébacées, annexées au follicule pileux.

Diagnostic. — L'acné pilaris peut être confondu avec la syphilide pustulo-crustacée circonscrite, qui débute par de petites pustules acnéiques, occupant la face et le cuir chevelu ; mais dans la syphilide, les pustules n'ont qu'une durée éphémère ; à leur place existent des croûtes noirâtres et plus larges, entourées d'une aréole cuivrée, enfin après la chute des croûtes, on observe des cicatrices offrant une teinte cuiA^ée et Msse.

3° Acné indurata. — Ella est caractérisée pas des éléments papuleux, rouges à la l^ase et purulents au sommet, isolées, mais quelquefois confluents , et constituant alors de petits groupes. Le sommet de ces papulo-pustules s'ouvre bientôt, et par la pression on peut faire sortir une matière analogue au bourbillon du furoncle et constituée parla glande sébacée détruite.

L'acné indurata consiste dans l'inflammation des glandes sébacées, inflammation qui se propage au tissu cellulaire ambiant et n'arrive que lentement à la suppuration.

L'acné indurata arthritique occupe le dos, la partie postérieure des épaules, la partie interne des cuisses, et se montre alors sous la forme de plaques.

Diagnostic. — L'acné indurata scrofuleuse se différencie du l'acné arthritique par les caractères suivants : elle occupe l;i face aussi bien que le dos, s'accompagne des autres variétés

DES ARTITRITinEf;. 277

d'acné : acné punctata, pustuleuse, séluicée, etc. ; et d'affections éminemment scrofuleuses, telles (pic gourmes, oplithalmics.

Eiiologie. — L'acné arthritique s'observe dans la jeunesse et l'âge adulte, au moment de la puberté, de l'âge critique, chez les individus doués d'un tempérament sanguin, etc.

Les irritants de toutes espèces, cosmétiques, vinaigres de toilette, etc. ; les excitants, tels que le café, les alcooliques, jouent le rôle de causes provocatrices de l'acné arthritique.

Traitement. — On prescrira les douches de vapeur ou d'eau sulfureuse, les douches d'eau pulvérisée, les apphcations d'huile de cade, d'une solution de chlorate de potasse, etc., et simultanément on ordonnera les alcaUns et les purgatifs légers.

Sycosis ou meniagre arthritique. — Le sycosis est une affection caractérisée par l'inflammation des follicules pileux.

Symptomatologic. — Le sycosis arthritique occupe ordinairement la lèvre supérieure, parce que les arthritiques sont souvent affectés de coryza et que la lèvre supérieure est sans cesse irritée par le fluide nasal, mais on peut l'observer sur la lèvre inférieure, le menton, les joues.

Il est caractérisé par des papulo-pustules jaunâtres et acuminées dont la base est profonde, rouge et indurée, le sommet purulent, papulo-pustules dues à une inflammation Umitée au follicule pileux, ne s'étendant pas au tissu cellulaire environnant et ne déterminant pas de nodosités enchâssées dans le tissu sous-cutané, telles que celles que l'on observe dans le sycosis parasitaire.

Le liquide de ces pustules se concrète en croûtes jaunes ou brunâtres, sèches et fragmentées ; quelquefois on observe une croûte unique et épaisse, reposant sur une plaque circonscrite et indurée ; cet état est dû à l'usage de topiques irritants sur les parties malades.

Si le sycosis persiste un certain temps, les poils s'altèrent, s'atrophient, deviennent jaunâtres et s'arrachent très -facilement parce qu'alors l'inflammation a gagné la papille pilifère.

Au niveau des surfaces affectées, le malade éprouve des picotements et des élancements.

Marche, durée, terminaison. — Le sycosis arthritique ofïre en général une intermittence remarquable, disparaît l'été pour revenir au commencement de l'automne ou de l'hiver suivant ; mais à l'aide d'un traitement approprié, on peut obtenir sa guérison.

Etiologie. — Il s'observe, en général, chez les individus du sexe masculin, dans l'àyc adulte et la vieillesse, au commencement de l'automne et de l'hiver.

Les irritants, tels que les pommades, les cosmétiques de mauvaise qualité, le fluide àcre du coryza, etc., jouent souvent le rôle de cause provocatrice et éveillent la maladie constitutionnelle, l'ai'thritis.

Diagnostic. — Nous avons établi le diagnostic du genre sycosis, il nous reste à indiquer les caractères différentiels du sycosis parasitaire et du sycosis arthritique.

Le sycosis parasitaire est précédé de cercles d'herpès circiné et de pityriasis alba, affections dont il est encore possible de constater les vestiges lors de l'existence des tubercules du sy- , cosis ; il est caractérisé par des nodosités disséminées dans la région du menton, s'enfonoant dans le tissu cellulaire souscutané, et au niveau desquelles les poils s'arrachent très-facilement, etc.

Àu contraire, le sycosis arthritique est constitué par une plaque circonscrite, saillante, rouge, siégeant dans la gouttière sous-nasale ou au menton, due à une induration du derme, et couverte de croûtes sèches, fragmentées, ou de pustules jaunâtres et à base rouge et papuleuse. Si l'affection est récente, les poils s'arrachent difficilement et sont sains; si, au contraire, elle est ancienne, ils s'arrachent facilement, sont atrophiés et jaunâtres; l'éruption enfin est accompagnée ou a été précédée de coryza, migraines et autres accidents arthritiques.

La syphihde pustuleuse ou tuberculeuse circonscrite diffère du sycosis parce que les éléments primitifs sont groupés en cercles ou demi-cercles, sont entourés d'une aréole cuivi'ée et traversés par des poils sains et persistants.

Pronostic. — Le sycosis arthritique est une affection sérieuse,

DES AUTIHÎITinKS. 279

noil-soiilpmont parce qu'il in(li(iue roxisteiicc (riiiii; maladio constitutionnelle, mais aussi parce qu'il est tenace et riîcidivu facilement.

Traitemenl. — Au début on pourra oljtenir la guérison à l'aide seul de pommades au turbitli, au précipité rouge, de lotions alcalines ; mais à une époque ultérieure et s'il exist(î une inÛammation vive des lolliculcs, on conseillera les cataplasmes de fécule, les lotions émollientes, cite. Lorsque l'innammatiou sera apaisée, on prescrira l'épilation, qui a pour but d'enlever une épine, en arrachant le poil, et l'huile de cade, agent substitutif.

On pourra aussi ordonner simultanément les bains et douches de vapeur, les bains alcalins.

Enfin, outre ce traitement local le malade suivra un traitement général consistant dans les amers, les purgatifs salins, et les alcalins.

(C) Arlkritides véslco- squameuses.

Ce groupe comprend deux affections génériques, l'eczéma et l'herpès, et une affection propre, l'hydroa.

Eczéma arthritique circonscrit. — L'arthritis détermine ti'ois formes d'eczéma : l'eczéma circonscrit, l'eczéma nummulaire et l'eczéma sénéralisé ; mais ces deux dernières formes se rattachent au groupe des arthritides irrégulières ; seul l'eczéma circonscrit appartient au groupe des arthritides vulgaires.

Symptomaiologie. — L'eczema circonscrit arthritique offre trois variétés : E. circonscrit, E. orbiculaire et E. centrifuge.

E. circonscrit. — Il occupe les parties génitales, les mamelles, le dos des pieds et des mains, la face dorsale des avantbras et la partie antérieure des jambes, plus rarement le front, la nuque, la partie antérieure de la poitiine ; siège seulement sur un des cotés du corps, ou s'il existe sur les parties droites et gauches, a débuté par l'une d'elles et ne s'est développé sur l'autre que longtemps après. Il est caractérisé par des plaques arrondies, rouges, quelquefois mèrni' violacé(;s, nettement' cir-

consentes, de petites dimensions et dont le diamètre ne dépasse pas ordinairement celui d'une pièce de 3 francs, et est souvent, plus petit, mais qui se réunissent quelquefois, et par cette réunion donnent lieu à des plaques plus grandes et cou- A^rant toute l'étendue d'un membre.

A la surface de ces plaques ne se produit qu'un suintement peu abondant de liquide qui se concrète immédiatement en croutelles ou en squames, aussi les surfaces malades offrentelles un aspect de sécheresse des plus remarquables. Quelquefois cependant, par suite de l'application de topiques irritants existent un suintement abondant et consécutivement des croûtes épaisses.

Au début, lorsque l'éruption éphémère des vésicules se produit, le malade éprouve des démangeaisons ; plus tai'd lorsqu'il n'existe qu'une surface légèrement suintante, il ne ressent que des picotements et des élancements.

Si l'eczéma circonscrit occupe la face dorsale des mains, il est remarquable par sa sécheresse et le fendillement de l'épiderme qu'il détermine ; s'il siège à la paume des mains et à la plante des pieds, l'épaisseur de l'épiderme empêche souvent la rupture des vésicules dont le liquide est résorbé, de sorte que l'épidei'me se réapplique sur le derme; de là des taches jaunes au niveau desquelles l'épiderme tombe et laisse à nu une membrane de nouvelle formation rouge ou violette. S'il existe sur les faces latérales des doigts, il est caractérisé par l'existence de 10, 15, 20 cercles rouges, recouverts bientôt de petites vésicules qui se rompent en ne donnant heu à aucun suintement et sont limités par un liséré épidermique blanchâtre qui a fait suite à la rupture des vésicules. S'il siège à la partie sous-unguéale des doigts (E. unguinum), la sécrétion est peu abondante et se concrète en croûtes jaunâtres et ternes, s'accumulant sous la partie antérieure de l'ongle, la soulevant, la déviant et finissant parla faire tomber. Il peut exister un peu de j'ougeur autour de l'ongle et même de l'eczéma.

h' eczéinaorbiculaire siège autour des orilices naturels, tels que la bouche, l'ombilic, l'anus, etc., présente les caractères que

DES ARTIIRITIDES. 281

nous jivons piMjctidernment diiciits et (lotcrminc! des trouilles l'onctionnols en rapport avec la partie (ju'il occupe : gène dans l'ouverture des lèvres àToriflce buccal par exemple.

h'eczéma centrifuge est ainsi appelé parce qu'il se présente sous la l'orme de disques circulaires ou demi-circulaires plus ou moins étendus, dont la circonférence externe se continue insensiblement avec la peau normale et la circonférence interne, présente des bords déchiquetés, disques qui circonscrivent une surface saine et sont recouverts de petites croûtes ou de squames jaunâtres.

A côté de l'eczéma arthritique M. Bazin décrit une affection qu'il désigne sous le nom d'hidrosadénite ulcérative, affection occupant la paume des mains, la racine et la face palmaire des doigts, quelquefois les parties correspondantes des pieds, intéressant les glandes sudoripares et caractérisée par des exulcérations superficielles, continues entre elles, disposées circulairement ou en fer à cheval, naissant successivement, etc. Cette affsction est tenace, récidive fréquemment et s'accompagne d'autres accidents.

Marche, durée, terminaison. L'eczéma arthritique a une

marche chronique, est sujet aux récidives, mais ne se généralise pas comme l'eczéma dartreux, et peut se transformer en pseudo-pityriasis ou pseudo-lichen.

En 1868, un malade du service de M. Bazin présentait, à la suite d'un eczéma unguium étendu aux doigts et au dos du pied, des végétations de la grosseur d'une noisette en moyenne, rougeàtres, peu sensibles au toucher, arrondies, se touchant par leurs côtés, et dont les bases reposaient sur une surface rouge, épaisse et comme lichénoïde. Le moule du pied de ce malade existe au musée de l'hôpital Saint-Louis.

Diufinostic. — L'eczéma circonscrit arthritique se différenciera facilement de l'eczéma scrofuleux, qui a pour Aiége ovdinaire la face, la partie postérieure des oreilles, le cuir chevelu, est accompagné d'un suintement abondant de liquide qui se concrète en croûtes jaunâtres et épaisses, d'engorgements ganglionnaires, d'ophthalmies, ne détermine que pende prurit, etc.

2^2 AFFECTIONS SPKCIALES.

et (lo. IVcz(^ma Iiorp<iti([ue qui déljiito par le pli «lu coude et les jarrets, est caractérisé par des plaques larges, siég'es d'un suintement abondant, de démangeaisons vives, ayant une a'rande tendance à s'étendra, etc.

Étiolor/ie. — L'eczéma arthritique s'observe surtout chez l'adulte pléthorique et sanguin, à la suite d'écarts de régime, d'un usage prolongé d'alcooliques ou d'une nourriture excitante.

Pronostic. — Il présente une certaine gravité , parce que cette espèce d'eczéma siège sur les parties découvertes, et récidive facilement; mais cette gravité est tempérée par cette considération que l'eczéma circonscrit ne se généralise pas et disparaît même api-ès un temps plus ou moins long.

T raitement. — Le traitement local consiste dans l'usage, au début, de .cataplasmes de fécule , de poudre et de bains d'amidon, et plus tard dans l'emploi de pommades au calomel, au sulfate de fer; d'huile de cade mêlée à l'huile d'amandes douces, si les surfaces sont bien sèches et squameuses, et aussi de bains alcalins, de douches sulfureuses, de bains et de douches de vapeur. Le traitement interne consiste dans l'administration du sirop alcalin, d'eaux minérales, telles que celles de Royat, Vichy, Ems.

Herpès successif et chronique. — M. Bazin désigne sous ce nom une affection caractérisée par des vésicules d'herpès phlycténoïde , siégeant habituellement sur le prépuce et l'orifice vulvaire , plus rarement à T orifice buccal, affection chronique et se perpétuant par des poussées succRssives.

Symptomatoloçjie. — L'éruption est caractérisée par des vésicules réunies et formant de petits groupes plus ou moins isolés, occupant tantôt le bord libre muqueux des lèvres, les commissures et souvent la surface cutanée ; tantôt la face muqueuse du prépuce, au niveau de la rainure de sa base, quelquefois le gland ou la peau du prépuce; enfin, la face interne ou externe des grandes lèvres, et même le col de l'utérus.

Les vésicules herpétiques sont remplies d'un liquide d'abord transparent, mais bientôt blanchâtre, se rompent vers le troisième ou quatrième jour, et donnent issue à un liquide qui se

DES ARTIIRITIDES. 283

l'oncrote en croûtes pinson moins ép;iisscs, an-dessons dos- ([iiLiUes existent des exulcérations qni se cicatrisent bientôt et ne laissent aucune trace de leur existence; mais de nonvellcs poussées se succèdent les unes aux autres, et prolongent ainsi l'affection des mois et des années. Au prépuce, à la vulve, il est difficile d'observer les vésicules , et le plus ordinairement on ne constate que Texistence de l'exulcération.

Diagnostic. — Nous avons indiqué les caractères distinctifs du genre herpès; le diagnostic de l'espèce d'herpès est facile à établir : les herpès artillciels ou symptomatiques d'une maladie félirile surviennent, les premiers après l'action d(î su1istanccs irritantes, les seconds au décours de maladies dont ils constituent une crise; l'herpès idiopathique est cai'actérisé par l'existence d'un mouvement fébrile, par sa marche aiguè, l'al)sence de récidive, etc.

Pronostic. — L'herpès successif est tenace , récidive facilement, simule une affection syphilitique lorsqu'd siège aux parties génitales, et, à ces divers points de vue, constitue une affection sérieuse.

Traitement. — Le traitement local consiste dans des applications de charpie imbibée d'une solution légèrement astringente, telle que la solution d'alun, de tannin, d'eau blanche, et si ralTection persiste, dans de légères cautérisations avec le nitrate d'argent.

Comme traitement général, on prescrira le sirop alcalin, les eaux de Royat, de Vais, de Vichy.

Hydroa vacciniforme . — Symptomatologie. — Cette affection est caractérisée par des taches rouges , sur lesquelles naissent des vésicules transparentes, ombiliqué<fS à dater du second jour de 'leur existence, et dont le liquide se trouble bientôt et se concrète ensuite en une croûte que l'on observe d'abord au centre et ensuite à la circonférence. Après la chute de cette croûte existe une cicatrice déprimée.

Quelquefois la sécrétion séro-purulente est abomlante, et les croûtes sont épaisses, jaunâtres et semblables à celles de l'impétigo.

281 AFFECTIONS SPIÎCIAI>ES.

L'iiydroa vacciiiiformc so prolonge par il(is poussées successives pondant plusieurs mois, (Quatre, cinq, six mois.

Les parties découvertes, le nez, les joues, les poignets, les mains, la muqueuse buccale, constituent des sièges d'élection.

Traitement. — M. Bazin recommande d'éviter les promenades au grand air, le séjour aux bords de la mer, et les transitions de température, et ordonne à l'intérieur le sirop alcalin et les eaux minérales alcalines ; à l'extérieur, les douches sulfureuses faibles, les douches alcalines et pulvérisées.

(d). Arthritides vulgaires squameuses.

Elles comprennent deux genres : le pityriasis et le psoriasis.

a. Pityriasis chronique et circonscrit. — Symptomatohgie. — Le pityriasis chronique arthritique est ordinairement circonscrit et s'observe sur les parties découvertes et velues : le cuir chevelu, la nuque, les sourcils, la barbe, la partie antérieure de la poitrine et les aisselles.

Symptomatologie . — Il est caractérisé par des placards rouges, au niveau desquels la peau a conservé sa coloration normale; lorsque les surfaces malades sont rouges, tantôt la rougeur est générale, tantôt elle se présente sous la forme de petits disques arrondis et entourant la base des poils. Les glandes pilifères forment une saillie plus considérable et sont recouvertes de squames minces formant autour des poils une gaine épidermique, remontant plus ou moins haut sur la tige. Lorsque l'affection est ancienne, les poils sont secs, atrophiés, cassants, et tombent ; la calvitie est d'abord temporaire, les cheveux repoussent ; mais après im certain temps les altérations de la papille sont si considérables qu'elle devient définitive. Le malade ressent au niveau des surfaces malades des picotements et des élancements.

