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CHAPITRE III

SYPHILIDE PAPULEUSE.

g I. — Historique, tableau, marche de l'affection, etc.

Ge genre est caractérisé par des éminences sèches, solides, exactement arrondies, d'une grosseur variant depuis celle d'un grain de millet jusqu'à celle d'une semence de lentille, se terminant toujours par résolution, et laissant souvent sur la peau des dépressions brunâtres, non persistantes.

Ce genre comprend trois espèces principales : 1° les papules lenticulaires ; 2° les papules coniques ; 3° les papules miliaires.

Les médecins qui ont écrit sur la syphilis, dans les premières années qui suivirent son apparition, ne parlent pas aussi explicitement de la syphilide papuleuse que de la syphilide érythémateuse. S'ils emploient quelquefois le mot de papules, c'est dans le sens que lui donnait Celse (lib. V, cap. xxvm), sens beaucoup moins restreint que celui qui est accordé aujourd'hui à cette dénomination. Ce que les pre-

miers syphilographes disent des pustules sèches se rapporte évidemment aux syphilides papuleuses et tuberculeuses; mais il est assez difficile de démêler, dans les textes, ce qui appartient strictement à chacune de ces formes en particulier. Je puis cependant citer quelques passages qui semblent être exclusivement applicables à la syphilide papuleuse.

Jean Benedetti, par exemple, faisant rénumération des différentes sortes de pustules, caractérise comme il suit l'une des espèces : « Piislulœ sunl rubeœ, parvœ et cam aliquâ duritie, » et plus loin : a Si sunt parvœ, durœ, ad nigredinem tendentes. »

Nicolas Massa parle aussi des pustules sèches qui sont peu saillantes et quelquefois accompagnées de prurit. « Sunt rubicundiores , sine magno tumore, cum pruritu et siccitate. »

Aucun autre syphilographe du seizième siècle, ni des deux siècles suivants, n'offre de détails précis sur la syphilide papuleuse, qu'on trouve enfin décrite, à la fin du siècle dernier, par Gullerier l'ancien et par ses élèves, sous les noms de pustules mïliaires, lenticulaires , merisées, formes dans lesquelles se trouve toutefois englobée la syphilide tuberculeuse, dont ces auteurs ne font pas de mention particulière.

Alibert reconnaît aussi une syphilide pustulanle miliaire, une syphilide pustukmte lenticulaire, et une syphilide pustulante merisée, espèces qui comprennent assez exactement les diverses variétés de la sy-

AFFECTIONS SYPHILITIQUES DE f,A PEAU. 257

philide papuleuse, attendu que l'auteur a introduit en même temps dans sa classification une syphilide pustulante tuberculeuse à laquelle cependant semble appartenir aussi la syphilide merisée.

Richard Carmichael est le premier syphilographe qui, adoptant pour les éruptions syphilitiques la plupart des dénominations données par Willan aux différentes affections cutanées de cause commune, décrivit des papules syphilitiques [papular venereal diseuse), distinctes des tubercules et des pustules.

Le genre papule a, depuis Carmichael, été étudié par MM. Biett, Rayer, Gazenave, Gibert, Ricord, Legendre, P. Ratier, Baumes, etc., et l'on peut dire que cette forme est une des syphilides les mieux connues aujourd'hui.

Pendant les six années durant lesquelles j'ai recueilli plus de deux cents observations d'érythème i syphilitique, je n'ai pu réunir que cinquante exemples de syphilide papuleuse. Ce fait prouve que cette dernière forme est loin d'être la plus fréquente de toutes, ainsi que l'a dit M. Martins, qui d'ailleurs n'a tiré cette conclusion que de ses recherches propres, dans lesquelles il a rencontré douze éruptions populeuses sur trente-cinq cas de diverses syphilides.

La lésion élémentaire qui constitue les papules syphilitiques paraît avoir pour siège les couches superficielles de la peau qui environnent les follicules pileux, car chaque papule est traversée à son centre

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par un poil qui ne tarde pas à tomber dès que la papule a acquis un certain volume.

