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PRINCIPAUX TYPES DE SYPHILIDE TUBERCULEUSE. PREMIER TYPE

SYPHILIDE TUBERCULEUSE SÈCHE.

Un homme de trente-quatre ans est admis, le 26 décembre 1842, à l'hôpital du Midi, salle 5, lit 24. Il a été fort

et robuste; mais il est, depuis six ans, sous l'influence d'une infection syphilitique qui a considérablement diminué ses forces, depuis deux ans surtout.ll est mécanicien ; il dit qu'il manque de courage, et qu'il a perdu une partie de l'aptitude intellectuelle qui est nécessaire à son travail.

De dix-huit à vingt-huit ans, le malade a été atteint quatre ou cinq fois de blennorrhagie. Les premières blennorrhagies ont été de courte durée; elles ont été traitées sans mercure. La dernière a duré au moins un an; elle a enfin été arrêtée avec des injections d'eau blanche. Elle était accompagnée, à son début, de chancres multiples qui entouraient la couronne du gland. Le malade ignore si ces chancres étaient indurés. Il n'y a pas de cicatrice apparente dans les points qu'ils occupaient. Le malade n'a fait, soit pendant leur durée, soit depuis, aucun traitement mercuriel. Il dit que huit ou dix mois après la guérison des chancres, qui n'ont pas duré plus de deux mois, il a eu le corps couvert de taches rouges, puis de petites écailles ; que ses cheveux ont tombé à cette époque; qu'il avait des douleurs dans les épaules, dans les coudes et dans les genoux ; que ces symptômes se sont dissipés lentement; qu'il a commencé, dès lors, à maigrir et à perdre ses forces ; et que l'éruption dont il est atteint aujourd'hui existe depuis trois ans au moins.

Cette éruption est une syphilide tuberculeuse sèche, occupant la face postérieure du cou, le tronc et les membres supérieurs.

On remarque, au-dessous de la fosse occipitale, un cercle tuberculeux de quatre centimètres de diamètre, dont le centre est sain. Les tubercules qui forment ce cercle sont peu saillants, peu distincts les uns des autres, d'un rouge cuivré caractéristique, couverts de squames et de petites croûtes minces. Au-dessous de ce cercle, et séparés de lui par un intervalle sain, existent plusieurs segments de cercle formés par des tubercules plus distincts, plus saillants, d'un rouge sombre.

On voit sur le dos et les lombes six cercles tuberculeux plus ou moins réguliers. Le plus large, qui a huit centimètres

de diamètre, occupe la peau qui recouvre l'omoplate droite. L'aire du cercle est dépourvue de tubercules ; mais aux petites cicatrices blanches dont la peau y est marquée, à la teinte légèrement pigmenteuse qu'elle conserve, il est facile de voir que le centre a été d'abord le siège de tubercules qui, par une marche centrifuge, ont fini par former un cercle. Les tubercules de ce cercle sont gros comme des pois de moyenne grosseur, un peu aplatis par la pression des vêtements, distincts les uns des autres, irrités, douloureux, d'un rouge sombre caractéristique, sans squames. Les cinq autres cercles tuberculeux, dont le plus inférieur est situé au bas des lombes, ont un diamètre moins grand que celui de l'omoplate droite. Les tubercules qui les forment ont le même volume et les mêmes caractères.

La face antérieure du tronc présente un seul cercle tuberculeux au-dessous du sein gauche.

Les bras et les avant-bras sont également le siège de plusieurs groupes de tubercules rangés en cercles ou plutôt en ellipses. Ces tubercules sont plus gros que ceux du tronc ; ils sont secs, à peine squameux, et cependant douloureux.

Le malade dit que ces tubercules existent depuis trois ans. Il est probable qu'ils n'ont pas tous cette ancienneté ; car les cicatrices qui se remarquent sur l'aire de tous les cercles montrent que les premiers tubercules ont successivement été remplacés par de nouveaux, dont chaque poussée agrandit les cercles.

Le malade nous apprend que son éruption tuberculeuse est sujette à de fréquentes exacerbations dans sa marche chronique. Les excès de travail, les veilles, les excès de vin, animent les tubercules; ils deviennent alors tendus et douloureux. Les variations brusques de l'atmosphère produisent le même effet sur eux. Mais les saisons ont une influence plus marquée encore et plus persistante. Pendant l'été, les tubercules se flétrissent ; ils ont presque la couleur de la peau ; ils sont squameux et occasionnent seulement un peu de démangeaison. Dès que les froids de l'automne se font sentir, les tubercules deviennent tendus, douloureux ; leur couleur est viol

lieuse; quelquefois ils se couvrent de croûtes légères, et cet état d'irritation persiste tout l'hiver.

Le malade n'éprouve aucune douleur ostéocope ; mais il est pâle, maigre, a perdu son embonpoint et ses forces, depuis qu'il est atteint de syphilide tuberculeuse.

Le malade est mis à l'usage simultané du proto-iodure de mercure et de l'iodure de potassium, qui le guérissent en deux mois.

DEUXIÈME TYPE

SYPHILIDE TUBERCULEUSE ULCÉRÉE.