Sous le nom de pityriasis acnéique, M. Bazin décrit une affection caractérisée par des placards irréguHers , le plus souvent arrondis et nettement circonscrits, d'une coloration d'un rouge assez marquée, recouverts de quelques squames blanchâtres.

DE.S ARTHRITIDES. 283

cl à la eirconierenco desquels on ol^serve uiu; série tle véritables pustules acnéiques, siégeant à la base des poils, à sommet jaunâtre et acuminé, et qui les séparent nettement des parties saines.

Nous avons plusieurs Ibis observé cette variété de pityriasis arthritique, dans le service de M. Bazin; elle occupait une grande partie du dos où elle formait un large placard plus ou moins ovalaire et nettement circonscrit.

L'altération des follicules pileux est plus prononcée dans cette variété que dans la variété précédente.

Marche, durée. — Le pityriasis arthritique persiste des mois et même des années, récidive facilement et détermine souvent une calvitie temporaire et même permanente.

Éiiologie. — Le sexe masculin, la jeunesse et l'âge adulte sont surtout sujets à cette aflection, qui reconnait pour causes provoquantes les pommades et les lotions irritantes, le contact de la sueur abondante, en général, chez les arthritiques.

Diagnostic. — Le pityriasis herpéticpie occupe de grandes surfaces, et les parties non velues aussi bien que les parties velues, ne détermine qu'exceptionnellement, et après une longue durée, la chute des cheveux.

Le pseudo-pityriasis scrofuJeux a été précédé d'un eczéma qui était le siège d'une sécrétion plus ou moins abondante; les squames, d'ailleurs, sont plus épaisses , plus jaunâtres et otfrent un certain degré d'humidité; il occupe non-seulement le cuir chevelu , mais la face postérieure des oreilles, ou le pavillon auriculaire, est accompagné d'autres accidents scrofuleux.

. Traitement. — J'ai résumé en ces termes, dans le 1" volume des affections génériques de la peau, le traitement du pityriasis arthritique :

On ordonnera la tisane de saponaire ou de pensée sauvage, édulcorée avec le sirop de fumeterre ou d'orme pyramidal ; matin et soir, une cuillerée à soupe de sirop alcalin, et une eau alcaline aux repas ; on fera raser ou couper, à quelques millimètres de la peau, les cheveux ou les poils ([ui recouvrent les

280 AFFECTIONS SPÉCIALKS.

parties malades, et tous les ti-ois jours on badigeonnera à l'huile de cadc les surfaces aiiectécs; trois ou quatre lois par jour on lolionncra les surfaces malades avec une solution de glycérine ou de saponine , et une faible [dose de carbonate de soude (eau de son, riOO grammes; glycérine anglaise, 30 gr.; carbonate de soude, 25 centigr. à 1 gramme), et on fera prendre des bains alcalins ou de vapeur.

Psoriasis arUirilique. — Le psoriasis arthritique occupe de préférence les régions découvertes, telles que la tète, la paume des mains, la plante des pieds, etc., mais se rencontre rarement au niveau des coudes et des genoux, régions où siège habituellement le psoriasis herpétique. Il se présente sous l'aspect scarlatiniforme et sous la forme nummulaire.

a. Le j)Soriasis scarlatiniforme se développe, dans la plupart des cas, simultanément à la plante des pieds, à la paume des mains, à la racine des cheveux et aux organes génitaux ; cependant il peut n'occuper que quelques-unes de ces régions.

Il est caractérisé par un sentiment de tension et de brûlure au niveau des parties malades, par une desquamation tjui a lieu par larges plaques épidermiques analogues à celles de la scarlatine, par im épaississement et une rougeur scarlatiniforme des téguments sous-jacents aux squames, et enfin lorsque l'allection siège à la paume des mains et à la plante des pieds, par des fissures profondes, desquelles s'écoule une sérosité plastique qui se concrète sous forme de croûtes, ainsi que par la demi-ncxion des doigts et des orteils . Cette forme de psoriasis est assez rare,

b. Le psoriasis nummulaire occupe à peu près les mêmes régions que le psoriasis scarlatiniforme. Il est caractérisé par de^s plaques rouges , ari'ondies et recouvertes de squames qui ne présentent jamais la couleur blanche et argentée, la sécheresse remarquable des squames du psoriasis herpétique, mais ofireut une humidité due à une sécrétion intermittente des surfaces malades; d'où il résulte qu'il est quelquefois difficile de décider si l'on a sous les yeux un eczéma ou un psoriasis.

DKS ARTIUUTIDES. 287

C'est, du reste, un des principaux caractères du pscniasis arthritiipie que la teudauce ([u'il possède à se convertir 'mi alt'ectiou suintante, en eczéma.

Les surfaces att'eetées île psoriasis sont ordinairement le siège de picotements et d'élancements.

lic psoriasis scarlatiniforme présente queicpiei'ois une durée très-courte et se termine dans l'espace de quelques semaines, mais souvent il passe à l'état chronique et se perpétue pendant un temps indéterminé. Le psoriasis nummulaire, au contraire, suit toujours une marche chronique, est sujet à récidiver et revient à des saisons ou à des époques lixes. Mais à une certaine époque l'atièction disparait à jamais , soit parce que la maladie qui lui a donné naissance a cédé à un traitement approprié, soit parce qu'elle a fait place à des manifestations d'une période plus avancée.

M. Bazin décrit, à coté du psoriasis arthritique, la psoiHasis buccal, affection qui occupe la face interne des lèvres, des joues et de la langue, est caractérisée par l'existence de petites plaques blanchâtres, arrondies ou irrégulières, paraissant dues à une altération de l'épithélium et des papilles, déterminant une g'ène continuelle.

Le psoriasis buccal a une durée très-longue et persiste pendant des années.

Diagnostic. — Le psoriasis herpétique débute par* les coudes et les genoux, envahit rapidement toutes les parties du corps, est caractérisé par des plaques saillante?, rouges, couvertes île squames sèches et nacrées.

La syphilide tuberculeuse de la paume de la main peut être confondue avec le psoriasis palmaire ; mais, dans la première affection, les squames reposent sur un groupe de tubercules cuivi'és, disposés cireulairement, et il n'existe ni cuisson, ni démangeaisons, tandis que dans le psoriasis palmaire on ren; contre un mélange de psoriasis, de pityriasis et d'eczéma , de petites tissures, le malade éprouve du prurit, etc.

Pronostic. — 11 est lienin s'il s'agit du psoriasis scarlatiniforme qui disparaît en quelques semaines; plus sérieux s'il

288 AFKJ'XTJON.S .SPECIALES.

s'agit du psoriasis nuramulaire, aiïection qui persiste longtemps, et récidive après avoir été guéri.

Trailemcnt. — En outre des alcalins, on conseillera l'huile de cade, les douches alcalines et de vapeur, et les l)aiûs d(^ même nature. (Voyez Traitement du psoriasis, p. iil.)

(e). Arthritîdes papuleuses .

Elles renferment deux genres : le prurigo et le lichen.

Prurigo arthritique. — Symptomatologie. — Cette affection occupe surtout la partie antérieure de la poitrine , les pai'ties latérales du cou, le pourtour de l'anus, la face interne des cuisses et les organes génitaux ; elle est caractérisée par des papules isolées, peu volumineuses, accompagnées de picotements et d'élancements ; persiste longtemps et récidive facile • ment. Le froid parait exercer une incontestable influence sur son apparition ou sa récidive.

Pour établir le diagnostic de cette espèce de prurigo, on se fondera sur le siège limité de l'aflection, l'existence de picotements et non de démangeaisons, la coïncidence d'autres affections arthritiques, etc.

Lichen arthritique. — Il comprend trois variétés : le lichen circonscrit, le lichen pilaris et le lichen lividus.

Lichen circonscrit. — Le dos des avant-bras et des mains, le côté externe des membres, le front, les parties génitales sont les sièges de prédilection du lichen circonscrit. Cette variété de lichen est caractérisée par des papules nombreuses groupées les unes à côté des autres, et formant ainsi par leur réunion des plaques arrondies qui présentent un diamètre de 3, 4 et o centimètres. Ces plaques sont nettement limitées par des bords saillants et oûrent une coloration rouge ou violacée ; leur nombre est variable : tantôt il en existe seulement deux ou trois, tantôt on en observe un nombre assez considérable. Elles sont accompagnées de picotements ou d'élancements plutôt que de démangeaisons. Bientôt les papules s'aflaissent, se recouvrent à leur sommet de petites squames très -adhérentes, et finissent

DES ARTIiKITJDE.S. 289

en lin par disparaitre complètement, ne laissant ;ï leur place (ju'un épaississement notable et une coloi'ation plus loncéc des téguments, phénomènes qui iinisscnt eux-mêmes par s'ell'acer.

Le lichen circonscrit est une allcction très-tenace et sujette à récidiver; cependant il est destiné à disparaître dans un temps plus ou moins long , tandis que le lichen dartreux s(.' généralise à mesure que l'individu avance en àgo.

Lichen pila ris {cutis anseriiia). — Le lichen pilaris est caractérisé par des papules traversées par un poil et plus volumineuses que celles du lichen simple.

Siéfje. — Il se montre dans la barbe, sur la partie antérieure de la poitrine et sur la face externe des membres, et principalement des jambes.

D'après les différences qu'on peut trouver dans la lésion élémentaire, M. Bazin établit deux variétés de lichen pilaris : l" lichen par hypertrophp; papillaire, 2° Ucheii par altération fonctionnelle de la papille.

1° Dans la première variété, on rencontre de grosses papules traversées par un poil , constituées par l'hypertrophie du follicule pileux et de la papille pilifère. La peau présente alors un aspect rugueux qui ressemble à cet état qu'on désigne communément sous le nom de chair de poule ; c'est de là que vient aussi la dénomination de cutis anserina.

Les démangeaisons sont peu vives et habituellement remplacées par des picotements; on n'observe la chute des poils qu'après une longue durée de l'affection.

2" Dans la seconde variété du lichen pilaris, la papille pihfère présente une grave altération fonctionnelle. Elle ne donne plus naissance au poil; elle sécrète une matière giutineuse, qui, examinée au microscope , se montre composée de cellules épidermiques molles, polyédriques et pourvues d'un noyau trèsvisible. Cette variété de lichen pilaris se rapproche un peu du pityriasis capitis caractérisé par une hypersécrétion épidermique qui se fait aux dépens des parois du follicule pileux. Mais, dans la première afiection, on trouve une sécrétion d'épidermc muqueux ([ui a lieu dans la papille elle-même ;

290 AFFECTlOiXS SPECIALES.

ihiiis la .socoiide, OU observe (le véritables cellules épidermiques aplaties, déformées et disposées sous la forme de lamelles ou furfurs.

Le lichen pilaris [lar altération fonctionnelle de la papille offre des symptômes qui lui sont propres. Il est caractérisé par des papules petites, déprimées à leur centre, d'une couleur jaunâtre ou brunâtre, et disposées en plaques ressemblant à une croûte de pain légèrement bridée et superficiellement râpée.

Les éléments du poil cessent d'être sécrétés de bonne heure ; aussi les papules ne sont pas traversées par un poil comme celles du lichen par hypertrophie papillaire.

Lichen à papules déprimées, lichen lividus. — M. Bazin décrit sous ce nom une variété de lichen, caractérisée par des papules plus volumineuses que celles des autres variétés de hchen, aplaties, se réunissant par groupes de deux, trois, quatre ou en plus grand nombre, pour former des placiues et non accompagnées de prurit.

Dans quelques circonstances, l'éruption revêt une teinte violacée ; les papules sont mélangées de taches hémorrhagiques et entourées d'une coloration livide.

Diagnostic. — Le Hchen arthritique peut être confondu avec les lichens herpétique, scrofuleux, syphilitique et parasitaire ; mais le lichen herpétique est caractérisé par des groupes de papules peu volumineuses, groupes disséminés sur toutes les parties du corps et occupant principalement la partie interne des membres ; est accompagné de vives démangeaisons, etc. Au contraire, le lichen circonscrit occupe la partie externe des membres, n'est pas généralisé et détermine seulement des picotements.

Le lichen scrofuleux est caractérisé par de grosses papules disséminées sur de larges surfaces, ne détermine, pour ainsi dire pas de prurit et s'observe dans la jeunesse.

Le lichen syphilitique est caractérisé par des papules cuivrées, disséminées sur toute la surface du corps et n'est pas accompagné de démangeaisons.

DES ARTIIRITIDES. 291

Enlin, le lichen parasitaire des l'égions velues est caractérisé par des altérations des poils qui occupent la plaque de lichen ; ces poils sont cassés et engainés par la matière champignonneuse blanche. Enfin, simultanément, existent des anneaux et des cercles herpétiques.

Pronostic. — La ténacité, les récidives fréquentes do l'éruption rendent le pronostic assez sérieux.

Traitement. — On prescrira, contre les artbritidespapuleuses. les bains alcalins ou de vapeur, les douches de vapeur et les douches pulvérisées.

Pour calmer le prurit qui existe dans le prurigo, on ordonnera une solution d'acide phénique au millième, les lotions avec l'eau blanche, l'eau aluminée ou vinaigrée, les lotions de sublimé : eau, 300 gr., sublimé, 0,10, les pommades opiacées ou à l'oxyde de zinc, l'huide de cade pure ou mitigée.

p]niin, le sirop alcalin, les eaux minérales alcalines, de légers purgatifs tous les deux ou trois jours seront conseillés simultanément.

3° AllTimiTIDES IRRÉGULIÈRES.

(A) AriJirilide irrégulière érythémateuse.

Urticaire chronique ou cnidosis. — Dans la dernière édition de ses leçons sur les arthritides. M. Bazin a admis deux variétés de cnidosis arthritique : le cnidosis tuberosa et le cnidosis simplex.

Symptomatologie. — Le cnidosis arthritique occupe li\s parties découvertes, la face, les mains, les avant-bras, se développe souvent le jour sous l'influence du froid. Nous avons observé tm malade à l'hôpital Saint-Louis, et une malade de la ville

I qui ne pouvaient soiiir dehors sans présenter l'un des tubérosités d'urticaire tubéreuse, l'autre des papules d'urticaire

1 simple.

Le cnidosis tuberosa est caractérisé par des tubérosités du ivolume d'un pois, d'un rouge foncé, violacé, présentant quel-

292 * A1-"FECTI0NS SPÉCIALES.

<j[ucfois à leur intérieur de petites liémorrhagies, accompagnées de tension et de gonflement des parties voisines et laissant à leur place des dépressions profondes et quelquefois des taches purpuriques.

Lecnidosis simplex est caractérisé par de légères saillies arrondies, décolorées au centre, et sièges de démangeaisons ou de picotements et d'élancements.

Marche, durée, terminaison. — Le cnidosis arthritique se prolonge ordinairement pendant des mois et même des années ; il se manifeste par poussées, apparaissant à intervalles variahles, quelquefois, ainsi que je l'ai dit, dès que le malade s'expose au froid. S'il persiste longtemps, il peut déterminer une cachexie j)lus ou moins intense.

Éliologie. — L'exposition au froid, les excès de régime sont les causes déterminantes de l'urticaire arthritique.

Diagnostic. — A l'inverse du cnidosis arthritique, le cnidosis herpétique se développe sur toutes les parties du corps, est déterminé par des émotions morales, apparaît la nuit et disparait le jour, se présente sous la forme dite : urticaria evanida (voyez Herpétides) .

Traitement. — Les eaux minérales alcahnes, le sirop alcahn, les bains alcalins forment la hase du traitement du cnidosis ; malheureusement cette affection résiste souvent des mois et des années.

(B) Arthrilide irrégulière vésicukuse.

Ce groupe comprend un seul genre : l'eczéma, affection qui offre deux Yai"iétés, l'eczéma nummulaire etV eczéma suintant généralisé.

Eczéma nummulaire et eczéma suintant généralisé. — Symptomatologie. — L'eczéma nummulaire présente tous les caractères que nous avons assignés à l'eczéma circonscrit (page 279); sous l'influence des appHcations irritantes, des excès alcoohqucs, les surfaces affectées s'étendent et deviennent le siège d'un suintement abondant.

L'eczéma suintant généralisé est caractérisé par de larges

DES ARTIIRlTinES, 203

plaques ovalaires, rouges ou violacées, occupant la partie externe des membres et le tronc, entourés de petits placards circonscrits et ari'ondis, témoignant de la forme primitive de l'alTection, plaques qui sont le siège d'un suintement assez aljondant ou sont recouvertes de croûtes minces et foliacées.

L'affection est d'abord limitée à un membre, asymétrique, et ne s'étend que consécutivement aux autres parties du corps.

Marche, durée, terminaison. — L'eczéma nummulaire et l'eczéma suintant présentent une marche chronique, sont tenaces et récidivent facilement jusqu'à ce qu'ils fassent place aux affections de la troisième période de l'arthritis. Rarement ils persistent indéfiniment et déterminent un état cachectique.

Diagnostic, pronostic et traitement. — Nous avons établi le diagnostic, et le pronostic de l'eczéma arthritique, page 282. Quant au traitement, il doit consister, pour cette variété, d'après M. Bazin, dans l'administration prolongée du perchlorure de fer à petites doses, soit seul, soit combiné aux alcalins, en ayant soin de donner ce sel séparément et à des intervalles assez éloignes pour éviter sa décomposition; dans l'usage d'eaux minérales, d'eaux douces chargées de barégine, comme celle deMolitz, de Saint-Gervais, de Schlangenbad, etc., et dans l'emploi des purgatifs salins. L'arsenic ne détermine qu'une aggravation de l'affection.

Le traitement local est le même que celui que nous avons indiqué à propos de l'eczéma circonscrit.

Hydroa huileux. — L'hydroa huileux (pemphigus à petites bulles) est une affection arthritique, généralement peu connue. Aussi reproduirons-nous le chapitre que nous lui avons consacré dans le premier volume des affections génériques.