La couleur des papules syphilitiques varie selon la période où on les examine, et selon les parties qu'elles occupent. Lorsqu'elles commencent à poindre sur le dos, le ventre et les flancs, elles sont le plus souvent roses ou rouges comme ces papules qu'on voit paraître sur les sujets atteints de fièvre typhoïde, dans le deuxième septénaire de la maladie. Dans quelques cas, elles sont à peine rosées; elles conservent presque la couleur de la peau; mais elles ne tardent pas, en se développant, à prendre une couleur plus caractéristique, qui est rouge sombre, rouge violâtre, puis rouge cuivré. Les papules peuvent conserver, jusqu'à leur terminaison, celte teinte cuivrée, qui persiste même dans les stigmates qu'elles laissent un certain temps sur la peau après leur résolution. Cependant il n'est pas rare de voir, au moment où cette résolution des papules commence, cette couleur cuivrée passer, par des dégradations successives de teinte, à la couleur fauve, puis à la couleur grisâtre.

^es papules qui siègent sur les extrémités inférieures présentent plus rapidement et plus souvent la couleur cuivrée que celles qui occupent les parties supérieures du corps.

La pression du doigt peut chasser entièrement le fluide coloré qui injecte les papules à leur début, lorsqu'elles sont roses ou d'un rouge vif; mais dès

que la couleur rouge est devenue sombre, violàlre ou cuivrée, la pression ne décolore plus complètement les papules; elle ne fait que leur donner momentanément une teinte fauve.

La syphilide papuleuse à forme lenticulaire est l'espèce la plus commune. La syphilide à papules coniques vient en seconde ligne pour la fréquence. Enfin la syphilide papuleuse miliaire est la plus rare.

Les papules lenticulaires ont la configuration et le diamètre approximatif de la graine de Yervum lens (lentille). Le centre delà papule, un peu plus élevé que les bords, n'a jamais plus de deux à trois millimètres de relief.

Les papules coniques ont une base plus étroite que les papules lenticulaires, et sont ordinairement plus hautes que larges. Leur grosseur varie comme celle du lichen, avec les espèces duquel elles ont quelque ressemblance.

Quant aux papules miliaires, elles ont communéiment le volume d'un grain de millet, ainsi que leur inom l'indique; elles se développent le plus souvent par groupes, et sont presque toujours surmontées (d'une ampoule séreuse, à leur début.

La syphilide papuleuse se développe tantôt d'une imanière brusque, tantôt d'une manière lente. Dans lie premier cas, tout le corps peut se trouver couvert ipar l'éruption, dans l'espace de huit ou dix jours; Bans le second, les papules s'élèvent insensiblement,

mettent plusieurs semaines à acquérir leur développement complet, et s'étendent rarement à toute la surface du corps.

Quelque soit le mode d'évolution des papules syphilitiques, il est rare de les voir toutes se développer en même temps. 11 se fait ordinairement des poussées successives, de sorte qu'on peut rencontrer dans la même région des papules naissantes, des papules complètement développées, et d'autres déjà en voie de résolution. A mesure que les premières papules s'affaissent, de nouvelles surgissent, et ce travail pathologique peut continuer ainsi sur la peau durant plusieurs mois, et même durant une année entière et au delà. J'ai observé un malade qui avait depuis deux ans une éruption de papules syphilitiques, entretenue par l'évolution successive et non interrompue de papules nouvelles. Deux traitements mercuriels cessés, à la vérité, avant la disparition complète de l'éruption cutanée, avaient ralenti, mais non enrayé la marche de cette syphilide, qui avait eu d'ailleurs une recrudescence après chaque interruption de traitement.

Les régions où se développent le plus souvent les papules sont : le ventre, les flancs, le dos, les lombes, puis le front, les organes génitaux, les membres supérieurs et inférieurs. L'éruption peut être limitée à l'une de ces parties, au ventre, au dos, à la tête, mais rarement aux membres. J'ai vu plusieurs fois la syphilide papuleuse n'occupant exactement que

la partie postérieure du tronc. Je l'ai vue aussi, peu de temps après son début, limitée à la partie sousombilicale du ventre et à la moitié supérieure des cuisses. Les organes génitaux, siège du chancre, se trouvaient exactement au centre de cette éruption, qui semblait résulter d'une infection propagée directement aux parties voisines, par une absorption s'exerçant de proche en proche, plutôt que par la voie de la grande circulation.

