VOISINS DU CHANCRE QUI A PRÉCÉDÉ LA SYPHILIDE PUSTULEUSE
Sur 72 malades atteints de syphilide pustuleuse,
45 avaient, dans les régions ganglionnaires les plus voisines du chancre, des engorgements à peine visibles, composés de ganglions durs, le plus souvent indolents ; 6 avaient des bubons très-apparents, tumeurs saillantes , légèrement douloureuses , qui se terminèrent cependant par résolution; enfin 4 eurent des bubons suppures. Dans les 17 autres cas, ou bien il n'y eut pas d'engorgement ganglionnaire apparent au voisinage du chancre ; ou bien, le chancre étant cicatrisé depuis longtemps, ces engorgements, s'ils avaient existé, avaient été assez légers pour n'avoir pas été aperçus des malades. Les vaisseaux lymphatiques qui s'étendaient du chancre aux ganglions tuméfiés présentèrent, dans 14 cas, cette induration et ce gonflement dont j'ai décrit les caractères dans les paragraphes 6 et 7 des chapitres précédents. Mais le nombre des cas où existait cette lymphite indurée a pu être plus considérable, parce que tous les malades atteints de syphilide pustuleuse n'ont pas été examinés sous ce rapport.
§ VII. — De quelques symptômes qui ont précédé ou accompagné
LA SYPHILIDE PUSTULEUSE.
J'ai dit précédemment que la syphilide pustuleuse a souvent été précédée ou accompagnée de divers symptômes que nous avions déjà observés, pour la plupart, avec les syphilides érythémateuse etpapuleuse. Je ne recommencerai pas l'énumération de ces symptômes. Je me bornerai à des remarques sur les
principaux d'entre eux. Le premier dont je parlerai est l'induration du testicule, accident syphilitique qui n'a existé avec aucune des syphilides décrites précédemment, et qui a accompagné huit fois la syphilide pustuleuse. L'induration testiculaire ne s'est pas montrée indifféremment avec toutes les espèces de syphilide pustuleuse. Je l'ai observée avec des ecthymas profonds, avec des variétés de la syphilide pustulo-crustacée ; mais jamais avec l'acné, ni avec l'impétigo syphilitique superficiel. Cet accident est si commun avec toutes les syphilides qui ont une grande tendance à ulcérer la peau, qu'il faut, dans tous ces cas, examiner avec soin les testicules, où l'on trouve, souvent alors, quelque altération.
L'induration dont il s'agit affecte un seul ou les deux testicules. L'organe est quelquefois atteint dans sa totalité, mais le plus souvent il ne l'est que d'une manière partielle. L'épididyme reste fréquemment étranger à l'affection. L'induration partielle du testicule peut se borner à une surface de la largeur d'une pièce d'argent de cinquante et même de vingtcinq centimes ; l'affection semble consister alors en un simple épaississement de la tunique albuginée. On constate parfois plusieurs points indurés, dans un testicule. Enfin, l'engorgement peut occuper tout le testicule: c'est, dans ce cas, l'affection connue généralement sous le nom de testicule vénérien, dont les lésions partielles que nous venons d'indiquer ne sont que des variétés. Mais, quelle que soit l'étendue de
l'engorgement testiculaire, le canal déférent conserve son volume normal, et ne participe pas à l'affection.
L'induration partielle de la tunique albuginée est le plus souvent indolente, et change à peine le volume du testicule. Dès qu'elle occupe une certaine étendue, la forme et le volume de l'organe sont modifiés. Si les malades ne ressentent pas alors de douleur, le poids de la partie malade, et son volume, attirent au moins leur attention. Ces indurations du testicule sont, d'ailleurs, assez sensibles au toucher. Elles sont faciles à reconnaître; cependant, lorsqu'elles sont partielles, elles peuvent passer inaperçues à raison de leur indolence. Lorsque le testicule vénérien est très-développé, il s'agit de ne pas le confondre soit avec le sarcocèle, soit avec le testicule tuberculeux. Le testicule vénérien n'est pas le siège de douleurs lancinantes, c'est ce qui le dislingue du sarcocèle; en second lieu, son canal déférent reste à l'état normal, c'est ce qui le distingue du testicule tuberculeux dont le canal déférent s'engorge et présente constamment des renflements moniliformes.
La syphilide pustuleuse fut précédée onze fois de douleurs ostéocopes, le plus souvent nocturnes et occupant soit la continuité des os, soit la contiguïté. Dans aucun de ces cas il n'existait de gonflement apparent du tissu osseux, au niveau des points douloureux. Il n'en fut pas de même pendant la durée
de l'éruption pustuleuse; les douleurs ostéocopes qui s'étaient développées pendant l'éruption étaient accompagnées, dans plusieurs cas, d'exostoses trèscaractérisées.
L'iritis n'a existé qu'une fois avec la syphilide pustuleuse.
Nous avons aussi observé, sur un malade atteint d'une syphilide pustulo-crustacée, la chute complète des ongles des pieds et des ongles des mains ; accident rare aujourd'hui, mais dont les syphilographes du seizième siècle font souvent mention.
§ VIII. — Époque de l'apparition de la syphilide pustuleuse par