CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES ÉRUPTIONS SYPHILITIQUES
Parmi les affections de la peau de nature sj'pliilitique, il en est une, la plaque muqueuse, dont la contagion et l'iuoculabilitc ne sauraient être mises en doute ; or, ni les affections scrofuleuses,' ni les affections arthritiques ou herpétiques ne sont contagieuses ou inoculables.
Les syphilides ne sont pas stationnaires, mais ont de la tendance vers la résolution ou l'ulcération ; dans ce dernier cas, elles laissent à leur suite des cicatrices indélébiles, cuivrées, et dont la rougeur disparait du centre à la circonférence.
Les sypliiUdes sont fixes et ne se déplacent pas comme les affections herpétiques; si elles récidivent, elles n'offrent plus la même forme, tandis que les herpétides se reproduisent en gardant leur forme éruptive primitive; elles sont accompagnées de l'engorgement des vaisseaux et des ganglions lymphatiques lorsqu'elles sont exantliématiques.
Les syphilides ne déterminent pas, en général, de prurit; cependant les syphilides du cuir chevelu, le.s syphilides exan-
348 AFFKCTIONS SPECIALES.
thématiques, sont quelquefois accompagnées de démangeaisons, mais très-légères et impressionnant à peine le malade.
La coloration des sypliilides a été comparée à la couleur du maigre de jam])on, ou à la coloration du cuivre jaune ou rouge; cette dernière comparaison a prévalu.
Enlln, les sypliilides disparaissent rapidement sous l'in. fluence d'un traitement mercuriel, ou mercuriel etioduré (iodure de potassium et biiodure de mercure).
Parmi les sypliilides, il en est qui n'appartiennent qu'à la syphilis et sont par conséquent des affections propres, tandis que d'autres sont des affections communes, c'est-à-dire peuvent constituer les manifestations de plusieurs maladies.
1» Affections propres.
Les affections propres à la syphilis sont les plaques syphilitiques; à côté d'elles, nous décrirons les végétations et le vitiligo syphilitique, qui constituent non des affections syphiUtiques, mais des accidents spéciaux survenant dans le cours de la syphilis.
Plaques syphilitiques. — La plaque syphilitique est caractérisée par une éievure de la peau ou des muqueuses, à bords nettement circonscrits, et dont le centre est en général déprimé (Bazin).
Les plaques syphilitiques siègent, par ordre de fréquence, à la région génito-anale, à l'ouverture des narines, aux commissures des lèvres, sur les amygdales, et ensuite sur la partie postérieure du cou, la paume des mains et la plante des pieds, le front, le tronc et les membres.
Ordinairement circonscrites et limitées aune de ces régions, les plaques syphilitiques sont quelquefois généraUsées.
Leur aspect diffère suivant qu'on les considère au niveau des membranes muqueuses et des parties avoisinantes, ou au niveau de la peau du cou, du front, du tronc.
A la surface des muqueuses, les plaques se présentent sous la forme d'élevures plates, dont les bords sont nettement circonscrits, dont l'i surface est plus ou moins humide et blan-
SYPHILIDES. 349
châtre, quelquefois même recouvertes d'une pellicule blanchâtre semblalile â l'cschare légère que l'on produit à l'aide du nitrate d'argent. — Ces élevures sont entourées d'une muqueuse saine ou d'un rouge foncé qui leur forme une auréole inflammatoire. Si les plaques syphilitiques sont le siège de frottements, la pellicule disparait, et leur surface devient saignante, s'érode et s'ulcTe.
Les plaques syphihtiques de la peau sont constituées par des élevures aplaties, offrant une teinte rosée et non cuivrée comme celle des syphilides, limitées par des bords ncitemcnt circonscrits, recouvertes à leur centre d'une croûte jaune transparente, quelquefois déprimée en godet et entourée d^m bourrelet circonférentiel dans lequel elle parait enchâssée. Les plaques syphilitiques de la peau, admises et décrites par Legendre, ont surtout été étudiées par M. Bazin, et, grâce à l'enseignement de ce médecin, sont aujourd'hui généralement acceptées.
Le développement des plaques syphilitiques a lieu à la surface des tissus sains ou est consécutif à la transformation in situ d'un ulcère chancreux. — Dans le premier cas ai)paraît une petite tache rouge^ au niveau de laquelle l'épiderme est soulevé par de la sérosité et se déchire bientôt, laissant une surface d'un rouge vif, entourée d'une collerette blanchâtre, et ne tardant pas à se couvrir d'une matière plastique blanchâtre.
Dans le second cas, la surface déprimée du chancre devient rouge, granulée, se couvre de bourgeons charnus qui font croire que la cicatrice va se former ; mais à ce moment ces bourgeons se couvrent de la sécrétion plastique blanche qui caractérise la plaque humide. — Cette transformation a principalement lieu quand l'ulcère est dans un état d'humidité continuelle, et qu'il existe un frottement entre la partie qui est le siège de l'ulcère et la partie voisine.
Les plaques syphilitiques persistent pendant plusieurs mois et se succèdent par le fait d'éruptions successives. Elles se terminent par résolution et ne laissent à leur place aucune cicatrice; elles sont sujettes à récidiver.
Eilologic. — Les plaques syphilitiques sont plus fréquentes
chez les femmes et cliez les eiil'ants que cliez les hommes; s'observent chez les personnes blondes ou d'un tempérament lymphatique, et trouvent dans la malpropreté une condition favorable à leur développement.
Diagnosiic et pronosiic. — Si la pjaquc muqueuse n'est pas ulcérée, elle ne peut être confondue avec un chancre caractérisé par une perte de sulîstance à l)ords taillés à pic; mais si elle est ulcérée, elle présente quelque analogie avec le chancre ; cependant ce dernier n'est pas saillant, est taillé à j evidoir et repose sur une base indurée.
L'herpès praiputialis ulcéré diffère du chancre parce que les ulcères sont, en général, disposés en groupes et précédés de vésicules n'offrant pas de bords soulevés autour de l'ulcération.
La plaque syphilitique de la peau est souvent confondue avec une syphilide papuleuse ; mais, dans cette dernière, les cléments sont plus consistants, offrent une teinte cuivrée et non rosée comme celle des plaques, sont entourés d'un liséré épidermique caractéristique, et ne présentent pas à leur centre une croûte jaunâtre, entourée par un bourrelet circonférentiel dans'lequel elle parait enchâssée. Or, le bourrelet et la dépression centrale, recouverte ou non par une croûte, sont les deux caractères importants de la plaque.
Envisagée en elle-même, la plaque ne présente pas un pronostic grave; elle guérit, en effet, très-rapidement sous l'influence des soins de propreté, de l'isolement des surfaces contigués, de cautérisations légères avec le nitrate d'argent, ou de lotions matin et soir avec le liquide suivant : liqueur de Labarraque, oO grammes; eau, 150 grammes; et, après les lotions, de conspersion sur les surfaces malades de poudre de calomel. En outre de ce traitement local, on doit toujours mettre en usage un traitement antisyphilitique.
Végétations, — Elles ne constituent pas des accidents syphilitiques, mais sont des afloctions diiterminées piu' l'irritation produite par un li(|uide provenant d'un accident spéciliiiue. Un a attribué une certaine importance à la grossesse; mais
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AI. Bazin n'attrilnic à cet état qu'une inllucncc prédisposante.
Les végétations siègent principalement à l'anus, à la vulve, sur le gland et le prépuce, et présentent des formes variées qui les ont fait comparer à des crêtes de coq, des framl^oises, des mûres, des choux-fleurs, etc. ; elles sont toujours trèsfaciles à reconnaitrc.
Le traitement consiste à les exciser et à cautériser la surface saignante avec le niti'ate d'argent.
VUiUgo. — Cette affection, décrite en 1853 par M. Hardy sous le nom de syphilide pigmentaire, ne mérite pas, selon M. Bazin, le nom de syphilide, et constitue une affection dyschromateuse apparaissant trop fréquemment chez les syphilitiques pour que l'on puisse nier toute influence de la syphilis, mais qui, n'étant pas influencée par le mercure ou l'iodure de potassium, apparaissant à toutes les époques de la maladie, doit être décrite dans la classe des aflcctions qui reconnaissent pour cause la syphilis et une influence extérieure.
Lcvitiligo syphilitique est caractérisé par des taches blanches achromateuses et des taches grises hyperchromateuses, siégaut pi'incipalement au cou et sur le devant de la poitrine, plus rarement à la flgure et à l'abdomen. Les taches grises présentent des dimensions variables de celles d'une pièce de 20 centimes à celles d'une pièce de 1 franc, offrent une couleur café au lait, une forme arrondie, des bords déchiquetés, et sont sépai'ées les unes des autres par les taches lilanches caractérisées par l'absence de matière pigmentaire.
Le vitiligo syphilitique apparaît vers la iin de la période secondaire, disparait souvent après un mois ou deux de durée, mais persiste quelquefois beaucoup plus longtemps et même indéfiniment. Il ne s'observe que chez les femmes et chez les hommes lymphatiques, c'est-à-dire dont la peau a la délicatesse de cefle des femmes.
Le vitiligo syphilitique se différenciera facilement du pityriasis versicolor, caractérisé par des taches plus jaunes recouvertes de squames, accompagnées do prurit, et ducs à l'existence
352 Al-FECTIONS SPÉCIALES.
d'un champignon dont on peut constater les spores au microscope.
Les préparations mercurielles et iodurces ont toujours été impuissantes.
2" Affections communes.
Les affections syphilitiques communes doivent être divisées en affections exanthématiques ou généralisées, en affections circonscrites résolutives, et en affections circonscrites ulcéreuses. Dans un dernier chapitre nous étudierons les syphilides malignes précoces.
(a) SYPHILIDES EXANTHÉMATIQUES.
Ces syphilides sont souvent précédées de phénomènes généraux : le malade devient triste, pâle, a les yeux cernés, maigrit, éprouve de la courbature et du malaise général, de l'insomnie, une céphalalgie intense, partielle ou générale, existant nuit et jour, présentant quelquefois des paroxysmes, et accompagnée de vertiges, de douleurs rhumatoïdes des membres, du cou, du dos; offre les symptômes de l'embarras gastrique ou de la chloro-anémie, et souvent des accès de fièvre revenant ordinairement pendant la nuit et simulant une fièvre intermittente ou une fièvre continue qui peut faire croire à une fièvre typhoïde.
Les syphilides exanthématiques sont précoces et apparaissent, en général, quarante à cinquante jours après l'apparition du chancre, mais quelquefois au bout d'un laps de temps plus long; elles sont généralisées, c'est-à-dire occupent toute la surface de la peau; sont accompagnées de l'engorgement des ganglions cervicaux et de petits cordons moniliformes, constitués par les vaisseaux lymphatiques engorgés, et dent on constate facilement la présence en promenant la pulpe des doigts sur la face antérieure des avant-bras et la face interne des bras. Le sang parait pouvoir être inoculé pendant tout le cours de l'existence des sypliihdes exanthématiques, et la transmission héréditaire est alors ù sa plus haute puissance.
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Ces syphilides présentent une période d'augment qui dure un ou deux septénaires, une période d'état qui oftre la même durée, el une période de déclin de un à deux septénaires d'existence. La durée totale d'une syphilide exantliématique est donc d"un mois, six semaines à deux mois en moyenne.
Ces éruptions se terminent par desquamation épidermique ou par la chute des croûtes dans les formes vésiculeuses et pustuleuses, et laissent après elles de simples maculatures qui disparaissent spontanément au iDout de quelque temps.
On peut encore constater, simultanément avec les syphilides exantliématiques, les accidents initiaux, c'est-à-dire le chancre induré ou la plaque initiale.
M. Bazin professe que les syphilides exantliématiques peuvent récidiver, mais que les véritables récidives n'ont lieu que pendant les cinq ou six premiers mois, et qu'après un an, dixhuit mois, la syphilide exantliématique ne récidive plus, mais fait place à de nouvelles poussées syphilitiques.
La section des syphilides exanthématiques comprend quatre formes : la syphilide érythémateuse , la syphilide papulotuberculeuse, la syphilide pustuleuse et la syphilide vésiculeuse.