Siège. — L'affection s'est montrée sur les bras, le tronc et la partie interne des cuisses ; elle s'est manifestée une fois sur la muqueuse buccale.

Symptômes. — L'éruption est quelquefois précédée par du malaise, la perte d'appétit, un léger mouvement fébrile, de la fièvre et de l'angine, mais le seul phénomène prodromique qui soit constant est un prurit très-intense.

L'éruption so manifeste par des Inilles inégales, dont les unes ont la grosseur d'une lentille, et les plus considérables ne dépassent pas le volume d'un pois. Ces bulles sont arrondies, disposées d'une manic'-re irrégulière, par groupes de trois ou quatre ; elles sont remplies d'un liquide transparent qui se trouble rapidement et prend une couleur jaunâtre; enfin, elles reposent sur une surface rouge qui s'étend à leur base sous la forme d'une auréole. Pendant que de nouvelles bulles se dévelo^Dpent, les anciennes se dessèchent et sont remplacées par une croûte jaunâtre ; si Tune d'elles vient à être déchirée par le grattage, on trouve une surface violacée et légèrement excoriée. Dans l'intervalle des poussées, on n'observe aucun phénomène morbide, si ce n'est un prurit ordinakement trèsmarqué.

Le malade conserve l'appétit, et la nutrition n'est point altérée.

Marche, durée et terminaison. — L'hydroa huileux présente une marche chronique, se manifeste par des poussées successives, et a une durée qui est en général de cinq à six mois.

Éliologie. — Cette affection est plus fréquente chez l'homme que chez la femme .

Elle se manifeste chez les adultes de vingt à quarante ans. Les saisons et les variations de température ont une influence marquée sur le développement de l'hydroa huileux ; c'est au printemps qu'il a été observé un plus grand nombre de fois.

Enfin, je ne ferai que rappeler les différentes causes occasionnelles, telles que régime, agents irritants, etc., qui agissent en éveillant la diathèse arthritique, sans laquelle elles resteraient impuissantes.

Diagnostic. — L'hydroa huileux ne saurait être confondu avec le pemphigus.

Dans l'hydroa buUeux, les bulles sont petites, ne dépassent pas le volume d'un pois, sont remarquables par l'inégafité de leur volume, et occupent des régions assez bien circonscrites. Les bulles du pemphigus sont plus considérables, peuvent atteindre le volume d'une noix et même d'un oMif île

DKS ARTHRITIOES. 29Î)

poule, existent sur dos régions variées et s'étendent quelquefois sur la plus grande partie de la peau. Enfin, l'hydroa huileux se termine par la guérison après une durée «le quatre à six mois ; la mort est la terminaison du pemphigus dans la très-grande majorité des cas.

Pronostic. — Le pemphigus à petites huiles guérit constamment, tandis que le pemphigus proprement dit est presque toujours mortel.

Traitement. — On administre à l'intérieur les amers et le sirop alcaUn, et on saupoudre les surfaces malades avec les poudres d'amidon et de tan. Les hains ne seront prescrits que pour détacher les croûtes. Un ordonnera de préférence des hains alcalins, contenant 100 à 120 grammes de carhonate de potasse.

(C) Arthritide irrégulière huileuse.

Bu pemphigus arthritique. — Symptomalologie. — Le pemphigus débute quelquefois par les muqueuses buccale, pharyngée, vaginale, etc., et il est alors caractérisé par de petites huiles qui se rompent immédiatement, échappent à l'observation et laissent après elles de petits lambeaux d'épithélium très-minces, se déchirant en partie et prenant une coloration blanchâtre.

Si le pemphigus débute par la peau, il est souvent caractérisé par des placards eczémateux, à la surface desquels naissent, après un certain temps, de véritables bulles. Mais l'éruption huileuse peut naitre d'emblée; elle est alors précédée d'un éry thème érysipclateux à la surface duquel naissent des bulles disposées ordinairement de façon à représenter un cercle ou un arc de cercle.

Les bulles sont remarquables par l'inégalité de leur volume, qui excède rarement celui d'une noisette ou d'une noix ; par l'enveloppe résistante qui les entoure, la rapidité avec laquelle le liquide perd sa transparence, devient opaque et purulent, et se concrète en croûtes jaunes et brunâtres ; par sa circonscription à certaines parties, telles que les coudes, les avantbras, les cuisses, et sa généralisation tardive ; par la coexis-

296 AFFECTIONS SI'ÉCIALER.

tcnce de plaquus (■cznmatcuses, d'c-ruptions d'hydroa-liuUeux, de furoncles, par l'existence d'al)cès ou d'angloleucites, etc.

Marche, durée, terminaison. — Les bulles de pempliigus naissent par poussées successives qui d'al)ord sont séparées les unes des autres par des intervalles de plusieurs jours, qui, ensuite, se produisent chaque vingt-quatre heures, et en général la nuit, de sorte que chaque matin, à sa visite, le médecin constate l'existence de 20, 30, 30 huiles. La durée est tout à fait indéterminée et se prolonge parfois pendant des années, mais guérit souvent à l'inverse du pemphigus cachectique qui se termine par la mort. J'ai observé deux cas de guérison de pemphigus artliritique.

M. Bazin professe que la guérison est ordinairement annoncée par l'apparition de placards eczémateux et de bulles d'hydroa ; quelquefois cependant, le pemphigus arthritique est suivi de cachexie et de mort.

Diagnostic. — On étabhra la nature arthritique du pemphigus en se fondant sur les caractères précédemment indiqués.

Pronostic. — Le pemphigus arthritique est l'espèce de pemphigus la moins grave, puisqu'il peut guérir, mais constitue cependant une affection sérieuse, puisque, s'il se générahse, la mort peut en être la conséquence.

Étioîogie. — On l'observe principalement chez les indi\idus du sexe masculin, au printemps et à l'automne, à la suite d'excès de travail ou d'abus alcooliques .

Traitement. — Les alcalins à petites doses, les eaux de Saint- Christau, la teinture de cantharides à la dose de 1 à 4 gouttes dans une potion ont donné quelques succès. Comme pour toute espèce de pemphigus, on saupoudrera les surfaces malades de poudre absorbante et astringente : amidon, tan, etc.

(D) Arthritides irrégulières phlegmoneuses.

Hidrosadénùe arthritique. — Nous avons décrit le genre hidrosadénite, page 104, et nous avons dit que cette affection était caractérisée par de petites tumeurs innammatoircs et

DES ARTIIRITIDES, 297

pupjuirativos qui avaient pour sièges les glandes sudoripares : nous devons indiquer ici les caractères spéciaux de l'hidrosadénite arthritique.

Si/viptomatologie. — L'hidrosadcnite arthritique s'observe aux régions velues, telles que la face, le cuir chevelu, les parties : génitales, les aisselles, etc., aux mamelles pendant la lactation, etc.; elle est caractérisée par des tumeurs isolées, présentant une coloration d'un rouge sombre ou violacé, entourées i d'une auréole rouge qui est parcourue par des arborisations vasculaires, visibles à l'œil nu ; indolentes au début, mais devenant bientôt le siège de douleurs puisatiles ; s'ouvrant à un ' moment donné et donnant issue à un pus bien hé d'abord, mais bientôt séro-purulent. Tantôt les ouvertures de ces petites tumeurs se cicatrisent rapidement, tantôt ils se convertissent en ulcérations qui se cicatrisent seulement après plusieurs jours d'existence et laissent à leur place une tache blanche et déprimée qui ne disparait jamais complètement. Le trailement consiste dans l'application de cataplasmes de , fécule, l'évacuation artificielle du liquide et ultérieurement \ des pansements avec un linge enduit de cérat simple ou sa- I turné; simultanément avec ce traitement externe, on conseillera les alcalins, l'abstinence d'alcoohques , d'excitants de toute nature, etc.

Ecthyma, furoncles. — Certains arthritiques présentent, à des intervalles variables, des poussées aiguës de furoncles ou des pustules d'ecthyma, alternant avec d'autres affections arthritiques ou leur succédant ; mais furoncles et ecthyma ne présentent pas de caractères objectifs qui permettent de reconnaître leur nature, et on n'arrive à la connaissance de l'espèce que par la considération des éruptions préexistantes ou concomitantes, etc.

AFFKCTION« RPKCIAÎ.ES.

DES lIEllPÉTinES.

On désigne sous le nom d'Iterpélides les affections qui sont sous la dépendance de la dartre ou lierpétis; elles présentent des caractères communs et des caractères propres.

(a) Caractères communs des herpétides.

Les lierpétides ne sont pas contagieuses, naissent souvent après des émotions morales qui jouent vis-à-vis d'elles le rôle de causes occasionnelles; si &lles sont humides, elles ont une coloration rosée et non livide et violacée (arthritides) ; si elles sont sèches, les squames sont blanches et quelquefois d'un blanc argenté, tandis que, dans les arthritides, les squames sont d'un blanc mat et grisâtre.

Jamais les herpétides ne sont accompagnées de la dilatation et de la congestion des capillaires que l'on constate au pourtour des affections arthritiques.

Les herpétides sont précédées ou accompagnées d'un intolérable prurit, moins intense toutefois dans les affections humides que dans les affections sèches.

Chez l'enfant, elles débutent par la tète, siège de toutes les affections cutanées de cet âge, et apparaissent ensuite sur les autres parties du corps ; chez l'adulte, elles occupent d'abord les plis des jarrets et du coude, et se propagent de là aux parties environnantes.

Les herpétides naissent simultanément sur divers points du corps, quelquefois même sont généralisées dès le début de la maladie constitutionnelle ; elles offrent une symétrie remarquable, occupent les faces internes des deux membres inférieurs ou supérieurs, les deux parties latérales du cou, etc. Lorsqu'au début elles sont disséminées, elles ne tardent pas à se réunir, de sorte qu'à un moment donné toute la surface du corps est envahi par l'affection.

Les herpétides sont caractérisées chacune par une seule lésion primitive, tandis qu'il existe souvent plusieurs élément? éruptifs dans une arthritide.

DES lîERPÉTIDES. 299

Nous (lovons ajouter cependant qu'à la quatrième période de la dartre les affections sont variées et confondues, et qu'il est difficile de reconnaître quelle est la lésion primitive.

Les lierpétides humides sont le siège d'une sécrcition abondante de liquide, et les affections sèches sont accompagnées d'une production abondante de squames.

Au début, les herpétides sont très-mobiles et se métastasent facilement avec les affections des muqueuses de même nature : bronchite, entérite, etc.

Nous admettons avec M. Bazin trois sections d'herpétides :

Les herpétides pseudo-exanthématiques ou primitives, vulgaires ou secondaires, irrégiilières et malignes ou tardives.

1" HERPÉTIDES PRIMITIVES.

Ce groupe comprend la roséole pseudo-exanthématique et l'eczéma rubrum généralisé.

Ces affections sont généralisées et n'occupent pas des sièges d'élection, tels que la face, les poignets, les genoux, comme les arthritides.

2° HERPÉTIDES VULGAIRES,

Ce groupe comprend : une affection pustuleuse : mélitagre ou impétigo herpétique ;

Une affection vésiculeuse : eczéma symétrique ;

Deux affections squameuses : pityriasis, psoriasis;

Deux affections papuleuses : prurigo, lichen.

Ces affections présentent tous les caractères que nous avons assignés aux herpétides en général, caractères qui les distinguent des arthritides.

3o HERPÉTIDES IRRÉGULIÉRES , MALIGNES.

Ce groupe comprend :

Deux affections érythémateuses : cnidosis et épinyctide ; Une affection huileuse : pemphigus chronique ; Une affection mixte : herpétide cxHiliatrit'c.

M. Bazin partage ces éruptions en deux ordres : les unes irrég'ulières et malignes, les autres tardives.

Les premières, dit-il, correspondant aux arthritides de même nom, sont, comme ces dernières, variables dans leiu:apparition et leur marche, graves par leur ténacité et les troubles généraux qu'elles déterminent.

Elles se distinguent des herpétides vulgaires par leur influence beaucoup plus grande sur l'état général des malades, leur résistance beaucoup plus marquée au traitement, leur généralisation plus rapide, une mobilité plus grande et des démangeaisons plus vives.

Les secondes (tardives) affectent une forme particulière, et méritent d'être désignées sous le nom d'herpclidc exfoliatrice, en raison de l'abondance extrême des produits épidermiques qu'elle entraîne. C'est là une forme mixte à laquelle viennent souvent aboutir certaines herpétides vulgaires ou malignes, telles que l'eczéma, le psoriasis, affections qui perdent peu à peu leurs caractères propres pour revêtir des caractères incertains qui ne permettent plus de reconnaître l'élément primitif (voyez Herpétide exfoliatrice).

{b) Caractères propres des herpétides.

1" HERPÉTIDES P S EU DO - B X ANTHÉ MATI Q UE S.

Herpétide pseudo-exanthématique érythémateuse.

Roséole miliaire. — La roséole pseudo-exanthématique est caractérisée par de petites taches rosées ou rouges, dont la coloration disparait sous la pression du doigt, non saillantes, et se terminant par résolution, avec ou sans desquamation épidermique.

Symptomatologie. — Après deux ou trois jours de phénomènes prodromiques apparaît une éruption disséminée sur la face, le tronc, les membres, etc., caractérisée par des taches rosées ou rouges offrant les dimensions d'une lentille, mais se réunissant quelquefois et formant des taches plus grandes.

DES HERPÉTIDES. 301

taches dont la couleur disparaît sous la pression du doiyt, et qui se recouvrent de petites saillies vésiculeuses du volume des vésicules de la miliaire sudorale et donnant un aspect granuleux à l'éruption.

Après quatre ou cinq jours de durée, la teinte de l'éruption s'éteint, la sérosité de la vésicule se résor])e, l'épiderme se flétrit et se déchire, cl une desquamation légère se produit.

Une démangeaison plus ou moins vive précède et accompagne l'éruption.'

Marche, durée, terminaison. — La roséole herpétique dure de huit à dix jours à deux septénaires ; quehpcfois il se fait des poussées éruptives qui prolongent l'aftcction.

Étiologie. — Cette affection nait principalement dans l'été et l'automne, sous l'influence des émotions morales et des excès alcooliques, chez les individus impressionnalîlcs, etc.

Diagnostic. — La roséole idiopathique apparaît dans l'enfance, revêt rarement la forme miliaire de la roséole herpétique, n'est accompagnée que d'un léger prurit et ne dure que quatre ou cinq jours.

La roséole syphiUtique s'accompagne de l'engorgement des ganglions et des vaisseaux lymphatiques, procède par poussées, et a une durée de un à plusieurs mois.

La roséole copahique est limitée et occupe les coudes, les genoux, etc., ne présente pas de vésiciUes miliaires à la surface des taches, etc.

Pronostic. — Il n'est grave que pai'ce que la roséole herpétique indique l'existence d'une maladie constitutionnelle : riierpétis .

Traitement. — Des boissons rafraîchissantes, un léger purgatif, et plus tard des bains d'amidon ou de son, favorisent la guérison de l'aflection.

^ Herpélide pseudo-exauthématique vésiculaire.

Eczéma rubrum généralisé. — Cette afi'cction est caractérisée par une éruption vtisiculeuse, rrposant sur une surface rouge,

30'-2 AKFECTION.S t-PÉCIALE.S.

pi'écûdéo do phcnorariios pr(j(lromi(iucs et se terminant spontanément après une <hir(!e de quinze ù vingt et un jours.

Si/mptomatolof/io. — Comme tous les exanthèmes, l'eczéma rubrum est précédé do phénomènes prodromiques consistant en un malaise général, de l'anorexie, un mouvement fébrile plus ou moins intense, des démangeaisons sur les surfaces qui doivent être le siège de l'éruption, et même, dans certains cas, do l'agitation et du délire.

Bientôt apparaissent des plaques arrondie;?, d'un rouge vif, et dont les dimensions ne dépassent pas 2 à A centimètres, mais qui peuvent occuper toute inie région en se réunissant les unes aux autres. Sur ces surfaces ne tardent pas à naître des vésicules ordinairement isolées et distinctes , quelquefois cependant agglomérées, vésicules plus volumineuses que celles de l'eczéma chronique, et visilîles pour la plupart. Les unes s'affaissent après la résorption du liquide qu'elles contiennent, et sont remplacées par une desquamation fiu'furacée; d'autres se rompent et donnent naissance à des croûtes jaunâtres qui recouvrent des surfaces enflammées et légèrement ulcérées. Ces croûtes se détachent ])ientôt, et l'on voit à leiu- place des squames qui durent quelque temps. Rarement cette éruption est limitée, parfois même elle envahit toute la surface du corps.

Cette aflection oflVe une marche essentiellement aiguë, et se termine dans l'espace de deux à trois septénaires.

Pendant la durée de l'éruption, on observe une ou deux poussées A'ésiculeuses.

L'eczéma rubrum récidive avec une grande facilité ; mais, à une certaine époque, une nouvelle éruption sur^dent qui présente une durée plus longue et finit par se fixer d'une manière définitive dans quelques régions.

Traitement. — Si le sujet est vigoureux, on pourra pratiquer une ou deux saignées, sinon on prescrira des boissons acidulés, de légers purgatifs, et on fera saupoudrer les parties malades de poudre d'amidon. Plus tard on prescrira des bains d'amidon ou très-légèrement alcalins.

DES HERPÉTIDES.

"2" iiKS mCP.PlOTIDES VULGAIRES.

Jlerpétide mlfiaira pustuleuse.

Mélitagre ou impétigo Iwrpélique. — Le molilagrc est uuc affection cutanée herpétique caractérisée par des pustules psy- (Iraciées, dont le liquide se concrète rapidement en croûtes épaisses jaunâtres et ressemblant à du miel.

