DES EAUX MINÉRALES DANS LE TRAITEMENT DES AFFECTIONS DE LA PEAU
Dans le traitement d'une affection cutanée symptomatiqne d'une maladie constitutionnelle, on doit tenir compte de la nature (le In maladie (arthritis, herpétis, syphilis, scrofule) ; de la modalité patliogéniqur, c'est-à-dire de l'état inflammatoire ou, au contraire, atoniquc, de la tendance au phag-édénisme, etc. ; en un mot, des diverses particularités qu'offre l'évolution de la manifestation morbide ; <le la lésion élémentaire, et du siège de raffection. Enfin, il ne faut pas oublier de satisfaire aux indications fournies par la constitution et le tempérament du sujet.
Les médicaments à l'aide desquels nous pouvons atteindre ces divers buts ont naturellement des actions dissemblables.
Ceux qui sont prescrits contre la nature de la maladie sont appelés spécifiques. Pour M. Bazin, un médicament est spécifique lorsqu'il a une infiuence curative sur toutes les manifestations d'une maladie, lorsqu'il modifie leur forme et leur mode de succession ; quelquefois, l'action d'un médicament sur un organisme qui s'y prête est telle que la cause morbide paraît y avoir été détruite, mais c'est là l'exception, et tôt ou tard la maladie, masquée seulement, détermine de nouvelles manifestations. En somme, le spécifique paraît agir, non eu détruisant la cause morbifîqne interne, mais en suscitant dans l'organisme un état physiologique particulier qui empêche ses manifestations de se produire.
Les méilicaments qui agissent sur la modalité pathogénique et la lésion élémentaire sont doués de la propriété de déterminer chez l'homme sain, et à la surface de tel ou tel organe.
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des troubles, dos lésions qui constituent leur action morbigène (palhogénétisme\
Le pathogénétisme se traduit par une double action : l'action 'dynamique générale qui détermine la modalité pathogénique, c'est-à-dire l'état inflammatoire ou atonique, l'excitation ou l'hyposthénisation et l'action élective qui détermine le siège et la forme de la lésion. Le mercure, par exemple, a une action dynamique générale hyposthénisante, une action locale limitée à la muqueuse buccale et à la peau, et cette action locale se traduit ici par des vésicules, là, par une inflammation ulcéreuse ; le soufre a une action dynamique excitante et détermine une éruption vésiculeuse de la peau ; le brome et l'iode donnent lieu à des éruptions acnéiques; mais tandis que l'action dynamique de l'iodje est excitante, celle du brome est hyposthénisante.
Deux médicaments différents peuvent produire des lésions pathogénétiques identiques, tels sont le mercure et le soufre, l'iode et le brome ; ces médicaments possèdent-ils pour cela des effets curatifs semblables ? En général, non. La différence de nature entraine des différences dans l'action dynamique générale ; le soufre est excitant et le mercure hypostliénisant.
I.<es eaux minérales peuvent contenir des agents spécifiques, ou, au contraire, des substances qui ne sont douées que de propriétés pathogénétiques : elles agissent dans le premier cas contre la maladie même, et dans le second contre l'élément pathogénique et la lésion élémentaire.
Il existe deux grandes classes d'eaux minérales : la première comprend les eaux qui contiennent des principes spéciaux capables d'agir par leur quantité et leur qualité sur la marche d'une maladie et ses affections. Ces principes spéciaux sont spécifiques ou non. La seconde classe comprend les eaux qui contiennent des principes communs, des sels nombreux, mais qui, par leur quantité pondérable absolue, ne peuvent être pris eu sérieuse considération pour la thérapeutique ; ces eaux n'agissent que par l'ensemble des substances
qu'elles présentent, leur température, leur action légèrement excitante sur le tube digestif due à l'acide carbonique.
La première classe (eaux à minéralisation spéciale) comprend sept ordres : les eaux chlorurées et bromo-iodurées, les eaux bicarbonatés, les eaux sulfatées, les eaux sulfureuses, les eaux arsenicales, les eaux ferrugineuses et les eaux cuivreuses.
La seconde classe comprend des eaux salines froides ou chaudes et des eaux acidulés gazeuses.
l" Eaux minérales à minéralisation spéciale.
1" Les eaux chlorurées sadiques et bromo-iodurées sont des eaux minérales dans lesquelles le principe dominant est le clilorure de sodium (2 grammes au moins), et dans lesquelles l'analyse a démontré l'existence d'une quantité plus ou moins grande de brome alliée au sodium et au potassium, et quelquefois, mais non toujours, de l'iode combiné aux mêmes bases que le brome.
Ces eaux sont chaudes ou froides. Ces dernières sont les plus riches en chlorure de sodium ; la quantité de chlorure de sodium varie de 280 grammes à 2 grammes par litre.
Les principales stations sont celles d'Arbonne, en Savoie (280 grammes de chlorure de sodium), de Salies, dans les Basses-Pyrénées (236 grammes de chlorure de sodium, 1,30 de brome et 0,0281 d'iode), deKreuznach, en Prusse rhénane (30 degrés), de Salins [^1 grammes de chlorure), de Balaruc, de Bourbonne, de Kissingen (6 grammes de chlorure), de Niederbronn (3 grammes), de Bourbon-rArcham])ault (2 gr. de chlorure), etc.