Le 19 septembre 1843, on admet à l'hôpital du Midi, salie 4, lit 16, un homme de quarante ans, atteint de syphilide tuberculeuse ulcérée. Cet homme donne sur ses antécédents les renseignements suivants : Il n'a jamais eu d'autre maladie que la syphilis. Il a eu pour symptômes contagieux : 1° En 1831, une blennorrhagie qui a duré six semaines; 2° en janvier 1834, des ulcérations du prépuce, qui étaient probablement des chancres, et qui ont laissé des cicatrices blanches, peu profondes. Au printemps de cette dernière année, c'està-dire quelques mois après les chancres, il survint une ophthalmie double, et une éruption pustuleuse qui couvrit toute la surface du corps. Les pupilles immobiles, trèsétroites et déformées, prouvent qu'il a existé une iritis double; et l'éruption pustuleuse, qui fut jugée syphilitique, comme l'ophthalmie, a laissé une multitude de cicatrices blanches, rondes, indélébiles, de un à deux centimètres de diamètre. Ces symptômes de syphilis générale furent traités, pendant plusieurs mois, par des préparations mercurielles. L'éruption pustuleuse ne disparut complètement qu'après un an. Le malade passa l'année 1835 sans symptômes syphilitiques. Au commencement de l'été de 1836, des douleurs survinrent dans le tibia gauche et dans l'épaule gauche. Le tibia se gonfla dans plusieurs points; il en souffrait surtout la nuit; mais s'il se couchait le jour, les douleurs ne tardaient pas à

se développer, une heure environ après qu'il s'était mis au lit. On remarque encore, sur ce tibia, trois exostoses de trois centimètres de diamètre, sur quelques millimètres de saillie. Elles sont habituellement indolentes; des douleurs ne s'y font ressentir qu'après des fatigues excessives. La douleur de l'épaule se faisait aussi sentir particulièrement la nuit; mais le bras était si lourd et si engourdi pendant le jour, qu'il fallait le porter en écharpe. Ces douleurs dans le tibia et dans l'épaule durèrent près d'une année. Elles cessèrent à l'apparition de l'éruption tuberculeuse ulcérée que nous observons aujourd'hui. Cette éruption, qui existe depuis six ans, a envahi successivement, dans sa marche lente et serpigineuse, l'espace compris entre la fosse occipitale et la quatrième vertèbre dorsale d'une part, et, transversalement, l'intervalle qui sépare, en arrière, l'un et l'autre acromion, en débordant même à gauche sur la région sous-claviculaire et sur le bras, jusqu'à l'insertion inférieure du deltoïde. Cette vaste surface est couverte par une cicatrice non interrompue, ridée en tous sens par les inodules, blanche au centre, d'un rouge cuivré sur ses bords, qui se terminent partout par des segments de cercle couverts de croûtes sous lesquelles existent des ulcérations. Ces croûtes sont grises ou verdâtres; elles ont un à deux centimètres de hauteur; elles recouvrent des ulcérations, les unes en voie de progrès, et rongeant la peau de dedans en dehors, les autres en voie de réparation et couvertes de bourgeons. Toute la circonférence de cette vaste cicatrice n'est pas ulcérée et couverte de croûtes; son bord inférieur est complètement cicatrisé et squameux. L'ulcération occupe, dans ce moment, le bord de la cicatrice qui s'avance sur l'occipital, et en avant, sur le deltoïde.

Le malade rapporte que cette éruption a commencé, il y a six ans, par une sorte de furoncle qui se forma sur l'épaule droite, et laissa échapper un bourbillon, après la chute duquel il resta une ulcération profonde qui s'agrandit lentement, dont le centre se cicatrisa quand elle eut pris cinq à six centimètres d'étendue, et qui a toujours persisté depuis, en enva-

hissant progressivement les parties voisines. Celte éruption, d'une remarquable chronicité, n'a jamais produit de vives douleurs.

Il existe, outre tous les symptômes dont j'ai parlé, une perforation de la voûte palatine, sur la ligne médiane, un peu au-devant de l'articulation palato-maxillaire. Cette perforation, dont les bords sont cicatrisés, existe depuis trois ans environ; elle se produisit brusquement, dit le malade, au niveau d'un point qui était tuméfié et douloureux depuis quelques mois. 0

Cet homme n'a pas perdu ses forces; il a toujours conservé un excellent appétit. Il n'a pas remarqué qu'une saison eût, plus qu'une autre, de l'influence sur sa maladie. Ses cheveux ne sont jamais tombés; ses ongles sont sains. Il a cependant un teint terreux, jaune-paille, qui révèle, à première vue, l'existence de quelque maladie chronique.

J'ai dit qu'il fit un traitement mercuriel de plusieurs mois, lorsqu'il fut atteint de syphilide pustuleuse.il n'a jamais pris, au contraire, aucun remède pour combattre les symptômes syphilitiques qui ont reparu depuis six ans.

Dès son entrée à l'hôpital, il est mis à l'usage simultané des préparations mercurielles et iodées. Il prend cinq centigrammes, par jour, de proliodure de mercure en pilule, et trois grammes d'iodure de potassium en solution. Six semaines de ce traitement ont suffi pour cicatriser les ulcérations serpigineuses qui persistaient depuis six ans, et redonner au teint une certaine vivacité qui est l'indice de la santé.

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