Si/mptomatologie. — Après quelques légers phénomènes généraux tels que malaise, lassitude, anorexie, etc., naissent symétriquement sur les deux membres supérieurs ou inleriem's, et principalement aux creux poplités, aux plis du coude, aux parties internes des cuisses et des bras, quelquefois au devant de la poitrine, sur les épaules, rarement enfin sur le cuir chevelu, siège habituel de l'impétigo scrofulcux, naissent des taches irrégulières, ronges, isolées les unes des autres ou se réunissant et formant de larges plaques rouges à bords irréguliers, accompagnées quelquefois d'un gonflement de la peau (impetir/o erijsipelatodes), taches sur lesquelles apparaissent des vésico-pustules qui se convertissent rapidement en pustules, dont le liquide se concrète et forme des croûtes épaisses et jaunâtres on verdàtres, comparées à de petites masses de miel desséché; au-dessous des croûtes se fait ime sécrélion séro-purulente se concrétant aussi et se convertissant en croiites qui repoussent les premières et augmentent leur épaisseur. On observe souvent au pourtour de l'affection les éléments primitifs de l'affection, c'est-à-dire un plus ou moins grand nombre de pustules isolées.

Lorsque les croûtes se sont détachées par suite d'applications topiques ou spontanément, on observe une masse rouge, exulcérée et sécrétant une quantité considérable de liquide séreux, empesant le linge et se concrétant aussi, formant alors de nouvelles croûtes qui tombent à leur tour, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la sécrétion se tarisse et disparaisse.

L'impétigo herpétique est accompagné d'un prurit intense tpii ne se rencontre jamais dans l'impétigo scrofulcux.

304 Al'KECTIO.N^i Sl'ÉCIALES.

Lorsque l'impétii^o est caractérisé par des groupes de pustules, isolés les uns des autres et disséminés dans diverses régions, il prend le nom d'inipcligo sparsa ; s'il est caractérisé par de larges surfaces recouvertes de croûtes jaunâtres ou brunâtres, comparées â l'écorce rugueuse des arbres, il prend 1(; nom iViinpctifjo scabida.

Marche, durée, terminaison. — Après une durée de quelques septénaires, quelquefois de quelques mois ou de quelques années, l'impétigo guérit sans laisser aucune trace de son existence; mais trop souvent la guérison n'est que temporaire et l'alfection récidive.

La mort pourrait être la conséquence de Tépuisement produit par une sécrétion trop abondante, mais survient plutôt par suite de complications de l'impétigo par d'autres affections herpétiques.

Biarjnoslic. — L'impétigo herpétique peut être confondu avec l'impétigo scrofuleux ; mais ce dernier est caractérisé par des plaques arrondies ou ovalaires, assez larges, occupant le visage ou le cuir chevelu [impétigo figurata), recouvertes de croûtes foncées, abondantes, parce que le suintement "pMrwlenl est considérable; accompagnées d'engorgements ganglionnaires et ne déterminant que de faibles démangeaisons. Autres sont les caractères de l'impétigo herpétique.

La syphiUde pustuleuse miliaire est généi'alisée et diffère complètement de l'impétigo herpétique. Quant à la syphihde pustuleuse circonscrite, son siège aux ailes du nez, aux commissures labiales, au cuir chevelu; la disposition des pustules en cercles, ellipses, etc., l'auréole cuivrée qui entoure les croûtes brunâtres et verdâtres ; l'existence de cicatrices blanches au centre, rougeàtres à la circonférence, etc., tous ces caractères permettront facilement de distinguer cet impétigo de l'impétigo herpétique.

Pronostic. — La durée de cette affection est en général longue, et ses récidives sont assez fréquentes, aussi le pronostil est-il assez sérieux, soit que l'on envisage l'afFection, soit (pie l'on envisage la maladie (|ui lui a donné naissance.

i)i;s iiEurÉTiDEs.

Elinloyic. — L'impétigo h(irpc;tique nuit surtout chez les adultes et les hommes, et l'econnait pour causes provoquantes les excès alcooliques, l'abus des excitants et les émotions morales prolongées.

Traitement. — Au début, on conseillera les cataplasmes de fécule ; les lotions émollientes de guimauve, de sureau, les purgatifs et les tisanes rafraîchissantes. Plus tard, on prescrira les pommades astringentes au calomel, au tannin, au goudron, l'huile de cade mélangée à l'huile d'amandes douces, etc., et simultanément, avec ces moyens locaux, on conseillera un traitement général arsenical.

M. Bazin emploie soit la liqueur de Fowler (arsénite de potasse), qu'il donne à la dose de o gouttes d'abord, et dont il élève la dose à 20 et 40 gouttes ; soit la liqueur de Pearsou (arséniate de soude) qui doit être ordonnée à dose double; soit des pilules d' arséniate de fer aux sujets anémiques, (2 à 2o à 30 pilules de o milligr. chacune); soit enfin une cuillerée à bouche, matin et soir, et progressivement, de 3 à 5 cuillerées par jour d'une solution contenant 5 centigr. d'arséniate d'ammoniaque pour 100 gr. d'eau.

Herpélide vulgaire vésicuîeuse.

Eczéma symétrique. — Cette variété comprend deux formes : 1° une forme inflammatoire subaiguë à laquelle succède souvent l'état chronique, et qui correspond à l'eczéma rubrum des auteurs (eczéma aigu rubrum non pseudo-exantliématicpe); 2" une forme sécrétante tantôt existant d'emblée, tantôt . consécutive à la forme intlammatoirc (eczéma chronique, simplex des auteurs) .

Nous avons décrit en ces termes les formes inflammatoire et 1 sécrétante dans le Traité des affections génériques :

10 Forme inflammatoire. — Quelquefois, mais non constamiment, existent des phénomènes prodromiques, consistant en ides démangeaisons et un sentiment de chaleur sur les parties I qui doivent être le siège de l'éruption. Bientôt apparaît ujie

;j(J(J AFFECTIONS SPECIALES.

l'ouficur dimisc et plus ;iu moins éleiiduc sur laquelle on nii tarde pas à oI)serv(!r uu yraiid nombre de vésicules si petites qu'elles passent 1<! pins ordinairement inaperçues. Ces véhicules durent vinyt-quatre à quarante-huit heures, s'alFaissent lorsque le liquide (pi'cUes contiennent est résorbé, ou se rompent et laissent à leur place de petites ulcérations qui fournis-^ sent un liquide abondant, clair et vis(iueux. Ce liquide tache le hnge en gris, l'empèse et renferme une grande quantité de lymphe plastique, de globules pyoïdes et souvent des globules de pus. Cette sécrétion se perpétue pendant un temps variable de quelques jours à trois ou quatre semaines. Lorsque cette sécrétion vient à diminuer, le liquide se dessèciie et se transforme en squames minces, humides et jaunâtres qui se détachent et sont remplacées par une tache rouge des téguments qui persiste pendant un temps plus ou moins long. Les déman' geaisons et le prurit diminuent quand la sécrétion appai*ait, et cessent quand commence la période squameuse. Aussi doit-ou considérer comme d'excellents signes la diminution et la disparition de la chaleur cutanée et des démangeaisons.

Quelquefois l'inflammation du derme offre un degré d'acuité pins intense ; alors le liquide contenu dans les vésicules devient purulent, et l'on a sous les yeux l'eczéma impétiginode des auteurs.

Cette forme inflammatoire se termine par résolution au bout de trois ou quatre semaines, ou passe à l'état chronique; mais lorsque l'eczéma inflammatoire a disparu, le malade n'est pas à l'abri des récidives, et le plus souvent cette affection reparait à des intervalles plus ou moins éloignés, jusqu'à ce que la forpie chronique s'établisse définitivement. On voit quelquefois apparaître comme comphcation des furoncles ou des pustules d'ecthyma.

"1" Forme sécrétante. ~ Cette forme est tantôt consécutive à la forme inflammatoire, tantôt priiuitive ; dans ce dernier cas, les phénomènes que l'on observe sont identiques avec ceux de l'eczéma aigu, mais offrent une intejisité moindre et présentent une marche moins rapide. La rougeur est en effet moins vive,

DES IIERPÉTIDES. 307

les vésicules plus discrètes que dans l'eczéma aigu et les pél iudes d'exhalation et de desquamation épidcrmiqucs se proiniigcnt pendant un temps très-long.

Cet eczéma herpétique est caractérisé par l'aliondance fie la sécrétion, par les caractères du liquide exhalé qui est clair et visqueux, par l'intensité du prurit, qui est, en général, plus prononcé quand la sécrétion devient moins intense et pendant la nuit que pondant le jour, par l'étendue des surfaces malades, par la tendance que possède celte allVction à envahir la plus grande partie de la membrane tégumentaire, et enfin par la disposition symétrique des plaques ccicémateuses. Ces phénomènes constituent en effet les signes distinctifs de l'eczéma. C'est principalement aussi dans cette espèce que l'on observe les métastases dont j'ai parlé en faisant l'histoire générale de l'eczéma. L'affection cutanée disparait souvent, et un catarrhe bronchique ou intestinal apparaît, un asthme ou une hydropisie se déclare. Pendant longtemps existe une sorte de balancement entre l'ahection cutanée et les affections viscérales; mais par les progrès de la maladie constitulioiniellc, les aft'ections des muqueuses prennent droit de domicile dans l'économie, coexistent avec l'eczéma. Cette affection linit d'ailleurs par déterminer une cachexie très-prononcée et caractérisée par de la diarrhée, de l'amaigrissement et la fièvre hectique.

L'eczéma herpétique occupe préférablement les parties où la peau présente une granile finesse, et a pour siège de prédilection les plis des jarrets et des coudes, ainsi que les régions qui offrent un développement considérable des follicules sndoripares, les aisselles, le scrotum, l'anus ; de ces divers points, l'eczéma s'étend rapidement aux autres parties du corps, en affectant une symétrie remarquable.

Marche, durée, terminaison^ — L'eczéma herpétique offre une marche, tantôt aiguë ou subaiguë, tantôt chronique. Dans ce dernier cas, il persiste longtemps, offre souvent dans son cours des poussées aiguës qui surviennent sous rinfluence de la plus petite cause occasionnelle et récidivent souvent. A chacune des récidives, l'affection s'étend davantage, et présente une téna-

308 AFFECTIONS SI^ÉCIALES.

cito plus grande, de sorte qu'à un moment donné elle ne disparait plus, couvre presque toute la surface du corps et revêt les caractères de l'herpétide exlbliatrice.

Èliologie. — L'eczéma herpétique s'observe dans l'âge adulte et la vieillesse, plus souvent chez la femme que chez l'homme, est héréditaire et trouve dans la puberté, l'âge critique, la grossesse, la lactation, l'existence de parasites, une nourriture trop excitante, des émotions morales, etc., autant de causes occasionnelles ou provocantes.

Diagnostic. — Nous avons indiqué les caractères qui séparent l'eczéma arthritique de l'eczéma herpétique, il est donc inutile de revenir sur ce point.

Pronostic. — L'eczéma dartreux constitue l'espèce la plus grave d'eczéma ; il est, en effet, rebelle au traitement mis en usage, récidive facilement, se métastase avec des affections internes sérieuses et enfin se généralise et occupe toute la surface du corps.

Traitement. — La forme inflammatoire réclame le même traitement que l'eczéma rubrum pseudo - exanthématique c'est-à-dire une ou deux saignées, de légers purgatifs, des tisanes rafraîchissantes, des conspersions de poudre d'amidon, etc.

Dans la forme sécrétante on emploiera, au début, les poudres absorbantes ou astringentes, telles que poudre de fécule, d'amidon, de vieux bois, de tan ; les lotions émolUentes de guimauve, de sureau, les cataplasmes de fécule. Lorsque la sécrétion a diminué , on peut conseiller alternativement un bain d'amidon et un bain très-légèrement sulfureux ou alcalin.

A la fin de cette période et pendant la période squameuse de l'eczéma on emploiera les pommades astringentes au calomel, au tannin , etc., et surtout un mélange d'huile de cadc et d'huile d'amande douce , à parties; égales ou ;ui tiers , mélange dont on n'applique qu'une faible quantité sur la peau, que l'on recouvre ensuite d'une compresse de linge fin. On doit du reste employer ce médicament avec beaucoup de précau-

DES IIERPÉTIDES. 309

tions, afin de ne pas déterminer de nouvelles poussées aiguës.

Simultanément on conseillera les préparations arsenicales que nous avons indiquées plus haut, et une ou deux saisons aux eaux minérales arsenicales de la Bourboule ou de Ploml)ières, du Mont-Dore, d'Avène, de la source Dominique de Vais, de Bussang, etc.

M. Bazin prescrit les eaux arsenicales et bicarbonatées sodiques (Mont-Dore) aux sujets qui offrent des sj^mptômes arthritiques avec l'eczéma dartreux ; les eaux arsenicales et en même temps sulfureuses et chlorurées (la Bourboule, Vais) aux sujets scrofuleux; enfin les eaux arsenicales et ferrugineuses (Bussang, Plombières) aux sujets anémiques.

Herpétides vulgaires squameuses.

Ge groupe compi'end deux genres; le pityriasis et le psoriasis.

Pityriasis. — Le pityriasis herpétique est une affection cutanée, caractérisée par une légère congestion des couches superficielles du derme, d'où résulte une exfoliation consistant en petites squames furfuracées se reproduisant à mesure qu'elles se détachent.

Le pityriasis herpétique comprend les deux variétés décrites par les auteurs sous les noms de pityriasis alba et de pityriasis inflammatoire. M. Bazin décrivant un pityriasis alba parasitaire, deuxième période de la teigne tonsurante, et un pityriasis rubra pseudo-exanthématique, a dénommé, afin d'éviter toute confusion, le pityriasis alba sous le nom de pityriasis simple et le pityriasis rubra sous celui de pityriasis inflammatoire.

Symptomatologie. — 1° Pityriasis simple. — Le pityriasis simple (alba des auteurs) est caractérisé par des plaques irrégulières, disséminées à la surface de tout le corps, offrant à leur début la largeur d'une pièce de cinquante centimes, ou celle d'une pièce d'un franc, se réunissant quelquefois, après une certaine durée, et occupant alors une large surface, ne faisant habituellement aucune saillie au-dessus des téguments voisins, et dé-

terminant des démangeaisons vives, qui augmentent sous l'influence (le la clialonr, des excès de 1nl)l(!, etc.

Loin d'occuper exclusivement les parties velues, comme le pityriasis arthritique, il se développe sur toutes les régions de l'économie, et s'il apparaît primitivement sur des parties recouvertes de poils, du moins se propage-t-il aux surfaces voisines. D'ailleurs, dans ce pityriasis, l'indammation reste limitée longtemps au réseau papillaire du derme et n'envahit qu'accidentellement le follicule pileux. Aussi la chute des poils n'a-t-elle lieu qu'après une longue durée de l'affection.

Comme toutes les affections herpétiques, le pityriasis présente des récidives fréquentes et tend à s'invétérer.

2° Le pityriasis inflammatoire est caractérisé par des surfaces rouges, irrégulières et parfois un peu saillantes, et par des squames plus larges et plus adhérentes que celles du pityriasis simple. Les parties malades sont le siège de cuissons et de vives démangeaisons.

Le pityriasis inflammatoire occupe des régions étendues; quelquefois il se propage à toute la surface du corps. Il se prolonge ordinairement pendant plusieurs mois et présente de temps en temps des exacerhations.

Marche, durée. — Le pityriasis herpétique revêt une marche chronique, récidive facilement, peut s'invétérer et prendre droit de domicile, aussi constitue-t-il une affection sérieuse et fâcheuse, surtout pour les femmes qu'il peut priver de leur chevelure, s'il dure longtemps.

Diagnostic. — Le pityriasis inflammatoire peut être confondu avec le psoriasis herpétique ; mais ce dernier est caractérisé par des plaques saillantes au-dessus des parties environnantes, recouvertes de squames épaisses, d'une couleur hlanche ou nacrée, et au-dessous desquelles la plaque offre une coloration rouge, débordant en général les squames et leur formant luie auréole. Le psoriasis herpétique débute par les coudes et les genoux, et s'étend de là aux autres parties du corps ; le pityriasis inflammatoire, au contraire, est caractérisé par des surfaces rouges, non saillantes, recouvertes de scjuames minces,

DES IIF.lIPKTinES. 311

fnliac'f'os et yrisntpcs, et pst a('CO]Tip;ic,'n('' de prurit assez iufcnse.

Le pityriasis rultra aigu psoudo-oxanthématiquo ou arthriiicjuc 110 saurait otrc coiilbndu avec le pityriasis inflammatoire par un médecin exercé ; en eflet, le premier est j^énéra- ]isé, caractérisé par de petites taches séparées les unes des autres par des intervalles de peaii saine, et reconvcrtos de squames épidermiques plus ou moins larges et foliacées, est précédé de quelques phénomènes généraux et se termine spontanément par résolution en un court espace de temps. Or le pityriasis inflammatoire ne présente pas cette généralisation, ces phénomènes généraux prodromiques, cette marche rapide, cette guérison spontanée.

Le pityriasis arthritique est circonscrit, occupe les régions velues et est caractérisé par de petits placards rouges ou sans changement de coloration do la peau, et au niveau desquels les glandes pilifères font une légère saillie et sont recouvertes de squames minces, qui entourent les poils et Icnv forment une gaine, etc. Ses caractères sont donc tout à fait dillerents de ceux du pityriasis herpétique.

Le pityriasis artificiel, c'est-à-dire dû à des irritants, et le pityriasis versicolor, di'i au microsporon furfur, se distingueront également facilement du pityriasis herpétique.

Traitement. — 11 consiste dans l'usage interne des arsenicaux, dans l'emploi des moyens externes que nous avons recommandés en faisant l'histoire du pityriasis arthritique , et de bains renfermant de la gélatine et une petite quantité de sulfure de potasse.