(a) Si/phiUde érijlhéinateuse ou roséole.
La roséole syphilitique présente trois variétés : la roséole commune, la roséole granulée, et la roséole papuleuse.
haivoséole commune esX caractérisée, au début, par des taches roses à peine apparentes, mais prenant au contact de l'air une teinte violacée et simulant les marbrures vasculaires bleuâtres que le froid développe à la surface de la peau. Bientôt ces taches se colorent davantage, acquièrent une largeur qui varie de ri à 10 millimètres, sont irrégulièrement arrondies, présentent des Ijords déchiquetés, sont séparées les unes des autres par des intervalles variables de [)eau saine, ou se réunissent pour former de larges plaques.
Quelquefois elles sont placées les unes à côté des autres, de furon à former, par leur ensemljle, un cercle ou un demi-
:55i AKKKCTIONS SI'ÉniALES.
corde, dont la partie eentrule est saine. Cette variété annniaire serait, d'après M. Bazin, un signe de récidive, et indiquerait que les malades ont d('jà suln un traitement mcrcuriel.
La roséole firaim/eusi; ne dillere de la roséole mucnleusc que par l'existence, au centre des taches, de petites saillies populeuses traversées par un poil et formées par l'augmentation de volume des follicules pileux.
La roséole papuleuse est caractérisée par des taches dont le centre présente une saillie papuleuse que l'on constate à la vue, ou en promenant la pulpe des doigts sur la peau, et dont lu teinte est plus foncée que celle de la roséole ordinaire.
La roséole syphilitiijue a une marche lente et se produit souvent par poussées successives ; de là, résultent des nuances variées de la peau. Sa durée varie de un à plusieurs mois.
Lorsque les taches disparaissent, elles présentent une desquamation pulvérulente, et laissent à leur place des macules jaunâtres.
Diagnostic. — La rougeole est caractérisée par des taches présentant une certaine analogie avec celles de la roséole syphilitique ; mais on distinguera toujours facilement cette maladie en tenant compte des phénomènes prodromiques qui précèdent l'éruption.
La roséole simple S3 différencie de la roséole syphilitique par l'absence d'engorgement des ganglions et des vaisseaux lymphatiques.
La roséole copahique débute paries poignets, les jai'rets, les coudes, et reste quelquefois Umitée à ces parties ; est caractérisée par des taches plus rouges, sièges de démangeaisons et de picotements, et, par ces caractères, se distingue de la ï"oséole syphilitique.
(b) Syphilide papulo-tubcrculettse.
Cette ibrine présente deux variétés : la syphilide papulo' tuberculeuse ou papnleusc lenticulaire et la syphihdc papuleuse viHiairt'.
SYPIIILIDES. 335
La si/pililidc. lenticulaire est caractérisée par des papules coniques ou hémisphériques, d'un vohime variol^le de cehvi d'une lentille à celui d'une merise, d'une coloration d'un rouge éteint, discrètes ou confluentes. Elle nait quelquefois simultanément sur toutes les régions du corps, mais, le plus souvent, apparaît d'abord sur le tronc et ensuite sur les membres, le front et le cuir chevelu.
Cette variété dure au moins trois à cinq septénaires, et persiste souvent deux et trois mois. Lorsque la résolution s'opère, la papule s'affaisse et se recouvre d'une écaille épidermique qui se rompt circulairement, de manière à laisser autour de la papule une collerette caractéristique. A la place de la papule, on observe une maculature foncée qui disparait après im temps variable.
La sijphilide papuleuse milialre est caractérisée par de petites papules de la grosseur d'une tête d'épingle, coniques, cuivrées, réunies en groupes, et non accompagnées de démangeaisons. Cette syphilide présente souvent des poussées successives , et donne lieu, au moment de l'affaissement des papules, à une exfoliation souvent très-abondante; elle persiste généralement six semaines, et quelquefois aussi plusieurs mois.
Diagnostic. — Les plaques syphihtiques, déprimées et non bombées au centre, relevées à la circonférence, et dont la partie centrale est recouverte d'une croûte que l'on n'observe pas dans le lichen, se distingueront facilement de cette dernière affection.
Le lichen à papules déprimées, affection de nature arthritique, est caractérisé par des papules volumineuses, aplaties, se réunissant et formant des groupes, des plaques irrégulières, accompagnées de démangeaisons, de picotements, et présentant quelquefois des taches ecchymotiques ; tandis que le lichen syphilitique est constitué par des papules hémisphciiqucs, cuivrées, non accompagnées de démangeaisons et d'hémorrhagie intra-dermique.
Al'TECTIONS SPÉCIALES .
(c) Syphilido pustuleuse.
Cette forme présente trois variétés : la syphilide pustuleuse lenticulaire, la syphilide pustuleuse miliaire, la syphilide pustuleuse phlyzaciée.
La syphilide pustuleuse lenticulaire est caractérisée par des papulo-pustules purulentes au sommet, indurées à la base, entourées d'une auréole d'un rouge vif, et ressemblant assez aux pustules de varioloïde. Le liquide purulent qui existe au sommet se concrète bientôt en une croûte qui tombe après un certain temps, et laisse une induration rouge disparaissant lentement et faisant place à une petite cicatrice, blanche, arrondie, légèrement déprimée.
Dans cette variété, l'éruption débute ordinairement par la face ou le cou, et envahit ensuite le dos et les membres.
La syphilide pustuleuse miliaire est caractérisée par des pustules du volume d'un grain de mil, traversées par un poil à leur centre, dures à leur base, entourées d'une légère auréole rouge, et réunies de manière à former de petits groupes disséminées à la surface du corps, et dont l'apparition est successive, de sorte que l'on constate des cicatrices et des pustules à leur période d'état sur un même individu. Aussi, peut- on tirer parti des cicatrices caractéristiques qui succèdent aux pustules pour le diagnostic de la nature de l'affection ; en effet, ces cicatrices sont arrondies, déprimées à leur centre traversé par un poil, cuivrées, et devenant blanches du centre à la circonférence. Au niveau des groupes de pustules, l'ensemble des cicatrices donne lieu à un aspect gaufre.
La sypliilide pustuleuse phlyzaciée, ou variole syphilitique, est caractérisée par des pustules purulentes de la base au sommet, isolées, dont le diamètre n'excède que très-rarement i ou o milUmètres, entourées d'une auréole rouge, quelquefois ombiliquées, et rosscmljlant alors aux pustules de la variole. Le liquide contenu dans ces pustules se concrète et forme des croûtes larges, brunâtres, plus ou moins coniques, qui laissent
SYPHILTDES, 3?)7
après leur chute, ou des papules légèrement éroclées, ou des ulccrations peu profondes, mais suivies cependant de cicatrices superficielles indélébiles.
Les pustules de la variole syphilitique peuvent apparaître simultanément sur toutes les parties du corps, ou naitre par poussées successives.
La durée de cette variété est toujours de plusieurs mois, même lorsque le malade est soumis à un traitement mercuriel.
Diagnostic. — La syphilide pustuleuse lenticulaire se distingue de l'acné arthritique et de l'acné scrofu'.euse par la généralisation de l'éruption, l'absence de démangeaisons, l'existence de cicatrices arrondies, lisses et déprimées, et non p lissées et allongées comme celles de l'acné syphilitique.
La syphilide pustuleuse miliaire se diflerencie de la sypliilide papuleuse par l'existence de petites pustules traversées à leur centre par un poil, présentant une petite croûte jaunâtre à leur sommet, et laissant à leiu* suite une petite cicatrice arrondie caractéristique.
(d) Syphilide vésiculeuse.
Cette forme comprend trois variétés : la syphilide à vésicules subgiobulsuses, varicelle syphilitique ; la syphilide à vésicules cerclées, herpès syphilitique ; la syphilide à vésicules en groupes.
La varicelle syphilitique est caractérisée au début par des taches rouges, au centre desquelles se développent des vésicules arrondies, subglobuleuses, dont la sérosité devient purulente au bout de huit à dix jours, et se concrète en une croûte qui est alors entourée d'une auréole cuivrée caractéristique, laissant à sa suite une maculature cicatricielle.
ha. syphilide à vésicules cerclées a été décrite par M. Bassereau en ces termes : La syphilide vésiculeuse à forme d'herpès se présente, tantôt sous la forme d'herpès phlycténoïde, tantôt sous l'aspect de l'herpès circiné.
Dans le premier ca?, les vésicules sont réunies en gToupes irréguliers ; elles sont globuleuses, eitrines, très-apparentes, et ne se distinguent de l'herpès phlycténoïde vulgaire que par la coloration cuivrée du corps muqueux sur lequel elles se
sont développées.
Dans le second cas, les vésicules sont rassemblées en groupes arrondis ou ovales; elles sont petites, à peines visibles, éphémères, et le fluide limpide qu'elles contiennent se résorbe et ne laisse que des lamelles épidermiques, tantôt minces, tantôt épaisses, qui reposent sur un fond rougeâtre, cuivre, ne dépassant pas la surface occupée par les vésicules, ou la débordant sous forme d'auréole.
La si/philide à vésicules en gromes (eczéma syphilitique) est caractérisée par des vésicules groupées, petites, et dont le liquide se résorbe ou se trouble et jaunit; dans le premier cas, la plaque eczémateuse est recouverte de débris épidermiques ; dans le second, le liquide se concrète en croûtes jaunâtres, et l'affection simule l'eczéma impétigineux.
Les syphilides vésiculeuses ont une marche chronique : l'éruption se fait souvent par poussées successives, dure six semaines à deux mois, et laisse à sa suite de petites cicatrices déprimées, cuivrées, réunies en groupes, et disparaissant après un certain temps.
Diaf/nostic. — La syphilide A'ésiculeuse présente quelque analogie avec les éruptions de la variole et de la varicelle, mais ces tleux éruptions sont précédées de phénomènes généraux et ont une marche rapide.
(b) Syphilides circonscrites résolutives.
M. Bazin définit sous le nom de syphiHde circonscrite résolutive toute éruption de nature syphilitique Hmitée à certaines régions du corps, caractérisée par des groupes de boutons couverts de squames, de croûtes de volume variable, ayant une marche lente, une tendance marquée à la résolution, mais laissant presque toujours à leur suite des cicatrices durables.
SYPIIILIDES.
Les syphilidcs circonscrites résolutives n'apparaissent que liuit ou dix mois, et souvent plusieurs années après l'accident primitif.
Tantôt l'éruption n'occupe qu'une seule région du corps, tantôt elle se développe simultanément ou successivement sur diverses parties de la surface cutanée. En général, on ol^serve spécialement cette sj-pliilide au front, anx ailes du nez, au cuir chevelu, aux épaules, à la nuque, à la paume des mains et à la plante des pieds.
Il existe trois formes de sypliilides circonscrites résolutives : la forme tuberculeuse, la forme pustulo- crustacée et la forme pnpulo-vésiculeuse.
Le mode d'arrangement des éléments éruptifs est variable : tantôt ils forment des groupes irréguliers, tantôt et le plus souvent ils sont disposés de façon à représenter un anneau, un. fer à cheval, un croissant, un T. Aussi M. Bazin a-t-il admis deux variétés de syphilidcs (drconscrites résolutives, la syphilide en groupes et la syphilide en cercles.
Chacun des éléments de la syphilide circonscrite, présente une coloration nettement cuivrée, et variant de la couleur cuivre jaune à celle cuivre rouge, et chaque groupe se compose de cinq à dix boutons qui se développent simultanément ou successivement, et à la périphérie desquels nait une seconde, puis une troisième poussée éruptive, de sorte que l'éruption s'étend ainsi progressivement et persiste longtemps, si le malade n'est pas soumis à un traitement convenable.
La syphilide circonscrite se termine par résolution, mais en laissant une cicatrice indélébile, et ce n'est que dans des cas exceptionnels qu'elle est suivie d'ulcérations.
Syphilide tuberculeuse circonscrite.
Cette syphilide est caractérisée par des boutons durs, rugueux, dont la surface est quelquefois recouverte de squames épidermiques, et qui s'efRicent en laissant à leur place des cicatrices permanentes.
On rol)Sftvvo par ordre de rrénunncc à ki faco, au tronc, aux membres, nu cou, nu cuir chevelu et à la i'acc dorsale des mains.