Si la syphilide papuleuse n'est troublée dans son développement par aucune médication, elle s'étend en général à toute la surface du corps. C'est ce qui arrive dans la plupart des cas d'évolution brusque de la syphilide ; tandis qu'U est rare que les papules aient le temps d'envahir toute l'étendue de la peau quand l'évolution est lente, car alors il y a presque toujours quelque traitement administré avant leur évolution complète.

L'éruption ne présente jamais un aspect identique sur les diverses régions du corps. Ce n'est pas seulement parce qu'on rencontre, comme je l'ai dit plus haut, des papules qui commencent à poindre à côté de papules déjà en voie de résolution, mais parce que la peau des différentes parties n'est pas également propre au développement de ce genre d'éruption. Ainsi le cuir chevelu offre rarement des papules bien dessinées. Il s'y forme presque toujours, comme dans l'éry thème syphilitique, des pustules dont la dessiccation produit das croûtes qu-L

laissent, après leur chute, des saillies papuleuses à peine marquées. L'éruption du cuir chevelu peut même consister, dans ce cas, en une sécrétion abondante de squammes sous lesquelles il est difficile de retrouver quelques papules.

Les papules se couvrent souvent aussi de croûtes, sur la face et dans la barbe, et même sur le front qui est le siège, par excellence, de larges papules lisses, luisantes et cuivrées, formant dans cette région les variétés les plus caractéristiques de ce qu'on a appelé la couronne de Vénus, éruption dont j'ai déjà fait mention dans l'histoire de l'érythème.

C'est ordinairement sur le tronc que la syphilide papuleuse a les caractères les plus nettement dessinés. Les membres supérieurs, et notamment la région de la saignée, la face externe et postérieure de l'avant-bras, la partie supérieure des cuisses et le creux des jarrets, ont souvent aussi des papules bien caractérisées. La paume des mains offre quelquefois des papules d'un rouge foncé. Si l'épidémie s'épaissit au niveau de ces papules, il tombe en squammes sèches, blanchâtres, et c'est ce qui constitue une des variétés de la syphilide cornée. La face plantaire des pieds, leurs bords et le pourtour des malléoles, sont aussi assez souvent le siège de nombreuses papules, en général peu saillantes, et desquelles se détache une abondante desquammation ; mais les jambes n'ont presque jamais de papules bien caractérisées; les éruptions syphilitiques s'y présentent, le plus

souvent, sous la forme maculeuse ou sous la forme pustuleuse.

La peau qui revêt les corps caverneux est souvent couverte de papules pâles, squammeuses et sans relief, tandis que le scrotum présente ou bien une rougeur érythémateuse qui se termine par desquammation, ou bien de grosses papules rouges, à surface humide, érodée, souvent recouverte d'une sécrétion plastique blanchâtre. Ces papules appartiennent à l'espèce que je décrirai dans le chapitre suivant, sous le nom de grandes papules humides.

Il n'est pas rare de voir le travail morbide qui préside, à l'évolution des papules dépasser le degré normal, et donner lieu à une éruption d'apparence vésiculeuse ou pustuleuse. La plupart des papules se trouvent alors surmontées d'une ampoule distendue par une sérosité trouble et blanchâtre. Mais, au bout d'un ou deux septénaires, il se passe, dansées cas, un phénomène aualogue à celui qui survient dans les varioloïdes ; l'ampoule séreuse se concrète en un produit squammeux ou légèrement croûteux , à la chute duquel il reste sur la peau, au lieu d'une érosion ou d'une ulcération, une papule sèche, lisse, luisante, de couleur rouge cuivré.

La syphilide papuleuse est toujours accompagnée de divers symptômes, dont quelques-uns pourraient aider son diagnostic, si la forme de l'éruption n'était par elle-même caractéristique.

Parmi ces symptômes, je place en première ligne

les éruptions syphilitiques variées qui viennent se mélanger aux papules. Des taches d'érythème, par exemple, existaient une fois sur six avec la syphilide papuleuse. Quelquefois les taches rouges étaient semées sur le tronc et les membres ; elles dataient d'une époque antérieure aux papules qui s'étaient développées sur les taches érythémateuses mêmes. Le plus souvent, l'érythème n'existait que sur les avant-bras et les jambes, où l'on observait de rares papules. On eût dit que le travail morbide de la peau avait été impuissant à produire une éruption papuleuse jusqu'aux extrémités les plus éloignées du tronc.

