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TOUCHANT LES SYPHILIDES DES NOUVEAU-NÉS

Je laisserais une lacune dans l'histoire des syphilides, si je passais entièrement sous silence celles des nouveau-nés. Elles ont, à la vérité, les mêmes caractères objectifs que celles des adultes, et n'exigent pas de descriptions particulières ; mais elles en diffèrent sous plusieurs rapports, et ce sont ces différences dont nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots :

1° Causes des syphilides chez les nouveau-nés. C'est par leur cause procathartique, que les syphilides des nouveau-nés, diffèrent certainement le plus de celles de l'adulte. Chez l'enfant, en effet, elles peuvent bien être consécutives à un chancre, symptôme contagieux contracté le plus souvent, en franchissant des parties génitales ulcérées, ou bien en pressant avec les lèvres, le sein d'une nourrice récemment infectée par ce point. Mais ce n'est pas

là le mode le plus ordinaire par lequel les nouveaunés contractent lasyphilis; etles syphilides, chez eux, apparaissent ordinairement en vertu d'une disposition héréditaire.

La plupart des syphilographes ont encore assigné une autre cause aux syphilides des nouveau-nés ; je veux parler de l'usage du lait d'une nourrice atteinte de syphilis constitutionnelle.

L'hérédité est un fait incontestable, qui fut connu dès le commencement du seizième siècle; et dès cette époque, on constata que ce funeste héritage pouvait venir du chef du père, comme de celui de la mère (Voyez Paracelse, Alph. Ferri, Brassavole, Fallope) .

La transmission de la syphilis constitutionnelle, par le lait des nourrices, est, au contraire, un fait très-contestable, malgré l'autorité des syphilographes qui l'ont admise, et les observations qui en ont été publiées. Il est à craindre que, dans ces cas, on n'ait pas assez examiné si ces nourrices atteintes de syphilis, n'avaient pas, au moment où elles ont allaité l'enfant . des chancres qu'elles ont transmis à leur nourrisson, et d'où sont nées les syphilides qu'on attribue, sans examen suffisant, à l'usage du lait d'une femme infectée.

2° Epoque d'apparition des syphilides chez les nouveau-nés. L'époque à laquelle apparaissent les syphilides chez les nouveau-nés, est très -variable. Quelques enfants naissent couverts d'éruptions sy-

philitiques; mais la plupart n'en sont atteints que postérieurement à la naissance, les uns quelques jours, les autres quelques semaines ou quelques mois après.

Ces différences, dans l'époque de l'apparition des syphilides, tiennent à leur cause et au temps où cette cause a commencé à agir. Si l'enfant a contracté un chancre en naissant, les syphilides se développent de six semaines à trois mois après la contagion , c'est-à-dire comme chez l'adulte. Si l'enfant est entaché de syphilis héréditaire, les syphilides existent déjà au moment de la naissance, ou bien se développent dans les six semaines qui la suivent.

3° Caractères des syphilides des nouveau-nés. Les diverses syphilides que l'on rencontre chez l'adulte, peuvent se développer chez l'enfant nouveau-né. L'érythème, les papules humides, les pustules à forme d'impétigo et d'ecthyma, les bulles de pemphigus et les tubercules ulcérés , sont les syphilides le plus fréquemment observées chez l'enfant; les papules sèches et les tubercules secs, sont les éruptions les plus rares à cet âge.

Je l'ai dit au commencement de cet article, les syphilides des nouveau-nés, ont les mêmes caractères que celles des adultes, et il serait superflu d'en donner une description particulière. Cependant en étudiant ces éruptions, j'ai été frappé d'une chose dont aucun syphilographe n'a fait, je crois, la

remarque; c'est que parmi les syphilides qui se développent dans les six premières semaines qui suivent la naissance, les unes sont des éruptions superficielles, des érythèmes, des papules humides, des pustules impétigineuses sans base dure , tandis que d'autres sont déjà des syphilides profondes, tertiaires, comme dit M. (Ricord, consistant en pustules ecthymatheuses profondes ou en tubercules ulcérés. J'ai remarqué aussi que ce ne sont jamais les enfants qui avaient contracté un chancre, à leur naissance, ou pendant l'allaitement, qui présentaient quelques mois après, des syphilides appartenant aux accidents tertiaires, et qu'on ne trouve ces syphilides profondes, que parmi les nouveau-nés chez qui la syphilis est héréditaire.

Or la confrontation des enfants atteints de syphilides héréditaires, avec leurs parents, explique d'une manière satisfaisante et naturelle, pourquoi ils présentent, en naissant, tantôt des symptômes secondaires, et tantôt des symptômes tertiaires.