Elle est quelquefois précédée de céphalées nocturnes intenses et elle est caractérisée par des tubercules dont la grosseur vari(î de celle d'un grain ilc chènevis à celle d'une petite cerise, qui sont groupés sur une surface circonscrite tantôt irrégulièrement, tantôt de manière à représenter des cercles, des ovales, des fers à cheval, etc. ; offrent une couleur cuivre jaune ou cuivre rouge, quelquefois môme noirâtre ; présentent une surfa(;c lisse ou, au contraire, recouverte de squames ou de croûtes minces.
Si les tubercules sont pressés en grand nombre les uns contre les autres, la peau sur laquelle ils reposent est le siège d'un .travail hypertrophique, qui rend le groupe saillant, et lui donne l'aspect d'une grappe dont chaque tubercule représente un grain (syphilis pustulans racemiformis d'Alibert).
Gil)crt a décrit sous le nom de syphilide tuberculo-granuleuse une forme qui siège au niveau des commissures des lèvres ou de l'union des joues avec les ailes du nez et est caractérisée par des groupes arrondis de petits tubercules qui recouverts de croûtes s'ulcèrent légèrement dans beaucoup de cas.
La marche de la syphilide tuberculeuse est lente et chronique ; cette affection persiste ordinairement quatre à six mois.
Lorsque les tubercules s'affaissent leur surface se couvre de squames et laisse ime dépression cuivrée qui Idanchit du centre à la circonférence et offre les caractères d'un tissu cicatriciel.
Diagnostic. — La syphilide tuberculeuse pourrait être confondue avec le sycosis ; mais dans cette dernière affection les tubercules sont déterminés sans ordre au milieu de la barbe, offrent une coloration inflammatoire, du pus à leur sommet et sont accompagnés de cercles herpétiques et de pityriasis alba parasitaire ; tandis que les tubercules syphilitiques sont disposés en cercle ou en arc de cercle, présentent inie couleur cuivrée et ne sont pas le siège de suppuration, etc.
La syphilide tuberculeuse présente une grandi; nnalogie avec
SYPHILIDES. 361
la scrofulidc maligne tulierculeuse ; cependant, cette dernière alTection apparait presque toujours avant l'âge de la puberté, n'est pas précédée d'accidents syphililiques, est constituée par des tul)erculcs rougeàtres couleur sucre d'orge, demi-transparents, tandis que les tubercules syphilitiques ont une couleur d'un rouge éteint, cuivré.
On pourra aussi se fonder sur les caractères des cicatrices plissécs i)arcourues de brides dans le cas d'aQection scrofuleuse ; déprimées, cuivrées et blanchissant du centre à la circonférence dans le cas d'affection syphilitique.
La syphilide tuberculeuse de la paume des mains peut aussi être confondue avec le psoriasis arthritique des mêmes régions. Toutefois la syphilide présente une disposition circulaire qui est caractérisée par des tubercules recouverts de squames épaisses, entourés d'une auréole cuivrée, et non accompagnés de prurit.
Au contraire l'affection arthritique de la paume des mains est caractérisée par plusieurs affections génériques : du psoriasis, du pityriasis, et de l'eczéma, se complique de petites fissures qui donnent naissance à un léger suintement séreux, s'accompagne de picotements, de démangeaisons et s'observe chez des individus qui ont déjà présenté des manifestations arthritiques. Dans ce cas enfin la médication mercurielle est sans effet.
Les tubercules de la syphilide tuberculeuse sont le résultat d'une hyperplasie des fibres du tissu conjonctif du derme.
S'iphilide pusluln-crustacée circonscrite.
Cette variété est à peu près aussi fréquente que la précédente, et s'observe principalement à la face, au cuir chevelu, et enlin au tronc et aux membres, et a pour élément primitif soit une pustule d'acné, soit une pustule d'impétigo, soit une pustule d'ecthyma.
Les pustules initiales sont quelquefois irrégulièrement groupées, niais le plus souvent sont disposées en cercles, en ellipses ou en fer à cheval. Le liquide qu'elles contiennent se ccjncrète
^502 AFFECTIOiN'S SPECIALES.
et forme des croûtes petites, jaunâtres et situ(îes à la base des poils lorsqu'elles succèdent à une pustule d'acné, larges et verdàtros ou brunâtres, lorsqu'elles sont consécutives à des pustules d'impétigo ou d'ectliyma, entourées d'une auréole violacée ou d'un rouge cuivré, et ne reposant, jamais sur un fond humide.
On observe après la cbutc des croûtes des maculaturos cicatricielles cuivrées qui blanchissent du centre à la circonférence.
Diagnostic. — Lorsque la syphilide pustulo-crustacée siège au cuir chevelu, elle peut être prise pour un impétigo scrofuleux; cependant, dans cette dernière affection, les croûtes sont molles, d'un jaune doré, sont répandues sur une vaste surface et disparaissent sans laisser de cicatrices ; tandis que les croûtes delà syphilide pustulo-crustacée sont disposées en cercles, sont verdàtres, quelquefois éparses et disséminées sur le cuir chevelu, laissent à leur place des maculatures cuivrées qui blanchissent du centre à la circonférence.
La syphilide pustulo-crustacée circonscrite du cuir chevelu ou du front, peut simuler l'acné pilaris arthritique quand elle revêt la forme acnéique, mais l'acné pilaris est souvent caractérisée par des plaques éruptives disposées en demi-cercle, qui s'étendent de temps à autre et se continuent avec celles qui occupent les favoris et la barbe. Ces plaques sont constituées par des pustules entourées d'une auréole rouge, quelquefois violacée et dont le sommet est recouvert d'une croûte jaunâtre ; elles sont le siège de picotements et d'élancements; au contraire la syphilide est caractérisée par des croûtes disposées en cercle ou demi- cercle, plus larges, verdàtres, entourées d'une auréole cuivrée, n'est pas accompagnée d'élancements, et présente après la chute des croûtes des maculatures cuivrées qui blanchissent d'abord au centre et sont moins enfoncées que celles qui succèdent à l'acné pilaris.
Enfui on doit savoii' que la syphihde et l'acné arthritique peuvent exister.
SYPHILIDES.
SijphiUde pnpulo-vmculeuse circonscrite.
Ce groupe présente trois variétés : la syphilide papulo -vésiculeuse cerclée, la syphilide papulo-vésiculeuse eu corymbes, et la syphilide papulo-vésiculeuse en groupes.
La syphilide papulo-vésiculeuse cerclée s'observe plus fréquemment chez la femme que chez l'homme, sur la face et les parties sexuelles que sur les autres parties du corps, et est caractérisée par des cercles complets ou incomplets constitués par des papulo-vésicules, dont le liquide se concrète immédiatement après sa formation et forme de petites croùtelles.
La plaque syphilitique constituiîe par une saillie plate déprimée à son centre, limitée par un bord nettement ciconscrit, se distinguera facilement de cette syphilide. Il en sera de même de l'herpès circiné parasitaire qui présente une marche centrifuge, s'étend par l'apparition à sa circonférence d'un bourrelet saillant, et offre, au niveau des plaques, des poils cassés et engaînés.
La sijphilide papr'Jo-vésiculeiise en corijmbes est rare ; M. Bazin nel'a observée qu'un petit nombre de fois ; chez un malade qu'il a observé, ce médecin a constaté, à la partie antérieure de la poitrine, une large plaque lichénoïde conflucnte, formée par des granulations accolées les unes contre les autres , ou mieux par de petites papules d'un rouge sombre, les unes pleines, solides, exfoliées, les autres vésiculeuses à leur sommet. Ce groupe central était entouré par un autre groupe dont les éléments papulo-vésiculeux étaient plus écartés et d'une coloration moins foncée, de sorte que l'ensemble de l'éruption offrait un aspect tout particulier et se rapprochait réellement de la disposition des corymbes. Cette variété pourrait être confondue avec la syphilide corymbifère, satellite des plaques syphilitiques de la peau (syphilide irisée de M. Ricord'' ; mais dans la syphilide irisée, chaque groupe éruptif présente à son centre la plaigne syphilitique avec ses caractères spéciaux : plaque arrondie déprimée au centre et relevée à la circonfé-
rence avec une croûte centrale mince et autour de cette plaque centrale, un très-grand noml^re d'éléments papulo-vésiculeux distincts les uns des autres qui jouent par rapport à elle le rôle de véritables satellites.
Enfin la sypliilide irisée apparaît moins tard que la sypliilide papulo-vésiculeuse en corymbes, puisqu'elle fait partie du premier stade de la syphilis secondaire, et elle ne laisse pas, comme cette dernière, des cicatrices indélébiles, mais seulement des maculaturcs cuivrées, qui reproduisent parfaitement la disposition de l'éruption.
La sypliilide papulo-vésiculeuse en groupes a été décrite par les auteurs sous le nom d'eczéma syphilitique, mais ne constitue pas un eczéma dans le sens attaché à ce mot.
Occupant habituellement la partie supérieure et interne des cuisses ou même plusieurs régions à la fois, elle est caractérisée par des groupes de papules au sommet desquelles l'épiderme est soulevé par de la sérosité qui- se concrète et forme de petites squames grisâtres. Ces groupes éruptifs sont entourés d'une auréole cuivrée, ne sont pas accompagnés de prurit, persistent ordinairement plusieurs mois et laissent à leur place de petites cicatrices superficielles.
(c) Syphilides circonscrites ulcéreuses.
La syphilide circonscrite ulcéreuse est caractérisée par l'existence d'ulcères qui ont été précédés d'une lésion élémentaire variable, d'une bulle, d'une pustule, d'un tubercule ou d'une gomme, et qui laissent à leur place une cicatrice indélébile.
Nous décrirons trois variétés de syphilides circonscrites ulcéreuses : la syphiUde pustulo-ulcéreuse, la syphilide tuherculo-ulcéreuse et la syphilide gommeuse.
Syphilide pustulo-ulcéreuse .
Cette syphihde s'observe principalement à la face et au cuir chevehi, mais peut aussi siéger sur le tronc et les membres ;
SYPHILIUES.
elle a pour éléments primitifs des pustules d'impétij^o groupées les unes ù coté des autres, des pustules ecthymatiques entourées d'une auréole cuivrée, ou des bulles de rupia profond.
(jue l'affection ait débuté par l'une ou l'autre de ces lésions élémentaires, le pus des pustules ou des bulles se concrète en croûtes épaisses, humides, verdàtres, qui plus tard deviennent sèches, brunâtres et vernissées, et s'accroissent soit par l'agrandissement de l'ulcération qui sécrète une plus grande (piantité de pus et partant donne naissance à de nouvelles croûtes, soit par un soulèvement buUeux qui se produit autour de la croûte s'il s'agit d'une pustulo-bulle de rupia.
Les croûtes s'accroissent d'ailleurs non-seulement en largeur, mais encore en hauteur, et sont bombées et saillantes, • ou stratifiées comme des écailles d'huitres ; elles reposent sur un fond ulcéré, et si l'on vient à presser sur elles, on fait sourdre un Uquide sanieux et purulent à la périphérie ou par les fissures qu'elles présentent. Après leur chute on constate l'existence d'ulcérations à fond grisâtre, profondes, taillées comme à l'emporte-pièce et fournissant un pus sanieux. A un moment donné, l'aspect grisâtre fait place à un aspect rosé, le fond se couvre de bourgeons charnus et bientôt la cicatrisation a lieu ; d'abord rouges et violacées, les cicatrices blanchissent bientôt du centre à la circonférence, présentent, en définitive, une coloration blanche, uniforme et sont déprimées.
M. Bazin admet trois variétés de syphilide pustulo-ulcéreuse : la syphilide pustulo-ulcéreuse éparse, la syphilide pustulo-ulcéreuse groupée et la syphihde pustulo-ulcéreuse serpigineusp.
La durée de cette syphilide est ordinairement longue, et cette alfection persiste souvent plusieurs mois; elle guérit presque toujours et est sujette aux récidives.