La grande papule humide du scrotum, du périnée (pustule muqueuse) , celle des espaces interdigitaux (rhagades), celle des amygdales, se rencontraient aussi dans quelques cas de syphilides papuleuses. L'isthme du gosier, notamment, présentait cette affection dans un cinquième des cas, sans parler de ceux où l'irritation gutturale ne consistait qu'en une tuméfaction douloureuse, accompagnée seulement de rougeur, telle que je l'ai déjà décrite dans l'histoire de l'érythème syphilitique.

La présence de pustules d'ecthyma syphilitique au milieu des papules n'est pas rare; tantôt ces pustules sont disséminées parmi les papules, sur le tronc et les membres; tantôt l'éruption syphilitique prend le caractère pustuleux dans certaines régions où elle remplace les papules ; c'est ce qu'on observe souvent

aux jambes. Enfin, dans quelques cas de syphilide papuleuse confluenle, à marche aiguë, où la plupart des papules sont surmontées d'une ampoule distendue d'un liquide muco-purulent, il se trouve un grand nombre de véritables pustules qui suppurent, se dessèchent et laissent voir, après la chute de leur croûte, une cicatrice déprimée. On ne sait trop, dans quelques-unes de ces éruptions, lesquelles des papules ou des pustules dominent par le nombre, et la désignation la plus juste qu'on puisse appliquer à cette affection mixte est celle de syphilide papulopustuleuse.

L'iritis dont Carmichael a fait, presque exclusivement, le symptôme concomitant de la syphilide papuleuse,ne s'est rencontrée que trois fois sur les cinquante cas d'éruption papuleuse que j'ai recueillis. Cette iritis n'avait rien de caractéristique ; la pupille n'avait pas la forme spéciale que lui ont attribuée les oculistes allemands. J'ai fait la même observation sur d'autres cas d'iritis, qui coïncidaient avec des syphilides, soit érythémateuses, soit pustuleuses, de sorte qu'on peut dire, en général, que l'iritis révèle surtout sa nature syphilitique par sa coexistence avec des syphilides et par l'heureuse influence qu'exercent sur elle les traitements antisyphilitiques. La première de ces circonstances a d'autant plus de valeur, que l'iritis ne se manifeste jamais, ou presque jamais, pendant le cours des affections vulgaires de la peau, de sorte que, par cela seul qu'une affec-

tion cutanée est accompagnée d'iritis, c'est une forte raison de penser que l'un et l'autre symptôme dépendent de la syphilis.

Enfin j'ai observé deux cas où la syphilide papuleuse était accompagnée de taches nombreuses de purpura siégeant aux jambes, qui avaient enflé au moment où les phénomènes syphilitiques commençaient à se généraliser dans l'économie.

L'engorgement des ganglions cervicaux latéraux se rencontre au moins dans la moitié des cas de syphilide papuleuse. J'ai aussi trouvé quelquefois ceux des régions axillaires engorgés. Celte tuméfaction des ganglions survient sous l'influence de l'état syphilitique général, ou plutôt par l'action même des papules cutanées sur les vaisseaux lymphatiques et les chaînes ganglionnaires voisines; car les ganglions cervicaux tuméfiés sont d'autant plus nombreux que l'éruption du cuir chevelu est plus abondante.

Dans la plupart des cas de syphilide papuleuse, j'ai observé une chute plus ou moins complète des cheveux, dont la perte se réparait entièrement, comme à la suite de la plupart des maladies graves.

