‹ Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis [electronic resource]Chapitre 40 sur 64 · ACCOMPAGNÉ LA GRANDE PAPULE HUMIDE · texte numérisé non relu

ACCOMPAGNÉ LA GRANDE PAPULE HUMIDE

La plupart des syphilides papuleuses humides avaient été précédées ou accompagnées, à leur déhut, de divers symptômes révélant que la syphilis se généralisait dans l'économie. Ces symptômes ne différaient pas de ceux que nous avons observés avec les syphilides érythémateuse et papuleuse sèche. C'étaient 1° des douleurs ou simplement une rigidité douloureuse occupant diverses articulations, et principalement les épaules, les coudes et les genoux, augmentant le soir, dans le lit spécialement , et causant l'insomnie; 2° des douleurs dans la continuité des os, dans le sternum, dans les os longs, et notamment dans le corps des tibias et des cubitus; 3° une céphalalgie diurne ou nocturne ; 4° des accès fébriles revenant périodiquement chaque soir, à la tombée de la nuit, avec frisson, puis chaleur et sueur; 5° un appétit quelquefois diminué, mais bien plus souvent aussi, augmenté d'une manière notable; 6° de la courbature, de la faiblesse, des malaises, de l'oppression, des vertiges, des sueurs nocturnes.

Je ferai surtout remarquer, parmi ces symptômes, les douleurs ostéocopes qui confirment ce que j'ai dit au paragraphe 7 du second chapitre, sur la coin-

cidence des accidents superficiels dans les tissus osseux et cutané, au début de la syphilis constitutionnelle ; coïncidence curieuse dont je vais donner quelques exemples, puisque j'ai négligé de le faire jusqu'à présent.

PREMIÈRE ORSERVATION.

Un portefaix de vingt-un ans, jeune homme d'une grande vigueur, entre à l'hôpital du Midi, service de M. Ricord, salle 2, lit 24, le 12 août 1 845.

Il est atteint, pour la première fois, de maladie vénérienne.

Après plusieurs mois de continence , il a eu des rapports, le 15 juin 1845, avec une fille publique. Cinq ou six jours après ce coït, un écoulement urétral douloureux s'est déclaré. Une semaine après le début de la blennorrhagie, a paru une ulcération du frein , qui a engorgé les ganglions inguinaux droits. L'ulcération est cicatrisée depuis quinze jours ; elle a duré environ cinq semaines. Il reste une induration très-caractérisée sous la cicatrice. La blennorrhagie existe encore , après avoir été arrêtée deux fois par des doses de poivre cubèbe. Un mois après ce coït contagieux , malaise général, faiblesse, céphalalgie , fièvre et sueur la nuit. A ces symptômes, viennent se joindre bientôt, des douleurs ostéocopes occupant le tiers moyen des deux tibias et la moitié supérieure du bord postérieur du cubitus droit. Ces douleurs ont immédiatement débuté avec intensité. Elles étaient supportables pendant le jour, mais intolérables pendant la nuit. De neuf heures du soir à quatre ou cinq heures du matin, il n'y avait pas de repos pour le malade, qui croyait même sentir au toucher un gonflement ou des nodosités à la surface des os où siégeaient les douleurs. Ces douleurs existent encore; elles augmentent le soir, mais elles sont beaucoup moins intenses ; elles ne causent plus l'insomnie ; elles ont sensiblement décliné depuis que l'éruption de papules humides et de papules sèches a paru. En examinant avec attention les os, on ne

trouve à leur surface aucune saillie appréciable ; cependant la pression est douloureuse sur les points qui sont le siège des douleurs nocturnes. Le 20 août, huit jours après l'entrée du malade à l'hôpital, et après l'administration de huit pilules de proto-iodure hydrargyrique, les douleurs ont presque complètement disparu ; mais l'éruption cutanée continue à se développer. Elle n'est complètement guérie que vers le 8 septembre, époque où le malade quitte l'hôpital.

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