Psoriasis. — Symptomatotorfie. — Le psoriasis herpétique présente tous les caractères que nous avons assignés au genre psoriasis (page 1.1-4). 11 débute par les coudes et les genoux et envahit ensuite les autres régions du corps, et principalement les régions où la peau est rude et épaisse. 11 est caractérisé par des plaques, plus ou moins larges, saillantes au-dessus des 'parties environnantes, l'ecouveiles de squames épaisses,

l)lanchc'.s, argenti-es ou nacréos, quelquefois ternes et grisâtres, et Tonnées par des lamelles épidermiques adhérenles à la surface de la peau. Si l'on détache ces squames on constate que la surface de la saillie sur laquelle elles reposent est hérissée de petites aspérités , est rouge, violacée ou cuivrée. M. Bazin pense que cette dernière coloration (cuivrée) est due à l'existence du psoriasis chez des sujets l)runs ou sanguins et ne se rencontre jamais chez des sujets blonds.

Le psoriasis herpétique est le siège de démangeaisons plus marquées la nuit que le jour et augmentant sous l'influence des causes qui accélèrent la circulation. Le prurit, selon M. Bazin, serait toutefois moins accusé dans le psoriasis dartreux que dans le psoriasis arthritique. Le psoriasis herpétique débute, avons-nous dit, par les coudes et les genoux ; il s'étend de là progressivement et symétriquement aux diverses autres parties du corps, et se'généralise de plus en plus à mesure que le malade avance en âge. 11 guérit assez facilement à l'aide des moyens indiqués plus haut (Voyez : Affections génériques , psoriasis) ; mais récidive sous l'influence de la moindre cause occasionnelle et souvent spontanément. La guérison définitive n'a guère lieu que s'il fait 2)lace à d'autres manifestations herpétiques.

Au début de cette affection, on constate, en général, l'intégrité parfaite de toutes les fonctions ; mais plus tard des migraines, des névralgies ou viscéralgies, des diarrhées rebelles, des affections organiques, etc., peuvent sm'venir et déterminer des troubles de l'organisme. Quelquefois même le psoriasis se convertit en herpétide exfoliatrice (Voyez plusloni). Toutefois tous les dermatologistes reconnaissent que le psoriasis est l'affection la plus bénigne de la dartre.

Dans la dernière édition de ses leçons sur la dartre, M. Bazin a admis trois variétés importantes de psoriasis herpétique : le psoriasis classique, le psoriasis ichthyosique et le psoriasis pseudo- arthritique, he psoriasis c/a.<!.s!'yîie présente tous les caractères que nous venons d'énumérer; le psoriasis ichtin/osique se rapproche de l'ichthyose par l'absence de rougeur ot de sail-

DES HERPÉTIDES. 313

]ie sur laquelle reposent les squames blanches ; le j)Soriasis pseudo-artiiriiique est un psoriasis développé chez un sujet arthritique et présentant des naanifcstations arthritiques. Dans ces cas on trouve réunies sur le même individu deux maladies constitutionnelles.

M. Bazin attribue à cette dernière variété de psoriasis herpétique les caractères suivants : elle siège sur la ligne médiane, à la région stcrnale, autour de l'ombilic, à la région lomlniire, et en même temps à la région externe des membres. Dans ces différents points, elle se présente tantôt en larges placards nummulaires, et tantôt, plus souvent même, en petites plaques disposées circulairement, circonscrivant dans leur centre des surfaces cutanées intactes, et qui répondent soit à l'orifice omhilical, soit à la partie saillante des coudes, soit à toute autre région. Ces cercles sporiasiques présentent des dimensions variables ; souvent plusieurs se' confondent ensemble par un point et embrassent ainsi de larges surfaces. Chacune des plaques isolées qui les composent présente, du reste, exactement le môme aspect que le psoi-iasis classique; quelquefois, cependant, on observe une coloration rouge plus intense ; la marche est progressivement extensive ; les cercles psoriasiques, en effet, s'étendent et se multiplent sans cesse sur les différents points du corps, voisins de ceux que nous avons signalés ; l'affection persiste lorsque des manifestations évidemment de natm'e arthritique, telles que les arthropathies, viennent à se produire, et les manifestations n'exercent aucune influence sur l'affection, qui poursuit sa marche envahissante ; elle guérit par le traitement arsenical, impuissant contre les manifestations arthritiques.

Étiologie. — Le psoriasis herpétique est héréditaire , s'observe chez les sujets jeunes ou adultes et présentant un tempérament nervoso sanguin, mais peut apparaître dans l'enfance. Les hommes y sont plus disposés que les femmes. Les émotions morales, les excès de table ou de boissôns, l'usage d'aliments épicés, l'action prolongée du calorique, etc., jouent le rôle de causes provocantes.

Diaqnoslic. — Lo psoi-iasis horpfHiqne peut être confondu avec le psoriasis artliritiquo, mais ce dernier est limité ù certaines régions, telles que la paume des mains, la plante des pieds, le cuir chevelu, la partie antérieure de la poitrine. Il est caractérisé par des plaques nummulaires qui revêtent facilement le caractère eczémateux et sont le siège de picotements et d'élancements; il n'a pas de tendance à s'étendre et à envahir la presque totalité de la surface. du corps, comme le psoriasis herpétique; il coïncide avec des altérations de même nature, etc.

Pronostic. — Le psoriasis est une des formes les plus bénignes de la dartre et persiste pendant très-longtemps sans être accompagné d'aucun phénomène général et sérieux ; cependant, à un moment donné, il peut se transformer en herpétide exfoiiatrice dont l'élément primitif n'est plus reconnaissahle, et on voit alors survenir une cachexie prononcée et la mort.

Traitement. — M. Bazin conseille contre le psoriasis herpétique : deux ou trois verres de tisane de saponaire en vingt-quatre heures ; chaque soir , une pilule de 3 milligrammes d'arséniate de fer et ultérieurement 2 et 3 pilules ; des frictions avec l'huile de cadc jusqu'à production du sycosis cadique ; un ]:iain alcalin ou de vapeur tous les deux jours; enfin, envoie les malades aux eaux arsenicales de la Bourhoule, si leur position de fortune le leur permet. Le traitement interne doit être continué pendant deux à trois mois, et repris à la moindre réapparition de l'éruption.

Herpétides papuleiises.

Les herpétides papuleuses comprennent deux genres, le prurigo et le lichen.

Prurigo herpétique.— Symptomatolofiie. — Le prurigo herpétique est en général précédé de prurit au niveau des parties qui doivent être le siège de l'affection. Après un temps plus ou moins long apparaissent sur les épaules et le cou, sur la face externe des membres, des papules petites, isolées les unes des

DES HERPÉTinEP. ^15

autres, présentant la coulevir normale de la peau, recouvertes à leur sommet d'une croûte noirâtre, formée par une gouttelette de sang desséché, et due aux grattages que le prurit a forcé le malade d'exercer. Ce prurit est en effet considérable, et détermine un besoin irrésistible de se gratter; souvent même le grattage avec les ongles est insuffisant, et le malade se sert de corps durs, tels que brosses, étrilles, etc., avec lesquels il se déchire la peau. Le soir, et sous l'innucncc do la chaleur du lit, ses souffrances augmentent, il est oljligé de se lever, de s'exposer à l'air frais, et même de s'étendre sur le sol.

Le prurit ne présente pas le même caractère chez tous les malades ; il est caractérisé chez celui-ci par des sensations de brûlure ou de chaleur cuisante, chez celui-là par des sensations de picotements, etc.

J'ai déjà dit que l'intensité du prurit pouvait déterminer une excitation cérébrale, et partant la folie ou le suicide.

L'éruption papuleuse est quehjuefois très-peu accusée, et cependant le malade éprouve un prurit considérable : prurigo latent ou sans papules de Devergie. Pour M. Bazin, le prurit et les papules constituent deux symptômes d'une même maladie constitutionnelle : l'herpétis ; l'un peut prédominer tandis que l'autre fait défaut, mais ils sont toujours une manifestation de l'herpétis.

Lorsque le prurigo occupe les grandes et les petites lèvres, les démangeaisons sont souvent intolérables et ne présentent pas de rapport avec les altérations locales, alors peu accusées, et deviennent ime cause de nymphomanie et d'onanisme ; s'il siège au pourtour de l'anus ou au scrotum, il est caractérisé par un épaississement et une coloration brunâtre de la peau, des stries blanches, parsemées au milieu de la surface brunâtre, et de temps à avitre par un suintement séreux qui calme le prurit. Dans ces variétés, les papulea sont également peu volumineuses et échappent même à l'examen.

Marche, durée. — Le prurigo herpétique revêt une marche chronique, persiste des mois et des années, i"écidivc après la

3|(; AFFECTIONS Sl'KCIALES.

j>u(iri.son, et liiiit par prendre droit d(! domicile et exister d'une manière permanente ; alors la peau est épaissie, présente des taches bi'unàtres dues à l'accumulation de la matière pigmcntairc, et au milieu de ces taches, de petites cicatrices blanchâtres, consécutives aux ulcérations que le malade a produites en se grattant immodérément. Souvent elle est recouverte de stries et de croûtes noires formées par du sang desséché.

Lorsque l'affection est arrivée à ce degré, il est difficile de reconnaître si c'est un prurigo ou un lichen que l'on a sous les yeux, puisqu'elle est caractérisée par les deux principaux symptômes du lichen, l'épaississement de la peau et l'existence de papules ; du reste, le prurigo se transforme assez souvent en lichen.

Le prurigo herpétique est quelquefois suivi de mort ; il la détermine alors, non par lui-même, mais par les troubles fonctionnels qu'il entraine : insomnie, altération des fonctions digestives, etc. Cette terminaison est d'ailleurs heureusement rare.

Étiologie. — Le prurigo herpétique {forinicans des auteurs) se développe principalement dans l'âge adulte, mais affecte aussi la vieillesse; il nait principalement chez les individus à tempérament nerveux, et reconnaît pour causes occasionnelles les émotions morales, l'usage de poissons salés et d'alcooliques, la malpropreté, etc.

Diagnostic. — Le prurigo herpétique peut être confondu avec les espèces parasitaire, arthritique, herpétique et scrofuleux.

Mais le prurigo psorique occupe l'abdomen, les parties génitales, les mamelles et la partie interne des cuisses. La face est toujours indemne de toute éruption ; tandis que le prurigo herpétique existe au cou, aux épaules, à la partie externe des membi'es et au visage.

Le prurigo de la gale disparait sous l'influence d'une friction parasiticide, tandis que le prurigo herpétique résiste à tous les traitements mis en usage. Nous devons toutefois ajouter que la gale éveille quelquefois l'herpétis jusqu'alors à l'état latent, et

DES IIERPÉTIDES. 317

que cette maladie prolonge alors le prurigo et lui imprime des caractères spéciaux.

Le prurigo pédiculaire existe principalfunent chez les vieillards de la classe pauvre, est caractérisé par de vives démangeaisons, des papules et papulo-vésicules rares, disséminées rj, et là sur toutes les parties du corps, et de préférence à la nuque, sur le dos, la poitrine, les bras, les cuisses et accompagnées de stries noirâtres, indice de grattages; enfin, on peut trouver les pédiculi.

Le prurigo arthritique est circonscrit, ne s'accompagne pas de démangeaisons aussi vives que le prurigo herpétique, et coïncide avec d'auti'cs manifestations arthritiques.

Le prurigo scrofuleux est caractérisé par des papules volumineuses et ne détermine que peu de démangeaisons.

Pronostic. — Le [)rurigo herpétique constitue une affection sérieuse par sa ténacité, ses récidives fréquentes, le prurit intense qui l'accompagne, etc.

Traitement. — Pour calmer le prurit si intense du'prurigo herpétique, on conseillera l'une ou l'autre des diverses lotions ou pommades que nous avons indiquées, page 119.

On prescrira à l'intérieur des pilules de belladone ou d'opium, etc. ; d'autre part, on ordonnera l'usage interne des préparations arsenicales (liqueur de Fowier, de Pearson, etc.), et l'emploi d'eaux minérales arsenicales, tcdles que celles de la Bourboule, de Plombières, du Mont-Dore, etc.

Les eaux de Louèches, préconisées par M. Hardy, n'exercent qu'une action locale substitutive en déterminant du côté de la peau des éruptions papuleuses ou pustuleuses (Bazin).

Lichen herpétique. — Symptomatoîogîe. — Le lichen herpétique répond aux variétés décrites par les auteurs sous les noms de lichen agrius et de lichen invétéré; il revêt plus souvent la forme chronique que la forme aigui' ; dans ce dernier cas, l'affection est précédée quelquefois par de la fièvre, de l'inappétence et de la céphalalgie, et est caractérisée par de petites papules de la grosseur d'un grain de millet, rosées et reposant sur une surface également rosée. Cette coloration s'éteint

rapidement et l'allection se t(;rmine par une légère desquamation i'nrlnraw'e; mais souvent le lichen passe à l'état chroni([U('.

Que l'aflcction soit primitivement ou secondairement cluoni(iue, elle est caractérisée par les symptômes qui appartiennent à tout lichen, c'est-à-dire l'existence de papules, l'épaississement et l'absence de souplesse de la peau, l'état rugueux, et chagriné de c(3ttc membrane, l'exagération de ses pUs, la présence de crevasses aux parties mobiles, telles que les creux poplités, les coudes et les mains, etc.; mais aussi par des signes spéciaux et à lui appartenant, savoir : la dissémination de l'éruption sur de larges surfaces, sur la figure, le cou, la partie interne des bras et des avant-bras, où elle se présente sous la forme de plaques irrégulières ; la petitesse des papules; l'intensité du prurit qui parfois atteint pendant la nuit un tel degré que le malade est obligé de se lever, de se promener, de se coucher sur le sol et d'exercer des grattages continuels qui déterminent l'excoriation des papules et un léger suintement séreux; par l'existence au sommet des pa- " pules de petites squames adhérentes en un point, et libres par le reste de leur étendue, donnant à l'affection l'aspect des lichens qui recouvrent les vieux arbres {lichen agrius des auteurs) .

Dans la variété qu'on désigne sous le nom de lichen invétéré, les principaux symptômes sont : le prurit, l'épaississementde la peau, à la surface de laquelle on ne constate que peu de papules, et qui est recouverte d'une quantité plus ou moins grande de squames analogues à celles de l'eczéma.

Le lichen herpétique coïncide en général avec d'autres affections de même nature, telles que : gastralgies, migraines, névralgies intercostales, etc.; a de la tendance à envahir des surfaces de plus en plus étendues à mesure que le malade avance en âge ou à récidiver quand il a disparu.

Elioloiiie. Le lichen herpétique nait piincipalement chez les individus d'un tempérament nerveux, dans l'âge adulte ou dans l'àgc mùr, au commencement du printemps ou de l'au-

DES HERPÉTIDES. 31 'J

tomne, ù la suite iréinutions murales, de veilles, d'excès de table, etc.

Diagnostic. — Le lichen herpétique peut être confondu avec les lichens arthritique, scrofuleux, syphilitique et artiliciel. Nous avons déjà établi le diagnostic différentiel du li^licn herpétique et du lichen arthritique. Le lichen scrofuleux est caractérisé paroles papules plus grosses que celles du lichen herpétique, et accompagnées de vésicules et de pustules; ne détermine que peu de démangeaisons, apparaît chez les enfants et les adolescents doués d'un tempérament lymphatique, etc.

Le lichen syphilitique se distingue du lichen herpétique par la coloration cuivrée de ses papules et l'absence de prurit.

Le lichen artiliciel, c'est-à-dire déterminé par des agents irritants, est limité et caractérisé par des papules excoriées, rouges et reposant sur une surface également injectée. Le malade éprouve plut<')t une sensation de cuisson qu'une véritable démangeaison.

Pronostic et traitement. — Les considérations que nous avons émises au sujet du prurigo herpétique sont applicables au lichen de même nature.

3" DES HKRPKTIDES MALIGNES.

Herpélide érijthémateuse.

Cnidosis ou urticaire chronique. — Si/mptomatologie, — Le cnidosis herpétique se développe sur la face, le tronc, les membres et occupe un siège diflërent à chaque poussée ; il est caractérisé, soit par des papules rosées ou blanchâtres, soit par des plaques arrondies, pâles, ou blanchâtres au centre et entourées d'une auréole rouge; soit enfin par des lignes ou bandes rosées ou rouges, d'une largeur souvent très-grande et qui semblent produites par des coups de larnère.

Lorsque l'éruptiou est papuleuse, les éléments éruptifs sont quelquefois réunis les uns à côté des autres sur des surfaces plus ou moins étendues, se touchent par leurs bords et se confondent, iiriicaria conferta ou urticaire confluent.

2\)0 AFKECJIO.XS SPÉCIALES.

L'urticaire lierpéticiui; est précédée et accomi)agnée d'un prurit qui persiste ordinairement après la disparition de l'éruption et est souvent si intense qu'il prive le malade de somim;il.

Cette aiiection apparaît au commencement de la nuit et sans l'influence de la chaleur du lit, disparaît après quelques heures de durée et n'existe que rarement le matin. Lorsqu'elle persiste dans le jour, elle n'est plus caractérisée que par des papules rosées ou des taches érythémateuses. L'éruption se reproduit ordinairement chaque nuit avec une opiniâtreté désespérante pendant des mois et même des années et est sujette à récidiver lorsqu'on a obtenu sa guérison.

Etiologie. — L'urticaire herpétique se développe dans l'âge adulte, plus souvent chez la femme que chez l'homme, et à la suite d'émotions morales, d'abus alcooliques, d'une nourriture excitante, d'excès de table, etc.

Diagnostic. — Il est toujours facile de reconnaître le genre urticaire caractérisé par une éruption de papules rosées apparaissant et disparaissant brusquement , accompagnées d'un prurit intense, etc.

On différenciera le cnidosis herpétique du cnidosis arthritique en se fondant sur le siège de cette dernière affection sur les parties découvertes, son apparition sous l'influence du froid et sa disparition pendant la nuit, l'existence dans certains cas de tubérosités du volume d'un pois et d'un rouge violacé, voyez page 291.