La syphilide papuleuse est également accompagnée et précédée, dans la majorité des cas, d'un certain nombre desymplômes que nous avons déjà rencontrés avec l'éry thème syphilitique. Je vais me borner à les énumérer ici, en me réservant de revenir plus tard sur quelques-uns d'entre eux. Cessymptô-

mes sont : la pâleur de la face, l'altération des traits, des malaises, de la faiblesse, une fatigue générale, un sentiment de brisement des membres, des accès de fièvre reparaissant quelquefois périodiquement chaque soir, et débutant par un frisson, des sueurs nocturnes, de la céphalalgie, des vertiges, des palpitations, un bruit de souffle syslolique parfois intense, de la dyspnée, des douleurs sternales, une roideur souvent douloureuse des principales articulations, des douleurs ostéocopes nocturnes, soit dans la contiguïté, soit dans la continuité des os. Malgré l'existence de ces symptômes, qui, à la vérité, se trouvent rarement tous réunis, l'appétit n'est pas ordinairement diminué; il est, au contraire, assez souvent augmenté, au point de devenir un besoin importun qui tourmente les malades, leur occasionne des tiraillements d'estomac, et se manifeste même peu de temps après un repas copieux.

Marche. La marche de la syphilide populeuse est toujours chronique. Si les papules présentent parfois un certain degré d'acuité à leur début, si leur évolution est rapide, si leur couleur est d'un rouge vif, si même l'épiderme qui les recouvre est distendu par un épanchement séro-purulent, ces caractères inflammatoires ne tardent pas à disparaître. La couleur des papules s'assombrit, le fluide séreux qui les surmonte s'absorbe ou se réduit en croûtes minces et squammeuses, à la chute desquelles les papules apparaissent avec leurs caractères spéciaux.

Lorsque les papules ont atteint leur entier développement, elles peuvent rester longtemps dans un état presque stationnaire, si aucun traitement ne vient hâter leur résolution qui peut cependant s'accomplir spontanément, mais d'une manière trèslente dans les cas où l'éruption est abandonnée à elle-même.

C'est pendant leur période d'état, et surtout pendant celle de déclin, que les papules deviennent squammeuses, et qu'elles peuvent donner lieu à un sentiment de prurit. Plusieurs desquammations successives s'opèrent, en général, sur les mêmes papules. Après chaque desquammation, elles sont lisses, luisantes et entourées d'un liséré épidermique frangé qui indique le point où s'est séparé de l'épiderme sain l'épiderme épaissi qui recouvrait la papule. J'ai vu la desquammation être quelquefois si abondante, dans les syphilides papuleuses confluentes en résolution, que l'éruption semblait plutôt appartenir à la classe des squammes, qu'à celle des papules.

Terminaison. La syphilide papuleuse se termine toujours par résolution. Les papules s'effacent lentement, et laissent après elles des taches grisâtres, fauves, ou cuivrées et pigmenteuses. Un fait digne de remarque, c'est que l'on voit souvent des dépressions succéder aux papules, quoique celles-ci n'aient été le siège d'aucune suppuration. Les papules lenticulaires sont moins fréquemment suivies de cette ab-

sorption de tissus que les papules coniques, auxquelles succèdent, presque toujours, des dépressions delà largeur d'une tête d'épingle; mais ces petites dépressions, analogues aux cicatrices, ne sont pas persistantes; elles s'effacent, en général, au bout de quelques mois, sans laisser de traces.

Quelques syphilographes parlent de l'ulcération des papules comme d'un phénomène assez commun. Je crois, au contraire, cet accident excessivement rare; je ne l'ai jamais vu survenir que sur quelquespapules développées sur des parties contiguës

et continuellement humides, comme le scrotum et la partie interneet supérieure des cuisses ; mais dans ces régions mêmes, les papulesontbienplusdetendanceà s'éroder superficiellement, etàs'éleverencondylome, qu'à prendre l'aspect d'une véritable ulcération. Sur le reste du corps, les papules ont moins encore de tendance à s'ulcérer. Lorsque leur épiderme a été soulevé par un épanchement séreux, elles peuvent, au moment de la rupture de la vésicule, présenter une surface érodce et humide ; mais cette surface ne tarde pas à se sécher, à fournir des débris squammeux qui, à leur chute, laissent apercevoir une papule lisse et luisante.

Durée. Quelle est la durée de la syphilide papuleuse abandonnée à elle-même? Elle doit être toujours très-longue, à en juger par quelques exemples où j'ai vu cette affection, restée sans traitement, être encore, après quatre ou cinq mois de dévelop-

pement, en pleine vigueur, par l'évolution incessante de nouvelles papules qui venaient remplacer celles dont la résolution commençait à s'opérer.

