TUBERCULEUSE
La syphilide tuberculeuse se développant toujours à une assez longue dislance de la contagion, nous n'avons jamais constaté, chez aucun dos malades qui en étaient atteints, l'existence du symptôme primitif. Ce sont donc les renseignements fournis à ce sujet
par les malades, que nous avons à consigner ici.
Nous avons observé soixante-dix individus atteints de syphilide tuberculeuse, qui peuvent être répartis ainsi :
Malades qui déclarent avoir eu des chancres avant la syphilide tuberculeuse 47
Malades qui déclarent avoir eu simultanément des chancres et une blennorrhagie 5
Malades qui déclarent avoir eu seulement des blennorrhagies. 14
Malades qui déclarent n'avoir jamais eu ni chancres, ni blennorrhagie 6
C'est donc vingt malades sur soixante-dix, c'està-dire près d'un tiers, qui déclarent n'avoir pas eu de chancres avant la syphilide tuberculeuse. Aucune des syphilides étudiées précédemment ne nous a donné un semblable résultat. Mais ce résultat n'a rien qui doive surprendre, si l'on considère que, dans tous les cas de syphilide tuberculeuse , mon examen a eu lieu à une époque très-éloignée de la contagion, et que, par conséquent, je n'ai pas d'autres données sur le symptôme primitif que les renseignements des malades, renseignements entourés de toutes les causes d'erreur, signalées déjà plus d'une fois. Ce résultat surprendra moins encore, si l'on fait attention que dans les syphilides érythémateuse et papuleuse, où j'ai séparé les malades en deux catégories, suivant qu'ils se présentèrent à mon examen pendant la durée du symptôme primitif, ou
après sa disparition, la dernière catégorie a donné un tiers des malades comme n'ayant pas eu de chancres pour symptôme primitif, tandis que la première catégorie n'a fourni que des malades atteints de chancres avant les syphilides.
§ III. — Des cas ou la syphilide tuberculeuse a été précédée d'un
CHANCRE ET D'UNE BLENNORRHAGIE
Ces cas sont au nombre de trois seulement. Les trois malades sont à plusieurs années de distance de la contagion , et les renseignements qu'ils donnent sur l'apparition et la marche des symptômes contagieux n'ayant rien de précis , je m'abstiendrai de toute réflexion relative à ces symptômes.
§ IV. — Siégé du chancre qui a précédé la syphilide tuberculeuse.
Tous les chancres qui ont été suivis de syphilide tuberculeuse étaient situés sur les organes génitaux, au rapport des malades.
Il n'en était pas de même dans les autres syphilides étudiées précédemment, qui, toutes, ont été précédées , dans un certain nombre de cas , de chancres situés plus ou moins loin de ces organes. Cette différence entre la syphilide tuberculeuse et les syphilides érythémateuse, papuleuse et pustuleuse peut être un simple effet du hasard. Rencontrer une série de cinquante malades atteints de syphilide tuberculeuse précédée de chancres siégeant
tous sur le prépuce ou sur le gland , ne serait pas une chose extraordinaire. Cependant il est possible, et peut-être même il est probable , que l'absence de chancres éloignés des organes génitaux, chez les malades atteints de syphilide tuberculeuse, tient plutôt à ce que les sujets qui ont pu en être atteints sont allés grossir la catégorie des cas où la syphilide tuberculeuse n'a été précédée d'aucun symptôme primitif; car, à moins d'avoir été traités par quelque médecin très-exercé, les malades ne parlent jamais de ces chancres extragénitaux, qui passent ordinairement inaperçus.
§ V. — Des diverses formes du chancre qui a précédé la
SÏPH1LIDE TUBERCULEUSE.
Il est difficile de dire exactement, d'après les renseignements des malades, si la syphilide tuberculeuse fut plus souvent précédée de chancres durs que de chancres non indurés; mais d'après l'inspection des parties sur lesquelles avait siégé l'ulcère contagieux,on pouvait juger de sa largeur et de sa profondeur. Parmi les cinquante malades qui déclaraient avoir eu des chancres, dix avaient dû n'avoir que de simples érosions, car on n'apercevait aucune cicatrice; vingt-deux portaient des cicatrices légères qui démontraient que le chancre avait ulcéré, dans toute son épaisseur, la membrane sur laquelle il siégeait ; enfin dix-huit avaient été
atteints de chancres phagédéniques qui avaient laissé des destructions plus au moins profondes.
La syphilide tuberculeuse était sèche et superficielle, dans huit des cas où le chancre avait eu la •forme érodée ; elle était ulcéreuse et grave, dans deux des cas seulement où le chancre avait été superficiel.
L'éruption tuberculeuse était tantôt sèche, tantôt ulcéreuse, tantôt fixe, tantôt serpigineuse, mais jamais d'un haut degré degravité, dans les vingt-deux cas où le chancre avait laissé de légères cicatrices.
La syphilide tuberculeuse était, au contraire, ulcérée, rongeante, profonde, en un mot, d'une gravité incomparablement plus grande, dans les dix-huit cas où le chancre avait eu la forme phagédénique ; ce qui confirmait l'exactitude de la loi que nous avons formulée précédemment sur le rapport qui existe entre le degré d'ulcération des chancres et la tendance à l'ulcération qu'ont les symptômes consécutifs de la syphilis. Le chancre syphilitique, ainsi que nous l'avons écrit dans un des chapitres précédents, doit donc être considéré comme la pierre de touche de la constitution ; et d'après sa forme on peut, en général, prévoir d'avance la gravité plus ou moins grande des accidents qui pourront survenir consécutivement, si les traitements ne parviennent pas à empêcher leur développement.
§ VI. — De l'état des vaisseaux lymphatiques ht des ganglions , AU voisinage des chancres qui précédèrent la syphilide tuherculeuse.
Je n'ai rien à dire de L'état des vaisseaux lymphatiques, au voisinage des chancres, les malades n'ayant pu me fournir aucun renseignement à ce sujet. J'ignore également quel fut l'état exact des ganglions qui se trouvaient dans la sphère d'activité des chancres. Le seul renseignement précis que j'aie pu recueillir, c'est que le chancre fut accompagné, quatre fois sur cinquante, de bubons suppurés.
§ VII. — De quelques symptômes qui ont précédé ou accompagné la syphilide tuberculeuse.
Le développement des syphilides tuberculeuses, soit sèches, soit ulcérées, fut, dans un certain nombre de cas, précédé et accompagné, comme je l'ai dit précédemment, de divers symptômes, parmi lesquels je ferai remarquer : 1° la céphalalgie initiale, qui fut ordinairement d'une grande intensité; 2° les exostoses, qui furent très-communes ; 3° l'induration des testicules, altération déjà observée fréquemment avec la syphilide pustuleuse ; 4° le marasme et l'état cachectique, symptômes que nous n'avons jamais observés avec les syphilides précoces.