Le père ou la mère de qui sont issus les enfants atteints de syphilides héréditaires superficielles, se trouvaient , à l'époque où ces enfants furent engendrés, dans la période de la syphilis où se manifestent les accidents secondaires. Le père et la mère de qui sont issus les nouveau-nés atteints de ' syphilides héréditaires profondes, étaient, a l'époque où ces enfants furent engendrés, dans la période des accidents tertiaires.

Les nouveau-nés atteints de syphilis héréditaire, présentent donc toujours des accidents du même ordre que ceux dont leurs parents étaient atteints, au moment où ils les ont engendrés, et par conséquent ils sont exempts de tous les symptômes par lesquels leurs parents ne peuvent passer de nouveau. Un homme à la suite d'un chancre, est atteint successivement d'érythème, de papules humides et sèches, ou de pustules superficielles, et présente enfin, après cinq ou six ans de maladie, une syphilide tuberculeuse sèche ou ulcérée. Ce sujet ne repassera plus, s'il a des récidives, par des accidents aussi superficiels que Térythème ou les papules humides. Eh bien, l'enfant qu'il aura engendré pendant la période où il était atteint d'une syphilide tuberculeuse, cet enfant, dis-je, s'il hérite de la syphilis , est exempt non-seulement des symptômes primitifs, mais encore de tous les symptômes secondaires par lesquels a passé son père. 11 aura d'emblée, à sa naissance, des accidents tertiaires.

Une seule observation, la plus complète que je possède en ce genre, va mettre ces faits en relief :

Un jeune homme de 28 ans est atteint pour la première fois d'un chancre, au commencement de l'été 4839, après avoir eu des rapports avec une fille publique. Le chancre ne dura que six semaines; le malade fit soixante-dix jours de traitement mercuriel, et se maria au mois d'octobre de la même année, sans avoir présenté aucun symptôme de syphilis générale.

La jeune femme devint enceinte dans le courant de janvier -1840.

Le mari eut, au mois de mars de la même année , des plaques muqueuses sur les amygdales. Il consulta le médecin qui avait traité son chancre, qui lui fit faire un nouveau traitement mercuriel de quatre mois.

Au printemps de 1845, ce jeune homme vint me consulter pour un groupe de tubercules secs, qui commençait à se développer à l'insertion du deltoïde droit. Ce groupe qui en s'étalant, prit la forme d'un cercle de quatre centimètres de diamètre, fut guéri par un traitement de trois mois, pendant lequel j'administrai concurremment le proto-iodure de mercure et l'iodure de potassium.

Enfin, au mois de novembre 1843, ce même sujet a été atteintd'uneexostose au tibia droit. Les douleurs et le gonflement de l'os, ont cédé à l'administration de l'iodure de potassium.

Cet homme qui se maria, comme je F ai dit, au mois d'octobre 1839, deux mois environ après la cicatrisation d'un chancre, a eu successivement, de son mariage, trois enfants entachés de syphilis héréditaire. J'ai assisté, dans ses trois couches, la jeune femme qui n'a jamais présenté aucun symptôme de syphilis.

Premier enfant. Il est né à terme, dans le mois de septembre 1840. Le troisième jour de sa naissance, des taches rouges ont commencé à nuancer la peau du front et des joues. Le quatrième jour, un coryza s'est manifesté. Le huitième jour, les taches, d'un rouge terne, couvraient tout le corps. Elles étaient surtout remarquables sur le front, où elles présentaient la coloration cuivrée et la saillie légère qui caractérise l'érythème papuleux syphilitique. Le coryza était accompagné d'une sécrétion jaunâtre, épaisse, mais transparente. Cet enfant, né dans un grand état de faiblesse, n'a pu prendre le sein, et à péri vers le quinzième jour.

Deuxième enfant. Il est né à terme, en avril 4845. Quoique

très-chétif, il a pris le sein et s'est fortifié le premier mois. Cependant le quinzième jour de sa naissance, de petites tumeurs de la grosseur de grains de chenevis , adhérentes à la face interne de la peau, se sont manifestées dans les membres inférieurs, probablement sur le trajet des vaisseaux lymphatiques. Ces petites tumeurs, sortes de tubercules sous-cutanés, sont devenues rapidement fluctuantes, et se sont ouvertes sur la peau amincie et violacée. Dans les jours qui ont suivi la rupture de ces petites tumeurs, la peau bordant leur ouverture s'est ulcérée ; le fond du foyer a été mis à découvert. A voir ces petites ulcérations à fond grisâtre, limitées par des bords taillés à pic, on eut dit autant de chancres phagédéniques pultacés.Dès que je vis apparaître ces tumeurs souscutanées, je soumis la nourrice, qui n'était pas la mère de l'enfant, à l'usage de l'iodure de potassium (cinquante centigrammes par jour). Après que les tumeurs se furent ouvertes, je les pansai avec le calomel en poudre et de la charpie sèche, ce qui les cicatrisa rapidement. La dosed'iodure de potassium que prenait la nourrice, fut progressivement élevée jusqu'à un gramme par jour. Cette femme a continué ce traitement durant six mois, sans fatigue, je dirai même avec avantage pour sa santé qui est devenue meilleure. L'enfant n'a jamais subi aucun traitement immédiat : il n'a jamais eu de récidive. Délicat en apparence, il n'est cependant jamais malade.