Diagnostic. — L'impétigo scrofuleux, caractérisé par des croûtes d'un jaune doré, occupant une grande étendue du cuir chevelu, reposant sur une surface rouge à peine exulcérée, ne
laissant [las à leur suite de cicatrice. L'impétigo ne saurait être conl'midu avec la syphilide pnstulo-crustacée ulcéreuse.
L'ecthyma et le rupia scrofuleux diffèrent de cotte syphilide par l'existence de croùles dont la couleur est moins foncée, qui sont entourées d'une auréole d'un rouge l)leuàtrc et non cuivrée, laissant au-dessous d'elles des ulcérations fongueuses à bords décollés et suivies de cicatrices saillantes et souvent kéloïdiennes,
Syphilide iiiberculo-tilcéreuse.
Cette forme comprend deux variétés : 1° la syphilide tuherculo-ulcéreuse phagédénique qui détruit eu profondeur et en largeur ; 2" la syphilide tuberculo-ulcéreuse serpigineuse qui détruit surtout en surface.
La syphilide tuberculo'ulcéi'euse phagédénique, lupus syphilitique, est caractérisée par des tubercules rouges et durs, réunis les uns à coté des autrj3s, disposés de manière à former un cercle reposant sur une surface rouge, s'ulcèrant rapidement et se recouvrant alors d'une croûte d'un jaune verdàtre ou noirâtre, si le pus est mêlé à du sang, croûtes épaisses en général, tantôt saillantes et tantôt ne dépassant pas le niveau des téguments à cause de la profondeur de l'ulcération.
Lorsque les croûtes sont tombées, on constate l'existence d'ulcérations profondes à fond grisâtre, à bords taillés à pic et d'un rouge sombre. Ces ulcérations, dans la forme perforante, peuvent détruire rapidement les ailes du nez, le voile du palais, une partie des lèvres, des joues, etc.
Au pourtour de ces ulcérations naissent de nouveaux tubercules qui suivent la même évolution, s'ulcèrent et agrandissent ainsi la perte de substance déjà existante.
A un moment donné et sous l'influence d'un traitement approprié, l'ulcère se détcrge, se couvre de bourgeons charnus et se cicatrise enfin ; alors on ne constate plus comme stigmate de son existence qu'une cicatrice d(;primce, d'abord blanche au centre et cuivrée au pourtour, bientôt blanche dans toute son étendue et offrant quelquefois des brides inodulaires.
SYPIIII.IDES. o()7
La stjphilide tnùerculo-ulcéreiise serpigincuse occupe ordinairement la face externe des membres, le pom^tour des articulations, le dos, les épaules, etc. ; elle débute soit par des tubercules, soit quelquefois par des pustules ou des gommes, est caractérisée à sa période d'état par des ulcères profonds, à fond grisâtre, à bords taillés à pic, se cicatrisant en partie, tandis que du côté de leur périphérie où la cicatrisation n'a pas lieu naissent de nouveaux éléments tuberculeux qui s'ulcèrent à leur tour, et les agrandissent ; les ulcérations s'étendent ainsi incessamment par le fait de cette évolution spéciale et peuvent labourer toute vme région.
Les cicatrices qui succèdent à ces ulcérations sont inégales, déprimées par places, parcourues par des brides inodulaires, d'abord rouges, se décolorant bientôt du centre à la circonférence et présentant une teinte d'un blauc mat après an laps de temps de plusieurs mois.
Quelquefois, dit M. Bazin, la syphilide tuberculeuse-serpigineuse n'ulcère la peau (]ue très-superficiellement et ne laisse à sa place que des cicatrices peu apparentes.
La durée de cette syphilide est toujours très-longue et varie de quelques mois à plusieurs années.
Diagnostic. — Le chancre phagédénique serpigineux a généralement pour point de dépai't un bubon ulcéré de l'aine ou une ulcération des parties génitales, fournit un pus inoculable, ne présente jamais d'éléments tuberculeux, etc., et, par ces caractères, se différencie de la syphilide tuberculo-ulcéreuse.
La scrofulidc mali-gne crustacée ulcéreuse se distingue de la syphilide tuberculo-ulcéreuse par la coloration d'un rouge ocreux des tubercules, la couleur moins foncée des croûtes, l'état fongueux de la surface des ulcérations, le décollement de leurs bords, les brides kéloïdiennes des cicatrices qui leur font suite, etc. M. Bazin conseille, si l'affection ulcéreuse occupe le nez et les fosses nasales, de s'enquérir de l'état de la cloison : si on la trouve perforée, c'est alors une raison de croire à la nature syphilitique de l'altération, le lupus syphilitique ayant une tendance marquée à débuter par la muqueuse pour s'éten-
,'i(i8 AFFECTIONS SPECIALES.
di'G consécutivement à la peau, tandis que le lupus scrofuleux débute plus souvent par les téguments cutanés, et ne s'étend que consécutivement à la muqueuse. Dans les cas douteux, le traitement antisyphilitique sera une excellente pierre de touche.
L'ulcère cancroïdique a des bords renversés en dehors et formant un bourrelet induré, est unique, présente un fond inégal parsemé de saiUies entre lesquelles existent des anfractuosités, s'accompagne de l'engorgement des ganglions lymphatiques, et a une marche très-lente.
Syphilide gommeuse {hydrosadénite syphilitique).
Cette syphihde est caractérisée par l'existence de petites tumeurs sous-cutanées d'un volume variable de celui d'une noisette à celui d'un petit œuf, éparses ou groupées, molles ou fermes, devenant adhérentes à la peau, la perforant et donnant lieu alors à des ulcérations spéciales.
Les gommes se développent lentement et sourdement, et se présentent sous la forme de petites saillies globuleuses du volume d'une noisette, d'une noix, indolentes, d'abord dures, élastiques, roulant sous le doigt, mais se ramollissant bientôt ; perdant alors leur mobilité et devenant adhérentes à la peau, qui s'enflamme, devient rouge, puis violacée, s'amincit et se perfore, donnant issue à un liquide sanieux et fétide, semblable à de la colle ou à une solution de gomme.
Après l'évacuation, on observe une ulcération comme taillée à l'emporte-pièce, arrondie, entourée d'une auréole violacée, plus étroite que le fond et recouverte par une sorte de bourbillon, c'est-à-dire par une matière jaunâtre concrète.
Si les gommes sont groupées les unes à côté des autres sur une même région, les ouvertures de chacune d'elles peuvent se réunir et donner naissance à une ulcération irrégulière, dont la circonférence est sinueuse, formée par la réunion d'un certain nombre d'arcs de cercle, de segments circulaires. Le fond de l'ulcère, ainsi que le l'ait remarquer M. Bazin, n'est
bYl'JllUDK.S. 'MYJ
souvent pas i'oriiiù par un plancher unique, mais semble comme étage, parce que les gommes n'avaient pas toutes la même profondeur. Entin, ou observe sur la surface de l'ulcération une couche blanchâtre, putrilagineuse, et comme gangreneuse.
Les gommes sont éparses ou disséminées; entîn l'ulcération qui succède à l'ouverture de la gomme peut revêtir une marche serpigineuse.
Jnatomie pathologique de la gomme. — M. Robin considère les gommes syphilitiques comme caractérisées par 80 p. 100 de cytoblastions, c'est-à-dire par de petits éléments résistant à l'action de l'acide acétique et à l'état de cellules ou de noyaux libres, ces derniers mesurant 5 ou 6 millièmes de millimètre en moyenne. Ces éléments ne sont pas autre chose, pour Cornil et Ranvier, que des cellules embryonnaires, gênées dans leur développement lorsqu'elles sont très-nombreuses et pressées, ou ces mêmes cellules en voie d'atrophie.
Virchow regarde les gommes comme des tumeurs de granulation, c'est-à-dire constituées par un tissu de granulations, mot synonyme de bourgeon charnu ou tissu inflammatoire.
Suivant Lancereau, la gomme est constituée par la prohfération de l'élément conjonctif ; mais cet élément, arrivant difiicilement à un complet développement, subit presque nécessairement la dégénérescence graisseuse et se mortifie ; de là, le ramollissement central de ces tumeurs, travail que l'on a confondu à tort avec un travail inflammatoire. (Lancereau, Traité de la Syphilis.)
M. Bazin professe que la gomme est constituée par une inflammation spécifique des glandes sudoripares, que c'est une hidrosadénite syphilitique.
Quoi qu'il en soit, lorsque par le ràclage on a enlevé de petites parcelles de tissu gommeux, et qu'on les examine au microscope, on observe, d'après Cornil et Ranvier : des ccUules rondes mesurant de 10 à 13 millièmes de millimètre, dont le noyau apparait sous l'influence de l'eau et de l'acide acétique, et qui sont des cellules embi'vonnaires ; des cellules fusiformes
370 AKKKCTJO.XS Sl-ÉCIALES .
OU lie contolu' iiTéyulier; des celiules plus petites, atrophiques, mesurant 5 u 0 millièmes de millimètre, presque entièrement remplies par leur noyau, situées les unes contre les autres au sein d'une matière fondamentale grenue. Comme on le voit, les éléments obtenus par le racla.^'e ne pourraient pas servir à définir la gomme, si l'on n'y joignait les caractères tirés de leur tissu et de leur développement.
Lorsqu'on examine au microscope, sur une sectioii mince, une gomme en voi(î d'évolution, on reconnaît une série de nodules possédant chacun un centre de formation, une individualité propre. Ces nodules, plus ou moins accusés par leur forme et par leur limite, se reconnaissent à ce que, dans chacun d'eux, les éléments cellulaires de leur parfie centrale sont petits et tombent en détritus moléculaire ; tandis que ceux de la périphérie sont volumineux, arrondis et fasiformes, et se confondent avec le tissu embryonnaire voisin.
Les vaisseaux sanguins pénètrent à la périphérie de chaque nodule, et peuvent s'y ramifier ; ils sont perméables et contiennent du sang, même lorsque le centre des nodules est en dégénérescence atrophique .
Le développement dés gommes présente deux périodes : la previière phase consiste dans la prolifération du tissu conjonctif ou d'un tissu analogue, par exemple la substance médullaire des os; dans la seconde phase, les cellules se multiplient, lUminucnt de volume, sont comprimées les unes contre les autres; et il se produit ainsi, par place, de petits nodules, ou îlots irréguliers, dans lesquels les cellules centrales sont atrophiées et granuleuses, tandis que les cellules périphériques sont plus volumineuses et présentent les caractères des cellules embryonnaires.
Diagnostic. — Lors({ue plusieurs gommes sont ulcérées et réuni(.'s, de manière à former un ulcère unique, on peut hésiter entre un ulcère syphilitique et l'ulcère de la scrofulide profonde; mais nous pensons que les caractères que nous avons assignés plus haut à l'ulcère syphilitique permettront toujours à un médecin exercé d'établir le diagnostic.
SVl'JIILIDES. 1571
L'iiidrosadénite scrofuleiise ou scrofule cellulaire (écrouelle cellulaire) pourrait aussi être confondue avec la gomme; mais, dit M. Bazin, dans l'hidrosadénitc scrofuleuse, les petites tumeurs ont une période d'induration moins longue, forment une saillie moins distincte sous la peau, ont une consistance moins dure que celle des petites tumeurs de l'hidrosadénite syphilitique; la suppuration les envahit presque simultanément dans toute leur étendue ; elles forment alors sur la peau une saillie en cône. Quand elles sont ouvertes, on trouve la peau amincie, complètement décollée dans toute l'étendue de la poche; le pus est semblable a du petit-lait, plus ou moins trouble, jaunâtre ou roussâtre, avec des fragments caséeux ou librineux d'une odeiu" fade. Après l'évacuation du pus, la basé de la tumeur se couvre d'un cercle érythémateux rosé ou violacé.
Dans l'hidrosadénite syphilitique, la suppuration commence par le centre de la tumeur, tandis que la base reste encore indurée; la peau n'est pas soulevée en cône; l'induration de la base persiste, alors même que le pus est évacué ; le pus est sanieux, plus ou moins fétide, pareil à de la colle ou à une solution de gomme ; après l'évacuation du pus, la Ijase de la tumeur se recouvre d'un cercle rouge, sombre ou cuivré. Ajoutons encore, comme dernier caractère dilférentiel, la marche différente des deux affections sous l'influence des traitements appropriés.