Mais une affection aussi caractéristique, aussi facile à reconnaître que la syphilide papuleuse, ne reste jamaislonglemps sans médication; de sorte que, dans la plupart des cas, on ne peut se rendre compte de sa durée absolue ; on n'a que sa durée partielle, qui comprend l'espace de temps pendant lequel la syphilide est restée sans traitement et celui qui s'est écoulé entre le début du traitement et la guérison. Or, d'après mes observations, six semaines à trois mois ont presque toujours été nécessaires pour faire disparaître les papules syphilitiques, et empêcher le plus souvent leur reproduction, quelle qu'eût été d'ailleurs la durée de la syphilide antérieurement à la médication mercurielle.

Prognostic. Je puis à peu près répéter, pour la syphilide papuleuse, ce que j'ai dit au sujet du prognostic à tirer de l'érythème.

En effet, comme toutes les syphilides sèches, les papules n'altèrent pas la texture de la peau, et les stigmates cuivrés et déprimés qu'elles laissent souvent après leur résolution ne sont jamais indélébiles. Considérées comme symptôme de syphilis générale, les papules sont également une des manifestations qui doivent inspirer peu de craintes pour l'avenir. Les affections tardives et graves du tissu cellulaire, des membranes et des os, sont moins fréquentes

après les syphilides papuleuses qu'à la suite de quelques autres formes; ou si ces accidents surviennent ultérieurement , ils conservent, pour l'ordinaire, le caractère de bénignité que présentaient déjà les affections précoces; c'est-à-dire que, s'il survient plus tard des syphilides tuberculeuses, elles ont peu de tendance à s'ulcérer, et que, si le système osseux est envahi, les exosloses sèches sont plus fréquentes dans ce cas que les exostoses suppurées.

Diagnostic. Il y a peu d'éruption syphilitique dont le diagnostic soit aussi facile que celui des papules. Leur forme et la couleur cuivrée dont elles sont rarement dépourvues les caractérisent tellement, qu'avec un peu d'habitude, on distingue, à première vue, les papules syphilitiques, soit des autres syphilides, soit des affections cutanées vulgaires. Ce n'est qu'au moment où l'éruption débute, ou quand elle touche à sa terminaison, que le diagnostic peut offrir quelques difficultés. En effet, les éruptions, de quelque nature qu'elles soient, n'ont pas encore leurs caractères distinctifs lorsqu'elles commencent à entrer en évolution ; et la syphilide papuleuse, à son déclin, ressemble bien plus, dans quelques cas, à une affection squammeuse que papuleuse.

C'est avec la syphilide tuberculeuse que les papules syphilitiques ont le plus d'analogie lorsqu'elles ont acquis leur parfait développement. C'est pourquoi, pendant longtemps, les syphilographes n'ont pas distingué l'une de l'autre ces deux éruptions.

II existe cependant entre elles de notables différences. D'abord les papules syphilitiques sont des symptômes précoces, et les tubercules sont des accidents tardifs. La lésion analornique qui constitue les papules n'engorge pas aussi profondément le tissu de la peau que celle qui constitue les tubercules, qui, pour cette raison, sont plus durs au toucher que les papules. On peut encore ajouter que la forme lenticulaire, affectée le plus souvent par les papules, n'existe jamais dans les tubercules qui sont hémisphériques ou coniques, et que la disposition à s'ulcérer est étrangère aux papules, tandis qu'elle se rencontre fréquemment dans les tubercules.

Quant aux éruptions vulgaires qu'on pourrait confondre avec la syphilide papuleuse, elles sont peu nombreuses. Ce sont d'abord quelques variétés du lichen, qui par leur forme conique ou même lenticulaire, et par leur couleur foncée, pourraient simuler, au premier abord, des papules syphilitiques, si leur marche et le prurit dont elles sont le siège, joints à l'absence de tout autre symptôme syphilitique concomitant, n'indiquaient clairement leur nature.

