‹ Traité des affections de la peau symptomatiques de la syphilis [electronic resource]Chapitre 41 sur 64 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Un ouvrier cordonnier, âgé de quarante-trois ans, est admis à l'hôpital du Midi, salle 2, lit 4, le 28 mars 1845, pour une éruption abondante de papules humides de la gorge, des lèvres, du scrotum et de l'anus; il présente aussi un certain nombre de papules sèches, sur le tronc et les membres.

Cet homme a eu des rapports avec une fille publique, le 14 décembre dernier. Huit ou dix jours après le coït suspect, deux ulcérations se manifestent en arrière de la couronne ; elles se guérissent en six semaines. 11 reste une forte induration sous leur cicatrice. Les chancres ont engorgé un certain nombre de ganglions inguinaux qui forment des cordons indolents, durs et mobiles, de la grosseur du petit doigt.

Vingt jours après la contagion, malaises, frissons chaque soir, puis chaleur et sueur durant la nuit. Dès le septième accès de fièvre, le ventre et les flancs se couvrent d'une éruption de taches roses qui ont été remplacées, un peu plus tard, par des papules sèches et par une éruption abondante de papules humides autour de l'anus et sur le scrotum.

Trois semaines après le début de l'éruption syphilitique, c'est-à-dire à sept semaines de la contagion, et avant que le malade eût commencé aucun traitement, les épaules, les coudes, les genoux, deviennent roides et légèrement douloureux ; les douleurs ne se manifestent que dans les mouvements; bientôtelles diminuent dans les membres supérieurs, pour augmenter dans les inférieurs, et s'étendre au corps mêmedes tibias. Dans lejour, les articulations fémoro-tibiales

et le corps des tibias sont seulement lourds, engourdis, à moins que le malade ne marche, ce qui détermine des douleurs assez vives ; mais le soir, lorsque la chaleur du lit commence à s élever, des élancements se manifestent dans les jarrets et dans les tibias; le malade s'agite dans son lit, et le sommeil n'arrive que bien avant dans la nuit, en s' accompagnant d'une sueur copieuse. A l'entrée du malade à l'hôpital, les douleurs ont encore toute leur intensité. Les faces antérieures des tibias et leur bord antérieur sont sensibles au toucher dans presque toute leur étendue; et cependant je n'y découvre aucune saillie, aucune inégalité qui puissent être considérées même comme une périostose.

Le malade part guéri de son éruption syphilitique et de ses douleurs, après six semaines de séjour à l'hôpital. Il a pris soixante pilules de proto-iodure, contenant chacune cinq centigrammes de cette préparation.

g VIII. — ÉPOQUE DE L'APPARITION DES PAPULES HUMIDES, PAR RAPPORT A LA CONTAGION ET A LA CICATRISATION DES CHANCRES.

J'ai noté soixante-une fois l'époque de l'apparition de la papule humide, par rapport à la contagion. Voici le résultat de ces recherches. Je sépare les cas où les malades ont fait un traitement mercuriel, pendant la durée du symptôme primitif, de ceux où les papules humides ont paru ayant tout traitement général.

Relevé des cas oit les papules humides se sont dévéloppe'es avant tout traitement général.

Papules humides parues le 25e jour après la conla

gion.

Le 2lJc jour

Du l'r au 2e mois

Du 2e au 5e mois

1 cas.

Du 5e au 4e mois. 7

Du 4e au 5e mois g

Du 5e au 6e mois 3

Relevé des cas où les papules humides ont paru après un traitement fait pendant la durée du syptôme primitif.

Papules humides parues du 2e au 3e mois 2 cas.

Du 3e au 4e mois 6

Du 4e au 5e mois 5

Du 5e au 6e mois 5

Du 6° au 7e mois 6

Du 7e au 8e mois 2

Du 8e au 12e mois S

Du 12e au 18e mois 5

Nous remarquons ici, comme dans les relevés analogues fournis par les syphilides précédentes, une grande irrégularité dans l'époque où s'est manifestée l'éruption syphilitique, après la contagion.

La différence considérable qui existe, sous ce rapport, entre les cas où les malades n'ont fait aucun traitement général, pendant la durée du symptôme primitif, et ceux où le mercure a été administré, pendant la durée de ce symptôme, montre que si ce médicament ne détruit pas toujours radicalement la disposition syphilitique, il en retarde au moins constamment les manifestations. Cette différence des deux relevés nous apprend aussi à juger les appréciations d'un certain nombre de syphilographes qui, pour n'avoir pas tenu compte de l'influence des traitements mercuriels sur l'époque d'apparition des syphilides, ont singulièrement exagéré la distance du

temps où elles peuvent naturellement se développer après la contagion.

Quant à l'apparition des papules humides, relativement à l'époque de la guérison des chancres, elle a eu lieu, en général, avant leur cicatrisation, chez les malades qui n'ont pas fait de traitement mercuriel, et après la cicatrisation, chez ceux qui ont été soumis à ce traitement, pendant la durée, et surtout dès le début du syptôme primitif.

g IX. — Recherche des causes qui ont pu déterminer le développement DE LA GRANDE PAPULE HUMIDE, C'EST-A-DIRE LA DIFFUSION DES SYMPTÔMES SYPHILITIQUES DANS L'ÉCONOMIE.

Je n'ai pas rencontré, en étudiant la papule humide, un seul fait qui soit venu contredire la doctrine que j'ai exposée au paragraphe 10 du chapitre deuxième de ce livre, relativement à la cause qui produit la diffusion des symptômes syphilitiques dans l'économie. Diverses causes communes de maladie, avaient dans quelques cas, exercé leur influence sur les malades, pendant la durée du symptôme primitif; on pouvait, avec quelque vérité, leur attribuer, parfois, la précoce apparition des papules humides, mais non les considérer comme la cause déterminante de ce symptôme, attendu que chez la plupart des malades atteints de papules humides, la syphilis s'était généralisée dans l'économie sans le concours de ces causes.

La confrontation des malades atteints de papules humides avec ceux qui leur avaient communiqué

la syphilis, et avec ceux à qui ils l'avaient transmise, m'ont fourni des données d'une beaucoup plus grande valeur. Cette confrontation a eu lieu quatorze fois, et a toujours eu le même résultat. Trente et un malades se trouvent compris dans cette confrontation; ils avaient tous été atteints, d'abord de chancres, puisde symptômes de syphilis généralisée. Or, j'ai déduit amplement, dans le paragraphe 10 du deuxième chapitre, toutes les conséquences qu'on devait tirer de cette régularité avec laquelle les symptômes constitutionnels succèdent aux symptômes locaux, dans une série de malades infectés les uns par les autres; il est donc inutile de revenir sur ces considérations, qu'on pourra relire dans le paragraphe indiqué.

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