Pronostic. — Par sa ténacité, sa tendance à récidiver, le prurit qui l'accompagne et qui détermine de l'insomnie, et d'autres troubles généraux, l'urticaire herpétique constitue une affection sérieuse.

Traitement. — On prescrira les arsenicaux, une alimentation douce, l'abstinence d'alcooliques, de café, etc., et on combattra le prurit à l'aide de lotions d'eau blanche, de sublimé, etc., de bains de sublimé ou de bains légèrement sulfureux.

Epinycticle. — Définition. — L'épinyctide est une affection rare, caractérisée par des d(îmang(;air,ons nocturnes et accom-

DKS IIEUrÉTlDES. 'V^l

jjagnées seulement d'une éruption érythémateuse extrêmement fugace.

Si/mptoniatologie. — Les malades accusent des démangeaisons nocturnes qui les privent de sommeil, ou des sensations bizarres qui exaltent leur imagination et troublent leur vie. L'un se croit atteint de la gale, l'autre pense que sa peau est parcourue par une multitude d'insectes, et de ces sensations résultent des grattages et des recherches incessantes pour trouver le parasite imaginaire.

La peau ne présente dans le jour qu'un aspect plus ou moins rugueux, et dans la nuit que des taches érythémateuses disséminées, ou quelques papules rosées.

Le prurit est plus intense la nuit que le jour et quelquefois si intolérable que les malades ne peuvent rester dans leur lit. Alors le malade ne goûte pas un seul moment de sommeil, maigrit, devient triste, quelquefois aliéné ou met, par le suicide, un terme à ses souffrances. Aussi l'épinyctidc est-elle une affection grave.

L'ensemble des phénomènes précédents suffit pour la différencier de l'urticaire.

Traitement. — Ou aura recours aux arsenicaux et aux moyens employés contre le prurit, mais souvent on n'obtiendra à raid(3 de ces moyens aucun succès ou seulement une amélioration légère et momentanée.

rierpétide maligne bulleuse.

PemiÂUjm herpétique. — Symplomatologic. — Le pemphigus herpétique est caractérisé au début par des taches érythémateuses séparées les unes des autres et sur chacune desquelles s'élève une bulle qui la recoiivre presque complètement ; cette bulle est entourée d'une légère auréole, est volumineuse et présente une grosseur qui varie de celle d'une noisette ou d'une noix à celle d'un œuf de poule, est remplie par un liquide clair, alcahn, peu plastique et empesant à peine le linge.

Les bulles de pempliigus herpétique naissent quelquefois

^2-> AKKKCTIONS Si'KCIALKS.

sans être pn-cfideus d'uiu; roiiK'-in- !>rytliématousc. Uuoi qu'il en soit, elles s'affaissent par suite rie Lnir rupture on de la résorption du liquide qu'elles contiennent, et se recouvrent alors de croûtes foliacées et brunâtres, ({ui tombent et sont remplacées par d'autres squames foliacées de moins en moins humides. Cette exfoliation se continue longtemps, et souvent persiste en l'absence de toute poussée bulleuse.

Cette affection se perpétue par des poussées successives de bulles qui n'occupent d'aljord que (Quelques parties du corps, mais ensuite se développent sur toute la surface des muqueuses; toutefois les muqueuses sont plus rarement le siège d'une éruption ])ulleusc dans le pemphigus herpétique que dans le pemphigus arthritique.

A un moment donné l'éruption est généralisée, le malade est forcé de garder le lit, et ordinairement la mort survient par suite de l'apparition de complications métastatiques ou consécutivement au passage de l'affection à l'état d'herpétide exfoliatrice. La mort est plus tardive dans ce dernier cas que dans le premier.

Etiolofjie. — Le pemphigus herpétique s'observe ordinairement dans l'âge adulte, chez la femme plus souvent que chez l'homme, à la suite d'excès, de veilles, d'émotions morales, etc.

Diagnostic. — Le pemphigus herpétique peut être confondu avec le pemphigus arthritique, mais ce dernier est caractérisé par des bulles plus petites que celles du pemphigus herpétique, île volume inégal, groupées en nombre variable sur une plaque rouge et se touchant par leur circonférence, rempUes par un liquitle plastique, séro-purulent ou purulent.

Trailement. — Les arsenicaux ont souvent échoué dans le traitement du pemphigus herpétique, ou ont déterminé des phénomènes cutanés qui ont obUgé de les suspendre; aussi ne doit-on les employer qu'avec ménagement. M. Bazin a obtenu quelques succès du pcrchlorure de fer et du quinquina. En outre on saupoudre les surfaces malades de poudre d'amidon, de fécule, de tan, de lycopode ou de vieux bois...

HKlil'KTJOËS. 323

Herpélide tardive cl maligne.

Herpélide exfoliatrice . — M. Bazin désigne sous le nom d'herpétide exfoliatrice une forme d'éruption cutanée de nature herpétique, remarquable par sa généralisation et par l'abondance des squames sécrétées à la surface de la peau, et dont les caractères ne permettent pas de reconnaître la lésion primitive de l'affection.

Quelquefois l'herpétide exfoliatrice apparaît d'emblée, mais le plus souvent elle succède à des berpétides vulgaires ou graves, à l'eczéma, au pityriasis, au psoriasis ou au pemphigus, affections d'abord faciles à distinguer, mais qui envahissent ensuite toute la surface cutanée et perdent leurs caractères primitifs.

Sg7nptomatologie. — M. Bazin a décrit en ces termes les modifications que subissent les affections précédentes pour arriver à l'herpétide exfoliatrice :

La transition des genres primitifs à l'herpétide exfoliatrice se fait d'une manière insensible. Dans le pemphigus, elle a lieu par suite de la prolongation de la période squameuse; dans l'eczéma, la sécrétion devient moins abondante, tandis que les squames persistent et se multiplient en prenant quelques-uns des caractères de celles du psoriasis ou du pityriasis. Dans le psoriasis, la rougeur et le soulèvement de la peau, qu'on observe ordinairement au début de l'affection, s'effacent peu à peu, et les squames deviennent plus minces en même temps que plus abondantes. Dans le pityriasis, enfin, les squames, de minces et légères, deviennent plus étendues et plus confluentes. Dans l'un ou l'autre cas, la desquamation épidermique est le seul phénomène o]:)jectif et organique qui persiste, et c'est elle (j[ui parvient à dominer la scène.

Lorsque fherpétide exfoliatrice est établie, l'éruption couvre presque toute la surface du corps ; à peine la face, la paume des mains, la plante des pieds sont parfois épargnées. Des squames S3 produisent et se succèdent incessamment, et sont tellement aljoudantes qu'elles se délachent sans cesse de

;{04 AmCCTIONS Sl'KCIALK.S.

l;i siui'ace ciilaiiée ; le matin, ou les truuvc amoncelées pour ainsi dire sous les lianes et sous les membres des malades. Ces squames sont minces et légères, transparentes comme des pelures d'oignon, petites et analogues aux écailles de son, ou plus larges et plus irrégulicres.

La peau présente de la sécheresse et est le siège de prurit, lorsque l'iierpétide exlbliatrice est primitive^ si elle est secondaire, les démangeaisons sont faibles ou complètement nulles, et cette insensibilité relative contraste avec l'intensité du prurit avant quel'affeclion générique parvienne à laforme exfoliatrice. Après quelques mois de lutte, les forces s'épuisent et le malade tombe dans un marasme de plus en plus profond ; alors on voit quelquefois la desquamation devenir moins abondante, tandis que de nouvelles affections se déclarent et viennent bâter la terminaison funeste. (Hydropisies permanentes et générales, diarrhée coUiquative ou affection viscérale cancéreuse ou autre.)

Diagnostic. — On se fondera, pour établir le diagnostic de l'herpétide exfoliatrice, sur la généralisation extrême de l'éruption, les caractères incertains de la lésion élémentaire, l'amaigrissement et la cachexie du malade.

On peut même, à Uaide des commémoratifs, reconnaître, lorsqu'elle est secondaire, à quelle affection générique elle a succédé.

Traitement. — Le traitement est le plus ordinairement impuissant; on peut toutefois employer les arsenicaux, lorsque l'herpétide a revêtu d'emblée les caractères de la forme exfoliatrice et que les malades n'ont subi aucun traitement. Si l'herpétide exfoliatrice est secondaire, et si les malades ont été soumis à une médication arsenicale, on doit se borner à soutenir les forces du malade, à combattre les symptômes qui sG présentent.

Dos frictions d'huile de cade, des bains simples ou médicamenteux pourront être prescrits si les forces du malade sont conservées.

RCROFULIDES.

DES SCROFULIDES.

La scrofule se traduit par des manifestations de la peau, des muqueuses, des os et des viscères. Nous ne nous occuperons que des manifestations cutanées ou scrofulides.

Les scrofulides apparaissent dans la première et dans la deuxième période de la scrofule; les unes sont primitives, super ficielles et bénignes ; les autres peuvent apparaître d'emblée, mais sont plus souvent secondaires et succèdent en général aux affections primitives ; elles envaliissent les couches profondes de la peau , et sont graves : scrofulides profondes, secondaires et malignes.

{fi) Scrofulides cutanées bénignes.

La scrofule détermine des affections cutanées érythcniateuses ; des affections accompagnées d'exsudation séro-purulente, épithéliale ou sébacée, scrofulides exsudativcs; enfin, des éruptions bout07ineuses.

1° SCROFULIDES ÉRYTHÉMATEUSES.

Ce groupe comprend trois formes : l'engelux'e, l'érythème induré et la couperose scrofuleuse.

Engelure. — Nous avons vu que cette affection pouvait constituer une éruption de cause physique, survenait alors chez les enfants, sous l'influence du froid , et disparaissait pendant l'été; mais elle peut être aussi une manifestation scrofuleuse : dans ce cas elle persiste l'été, en l'absence de sa cause provoquante, et est caractérisée par de la tuméfaction et une coloration bleuâtre des doigts et des mains.

Ërythème induré. — Il est caractérisé par des plaques indurées, rouges ou violacées, dont la coloration plus foncée au centre se fond insensiblement avec la couleur normale de la peau, et disparait sous la pression du doigt, plaques enchâssées

3'2r) AFFECTIOiNS SPliCIAI-ES.

dans le tissu cellulaire sous-cutam'., non douloureuses à la pression, et non accompagnées de prurit.

Cette affection s'observe, en général, sur la partie externe et inférieure de la jambe, le long du tendon d'Acliille, quelquefois sur la face , et peut-être plus souvent chez les fdles que cliez les jeunes garçons.

L'érytlième induré ne saurait être confondu avec l'érytlième noueux, affection pseudo-exantliématique arthritique, précédée de phénomènes généraux, caractérisée par des saillies ovalaircs, douloureuses à la pression, dont la coloration, violacée d'abord, présente ensuite toutes les teintes de l'ecchymose, saillies qui disparaissent spontanément dans l'espace de trois semaines environ.

Couperose. — Elle est caractérisée, comme la couperose arthritique, par une tache rosée ou violacée, occupant le nez et les joues, tache dont la coloration est produite par la présence de capillaires dilatés, et qui disparaît sous la pression du doigt ; sur ces taches apparaissent bientôt des papulo-pustules et des pustules à base rouge et à sommet jaunâtre et purulent.

Cette couperose scrofuleuse se distingue de la couperose arthritique par la coloration moins vive de la rougeur; par une dilatation variqueuse moins prononcée des vaisseaux capillaires à la circonférence de la plaque ; par la présence de pustules plus volumineuses , plus purulentes, mais plus rares ; enfin, par l'existence d'une démangeaison très-légère.

La couperose arthritique est d'ailleurs accompagnée d'autres manifestations de même nature, telles que : douleurs rhumatismales, eczéma, angines, etc. ; au contraire, la couperose scrofuleuse est accompagnée de gourmes, d'adénopathie, et s'observe chez des individus lymphatiques.

L'absence de toute manifestation arthritique, ou scrofuleuse, l'existence d'abus alcooliques, feront penser à la couperose alcoolique.

.SCROFULIDES.

SCROFULIDES EXSUDATIVES.

Les scrofulides, dites exsiidatives par M. Bazin, ont pour élément primitif une vésicule, une vésico-pustule, ou une pustule, et sont constituées tantôt par de l'eczéma, ou de l'eczéma impétigineux, tantôt par de rimp(îtig-o. M. Bazin a cru devoir réunir ces affections sous une même dénomination, parce qu'il est ordinairement difficile de reconnaître l'élément primitif dont la durée est éphémère, et partant de décider si l'affection générique est un eczéma ou un impétigo, et parce que eczéma impétigineux et impétigo sont souvent réunis chez un même scrofuleux.

La scrofulide exsudative (gourmes) oœupe d'abord le cuir chevelu, envahit ensuite les oreilles, le cou, la face où on l'observe aux ouvertures nasales, sur la pituitaire, les commissures des lèvres, les joues; elle peut même se répandre sur une partie plus ou moins étendue du corps.

Au cuir chevelu, et au d(>but , elle est caractérisée par des vésico-pustules, ou des pustules dont la durée est si courte qu'on ne les observe jamais, qui se rompent, donnent issue au liquide qu'elles contiennent, liquide qui se concrète et se convertit en croûtes. C'est à ce moment que le malade se présente à l'observateur ; alors on constate qu'une partie ou la totalité de la surface crânienne est recouverte de croûtes jaunâtres ou verdàtres, humides, molles et exhalant une odeur fade. Çà et là ces croûtes sont le siège de fissures desquelles s'écoule un liquide purulent ou séro-purulent, qui se concrète à son tour en croûtes jaunes ou v.irdàtres; les cheveux sont collés et agglutinés entre eux par le produit de la sécrétion , et forment souvent des faisceaux recouverts eux-mêmes de croûtes jaunâtres ou brunâtres.

Si l'on détache les croûtes à l'aide des cataplasmes, on si on soulève leurs bords à l'aide d'une spatule , on trouve les surfaces sous-jacentes rouges, exulcérées et f[uelqueibis même fongueuses.

Le plus ordinairement cette inflammation se propage au

tissu cellulaire sous-jacent et aux ganglions qui reçoivent leurs lymphatiques de la partie affectée; de là résultent de petits abcès et des adénites. Simultanément avec l'eczéma impétigineux du cuu- chevelu existe de l'eczéma suintant à la face postérieure des oreilles, et souvent de l'impétigo de la figure.

A la l'ace, la scrofulide exsudative se présente fréquemment sous la forme de plaques arrondies ou ovalaires {impetir/o fi(jurala), occupant la partie mi'diane d'une joue, le front, et recouvertes de croûtes également jaunâtres et humides; au pourtour du nez et à l'entrée des narines, elle est caractérisée par des concrétions jaunâtres allongées, qu'Ahbert comparait à des stalactites.

Quelquefois toute la face esc recouverte d'une enveloppe crustacée plus ou moins épaisse [impétigo larcalis), jaunâtre, exhalant une odeur fétide et nauséabonde, masquant complètement les traits du visage.

Si le malade, ennuyé par les tiraillements qu'exercent les croûtes, se gratte incessamment, les surfaces irritées sont le siège d'un écoulement sanguin qui se mêle au liquide séropurulent, et de là résultent des croûtes noirâtres plus ou moins épaisses qui donnent à la physionomie un aspect tout à fait repoussant.

La scrofulide exsudative n'est jamais accompagnée de viwes démangeaisons ou de fortes douleurs lorsqu'elle se compHque d'abcès.

Lorsque cette affection est passée à l'état chronique, elle est souvent caractérisée par de petites croûtes rugueuses, jaunâtres ou brunâtres (galons), traversées par un faisceau de cheveux, adhérentes au cuir chevelu, ou séparées de lui par les ongles du malade, et glissant alors sur les cheveux qui en sont hérissés. — Impétigo granutata. Cette forme est ordinairement accompagnée de pediculi. Dans dïmtres circonstances la scrofulide exsudative chronique est caractérisée par des croûtes sèches, farineuses, blanchâtres ou d'un blanc jaunâtre, et for-

scROFULinES. 329

mées de lamelles épidermiques. — Pseudo-teigne furfuracée. Enfin quelquefois les cheveux sont agglutinés, réunis en faisceaux et enveloppés d'une gaine chatoyeuse {pseudo -teigne amiantacée).

Après une durée en général assez longue, la serofulide exsudative disparait définitivement, mais en laissant souvent des places dégarnies de cheveux ou de l'acné sébacée.

Diagnostic. — La serofulide exsudative peut être confondue avec l'impétigo herpétique ou avec le favus.

Mais l'impétigo scrofuleux occupe primitivement le cuir chevelu, la face, tandis que la mélitagre herpétique débute par les membres et la poitrine. L'éruption dartreuse est symétrique et caractérisée par des croûtes flavescentes, entourées d'une auréole rosée; est accompagnée de vives démangeaisons; ne détermine que rarement des engorgements ganglionnaires, et s'observe dans l'âge adulte ou la vieillesse ; tandis que la serofulide impétigineuse est asymétrique, caractérisée par des croûtes verdàtres, accompagnée d'un prurit très-léger et d'engorgemènts ganglionnaires, s'observe dans l'enfance, etc.

Nous avons établi le diagnostic diflerentiel de la serofulide bénigne exsudative et du favus, page 183; il est donc inutile de revenir sur ce sujet.

3" SCROFULIDES BOUTONNEUSES.

Ce groupe comprend des affections essentiellement papuleuses : strophulus, prurigo et lichen; une affection papulo érythémateuse : l'erythema papulatim, des affections papulo-pustuleuses, diverses formes d'acné.

La serofulide boutonneuse apparaît souvent dès l'âge le plus tendre et sous la forme de hchen aigu. — Strophulus. Cette affection survient, en général, chez les enfants à la mamelle, à l'occasion du développement des dents. Elle est quelquefois accompagnée d'un léger mouvement fébrile, et est caractérisée par des papules apparaissant d'abord sur la face et les parties supérieures du corps et envahissant successivement les autres parties de la peau.