L'affection syphilitique arrive bien plus vite à parfaite cicatrisation que l'affection scrofuleuse.
(d) DES SYPHILIDES MALIGNES PRÉCOCES.
Ces syphilides ont été bien étudiées par M. Ba/in et par M. Dubuc, dont le travail, entrepris, du reste, sous l'inspiration des idées de M. Bazin, et avec l'aide de matériaux recueillis dans son service, se trouve reproduit dans les Leçons sur la syphilis, par M* Bazin. Nous empruntons ce qui suit au chapitre de notre distingué collègue et ami.
Los sypliiliiles malignes précoces participent à la l'ois, pur leurs caractères, des syphilides exantliématiques et des sypliilides circonscrites ulcéreuses.
Elles tiennent des syphilides cxantliématiques par leur apparition précoce et suivant de près le moment de la contagion, leur généralisation, l'engorgement du système lymphatique, mais s'en éloignent par leur tendance ulcéi-ative, qui les rapproche des syphilides ulcéreuses. Comme ces dernières, d'ailleurs, elles ne cèdent qu'à l'emploi comhiné du mercure et de l'iodure de potassium.
A l'exception de la pituitaire, qui peut être le siège d'ulcérations , les muqueuses ne présentent que des altérations bénignes et consistant en une simple rougeur.
Les syphilides malignes précoces sont précédées et accompagnées de symptômes généraux souvent très-intenses; les malades ont une fièvre continue, avec exacerbation le soir et aggravation de la céphalée, maigrissent, pâlissent, craignent de ne jamais guérir, et présentent souvent des phénomènes nerveux, tels qu'engourdissements, attaques épileptiformes, etc., qui sont peut-être dus au développement précoce d'exostoses intracràniennes et intrarachidiennes.
La durée de ces syphilides est toujours assez longue, et varie de quelques mois à une ou plusieurs années.
La guérison peut être obtenue, mais quelquefois survient un état de cachexie extrême, et les malades finissent par succomber.
MM. Bazin et Duhuc ont admis trois formes de syphilides malignes précoces : la forme puro-vésiculeuse, la forme tuberculo-ulcéreuse, la forme tuberculo-ulcérante gangréneuse.
1° Si/philidc puro-vésiculeuse.
Cette syphiUde correspond à quatre aftectibns de la nomenclature de Willan : le pemphigus neo-natoruin, le rupia, l'ecthyma profond, l'impétigo connuent, et quelquefois l'acné.
Le pemphigus nco-natorum est tantôt cachectique, tantôt sypliilitique.
sYmiiunEs. 373
Si l'affectioa est de nature syphiliti(j[ue, Jes bulles, assez volumineuses, sont remplies par un liquide séro-purulent ou tout à fait purulent, qui se concrète en croûtes épaisses, rugueuses, et d'un brun verdàtre; sont entourées d'une auréole cuivrée et se rencontrent principalement, mais non exclusivement, à la paume des mains et à la plante des pieds.
Quand les bulles se sont ouvertes, on observe de petites plaies suppurantes constituées par le derme rouge et intact ou légèrement érodé.
L'enfant affecté de pemphigus syphilitique est émacié, présente une peau terne, parsemée de plis et de rides, a le cri rauque et éteint, et meurt presque toujours.
Chez l'adulte la syphilide puro-vésiculeuse est précédée de phénomènes généraux, tels que céphalalgie et douleurs articulaires s'exaspérant par la chaleur du lit, faiblesse générale, fièvre continue ou intermittente, etc. ; à sapéiiodc d'état elle est caractérisée par des boutons ulcérés, recouverts de croûtes d'un brun verdàtre, peu saillantes, ou au contraire, épaisses, proéminentes, rugueuses, formées de couches superposées et comparables à des écailles d'huîtres.
Lorsque les croûtes sont peu saillantes, elles sont consécutives à des pustules d'impétigo confluent, lorsqu'au contraire elles sont proéminentes, elles sont consécutives à des pustules d'ecthyma profond, ou à des bulles de rupia.
Si l'on presse sur les croûtes, on fait suinter entre leurs bords et ceux de l'ulcération un pus jaunâtre très-coagulable ; les croûtes tombent et se reproduisent plusieurs fois avant que l'ulcère soit complètement cicatrisée. Quelquefois au lieu de se cicatriser les ulcères s'étendent et revêtent la forme serpigineuse.
Les cicatrices d'abord d'un rouge sombre blanchissent ensuite du centre à la circonférence, et ensuite sont tout à fait blanches, déprimées et quelquefois parsemées de brides inodulaires .
Diagnostic. — La précocité de l'apparition de la syphilide puro-vésiculeuse, sa dissémination sur diverses régions, l'in-
,'J7i. AFFECTIONS SPÉCIALES.
t(3nsitu (les symptômes généraux dont elle est précédée et accompagnée, rengorgemenl, du système lymphatique, etc., la différencieront de la syphilide pustulo ou tubercule-ulcéreuse circonscrite.
Le rupia scrofuleux généralisé peut en imposer pour une syphilide puro-vésiculeuse ; mais dans le rupia scrofuleux les croûtes sont entourées d'une auréole d'un rouge bleuâtre, sont saillantes, présentent une couleur d'un brun jaunâtre et laissent à leur place des ulcères couverts de granulations et de fongosités, tandis que dans la syphilide puro-vésiculeuse, les croûtes sont entourées d'une auréole cuivrée, ont une couleur noirâtre, un aspect vernissé et laissent après leur chûte des ulcères à bords taillés à pic.
2" Syphilide tuberculo-ulcéreuae.
Cette forme est très-rare, et n'a été observée que deux fois par M. Dubuc ; elle est caractérisée par des tubercules apparaissant d'emblée ou successivement sur les divers points de la surface cutanée et dont le volume ne dépasse pas au début celui d'une tète d'épingle, mais atteint rapidement celui d'une lentille, d'un grain de groseille rouge ou d'une cerise; ces tubercules sont coniques ou hémisphériques, lisses et luisants, ou recouverts de squames blanchâtres, présentent une couleur rouge sombre ou rouge cuivrée, etc.; à peine sont-ils arrivés à leur période d'état qu'ils s'ulcèrent à leur sommet, se recouvrent ou non d'une croûte, deviennent douloureux, et s'accompagnent de l'engorgement des ganglions et des vaisseaux lyrapathiques. On constate alors l'existence d'ulcérations profondes, taillées à pic, à fond grisâtre et recouvert d'un pus sanieux, jaune verdâtre, à bords indurés d'un rouge sombre ou violacé, ulcérations pouvant détruire toute l'épaisseur de la peau et prendre quehjuefois même la marche serpigineuse.
Les croûtes qui recouvrent ces ulcères sont verdàtres, brunTitrcii ou noirâtres quand elles sont mêlées à du sang, peu épaisses et ne dépassant presque pas le niveau dos téguments, à cause de la profondeur de l'ulcère.
SYiMIll,II)KS. 37Î)
Lorsque les plaies .soiit complètement cicatrisôCSj il reste autour d'elles une zone iadurée recouverte pendant longtemps de squames blanchâtres et foliacées qui pourraient f;dre croire à un psoriasis.
Les cicatrices qui succèdent à cette syphilide conservent longtemps leur coloration rouge sombre, sont même quelqueibis chargées de pigment (cicatrices des membres iuférieurs) ; comme toutes les cicatrices sypliilitiques, elles blanchissent du centre à la circonférence.
Cette syphihde dure ciaq ou six mois au moi us, et récidive souvent après la disparition de la première poussée éruptive, ce qui prolonge encore sa durée.
De la syphilide tuherculo-ulcémnte gangréneiise.
Cette syphilide est caractérisée par une éruption papulotuberculeuse généralisée, dont les éléments durs, saillants et cuivrés sont bientôt frappés de gangrène et se recouvrent d'eachares noirâtres auxquelles succèdent des ulcérations profondes, et finalement des cicatrices violacées d'abord et blanches ensuite.
L'éruption est ordinairement précédée de symptômes généraux semblables â ceux que noxis avons décrits au sujet de la forme puro-vésiculeuse, ensuite apparaissent simultanément sur toute la surface du corps ou successivement sur le visage, la face postérieure du tronc, la partie supérieure des bras et des cuisses, des boutons qui tantôt sont durs, saillants, coniques, d'un rouge cuivré, présentent le volume d'une lentille ou d'une petite noisette, tantôt sont aplatis, légèrement déprimés au centre et peu saillants.
Mors les tubercules se gangrènent â leur centre, qui se convertit en une eschare noire et sèche dont la largeur augmente rapidement, et qui est circonscrite par un bourrelet dur, saillant, cuivré, de 2 à .'î millimètres d'étendue, et aux dépens duquel se produit le travail d(^ mortification.
A nn momunt donné un sillon se creuse entre :rescliare et le bourrelet circonférentiel, la partie mortifiée est éliminée et laisse à sa place un ulcère arrondi, grisâtre, taillé à pic, et entouré d'un cercle d'induration qui donne au doigt qui le presse la même sensation que le chancre induré.
Cette ulcération se cicatrise sous rinlluence d'un traitement convenable ; mais, lors même qu'elle est complètement fermée, la guérison définitive n'a pas lieu ; alors, en effet, les croûtes, devenues blanchâtres et violacées, se reproduisent sans cesse, bien que la surface sur laquelle elles reposent soit à peine exulcérée.
Après un intervalle de temps varialjle de plusieurs semaines à plusieurs mois, les croûtes cessent de se produire, et on observe alors des cicatrices déprimées, violacées, entourées d'une zone cuivrée, répondant au bourrelet induré et redevenu souple.
La syphilide tuberculo -ulcérante tuberculeuse, présente ordinairement plusieurs poussées, et, si le malade est soumis à un traitement approprié, les tubercules nouveaux au lieu de se gangréner comme ceux qui les ont précédés avortent, et chacun d'eux, entouré d'un liseré épidermique, se recou\Te d'une abondante production squameuse, au-dessous de laquelle existe une surface rouge, à peine exulcérée. et qui après sa cicatrisation, est remplacée par une maculatm-e cuivrée ou une cicatrice superficielle indélébile.
Les boutons qui sont le résultat d'une poussée nouvelle se développent de préférence sur la limite des premiers boutons et en sont pour ainsi dire les satellites.
Les malades présentent ordinairement, pendant le cours de cette éruption, une fièvre continue avec redoublement le soir, de l'inappétence, de l'amaigrissement, de l'insomnie causée par les vives souffrances que déterminent les boutons gangrenés ou par les douleurs ostéocopes, etc.
La guérison peut avoir lieu sous l'infiuence d'un traitement convenable, cependant elle est toujours lente et difficile à obtenir, et peut être suivie de récidives d'une extrême gravité ;
SYPHILIDES. 377
enfin, la niovt peut être le résultat d'une complication telle qu'un éa-ysipèle, une pneumonie, ou d'un état cachectique et de complications viscérales syphilitiques.
Diagnostic. — Les syphilides tubercule-ulcéreuse précoce et tuberculo-ulcérante gangréneuse ne peuvent être distinguées l'une et l'autre à la période des tubercules; ces boutons étant identiques dans les deux cas ; mais lorsque des ulcères existent on peut les difFérencier, la syphilide tuberculo-ulcéreuse étant caractérisée par des ulcères recouverts d'une croûte saillante, et la syphilide tuberculo -ulcérante étant caractérisée par des ulcères recouverts de véritables eschares.
La syphilide papulo-tuberculeuse exanthématique, les plaques syphilitiques ne peuvent être longtemps confondues avec une syphilide tuberculo-ulcérante. Cette afiection présente, en effet, peu de temps après son apparition des ulcères ou des eschares noires au niveau des boutons tuberculeux.
Les syphilides tuberculo-ulcéreuse et tuberculo-ulcérante gangréneuse se distinguent des syphilides ulcéreuses circonscrites,par l'apparition de l'éruption peu de temps après l'existence du chancre initial, par la généralisation des éléments éruptifs, les phénomènes généraux coïncidant, et la présence de l'engorgement des ganglions et des vaisseaux lymphatiques.