Les saillies indurées de Y acne indurata, qui forme souvent sur les épaules et sur la région sternale une éruption violacée, confluente et rebelle, peuvent être prises pour des papules syphilitiques. Mais la marche chronique et uniforme de l'acne, qui ne tend ni à se résoudre ni à s'aggraver, soit en se tranformarit en tubercules plus saillants, soit en se détrui-

sant par ulcération ; la permanence avec laquelle il reste fixé sur les parties supérieures du tronc, sans jamais s'étendre jusqu'aux hanches, et encore moins jusqu'aux membres inférieurs; les petites cicatrices allongées, triangulaires et saillantes qui lui succèdent, et l'absence aussi de tout symptôme syphilitique concomitant, sont les caractères qui distinguent suffisamment l'acné des papules syphilitiques.

Je me borne à signaler ici les deux genres d'affections cutanées qui ont, dans quelques cas, assez de ressemblance avec les papules syphilitiques pour donner lieu, de prime abord, à quelque méprise, même de la part des médecins qui ont une certaine habitude d'observer les maladies de peau. Car pour ceux qui n'ont aucune notion pratique de ces maladies, on ne saurait donner le diagnostic comparé de la syphilide papuleuse, non plus que des autres syphilides, avec toutes les éruptions qu'ils se trouveront sans cesse exposés à confondre avec elles tant qu'ils n'auront pas fait une étude spéciale des maladies de la peau, dans un grand hôpital, et sous la direction des médecins à qui cette étude est familière.

La syphilide papuleuse n'est pas toujours une affection immédiatement consécutive aux accidents primitifs. J'ai rencontré trois cas où cette éruption succédait à une syphilide érythémateuse qui avait elle-même suivi de près la guérison d'un chancre.

L'érythème avait disparu sous l'influence d'un trai—

tement mercuriel, et l'éruption papuleuse s'était montrée de trois à cinq mois après la disparition de l'érythème, comme récidive d'accidents secondaires.

La syphilide papuleuse peut reparaître chez le même sujet après s'être éteinte-, c'est ce qu'on nomme une récidive. J'en ai observé deux exemples. Dans l'un, la syphilide papuleuse récidiva par groupes isolés, neuf mois après la guérison de la première éruption de papules, et treize mois après la contagion ; mais il est à remarquer qu'après la guérison de la première éruption papuleuse par des pilules mercurielles, la peau ne fut jamais complètement nette, et que des papules isolées, peu nombreuses, continuèrent à se montrer sur diverses parties du corps, pendant tout l'espace de temps qui sépara les deux éruptions. Dans l'autre exemple, la syphilide papuleuse était une troisième récidive de cette forme értiplive. Le malade avait été atteint, cinq ans avant, d'un chancre induré qui fut traité, durant six semaines, par l'usage des pilules de protoiodure de mercure. Deux mois après la guérison du chancre, une syphilide papuleuse peu abondante se manifesta sur le tronc et les membres ; elle s'éteignit dans l'espace de quelques mois, sous l'influence des grands bains et d'un régime sévère. Quinze mois après, nouvelle éruption de papules disposées en groupes isolés, sur les épaules, les flancs et les avant-bras ; cette éruption disparut encore par le seul secours des bains et du régime. Trois ans après celte

seconde guérison, nouvelle apparition de papules en groupes peu nombreux sur le thorax et les épaules.

Ces récidives delà syphilide papuleuse pourraient, dans le cas où un symptôme primitif les aurait précédées, faire croire à une double infection syphilitique, résultat de deux contagions successives, contractées à quelques mois ou à quelques années l'une de l'autre. Mais la possibilité de cette double infection est loin d'être constatée, ainsi que nous aurons plus tard occasion de le démontrer.

Les récidives de syphilide papuleuse, qui se sont offertes à notre observation, sont en si petit nombre, qu'elles ne peuvent nous fournir aucunes considérations analogues à celles dans lesquelles nous sommes entrés au sujet des récidives de l'érythème. Je ferai cependant remarquer que ces récidives de papules ne furent escortées d'aucun des symptômes variés qui accompagnèrent l'éruption papuleuse primordiale, et que la syphilide récidivée, au lieu d'être diffuse, consistait en groupes disséminés, laissant soupçonner immédiatement , qu'il s'agissait d'une récidive, ou d'une affection retardée par l'influence d'un traitement.

Fidèle au plan que j'ai suivi, en faisant l'histoire del'érythème syphilitique, je vais compléter le tableau de la syphilide papuleuse par quelques observations destinées à donner une idée de ses principaux

types.

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