;^;{() Al'KECTlOKS {SPÉCIALES,

Ces papules sont voluniineuses, isolées les unes des autres, présentent la mi;me couleur que la peau environnante, ou sont rouges ou rosées et alors reposent sur des surfaces érythémateuses ; (illes ne sont pas accompagnées de vives démangeaisons, et s(^ terminent par desquamation dans l'espace de trois à quatre jours.

Quelquefois les papules du strophulus présentent à leur sommet un soulèvement de l'épiderme par de la sérosité transparente, et constituent alors des papulo-vésicules dont la durée est plus longue que celle des simples papules.

Le strophulus peut récidiver plusieurs fois, se compliquer d'eczéma, se transformer en lichen ou lichen eczémateux.

Il naît de préférence chez les enfants lymphatiques.

Lorsque le strophulus naît à l'occasion du travail de la dentition, disparaît après lui, il constitue seulement une éruption symptomatique d'un travail physiologique ; mais s'il persiste après l'éruption des dents, il constitue alors l'effet d'un état pathologique : de la scrofule, quia été éveillé par la sortie des dents et a converti le strophulus en une une manifestation scrofuleuse.

Le lichen de nature scrofuleuse apparaît, en général, A^ers l'âge de 12 à 15 ans, est caractérisé par des papules plus volumineuses que celles des lichens herpétique et arthritique, est accompagné de vésicules et de pustules ; ne détermine que de faibles démangeaisons; débute par la face et les parties supérieures du corps et se répand ensuite sur les diverses autres parties de la peau ; coïncide avec des adénites cervicales, la scrofulide exsudative du cuir chevelu, etc.

Le lichen scrofuleux a une longue durée, lorsque le malade n'est pas soumis à un traitement rationnel.

Cette espèce de hchen se différenciera facilement du hchen herpétique caractérisé par un prurit intense, des papules peu volumineuses et recouvertes de vésicules ou de légères croûtes, etc.; du lichen arthritique constitué par des plaques circonscrites de papules, plaques occupant le dos des mains, des avant-bras, le front, siège de démangeaisons, de picotements et d'élance-

SCROFULIDES. 331

monts, et survenant chez les adultes et non ù l'use de lâ ù •jii ans.

Le lichen sypliilitique est caractérisé par des papules offrant une couleur cuivrée, et recouvertes de squames épidermiques ; est exempt de démangeaisons, accompagné d'autres accidents syphilitiques et a été précédé do chancre induré, etc.

Toutes les considérations que nous venons de donner au sujet du lichen scrofuleux sont applicables au prurigo scrofuleux.

Enjthema papulatum. — Cette affection apparaît aussi chez les jeunes enfants, mais non dans la première enfance, occupe le dos des mains et des joues, - alterne avec l'engelure et est caractérisée par une rougeur érythémateuse indolente, disparaissant sous la pression du doigt et sur laquelle on aperçoit quelques papules proéminentes.

Cetérythème scrofuleux a une marche lente qui le différencie de l'érythème papulo-tuberculeux arthritique.

Acné scrofiileuse. — Les formes d'acné qui dépendent de la scrofule sont : l'acné punctata, l'acné sebacea, l'acné varioliforme, l'acné miliaris, l'acné indurata et l'acné rosea.

L'acné punctata est caractérisée par de petites saillies au centre desquelles on aperçoit de petits points noirs. (Tannes.)

L'acné varioliforme est une variété qui était décrite sous le nom de moluscum avant que M. Bazin ait fait paraître son mémoire sur cette affection (1831). Depuis cette époque elle a été bien étudiée par le D"" Magnan, ancien interne de M.Bazin, et rattachée par tous les dermatologistes au genre acné.

L'acné varioliforme siège habituellement à la face, au cou, au devant de la poitrine, mais peut s'observer sur les diverses autres régions du corps ; elle est caractérisée par de petites saillies dont la grosseur varie de celle d'un grain de mil à celle d'un pois ou d'une petite cerise, saillies indolentes, ombîliquées au centre, présentant une couleur qui se rapproche de celle de la cire, et demi-transparentes sur les bords de l'ombilic.

M. Bazin a domontré que cette affection était précédée ou accompagnée d'autres manifestations scrofuleuses.

Ce même médecin place au nomljre des scrofulides acuéiques, l'acné sébacée et l'acné éléphantiasique caractérisée par l'hypertrophie générale des glandes de la peau, et dont une observation recueillie par M. Lutz est insérée dans le Traité de la scrofule de M. Bazin.

L'acné miliaris occupe principalement le front et est caractérisée par de petites pustules analogues à des papules pseudovésiculeuses et produites par l'occlusion de l'orifice du canal de la glande sébacée et son soulèvement par la sécrétion glandulaire mêlée à un peu de lymphe ou de sérosité purulente. Ces pustules sont discrètes et séparées par des intervalles de peau saine, ou cohérentes réunies les unes à côté des autres de manière à former des groupes dont la forme souvent réguUère représente des figures géométriques, celle d'un anneau, d'un demi ou d'un quart de cercle, etc. Il est en général facile de reconnaître que ces groupes sont constitués [par une réunion de pustules; quelquefois cependant on n'arrive qu'avec peine à diagnostiquer cet élément primitif, parce que les pustules s'étant rompues, il n'existe plus que des plaques saillantes, régulières ou irrégulières, rouges et recouvertes de squames blanches et peu épaisses, plaques offrant quelque analogie avec celles (lu lichen lividus. Tantôt l'acné miliaire scrofuleuse n'occupe que le front ; tantôt, au contraire, elle est disséminée à la surface de tout le corps.

L'acné indurata est caractérisée par des pustules dures et rouges à la base, purulentes au sommet, le plus ordinairement isolées et discrètes, quelquefois cependant cohérentes. Ces pustules s'ouvrent à leur sommet, donnent issue au pus qu'elles contiennent, et disparaissent en laissant une petite cicatrice blanche, oblongue et plissée.

Elles sont le résultat d'un travail inflammatoire qui s'empare de la glande sébacée, se propage ensuite au tissu cellulaire ambiant et ne détermine que lentement la suppuration qui a lieu d'abord au sommet de la papulo-pustule.

«ciioi''ULii)K!5. '333

Nous avons clcciit précédemment l'acné rosée de nature scrofuleuse.

La scrofulide acnéique u'apparait ordinairement que vers l'époque de la puberté et se perpétue souventpendantun temps fort long, par suite de l'existence de poussées successives. Elle disparait, en général, quand surviennent les périodes ultérieures de la scrofule. Nous devons njouter que l'acné varioliformc se rencontre souvent vers l'âge de -i ou 5 ans.

On voit quelquefois la scrofule débuter, par la couperose, chez les femmes arrivées à l'âge critique. Cette aflection persiste alors longtemps et ne disparait que lors de l'apparition de la scrofule viscérale.

L'acné scrofuleuse pourrait être confondue avec l'acné syphilitique ; mais la première espèce occupe presque exclusivement la face, le dos, les épaules, le devant de la poitrine, est enractérisée par diverses variétés d'acné : de l'acné punctata, de l'acné miliaire, de l'acné indurata, et les éléments n'affectent aucune disposition spéciale ; au contraire l'acné syphilitique occupe toute la surface du corps et est caractérisée par des pustules discrètes ou réunies en petits groupes, entourées d'une petite auréole cuivrée et laissant à leur place une petite cicatrice déprimée qui blanchit du centre à la circonférence.

L'acné miliaire et l'acné indurata de nature scrofuleuse, pourraient être confondues avec les mêmes variétés de nature arthritique ; mais l'acné miliaire scrofuleuse siège ordinairement sur le visage et les épaules, est associée à l'acné punctata, l'acné indurata n'est pas accompagnée de picotements et coïncide souvent avec d'autres manifestations scrofuleuses.

L'acné indurata arthritique se développe par plaques sur le dos, la partie interne des cuisses et coïncide avec d'autres manifestations arthritiques.

Marche, durée, terminahon de la scrofule cutanée bénigne. — La scrofule cutanée sécrétante est celle que l'on observe, en général, la première ; elle apparaît dès la plus tendre enfance, et disparait, selon !\L Bazin, vers l'àyc de 3 ou i ans, mais peut

Al'KKCTJONS SPÉCIALES.

aussi se continiior dans l'âge adulte sous l'orme d'eczéma chronu[uc, (le pityriasis ou d'acné sébacée, quelquefois même elle n'apparaît que dans l'âge adulte.

Le lichen généralisé précédé de strophulus peut naître aussi dans les premiers temps de la vie et coexister avec la gourme, tandis que l'acné n'apparait qu'à l'âge de la puberté (l'acné varioliforme excepté) et la couperose à l'âge critique.

La scrofulidc cutanée peut se propager de la peau aux muqueuses ou se transformer iji situ en scrofulides malignes. — Un impétigo simple du nez ou de la lèvre peut ainsi se transformer en scrofulide rongeante ou même en lupus fibroplastique.

Éliolorjie. — Nous ne pouvons pas étudier ici les causes de la scrofule, mais seulement indiquer les circonstances qui déterminent l'appaiition des éruptions cutanées scrofuleuses.

La dentition, la puberté, la grossesse, etc., peuvent constituer autant de causes provoquantes de la scrofule et éveiller cette maladie constitutionnelle. La dentition est accompagnée de feux de dents, c'est-à-dire de congestions, d'érythèmes de la face, de strophulus, d'éi^uptions eczémateuses, tous phénomènes qui disparaissent lorsque la dent a percé la gencive, si l'enfant n'est pas scrofuleux; mais, s'il est atteint de cette maladie constitutionnelle, alors l'éruption éveille la maladie jusque là latente, et celle-ci, s'emparant de l'éruption provoquée par la dentition, la perpétue et la transforme en manifestation scrofuleuse (lichen scrofuleux, eczéma scrofuleux^ etc.)

A la puberté, les congestions qui se produisent du côté des mamelles déterminent des érythènies, passagers ordinairement, mais qui chez les jeunes filles scrofuleuses se transforment en eczémas scrofuleux. Le tempérament lymphatique prédispose aux éruptions sécrétantes, le tempérament bilieux aux éruptions acnéiques, le tempérament biUoso-norveux aux éruptions papuleuses.

Les maladies fébriles exanthématiques, la chlorosCj jouent ■souvent aussi le rôle de causes provoquantes de la scrofule. 11 en est de même des parasites végétaux ou animaux, etc;

SCROFULIDES. X)^)

Traitemenl. — On doit conseiller un traitement interne dirige contre la cause des atrections cutanées, c'est-à-dire contre la scrofule, et un traitement externe dirige contre Téruption de la peau elle-même.

On satisfera à la première indication en ordonnant des tisanes amères, telles que : celles de houblon, de pensée sau • vage, de gentiane, etc.; un léger laxatif tous les jours; une cuillerée de sirop d'iodure de fer chaque matin et une cuillerée de sirop antiscorbutique chacjue soir. M. Bazin réserve l'huile de morue pour les scrofulides malignes et les accidcuts de la scrofule osseuse.

Toutefois, dans les cas de scrofulides bénignes rebelles, il conseille l'association du sirop de fer et de l'huile de morue.

Le traitement local doit être différent, suivant que l'affection est humide ou sèche.

S'il s'agit d'une scrofulide exsudative non compliquée de parasites et présentant des symptômes inflammatoires, on fera des lotions émollientes sur les parties malades ; on saupouckera de poudre d'amidon ou de fécule de pommes de terre les surfaces affectées; on détachera les croûtes à l'aide de cataplasmes de fécule, et on fera prendre un Iniin d'amidon tous les jours ou tous les deux jours. Si la gourme est compliquée de parasites, il faut détruire ces êtres à l'aide d'onguent napolitain ou d'une solution de sublimé.

Lorsque les symptômes inflammatoires sont apaisés, on badigeonne les surfaces malades avec de l'huile décade pure; une minute ou deux après le badigeonnage, on essuie avec un linge fin et par pression la pai'tie imbibée d'huile de cade. Il convient de répéter cette application tous les trois ou quatre jours.

Si l'huile de cade déterminait de l'irritation, on la mélangerait à l'huile d'amandes douces ou on la remplacerait par des pommades au calomel, ù l'oxyde de zinc, etc.

Ce traitement local convient aussi aux scrofulides boutonneuses et acnéiques; s'il s'agil d'acné sébacée, on prescrira

akI'KCTjons «i-kciales.

les f'lycërolcs tl'amnioniaque, de carbonate de soude, les bains gélatino-sulfureux ou sulfureux.

[h) Scrofulides malignes.

M. Bazin assigne les six caractères suivants à ce groupe d'atïections scrofuleuses : 1" l'extension aux coucbes profondes de la peau; 2" la circonscription plus limitée, plus restreinte, des parties affectées; 3» l'absence de douleur; -4° l'hypertrophie, suivie plus tard d'une atrophie remarquable des parties atteintes ; o° la coloration d'un rouge violacé ou livide ; 6" les cicatrices indélébiles, et trop souvent hideuses que laissent après elles les scrofulides profondes.

1° SCROKULIDE ÉRYTHËMAÏEUSE.

Ce groupe renfei'me les affections où il semble qu'il n'y ait que de l'érytlième sur les surfaces malades. M. Bazin en admet deux variétés : le lupus érythémateux et le lupus acnéiquc.

Luims ériithémateux. — Il siège presque constamment à la face, aux tempes ou au cuir chevelu, quelquefois sur le dos des mains et des doigts, et est caractérisé par des plaques ordinairement arrondies ou ovalaires, indolentes, non saillantes, offrant une rougeur congestive tantôt analogue à celle de l'érysipèle, tantôt livide o.i jaunâtre, rougeur disparaissant sous la pression du doigt, permanente et fixe ; après avoir persisté un certain temps, la rougeur disparait et laisse à sa place une véritable cicatrice semblable à celle d'une brûlure, et qui s'est produite sans que l'épiderme ait été détruit. Les couches superficielles du derme disparaissent par suite d'une absorption interstitielle.

Quelquefois le lupus érythémateux offre une, marche centrifuge {cnjllu'ine centrifuge de Biett). Il débute par une rougeur <[ui s'exfolie, se transforme en cicatrice, tandis qu'à la circonférence apparaît une rougeur circulaire qui suliit la môme évolution, et ainsi do suite.

SCROFULIDES. 337

Lupus acnéique; herpès crétacé du bout du nez, de M. Devergie. — Cette affection ne s'observe guère qu'à la figure, sur les joues et le nez; elle est caractérisée jiar une ou plusieurs taches arrondies ou ovalaires limitées par un bourrelet rouge qui s'étend progressivement vers les parties saines à mesure que le mal fait des progrès. Au niveau de ces taches, on observe que les conduits des glandes sébacées sont élargis et remplis d'une matière blanchâtre, comme crayeuse, et composée d'un mélange d'épiderme et de matière sébacée altérés ; de l'existence de cette substance au niveau des glandes sébacées résultent de petites aspérités à la surface.

Lorsque cette affection est guérie, les parties du nez qui en étaient affectées sont couvertes de petites dépressions semicirculaires et cicatricielles correspondant aux ouvertures des glandes sébacées.

Diagnostic. — La couperose érythémateiise peut être confondue avec le lupus érythémateux ; cependant la couperose est caractérisée par des taches moins régulièrement arrondies, présentant des capillaires dilatés à leur surface et à leur pourtour, ordinaii'ement recouvertes de papulo-pustules et de pustules.

Uérythème marginé arthritique est caractérisé par des plaques d'un rouge inflammatoire, nettement limitées par des bords relevés, et présente une marche aiguë.

Ucrythema papulattim scrofuleux est constitué par des surfaces rouges recouvertes d'éléments papuleux , et n'offre jamais de tissu cicatriciel.

1° SCROFULIDE TUBERCULEUSE.

M. Bazin admet trois variétés de scrofulide tuberculeuse : le lupus tuberculeux, la scrofulide tuberculeuse inflammatoire et une variété rare du moUuscum des auteurs.

(fl) Lupus tuberculeux. — Il présente une forme simple et une forme hypertrophique.

La forme simple s'observe le plus ordinairement sur la face,

;j3^<^ AFFECTIONS SPECIALES.

plus rarement sur le tronc et les membres, et est caractérisée par (les tubercules disposés eu groupes afTectant les formes les plus variées, celles d'un arc de cercle, d'une demi-lune, d'un anneau complet ou incomplet, etc. Ces tubercules présentent un volume vurialjle de celui d'un grain de mil à celui d'un gros pois, soQt demi-transparents, et oii'rent une coloration rougeâtre, d'un rouge livide ou jaunâtre, que l'on a comparée avec raison à la couleur du sucre d'orge. Ils sont en général indolents, et donnent au doigt qui les presse la sensation d'une rénitence élastique.

Si ou examine au microscope le tissu qui les compose, on constate qu'il est constitué par des cellules et des noyaux libres renfermant au milieu d'eux des follicules pileux ou des glandes sébacées dégénérées et remplies de coucbes concentriques d'épi tliéliiim provenant de ces glandes.

Ce néoplasme est résorbé après avoir subi sans doute la transformation graisseuse, et alors le tubercule devient plus mou, perd sa rénitence, se ride et s'affaisse, et finit par disparaître en laissant une cicatrice enfoncée qui n'a pas été précédée d'ulcération {lupus non exedens), et ressemble à celle d'une brûlure.

Le lupus tuberculeux a une marche très-lente, et s'étend en surface tantôt par de nouvelles poussées tuberculeuses et tantôt par un bourrelet tuberculeux circonférentiel qui apparaît dès que les tubercules du centre sont affaissés. La durée est très-longue, et cette afll;ction persiste pendant une grande partie de l'existence.

'La forme tuberculeuse hijpertrophique s'observe aussi principalement sur la l'ace, mais existe également sur les membres et les organes sexuels.