Enfin, on différenciera la syphilide tuberculo-ulcérante gangréneuse de la syphilide puro-vésiculeuse en se basant sur les caractères suivants : La syphilide puro-vésiculeuse est caractérisée par des ulcérations recouvertes de croûtes épaisses, saillantes et superposées, tandis que la syphilide tuberculo-ulcérante présente des ulcérations circonscrites par un bourrelet induré et recouvertes de croûtes peu saillantes et d'eschares noires.
Pronostic. — Cette forme, comme la précédente, constitue une affection grave et doit faire craindre les complications les plus sérieuses pour l'avenir.
Etiologie. — Les syphilides sont des manifestations d'une maladie constitutionnelle, la syphihs ; mais certaines condi-
tions favorisent l(.'ur développement ou l'apparition de certaines formes.
Ainsi, selon M. Bazin, les formes pustuleuse acnéique et vcsiculeuse de ces éruptions sont ijIus fréquenics chez la femme que chez l'homme, s'observent aussi chez les individus à tempérament lymphatique, tandis que le tempérament bilieux prédispose aux formes papuleuse et tuberculeuse, et le tempérament sanguin à la forme ecthymatique. La malignité doit être attribuée à la prédisposition interne de l'individu affecté, au génie même de la maladie et peut-être apparait-elle aussi, ainsi que le pense M. Auzias-Turenne, lorsqu'elle rencontre des organismes tout à fait indemnes, comme cela a heu lorsqu'elle éclate au milieu de populations qui étaient demeurées jusque-là à l'abri de ses atteintes et lorsqu'elle sévit dans des pays dont la température est extrême. La chaleur, le froid, des excès alcooliques, des excès de table, des causes morales, des grandes fatigues peuvent provoquer l'apparition des syphilides.
Traitement — Le mercure et l'iodure de potassium sont les deux médicaments employés dans le traitement curatif de la syphilis.
Le mercure, dit M. Bazin, n'est pas un spécifique; impuissant contre la maladie, il en modifie seulement avantageusement les premières manifestations.
On doit commencer le traitement mercuriel dès que l'induration du chancre est constatée ; on peut, en agissant ainsi, éloigner et localiser les syphilides exanlhématiques. On prescrit généralement une pilule de proto-iorlure de mercure de 0 gr. 025, et après un certain laps de temps, quinze jours en-viron, on en fait prendre une le matin et une le soir. Il est inutile de dépasser cette dose, car si on n'obtient pas d'effets heureux avec elle, on n'en aura pas avec une dose plus élevée.
L'iodure de potassium doit être réservé pour le traitement des syphilides circonscrites, des syphilides ulcéreuses et des syphilides malignes.
SYPHILIDES. 379
M. Bazin conseille d'associer le inercuve à l'iodurc do potassium, et emploie généralement la formule suivante de Gibert : bi-iodure de mercure, Ogr. 20; iodurc de potassium, 10 gr.; sirop de saponaire, 500 gr.
Le malade prend d'abord deux cuillerées à café de ce sirop, puis quatre et môme six.
M. Diday a donné avec succès l'iodure de potassium aux malades affectés des phénomènes généraux qui précédent les sypliilides exanthématiqucs (0 gr. 50 à 1 gramme par jour). Mais ce médicament n'a aucune action contre les sypliilides résolutives, et si quelques médecins ont cru à ses heureux effets, c'est sans doute parce qu'ils ignoraient la tendance des syphilides exan thématiques à disparaître spontanément.
M. Bazin prescrit généralement aux enfants une ou deux cuillerées par jour du sirop suivant : bi-iodure d'hydrargyre, 0 gr. 05 ; iodure de potassium, 5 gr. ; sirop de sucre, 400 gr.
Les frictions avec l'onguent napolitain peuvent aussi être employées chez les enfants en bas âge et chez les sujets qui ne peuvent tolérer le mercure à l'intérienr ; mais elles présentent l'immense inconvénient de déterminer des accidents graves du côté de la bouche (stomatite mercurielle) et chez les enfants en bas âge il faut préférer le sirop de bi-iodure ioduré, et chez les adultes, dont l'estomac est intolérant, il faut faire pénétrer le mercure dans l'économie à l'aide d'injections hypodermiques.
Le D'' Scarenzio, en Italie, a tenté d'introduire le mercure dans le sang à l'aide d'injections sous-cutanées d'un liquide contenant 0 gr. 20 de calomel et 1 gr. 50 de glycérine. Ces injections ont été généralement suivies de petits abcès souscutanés.
Dernièrement, le D'' Oscar van Mons a communiqué à la Société médicale de Bruxelles, le résultat des injections qu'il a pratiquées. La dose de calomel injectée a été de 10 à 25 centigrammes. L'opération a été suivie de la formation d'un abcès qui a quelquefois atteint le volume d'un œuf. Le médecin belge prétend qu'une xcvJe injeciion suffit pour In qué-
rison, que l'on est oljligé cependant de pratiquer quelquefois une seconde opération .
Lewin, de Berlin, substitua à l'injection de calomel, préparation insoluble, des injections de sel solublc, de suljbmé et traita par cette méthode 500 malades à l'hôpital de la Charité de Berlin.
Nous croyons qu'il ne faut accepter qu'avec réserve les faits de guérison de syphilides après une seule ou deux ou trois injections.
Notre confrère et ami M. le D"" Libermann, médecin à l'hôpital militaire du Gros-Caillou, a bien voulu nous communiquer les résultats d'un travail important qu'il va puliher sur les injections hypodermiques de mercure dans la syphilis.
Le D'' Libermann a expérimenté la nouvelle méthode de traitement, sur 33 malades, et est arrivé aux conclusions suivantes :
Dans les syphilis légères ou de moyenne gravité les injections hypodermiques de mercure sont complètement inutiles, elles doivent même être proscrites à cause de la douleur qu'elles occasionnent et des abcès qui peuvent en être la suite.
Elles ne trouvent alors leur emploi rationnel que dans les cas où le mercure, à l'intérieur , ne peut être nullement toléré , et si on ne veut pas prescrire un traitement par frictions, dans la crainte de la salivation.
Elles sont utiles dans les cas de syphilis anciennes, quand le malade a passé par une série de traitements, et que la mesure donnée à l'intérieur ne produit plus d'effets; lorsqu'existent des affections syphilitiques viscérales, des gommes du poumon, des lésions du foie, etc., ou des syphihdes graves. On doit alors employer concurremment avec les injections l'iodure de potassium.
En l'ésumé, la méthode hypodermique n'est appelée à remplacer qu'exceptionnellement, et dans des cas déterminés, les moyens ordinaires de traitement delà syphihs.
Le D' Libermann emploie dans ses injections : le sublimé et le bi-iodure de mercure.
SYPHILIDES. 381
Il fait usage du sublimé, dans les cas de syphilis moyenne et récente, débute par la dose suivante : sublimé, 0 gr. 010 ;eau, 20 gouttes, dose qui augmente chaque jour de 1 milligramme, jusqu'à ce qu'il soit arrivé à injecter G gr. 025, et revient progressivement à la dose de 0 gr. 01, en diminuant chaque jour de 1 milligramme.
Pour le traitement des syphilides anciennes et de la syphilide viscérale, il se sert du bi-ioclure de mercure, sous cette l'orme: bi-iodure de mercure, 0 gr. 010; eau, 20 gouttes; iodure de potassium, 0 gr. J. 11 augmente chaque jour la dose de 0 gr. 001 jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la dose de 0 gr. 03'de bi-iodure.
La moyenne des injections nécessaires .'pour la guérison a été de 35. Dans les cas de syphilis viscérale, le D' Libermann a prati(iué jusqu'à 70 injections. Quoique le chiflre total de ses injections ait été assez élevé, il n'a noté que 2 phlegmons de la peau, qui se sont bien limités, et n'ont donné lieu à aucun accident.
Après chaque piqûre, il se forme sous la peau une petite nodosité, produite pas l'induration du tissu cellulaire, qui se dissipe après un temps variable. La douleur produite par la piqûre, est d'une durée moyenne de deux à trois heures. L'addition de 1 ou 2 milligrammes de morphine n'a pas diminué la douleur d'une façon sensible. Le lieu d'élection des piqûres est le dos et les parois latérales de la poitrine. La peau de ces régions est moins sensible, et l'expérience prouve que les phlegmons de la peau s'y produisent moins fréquemment que partout ailleurs, à la suite des injections hypodermiques.
Sur 73 cas, M. Libermann a noté la salivation dans 4 cas, jusqu'à ce moment il n'y a eu de récidive que dans un cas, mais le temps écoulé depuis la cessation du traitement n'est pas assez long pour permettre d'annoncer des résultats sérieux et certains.
ftFFECTlONS CUT&NtES SYIVIP TOMATIQUES Dt LA LEPRE OU LÉPROIDES.
La lèpi-e est une maladie constitutionnelle, non contagieuse, héréditaire, se traduisant sur tous les systèmes organiques par des affections spéciales (tuberculeuses), et sur la peau par des variations dans la couleur et des altérations de la sensibilité (Bazin).
La lèpre présente quatre périodes, dont la première est caractérisée par des taches ou macules spéciales, au niveau desquelles la peau est généralement insensible, par des bulles de pempbigus, un arrêt de développement ou une atrophie des orsanes génitaux et l'altération des poils ; la deuxième, par des tubercules de la peau ou du tissu cellulaire sous-cutané ; la troisième, par l'établissement d'ulcères et des désordres du système osseux ; la quatrième, par des lésions viscérales et un état cachectique.
Nous devons principalement étudier ici les affections cutanées ou léproïdes; or les léproïdes sont communes, c'est-à-dire consistent en des affections qui appartiennent non-seulement à la lèpre, mais encore à d'autres maladies, ou propres, spéciales, c'est-à-dire ne se manifestant que sous l'influence de la lèpre.
Les léproïdes communes se divisent en trois groupes : les léproïdes furfuracées, les léproïdes impétigineuses ou vésiculopustuleuses et les léproïdes pemphigoïdes.
Les léproïdes spéciales se divisent aussi en trois groupes ; les léproïdes maculeuses, les léproïdes tuberculeuses et les léproïdes ulcéreuses.
Nous devrions étudier successivement les léproïdes communes et les léproïdes spéciales, mais nous préférons, dans l'intérêt du lecteur, étudier successivement les léproïdes dans l'ordre de leur apparition.
SijmplomatoJogie, première période. — La lèpre se traduit, dès le début, par des taches offrant une couleur rouge cramoisie ou jaunâtre, fauve, cuivrée, ne s'effaçant pas sous la pression du
LÉPllOÏDES. 383
doigt, [aiTondics ou irréguliùres, saillautes ou uou au-dessus des téguments voisins, et insensibles ùla pression, à la piqûre. Cette anesthésie cutanée constitue, aux yeux de M. Bazin, un symptôme propre de la lèpre, et n'a pas avec les taches un rapport constant et nécessaire. Quelquefois, en .effet, elle existe seule et sans que la peau prés(;nte de macules, ou est très-prononcée au niveau de taches à peine visihles, et réciproquement. Taches et anesthésie sont donc deux phénomènes parfaitement distincts.
Les taches disparaissent et réapparaissent ordinairement un certain nombre de fois avant de devenir fixes et permanentes. C'est seulement alors que la pression ne les fait plus disparaître ; eUes sont quelquefois le siège d'une légère desquamation, et la sueur, à leur niveau, est à peine sécrétée.
Ces taches fauves, insensibles, constituent un symptôme propre de la lèpre, et n'appartiennent qu'à cette maladie (l'iproides! spéciales).
Quelquefois on observe, à la surface des taches et sur les autres points du corps, de l'hyperesthésie ; mais ce symptôme n'a qu'une courte durée et fait bientôt place à de l'anesthésie.
Simultanément avec la léproïde maculeuse, on observe la lépioïdc furfuracée ou squameuse, qui occupe ordinairement les extrémités supérieure ou inférieure, offre de l'analogie avec l'ichthyose et est caractérisée par de petites squames continues, dm-es, d'une couleur brunâtre ou blanchâtre, adhérentes à la peau qui n'a subi, d'ailleurs, aucune autre altération.