2" La classe des eaxix bicarbonatées sodiques comprend toutes les eaux qui contiennent au moins 0 gr. 50 de bicarbonate de soude par litre.
Les eaux bicarbonatées sodiques se divisent en deux sections : la première conlient toutes les eaux Ijicarbonatées proprement dites, c'est-à-dire dont l'élément principal est le bicar-
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boiKilc do suiKlc: Vais, Vichy, Vic-sar-Gùre, Vic-le-Comte, Châteauneuf.
La seconde section contient les eaux qui, en outre du bicarbonate de soude, contiennent d'autres principes importants ; elle présente quatre groupes :
Au premier groupe se rattachent les eaux Incarbonatées sodiques et chloro iodurées, c'est-à-dire Tœplitz, en Bohême, et Gurgitellc; au deuxième se rattachent les eaux bicarbonatées et chlorurées sodiques, c'est-à-dire Royat, Saint-Nectaire, Ems; au troisième groupe se rattachent les eaux bicarbonatées sodiques et ferrugineuses, c'est-à-dire les sources de Boulon, de Saint-Martin de-Fenouilla, de Sorède, de Laroque, près de Gérèt, dans les Pyrénées-Orientales (il n'existe pas d'établissement près de ces sources); enfin, au quatrième groupe se rattachent les eaux bicarbonatés sodiques et arsenicales, c'est-à-dire les eaux du Mont-Dore.
3° La classe des eaux sulfatées sodiques et magnésiques se comprend toutes les eaux qui contiennent au moins 2 grammes de sulfate de soude par litre. Ce sont des eaux purgatives : Miers, dans le Lot; Montmirail, dans le Vaucluse; Sedlitz, en Bohème; PuUna, Friederichshall, Karlsbad.
-4° La classe des eaux sulfureuses renferme les eaux qui contiennent une quantité pondérable de soufre. Elle se divise en deux sous-classes : les eaux sulfurées sodiques, presque toutes chaudes, et les eaux sulfurées calciques, généralement froides.
Le poids des éléments tenus en dissolution dans les eaux sulfm'euses sodiques est très-peu considérable, et, bien que leurs propriétés thérapeutiques soient très-actives, un htre de l'une d'elles ne contient guère au delà de Ogr. 250 à Ogr. 330 de résidu sec de sulfure. Le sodium, le carbonate et le silicate de soude, la matière organique dite glairine sont les éléments dominants (Filhol).
Les eaux sulfurées calciques contiennent du sulfure de calcium et des sels de magnésie. Elles sont plus stables que les eaux sulfurées sodiques, laissent cependant dégager de l'acide sulfhydrique quand on les expose à l'air.
DANS LE TRAITE.MENT DES AFFECTIONS DE LA PEAU. à lo
Les principales stations sulfurées sotliques appartiennent à la région pyrénéenne : ce sont Ludion, Baréges, Cauterets, Saint-Sauveur, les Eaux-Chaudes, les Eaux-Bonnes, le Vt'rnet, Amélie, Olette, Molli g-, etc.
Les eaux sulfurées calciques froides sont les eaux d'Enghien, de Pierrefond, deBaguois; les eaux sulfurées calciijues chaudes sont les eaux de Schniznacli (Suisse), Saiut-IIonoré (Nièvre), Aix en Savoie, Baden, Saint-Gervais en Savoie.
A la classe des eaux sulfureuses doivent être annexés quatre groupes qui, en outrtî du soufre, contiennent un agent spécilique tel que le hronie, l'iode, le bicarbonate de soude, l'arsenic. Ces eaux possèdent, réunies dans un même véhicule, et l'agent pathogénétiqxie et l'agent spéciiique.
Challes, en Savoie, Saxon, dans le Valais, sont des eaux sulfureuses et bromo-ioduréos. Allevard, dans l'Isère, est une eau sulfureuse et iodurée.
Uriage et Aix-la-Chapelle sont des eaux sulfurées et chlorurées sodiques; Marlioz, (;n Savoie, est une eau sulfureuse et bicarbonatée sodique. Enfin Sylvanès, dans l'Aveyron, estime eau sulfureuse et ferrugineuse.
5° La classe des eaux arsenicales comprend les eaux qui contiennent des quantités pondérables d'arsenic. Elle se divise en deux sous-classes, c'est-à-dire en eaux arséniatées sodiques et en eaux arséniatées ferrugineuses.
La Bourboulo, Plombières, Avènes, sont des eaux arséniatées sodiques ; la source Dominique de Vais, la source Lardy de Vichy, l'eau de Bussang, sont caractérisées par l'existence d'arséniate de fer.
60 A la classe des eaux ferrugiiienses appartiennent les eaux dans lesquelles le fer existe à dose thérapeutique, et les autres principes se trouvent en proportions trop faibles pour imprimer à ces eaux des caractères spéciaux.
Les eaux ferrugineuses sont celles de Carvalon, dans l'Hérault, Barbotan, dans le Gers (eaux chaudes', et celles de Passy, d'Auteuil, de Bussang, d'Orezza, de Spa, de Schwalbach (eaux froides").