La face acquiert uu volume considérable, d'où le nom de léontiasis qui lui a été donné. Les traits ont alors disparu, les joues sont tuméfiées et i)endantes, et donnent au doigt une sensation de rénitence élastique analogue à celle que produit la pression des tubercules du lupus non hypertropliique. Les lèvres sont éno.'me?, les paupières recouvrent presque complc-

SCROFUI-IDES. 339

tcment les yeux que l'on aperçoit à peine; les oreilles sont également le siège d'une tuméfaction eonsidérablc.

Aux membres, le volume des parties afFectées est double ou triple du volume normal. Tous les cléments de la peau sont alFectés d'hypertrophie, les papilles sont saillantes et donnent ;uix téguments un aspect de peau de chagrin ; sur les limites des parties hypertrophiées existent des tubercules exfoliés ou recouverts d'une croûte noirâtre.

Les parties génitales peuvent aussi présenter cette hypertropliie, et on constate alors que le pénis a un volume double ou triple de son volume normal et que les glandes sébacées de cette partie et les follicules pileux du scrotum sont hypertrophiés, ou que les grandes et les petites lèvres forment des masses volumineuses et pendantes.

Cette affection persiste pendant de longues années, s'étendant, comme la forme simple, soit par l'apparition de nouveaux groupes, soit par la naissance d'un bourrelet cii conférentiel.

Chaque tubercule individuel peut se terminer par résorption ou ulcération.

{b) ScroftiUde tuberculeuse inflammaloire . — Cette affection n'est pas commune; elle peut occuper toutes les régions du corps et se présente ordinairement sous forme de plaques constituées par des tubercules réunis en groupes, tuber»iules opaques, rouges, indurés, peu sensibles à la pression, quelquefois purulents ou croùtcux à leur sommet.

(c) Molluscum. — C'est une affection très-rare, dont M. Bazin n'a observé qu'un exemple. Elle consiste, dit ce médecin, en une éruption de petites tumeurs variables en volume, depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une cerise. Le contenu de ces tumeurs n'est autre chose que du tubercule tout à fait analogue, pour la composition, au tubercule pulmonaire. Au bout d'un certain temps, les tumeurs se ramollissent par suite de la formation d'une matière caséeuse et de véritable pus. L'altcès tuberculeux se perfore, s'ouvre au dehors, le kyste se vide, et

SOS parois se cicatrisent un peu plus vite et mieux que celles des cavernes pulmonaires.

Dans le cas ol>servé par M. Bazin, les parois de la tumeur étaient formées d'une double enveloppe : de la peau amincie et presque réduite à sa couche épidermique et d'une tunique profonde ; c'était un véritable kyste dans lequel se trouvait renfermée la matière tuberculeuse.

Diagnostic du lupus non ulcéreux. — La scrofulide maligne tuberculeuse non ulcéreuse pourrait être confondue, à la rigueur, avec la couperose pustuleuse, le lichen à papules déprimées, le psoriasis circiné. Cependant, un examen attentif permettra toujours de distinguer ces diverses afiections. En effet, la couperose est caractérisée par une surface rouge, sur laquelle existent des papulo-pustules d'un rouge inflammatoire ; le lichen à papules déprimées est disséminé et ses éléments présentent une couleur toute différente de celle des tubercules du lupus. Enfin le psoriasis est caractérisé par des saillies recouvertes de squames blanches, argentées, bien différentes des légers furfures qui recouvrent quelquefois les tubercules.

La syphilide tuberculeuse circonscrite pourrait plutôt prêter à l'erreur; en eflet, elle est caractérisée par des tubercules groupés, indolents, etc.; cependant, les tubercules syphilitiques offrent une teinte cuivrée, sont plus durs que les tubercules du lupus, disposés de manière à former un croissant ou un fer à cheval, et présentent une marche rapide; ils ont été précédés d'ailleurs d'autres phénomènes de même nature.

Le lupus hypertrophiquc a pu être pris pour l'éléphantiasis des Arabes, mais jamais on observe, dans cette dernière affection, un fond cicatriciel et l'existence de tubercules, jibénomènes habituels au lupus.

3° SCROFULIDE CRUSTACÉE ULCÉREUSE.

Celte scrofuhdc se divise en scrofulide ulcéreuse tubcrcukuso et en scrofuliile ulcéreuse inflammatoire.

SCROFUJJDES. 341

Scrofulide ulcéreuse tuberculeuse {lupus ulcéreux) . Ella dùhutc par des tubercules identiques à ceux que nous avons décrits en faisant l'iiistoire de la scrofulide tuberculeuse simple, mais, toutefois, moins saillants, plus indurés et plus rouges. Ces tubercules sont bientôt le siège d'une ulcération qui s'étend en largeur et en profondeur. Quelquefois, cependant, l'ulcération s'étend principalement en largeur, et se présente sous la forme d'une ulcération iiTégulière, superficielle, recouverte de croûtes noirâtres et adhérentes, à bords rouges, gonflés, un peu douloureux et semés de tubercules, ulcération sécrétant un pus mal lié, de mauvaise nature, que la pression fait sourdre à sa circonférence, et qui se propage à de vastes surfaces, de la face au cou et à la région sous-maxillaire.

Dans quelques circonstances, l'ulcération se guérit à la place primitivement atteinte, laissant des cicatrices rougeàtrcs ou d'un blanc rosé, luisantes, coupées de brides entre-croisées ou de végétations produites par des lambeaux de téguments qu'elles ont compris dans leur épaisseur, et qui peuvent devenir le siège de nouveaux tubercules, et envahit simultanément les parties qui entourent la surface cicatrisée (/i<;9ws serpigineux).

Dans d'autres cas, l'ulcération s'étend en profondeur et déti'uit tous les tissus qu'elle rencontre. Cette forme débute ordinairement au niveau des ailes ou de la pointe du nez, par un tubercule qui s'ulcère, perfore l'aile du nez ou l'échancre sur son bord \ihre(lupus ^cre/)?'aj2^). L'ulcération est recouverte d'une croûte brunâtre ou noirâtre formée par le dessèchement d'une suppuration sanieuse, s'étend progressivement par la destruction des parties voisines, et ne respecte ni les cartilages, ni les os du nez.

Quelquefois l'ulcération se fait par la muqueuse, détruit la cloison ou la voûte palatine, et fait communiquer soit les deux fosses nasales, soit la fosse nasale et la cavité buccale. Si la scrofulide ulcéreuse débute par la commissure des lèvres ou les paupières, elle détruit ces parties, agrandit les ouvertures buccale et palpébralc, gène la mastication ou amène le renversement des lèvres, l'ectropion et l'ophtlialmie.

En général, cotte scrofuliilc a nno marche tros-lente, quelquefois, cependant, elle diHruit tous les tissus avec une rapidité désespérante et mérite le nom de iuj.usvorax : « En moins d'un mois, six semaines, dit M. Bazin, le nez est complètement rongé, les lèvres sont détruites. On voit entre les ouvertures nasales, le vomer et la lame perpendiculaii-e de l'cthmoïde se raccourcii' de jour en jour sous l'influence du travail destructeur des os. La langue se détruit par parties, et bientôt se trouve réduite à un moignon informe placé au fond de l'antre qui représente la bouche et les fosses nasales réunies, par suite de la chute dés dents et de la destruction de la voûte palatine. Le plancher de l'orbite ne tarde pas à s'écrouler, et les globes oculaires tombent, retenus seulement par les nerfs optiques, auxquels ils se trouvent appendus comme à deux cordes. — Les malades parvenus à ce degré de la scrofulide maligne sont ordinairement enlevés par ime phlegmasie ultime. »

Scrofulide ulcéreuse inflammatoire. — Elle débute par des pustules, des papulo-pustules, des bulles de rupia, etc., ou par des tubercules inflammatoires réunis en groupes, rouges, indurés, peu sensiljles à la pression, purulents et croùteux à leur sommet, etc. Que la scrofulide ait présenté à son origine l'un ou l'autre de ces éléments primitifs, elle aboutit en définitive à la formation d'une croûte épaisse, brunâtre, enchâssée profondément dans la peau, et au-dessous de laquelle existe une ulcération irrégulière et anfractueuse, sécrétant une humeur sanieuse qui se concrète et forme une nouvelle croûte ; les bords de cette ulcération sont rouges, légèrement tuméfiés et parsemés souvent de tubercules inQammatoii'es ou de pustules indiquant l'élément primitif de l'affection. Cette scrofuUde présente une marche plus lente que la scrofuHde tuberculeuse filH'O -plastique (lupus) ; trouve dans les os une barrière presque infranchissable, et laisse à sa suite des cicatrices bridées, enfoncées, adhérentes aux os.

Tandis qu'à la face et aux membres on observe, à peu près indistinctement, les deux variétés de scrofulides ulcéreuses; au

RCRnFur.iDES. 343

tronc, selon M. on constaterait plus souvent l'existcnco

de la scrofulide inflammatoire.

Étiologie. — La scrofulide maligne débute d'embLie ou succède à la scrofulide bénigne, apparaît ordinairement entre 16 et 23 ans, et à peu près également dans les deux sexes; quelquefois elle est consécutive à la transformation m sila de scrofulidcs bénignes en scrofulides malignes ; de couperose, d'énjlkema papulatum en scrofulides fd)ro-i)lastiques.

Diagnostic. — Nous devons indiquer les moyens de reconnaître l'élément primitif de la scrofulide ulcéreuse ; l'espèce de scrofulide, scrofulide inflammatoire ou tulierculeuse iibro-plastique, et enfmla nature scrofuleusc de l'affection cutanée.

Il n'est pas toujours facile de reconnaître l'élément primitif, l'affection n'étant caractérisée que par une ulcération recouverte d'une croûte plus ou moins épaisse, et autour de laquelle n'existe aucune trace de l'élément primitif; cependant, on constate quelquefois sur les bords de la partie malade l'existence d'indurations profondes, aplaties, peu saillantes et indiquant que l'affection a débuté par un tubercule qui a suppuré et qui s'est transformé en croûtes.

De môme, selon M. Bazin, si les bords de la croûte sont profondément enchâssés dans la peau et semblent situés sur le môme plan que les parties environnantes; si la croûte semble se continuer avec le bord rouge induré de la peau, faire en quelque sorte corps avec lui, l'élément primitif a été un tubercule cutané ou sous-cutané.

Si la croûte a la forme d'une écaille d'huître, elle indique la présence, au début, de la Inille de rnpia ou de la pustule de l'ecthyma. ♦

Si la croûte est jaunâtre, saillante, détachée du fond de l'ulcère, elle indique la préexistence de la pustule d'impétigo.

Si la croûte est humide, suintante, imprégnée d'un pus sérosanguinolent, elle démontre que l'aflcction a d(!']juté par la vésico-pustule.

La scrofulide ulcéreuse ne peut être confondue qu'avec la scrofulide cxsudative ou les ulcih'ations consécutives aux scro-

^r^^r^, AFFECTIONS SPECIALES.

l'aies ganglionnaires ou cellulaires. Mais lascrofulide exsudative est caractérisée par des croûtes jaunâtres, superficielles, non enchâssées dans la peau, autour desquelles on observe souvent l'cUéinent primitif vésiculeux ou pustuleux, et qui ne laisse à sa suite qu'une simple maculature s'effaçant peu à peu et non une cicatrice bridée.

Les ulcères ganglionnaires ont des bords sinueux, bleuâtres et décollés, et ont été précédés pendant longtemps par une tumeur fluctuante.

Mais, la scrofule ulcéreuse étant reconnue, quelle en est la variété? Est-ce un lupus? Est-ce une affection inflammatoire?

Dans le lupus, on observe sur les bords de l'ulcère, soit des tubercules fibro -plastiques, soit des traces de tubercules.

Dans la scrofule inflammatoire, au contraire, on constate l'existence de grosses papulo-pustules rouges et inflammatoires .

La scrofulide ulcéreuse doit enfin être distinguée de la syphilide cutanée ulcéreuse.

Or, les tubercules syphilitiques sont saillants, volumineux, offrent un reflet obscur, de couleur brune ou cuivrée, sont disposés en groupes circulaires, tandis que les tubercules scrofluleux sont livides, rougeàtrcs, demi-transparents.

A la période ulcérative, s'il s'agit d'une affection syphilitique, on constate que les croûtes qui recouvrent les surfaces malades sont entourées d'une auréole cuivrée, sont affaissées, brunâtres ou noirâtres, et laissent à leur place des surfaces ulcérées à bords tadiés a pic et baignées d'un pus qui se concrète rapidement au contact de l'air ; tandis que s'il s'agit d'une aflection scrofuleuse, les croûtes sont entourées d^une am-éole rougeâtre et bleuâtre, sont saillantes, d'un brun jaunâtre et laissent à leur place des ulcères couverts de granulations et de fongosités.

Enfin la marche de l'ulcère scrofuleux est très-lente, tandis que celle de l'ulcère syphilitique est très-rapide.

Quelquefois cependant la scrofuUde ulcéreuse s'étend rapidement en superficie ou en profondeur; mais, dans le premier

SCROFULIDES. 34o

cas, rulcératiou n'ofiro jamais de contours irréguliers, eu forme d'arcs de cercle, de spirales, comme cela s'observe dans l'ulcère syphilitique serpigineux; les bords sont violacés et décollés, le fond de l'ulcère est recouvert d'un pus peu consistant et les surfaces cicatrisées sont bridées.

Il est plus difficile de décider si le lupus qui détruit en profondeur, appartient à la syphilis ou à la scrofule, surtout lorsqu'il siège au nez : toutefois on pourra s'appuyer sur les caractères suivants : la scrofulide débute par la peau, naît dans la jeunesse, s'accompagne de caries et de tumeurs blanches, tandis que la syphilide débute par la muqueuse et coïncide avec des douleurs ostéocopes, des exostoses, etc., et guérit rapidement sous l'influence d'un traitement spécifique.

Pronostic. — 11 est sérieux, les scrofulides malignes présentant une longue durée, étant difficiles à guérir, laissant, après la guérison, des cicatrices difformes et désagréables, pouvant déterminer des pertes de substance considérable et même entraîner la mort.

Les scrofulides malignes non ulcéreuses sont moins graves que les ulcéreuses, et les scrofulides fibro-plastiques ulcéreuses sont plus graves que les affections ulcéreuses inflammatoires, le système osseux ne constituant pas pour elles une barrière, une limite à leurs progrès.

Traitement. — On doit conseiller un traitement interne, dirigé contre la scrofule, et un traitement externe, dirigé contre l'affection cutanée .

On satisfera à la première indication, en prescrivant l'huile de morue et le sirop d'iodure do fer, les tisanes amères, une nourriture tonique, etc.

M. Bazin a fait prendre aux scrofuleux jusqu'à 200 et 300 grammes d'huile de morue chaque jour en hiver. En été, l'huile de morue n'est pas aussi bien supportée, et il ne faut guère en ordonner qu'une ou deux cuillerées chaque joiu-.

M. Bazin professe que l'on doit suspendre l'usage de l'huile de morue lorsque les ulcères scrofuleux sont blafards et se couvrent d'une couche comme couenneuse, et comme putrila-

gincuso, parce qiio dans ce cas le mauvais état de la lésion augmente sous l'inOuencc de l'absorption do l'huile.

En résume, on conseillera de prendre matin et soir une tasse de tisane amère; avant chaque repas une dose convenable d'un mélange de siro]i d'iodure de fer et d'huile de morue.

Le traitement local varie avec la variété de scrofulide maUgne que l'on observe. Les scrofulides érythémateuses et tuberculeuses simples réclament les mêmes modificateurs, c'est-à-dire l'huile de cade et l'huile de noix d'acajou. On applique sur la surface malade une très-légère couche d'huile de noix d'acajou et vingt-quatre heures après on trouve la partie imbibée d'huile couverte d'une eschare analogue à une feuille de parchemin. Cette eschare se détache quelques jours après son application, sans laisser aucune plaie. On répète l'application d'huile de noix d'acajou tous les huit et dix jours jusqu'à ce que Férythème, les tubercules aient disparu.

Dans le lupus hypertrophique, M. Bazin a employé avec avantage la pommade de ciguë sur les empâtements cellulaires et les applications d'huile de noix d'acajou sur les tubercules circonférentiels.

Le traitement local des scrofulides ulcéreuses varie suivant les circonstances : Si l'ulcère est superficiel, on se contentera d'en modifier la surface à l'aide de légers modificateurs, tels que la teinture d'iode, le coaltar saponiné, et on réprimera les fongosités à l'aide de la poudre d'alun ou du riitrate d'argent.

Si l'ulcération est profonde, il faut la modifier à l'aide de la teinture d'iode caustique (iode 1 partie, iodure de potassium 2 parties et eau 2 parties), après avoir préalablement détaché la croûte. L'application de teinture d'iode doit être répétée tous les quatre ou cinq jours.

M. Bazin met quelquefois aussi en usage une pommade au bi iodure de mercure, composée de nne portion de sel pour deux parties ou une partie seulement d'excipient, mais il proscrit les caustiipics énergiques, tels que la pâte arsenicale, le caustique de Canquoin ou de Vienne, etc., et pose en axiomes, que plus la scrofulide maligne est générahsée, plus elle a de

SYPiiiLinES, ?/i7

ieiidancc à s'étcmlro, moins elle réclame de caustiques iMiorsi- ([iies; que plus elle est limitée, circonscrite, statioanairo, plus on est en droit de l'attaquer par des agents destructeurs ; que l'on ne doit jamais appliquer un caustique dangereux ou par son action cautérisante, ou par ses propriétés toxiques, sur ime surface ayant plus de 5 à 6 centimètres de diamètre ; que dans les cas de scrofulides malignes très-étendues ou très-nombreuses, les cautérisations doivent être partielles et successives.

DES SYPHILIDES.

On désigne sous le nom de sijphiUdes les éruptions cutanées déterminées par la syphilis.

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