La léproïde furfuracée est ordinairement accompagnée d'une lésion des ongles : ces appendices sont décolorés, rudes et squameux, perdent peu à peu leur cohésion, présentent la disjonction de leurs lamelles, des fissures, et finissent par tomber, ou, au contraire, deviennent plus épais, plus saillants, tout en présentant la rudesse, l'état squameux et fissuré que nous venons de signaler. Enfin, on peut constater à cette même période l'existence de bulles de pcmphi/jus lépreux (léproïde commune) . Cette lésion peut occuper tous les points
tlc! l;i sui tac(î (lu corps, mais siège spécialement à la paume dos mains, à la plante dos pieils et au voisinage des articulations. Le nombre des huiles est peu considéra])le ; souvent, il n'en existe qu'une seule dans la région palmaire ou dans la région plantaire; deux ou trois autour d'une articulation. Elles apparaissent brusquement et sans être prédédées de phénomènes locaux, sont remplies par un liquide visqueux et jaune verdàtre, atteignent souvent le volume d'un œuf de poule, ne persistent que très-peu de temps, et laissent, après leur rupture, une surface rouge et ulcérée qui sécrète un liquide visqueux, se concrétant et formant des croûtes brunâtres, auxquelles fait place une cicatrice blanche, déprimée, et plus ou moins insensible.
En outre de ces lésions cutanées existent une atrophie chez l'adulte, un arrêt de développement, chez l'enfant, des organes génitaux; le changement de coloration et la chute des poils.
Deuxième période. — Tantôt la peau devient sèche, dure, se raccornit (forme atrophique) ; tantôt elle se recouvre de saillies tuberculeuses cutanées ou sous-cutanées, ou subit une dégérescence spéciale {sdérodemie lépreuse).
Les tubercules dcrmoules occupent spécialement la face et les membres : tantôt ils sont siiperlîciels, semblent constitués par une hypertrophie papillaire et ressemblent assez aux papules du lichen : tantôt ils siègent dans l'épaisseur de la peau. Ils sont quelquefois isolés ; parfois, au contraire, ils sont groupés et forment de larges plaques rougeàtres et mamelonnées.
Durs, fermes et élastiques ; plats et déprimés ou saillants et hémisphériques, présentant la coloration normale de la peau, ou rougeàtres, violacés, ou même d'une couleur In-une ; lisses ou chagrinés, ces tul^ercules présentent pour caractère essentiel d'être insensibles au point que l'on peut souvent les traverser avec une épingle, h.'s détruire sans que le malade manifeste aucune douleur.
Ces tulicrcules peuvent se développer sur les macules que nous avons précédemment signalées, ou sur des surfaces saines; ai'vivés à leur maximum de déveliqipcmcnt. ils rétrogradent
LÉPROÏDES. ' 383
et riisparaisscnt en laissant une cicatrice caractéristique, ou se iissurcnt et s'entr'ouvrcnt, donnent issue à une masse semi-liquide, et présentent, peu de temps après, une ulcération ai-rondic ou irrégulière, à fond pâle et blafard, à bords taillés à pic mais non indurés, et donnant naissance à un liquide sanieux et fétide qui se concrète en croûtes noirâtres et fissurées.
Les tubercules cutanés sont accompagnés de tubercules souscutanés, irréguliers, d'un volume souvent considérable, de consistance assez ferme, mais se ramollissant après un certain laps de temps et s'ulcérant comme les tubercules cutanés. Ou les. observe principalement à la face, aux avant-bras, au bord interne du petit doigt, dans le lobule du pavillon auriculaire {stéalome cléphantiasigue).
Lorsque les tubercules siègent à la face, celle-ci présente un aspect bizarre et caractéristique que M. Bazin a décrit en ces termes : « Les téguments forment une couche épaisse et proéminente, sur laquelle se détachent confusément des nodosités profondes, des tubercules d'une teinte brune ou violacée ; sont creusés de rides, de larges sillons; les régions sourcilières, dégarnies de poils, se tuméfient énormément et se projettent au devant des globes oculaires, plus ou moins altérés eux-mêmes; le nez est écrasé, élargi, réduit parfois à un moignon informe ; les lèvres sont épaisses, chargées de tubercules ; les pommettes saillantes, mamelonnées, rougeàtres ; les oreilles deviennent monstrueuses. Si le malade ouvre la bouche, sa muqueuse apparaît, semée de granulations ou de macules comme ecchymotiques. On note, en outre, l'absence de cils, de chevelure, l'aspect huileux de lapeau, la fétidité de l'haleine et une expression de souffrance et d'hébétude répandue sur toute la face. C'est pour retracer, sans doute, ces hideuses métamorphoses que les anciens avaient employé les dénominations de satyriasis, de léontiasis, etc., tirées de la comparaison avec les satyres fabuleux, les lions, ou autres animaux féroces, »
Enfin la peau présente quelquefois une dégénérescence spéciale, devient dure, blanchâtre, parcheminée et comme cicatricielle ; elle semble avoir perdu toute activité, n'est plus le
;{Sf) AKKKCTKiNS .Sl'ÉClAl.l-.S.
sié^c (l'aïunmo .sécnHioii, (jt esl ilcveiine cuinplélement iiiseiisible (scléroclermio lépreuse) .
En .Amérique, le D"" Faln-o a oliscrvé une éruption vésico- ])ustuleusc, précéilée do taclies insensililes et tenant la place (les tubercules.
En outre des altérations de la peau, on constate, à cette période, des lésions des muqueuses oculaire, buccale, pharyngée, laryngée ; ces muqueuses sont aussi le siège de tubercules et d'ulcérations, et l'on Y(jit survenir des troubles fonctionnels en rapport avec le lieu âe l'altération : la vue, l'odorat sont altétérés, la respiration est difficile et sifflante, la voie raiique ou éteinte, la déglutition difficile, etc.
Troisième période. — Elle est caractérisée par la production de nouvelles ulcérations et par la présence de celles qui existaient déjà ; les ulcères détruisent tous les tissus qu'ils rencontrent, même le tissu osseux, et aloi-s se voient des trajets fistuleux qui aJjoutissent jusqu'aux os malades ; aloi's se détachent ou tombent par fragments des os du pied, de la main, des phalanges-, des membres même... Les os ne peuvent-ils pas être altérés jirimitivement par la lèpre ? Bœck et Daniellsen n'admettent pas cette opinion, défendue an contraire par Schilhug.
Dans le cours de cette période s'observe aiissi de l'atrophie des muscles des éminences tliénar et hypothénar, des interosseux.
Quatrième période. — Elle est caractérisée essentiellement par l'aggravation des phénomènes déjà existants et l'apparition de lésions viscérales ; on constate alors tous les symptômes d'une phthisie laryngée lépreuse, des troubles digestifs profonds, et, en définitive, nne diarrhée incoercible ; des paralysies localisées à la face, au pharynx, au voile du palais, et la mort survient à la suite d'un accès de suffocation, d'une syncope ou par les progrès seuls de la cachexie, le malade conservant intacte son intelhgence jusqu'au dernier moment.
Eu délinitive, la lèpre se traduit par des macules d'un jaune fauve, au niveau desquelles la peau est insensible, qui ne disparaïaseiu i)as sous la pression du doigt, etc.; par une des-
LÉPROÏDKS. 387
quamatioii l'ui'fii racée des meml)i'es et des l»ullcs de poinpliigus; par des tubercules cutanés ou sous-cutanés, insensibles, s'ulccraut, et enfin par des lésions viscérales et un état cachectique bientôt suivi de mort.
Formes de la lèpre. — M. "Bazin admet trois formes : la forme tuberculeuse ou commune, la forme larvée et la forme anestliésique ou maligne.
Lu forme tuberculeuse est caractérisée d'abord par l'existence de macules d'un jaune fauve, et insensibles, et ensuite par l'existence de tul)ercules qui s'ulcètent bientôt et donnent lieu à des pertes de substance plus ou moins grandes.
Forme larvée. — Lèpre blanche. M. Bazin a eu l'occasion d'observer dans son service un cas fort curieux d'éléphantiasis, cas qui ne rentre pas dans les formes précédentes. Le malade venait des États-Unis, où il était resté un an environ, dans le Kentucky. Sur les diverses régions de son corps étaient répandues des taches variables de forme et de dimensions, les unes blanches, les autres de couleur fauve. Les taches vitiliges, de beaucoup plus nombreuses, présentaient des caractères tout particuliers; quelques-unes situées au cou, au menton, à la face, avaient encore la consistance normale de la peau, mais le plus grand noml)rc s'était transformé peu à peu et par les progrès du mal, en un tissu dur, d'un blanc mat, comme cicatriciel, et tout à fait comparable à celui de la kéloïde ; de plus, et j'insiste sur ce caractère qui est capital, la sensibilité à la surface de ces macules était diminuée ou tout à fait abolie. Le malade portait, en outre, sur les jambes des ulcères irréguliers, à bords indurés, taillés à pic, à fond rouge mamelonné et insensible. Les cheveux tombaient surtout le cuir chevelu et une sorte de tonsure ovalaire existait au sommet de la tète.
La forme maligne anesthésique est caractérisée au début par des bulles de pemphigus, des macules et une hyperesthésie qui périt acquérir un haut degré d'intensité et occuper une grande étendue de la surface cutanée, mais qui ne tarde pas à faire place à de l'anesthésie, L'insnsibihté de la peau est en
oITct un caractnrc dominant de cette forme : elle acquiert une telle intensité que le malade supporte les plus affreuses mutilations sans éprouver la moindre douleur.
En même temps la peau est [d'un blanc sale, sèche, dure, comme parcheminée, mince, atrophiée. Le visage, dit M. Bazin, est amaigri, cadavéreux; le muscle orbiculaire des paupières perd son activité; la conjonctive s'injecte, les cils tombent, la cornée s'obscurcit, et la vision est ainsi détruite peu à peu.
La bouche est déviée, insymétrique,' la lèvre supérieure amincie s'applique à l'arcade alvéolaire, qu'elle dessine; l'inférieure, renversée et pendante, laisse à découvert les dents correspondantes et une partie de la gencive, d'où résulte un véritable ptyalisme avec écoulement continuel de sahve au niveau des commissui'es. Les altérations du nez sont ici moins fréquentes et moins prononcées que dans la forme tuberculeuse.
Le goût est émoussé. Le sens de l'ouïe est celui qui persiste le plus longtemps à l'état d'intégrité.
Dans cette forme on observe encore une incurvation singulière des doigts et des orteils, qui prennent la forme d'une ligne brisée en deux sens opposés et alternatifs, une sorte de rétraction lente dont le résultat définitif est de produire une flexion forcée qui résiste à tous les efforts. Le malade éprouve des douleurs et une fièvre intense, et voit peu à peu les phalanges, les doigts, les mains et les pieds se détacher de leurs articulations.
Marche, durée, terminaison. — La lèpre présente une marche continue, mais offre toutefois quelques périodes de rémission ; elle a une durée longue qui est, selon MM. Daniellsenet Bœck, de neuf ans et demi pour la forme tuberculeuse, et de dix-huit ans et demi pour la forme anesthésique. Cette maladie se termine à peu près fatalement par la mort; on a cependant observé des cas de guérison.
Etiologic. — La lèpre est une maladie héréditaire et non contagieuse. Peut-être était-elle autrefois contagieuse puisque
. LÉPROÏDES. 380
Moïse a pris des préeautions pour garantir son peuple de la contagion; mais aujourd'hui, elle ne l'est certainement plus et l'on peut impunément toucher les lépreux et partager leur Ht.
Trois lépreux observés par M. Bazin étaient issus d'un père goutteux et d'une mère cancéreuse; y avait-il là simple coïncidence ou y aurait-il entre ces affections et la lèpre un lien pathologique méconnu jusqu'ici? M. Bazin pencherait volontiers vers cette dernière supposition.
Les causes provoquantes de la , lèpre sont : l'humidité de l'air, les cours d'eau, les chaleurs ou les froids excessifs, peutêtre aussi l'usage de la viande de porc, d'oiseaux de mer, de
poissons gâtés mais toutes ces causes sont insuffisantes,
si elles ne trouvent pas un organisme prédisposé spontanément ou par transmission héréditaire.
La lèpre frappe les personnes de tout âge, même les enfants qui sont encore dans le sein maternel. Peut-être les hommes y sont-ils plus sujets que les femmes.
Diagnostic. — La lèpre présente des caractères tellement tranchés qu'elle ne peut être que difficilement confondue avec une autre maladie.
h'éléphantiasis des Arabes s'en distingue par sa localisation à une partie du corps, aux membres inférieurs principalement; par l'existence antécédente d'angioleucites multiples et d'engorgements ganglionnaires, par l'absence de macules et d'anesthésie cutanée, etc. Enfin cette affection se rencontre dans tous les pays et non exclusivement sous certaines latitudes.
Les léproïdes communes, c'est-à-dire les léproïdes squameuses, vésico-pustuleuses et pempliigoïdes, ne présentent pas de caractères .objectifs capables de les faire diagnostiquer. Mais l'existence de taches d'un jaune fauve et insensibles, de tuber-, cules cutanés et sous-cutanés insensibles n'appartient qu'à la lèpre, et il est inutile d'étabhr un diagnostic différentiel avec les taches du pityriasis nigra ou versicolor, les tubercules scrofuleux ou syphilitiques, etc.
Anatomie pathologique. — Les tubercules de la lèpre sont
390 AFFECTIONS SPÉCIA1,ES.
entourées de tissu adipeux et se décomposent en lol)ules séparés par des travées de tissu conjonctif. Ciiaque loljule se compose de oeliulcs rondos, irréguUères et quelquefois étoilées de O'^îOlo à 0"';02 de diamètre et d'autres cellules plus grandes de 0"',03 à 0"',0i de diamètre, chargées de noyaux et ressemblant aux cellules mères de la moelle des os. — Les vaisseaux ont une paroi épaisse non embryonnaire.
La texture de la peau à leur niveau est trôs-altérée, les glandes sudoripares ont disparu, les follicules pileux sont en partie détruits, et les poils altérés, inégaux, m; tardent pas à tomber.
Pronostic. — Il est très-grave puisque la mort est la conséquence presque inévitable de cette maladie.
Traitement. — Tous les remèdes jusqu'ici préconisés ont été inutiles et inefficaces. Toutefois, il faut conseiller l'éloignement du lieu où a été contractée la lèpre, les soins de propreté, \m régime composé de viandes blanches et de volailles, l'exercice, etc.
On a conseillé contre le principe même de la lèpre, le mercure, l'iodure de potassium, le muriate d'or, l'arsenic, l'hydrocotyle asiatique, l'acide phénique, etc., tous ces remèdes sont inutiles. M. Bazin a obtenu quelques améliorations sous l'influence de l'emploi des alcalins et sous celle du remède du D"" Thorp (remède secret).
AFFECTIONS ])IATITFSIQUES.
AFFECTIONS CUTANÉES SYIVIPTOWATIQUES DE WALADIES DIATHÉSIQUES,
Je ne consacrerai quelques lignes qu'à deux manifestations (le la diathèse fibro-plastique : la sclérodermie et la kéloïde, et aux manifestations de la'diatlièse fongoidiquc, renvoyant le lecteur, pour la description des autres manifestations diathcsiques, soit au traité des affections artiliciolles de M. Bazin, soit aux traités de chirurgie où se trouvent décrites les tumeurs fibro-plastiques, cancéreuses, épitliéliales, etc.
DE I-A SCLERODERMIE.
La sclérodermie est une lésion diathésique à marche chronique, caractérisée par le retrait et une forme particulière d'induration de la peau, qui devient tendue, rigide, comme rétrécie et on quelque sorte momifiée (Bazin).,
La sclérodermie occupe d'abord la région cervicale et quelquefois aussi les memljres supérieurs et envahit ensuite les diverses parties do la surface cutanée.
Après avoir éprouvé pendant un certain temps un sentiment de gène et de roideur insolites dans la partie qui doit être le siège de l'afiection, le malade présente une intluration ou une rigidité des surfaces malades, tout à fait comparable à celle que présente un cadavi'e qui a été gelé, mais n'est pas encore froid;' ou à celle du cuir desséché; rigidité telle qu'il est impossible de saisir et de pincer la peau.
Çà et là on observe des crevases et des déchirures, mais la peau n'est ni épaisse, ni hypertrophiée, au contraire, elle est resserrée, amincie et comme contractée sur les tissus qu'elle semble avoii" de la peine à contenir.
La coloration de la peau est variable : normale chez quelques individus, elle est chez d'autres, lirunàtre (m jaunâtre, ou, au l'ontrairp, d'un l)];inc mat ()ui lappcUe la couleur des
eiculriees. Ses fonctions sont conservées intactes et sa sensil)ilité, sa température, ses sécrétions ne sont pas notaljlement inlliiencces ; mais la perte de la souplesse de la peau entraine d(îs troubles de la motilité : les muscles comprimés par l'enveloppe inextensilile que forme la peau restent inactifs, la face est immobile et ne reflète plus les sensations du malade, les doigts ne peuvent plus saisir les oJjjets, et la marche est très-dificile.
La sclérodermic présente une marche lente et a ime durée qui varie de quelques mois à plusieurs années.
La sclérodermie est une affection sérieuse puisque nous ne possédons aucun moyen efficace pour la combattre et que ses conséquences nous sont à peu près inconnues.
Eliologie. — On l'observe à tous les âges et plus souvent chez les femmes que chez les hommes ; ses causes déterminantes sont à peu près inconnues. M. Bazin considère la sclérodermie comme une maladie se développant sous l'influence d'un état morbide général, diathésique, se traduisant par l'infdtration, dans le tissu de la peau, d'éléments fibro-plastiques.
Diagnostic. — La sclérodermie est caractérisée par des phénomènes si tranchés, qu'il est impossible de la confondre avec d'autres affections.
La kéloïde s'en différencie par l'existence de plaques plus épaisses et plus dui'es, par son peu de tendance à la généraUsation.
L'hypertrophie cutanée n'offre point de changement de coloration de la peau, de rigidité spéciale, mais seulement une augmentation de l'épaisseur normale.
rrai7eme«^. — Il est impossible aujourd'hui d'indiquer les bases d'une médication rationnelle ; on a conseillé le mercure, l'iodure de potassium, les sudorifiques, l'hydrothérapie, les bains de vapeur, les liains alcalins, etc., mais aucun de ces agents n'a produit de guérison.
AFFECTIONS DIA.THÉSIQUES.
DE LA KÉLOÏDE.
La kéloïde est caractérisée par des excroissances arrondies ou cylindriques des bords desquelles émanent des prolongements multiples qui semblent s'implanter dans la peau, excroissances dures, élastiques, ordinairement d'une coloration plus foncée que celles de la peau A oisine, quelquefois cependant plus pâles, mobiles et ne contractant jamais aucune adhérence avec les paities sous-jacentes.
Cette affection siège ordinairement à la région sternale, mais s'observe aussi au cou, à la face, aux membres, etc.
Elle ne détermine aucun trouble des grandes fonctions, reste stationnaire lorsqu'elle est arrivée à un certain degré de développement, et peut même disparaître par une sorte de résorption interstitielle, en laissant à sa place une cicatrice blanche et déprimée. Elle est toutefois accompagnée de démangeaisons, de picotements, et d'élancements dont l'intensité est quelquefois extrême ; enfin, elle est sujette aux récidives sur place, alors même que la tumeur a été complètement enlevée.
Etiologie. — La kéloïde peut apparaître sur une partie saine de la peau, mais succède en général à une lésion accidentelle, telle qu'une brûlure, une plaie, etc.
La kéloïde s'observe à tous les âges et beaucoup plus fré quemment chez la femme que chez l'homme.
Anatomie falhologique . — Le tissu des kéloïdes est dur, et constitué par des éléments fibro-plastiques ; il est revêtu par un épiderme mince et luisant, et est entouré de petits vaisseaux capillaires qui se perdent dans son épaisseur ; enfin, on observe à sa surface les orifices des glandes.
Diagnostic. — La kéloïde se différencie facilement de la fausse kéloïde, ou kéloïde cicatricielle, qui est toujours consécutive à des ulcérations scrofuleuses ou syphilitiques, à des brûlures, des cautères, etc.; est due à une déviation accidentelle du tissu de la cicatrice dont le développement a èt(''
exubérant ot a (hipassi- l(! but do la nature; (fui paraît trou-, ver une prédisposition dans l'existence de la scrofule, et qui, enfin, ne présente i)as à sa surface les pertuis l'iandulaires, et n'est jamais b; siège de picotements et d'élancements.
Traitement. — La cigui', l'aconit, l'iode et le mercure, etc., ont été inefficaces ; enfin, lorsqu'on a enlevé la tumeur avec l'instrument tranchant, elle s'est en général reproduite.
DIATHÈSE FONGOÏDIQUR ; MYCOSIS FONGOÏDE.
On décrit sous ce nom une maladie ayant pour effet de produire des tumeurs constituées par un tissu adénoïde, à tendance envahissante et souvent ulcérative.
Le mycosis fonçidide est caractérisé au début par des taches d'une coloration rouge foncée, disséminées sur toute la surface du corps, quelquefois confluentes, donnant lieu à un peu de prurit, disparaissant après un certain temps pour faire place à d'autres taches. — Quelquefois sous l'inffuence des grattages leur surface s'excorie, suinte et elles revêtent un aspect analogue à celui de l'eczéma. Elles peuvent dispai-aitre au commencement de l'hiver, mais réapparaissent au printemps suivant.
Après plusieurs poussées les taches deviennent saillantes, et à leur niveau la peau s'épaissit, s'indure, perd sa souplesse, ne présente plus de plis et se recouvre de squames {plaques U~ chénoides).
Deux ou trois ans après le début naissent au niveau des taches ou dans leurs intervalles de petites tumeurs du volume d'un pois, d'une noisette ou d'une noix; ces tumeurs peuvent se réunir et acquérir le volume d'un œuf de poule ; alors elles sont orbiculaires, hémisphériques ou ovalaires, rougeàtres et ressemblent à des morilles ou à des tomates. La peau qui les recouvre est lisse et tendue ; leur consistance est ferme, élastique, enfin la sensibilité à leur niveau est émoussée, voire même (iteinte (Bazin.)
Quelquefois les tumeurs diminuent rapidement de '.'olume et s'oiïacent en quelques semaines on quelques jours sans lais'
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f;er de traces; le plus souvent elles se ramollissent, se perforent, et donnent naissance à des ulcérations de mauvais aspect, superficielles, desquelles s'écoule un liquide épais, verdàtre, et qui se convertit en croûtes dures et noirâtres, bientôt soulevées par nu pns fétide et se détachant pour laisser à nu des surfaces Itlal'ardes, parfois h(;rissées de végétations j'ong'ueuses. A ces ulcères font suite des cicatrices indélébiles.
On note simultanément l'augmentation de volume des ganglions lymphatiques, la chute des poils, une altération des ongles qui sont jaunes, cassants, amincis, déformés et comme soulevés à leur extrémité par une production épidermique abondante. — Dans un cas existait de l'acné élépliantiasique des aisselles (Bazin).
Le mycosis fongoide présente luie marche habituellement continue, mais quelquefois intermittente, et dont l'intermittence est en rapport avec les saisons ; mais cette maladie finit toujours par déterminer du marasme, la lièvre hectique et en définitive la mort.
Anatomio pathologique. — Les tumeurs sont constituées, d'après Ranvier, par du tissu adénoïde ne différant pas de celui que l'on observe dans la leucocythémie et l'adénie. — Les ganglions ont la même structure que dans l'adénie, et on note dans les tumeurs de gros vaisseaux capillaires variqueux, tortueux, à parois épaissies ; le foie est adipeux. — M. X. Gillot, dont j'engage à lire la remarquable thèse sur le mycosis, admet une identité, entre le mycosis, la leucinie et l'adénie. — Pour nous le mycosis est une diathèse caractérisée par un tissu spécial.
Traitement. — M. Bazin conseille d'ordonner les toniques, et ensuite le deutochlorure de mercure, aux mêmes doses et de la même façon que dans le traitement de la syphilis, de panser les ulcères avec une solution de coaltar saponiné, ou de saupoudrer les surfaces malades avec des poudres excitantes telles que celles de (quinquina.