Troisième enfant. Il est né à terme en janvier 1849; une grande faiblesse l'empêchait de prendre le sein dans les dix premiers jours. Ensuite l'allaitement a eu lieu ; mais vers le vingtième jour de la naissance, on a vu paraître en arrière de l'avant-bras gauche, de petites saillies rouges. Vers le trentième jour, l'éruption se développait rapidement, formait un groupe elliptique de gros tubercules syphilitiques érodés, d'un rouge cuivré, occupant la moitié postérieure de l'avant-bras. La nourrice que je mis, dès l'apparition de ces symptômes, à l'usage de l'iodure de potassium, ne prit que quelques grammes de ce médicament , aimant mieux partir que de se soumettre à ce traitement. Je commençai alors, sur cet enfant,

les frictions par la méthode de Cirillo ; mais il s'affaiblit de jour en jour, et périt le cinquante-cinquième jour de sa naissance.

M. Ricord a rappelé, dans sa treizième lettre sur la syphilis, que nous avons observé ensemble un enfant qui, ayant une éruption syphilitique sur les lèvres, ne communiqua aucun mal à sa nourrice. Il se souviendra certainement que nous avons vu dans cette famille, deux enfants nés à peu près à quatre ans d'intervalle, et atteints tous deux de syphilis héréditaire. Le premier de ces enfants, engendré à l'époque où. le père venait d'être soumis, par M. Ricord à un traitement mercuriel pour une syphilis récente, vint au monde avec un érylhème syphilitique et succomba un mois après sa naissance. Le second enfant, né quatre ans après, fut atteint au vingt-cinquième jour de sa naissance, non plus d'érythème syphilitique, mais de tubercules tertiaires. Un groupe de ces tubercules siégeait au niveau d'une des apophyses mastoïde. Il existait un gros tubercule isolé au-dessous de l'épine iliaque supérieure. Ces tubercules s'ulcérèrent rapidement; l'ulcération était taillée à pic. M. Ricord et moi nous prescrivîmes des frictions mercurielles à l'enfant. La nourrice fut mise à l'usage de l'iodure de potassium. L'enfant a guéri et se porte bien aujourd'hui.

4° Diagnostic des syphilides chez les nouveau-nés. Les syphilides sont les symptômes d'une maladie qui est toujours très-grave chez les enfants nouveau-

nés. L'examen des noies que j'ai recueillies, tant dans la pratique que dans les auteurs qui ont parlé de la syphilis chez les enfants, me porte à croire que le tiers au moins des nouveau-nés, atteints de cette maladie, succombe dans les premiers mois de la vie.

5° Traitement des syphilides des nouveau-nés. On traite les syphilides des nouveau-nés, par deux méthodes : La première consiste à administrer directement les remèdes à l'enfant. La seconde, à les administrer à la nourrice dont le lait acquiert alors des propriétés médicamenteuses.

Les remèdes qu'on administre directement aux enfants, sont les mêmes que ceux qu'on donne aux adultes. C'est le mercure employé à l'intérieur ou en frictions; c'est l'iodure de potassium. Il n'y a que le choix et la dose de la préparation qui varient. J'ai indiqué dans le chapitre X de ce livre, les préparations mercurielles qui conviennent le mieux aux enfants. L'iodure de potassium s'administre de préférence en sirop. Quant aux doses, on peut dire, comme règle à peu près générale, que les doses moyennes qu'on donne aux adultes, doivent être réduites au quart ou au tiers pour les enfants.

Si les médicaments sont administrés à la nourrice, ils doivent l'être de manière à ne produire d'action vive, ni sur la bouche, ni sur l'intestin, pour ne pas tarir le lait. Si l'enfant présente des syphilides superficielles appartenant aux accidents secondaires, ce sont les prépa ations mercurielles qu'on devra

donner à la nourrice. On lui administrera , au contraire, Fiodure de potassium , dans les cas où l'enfant sera atteint de syphilides appartenant aux accidents tertiaires.

Je dirai cependant qu'il vaut mieux traiter directement, par le mercure, les nouveau-nés atteints d'accidents secondaires, que d'administrer ce médicament aux nourrices. Le deuto-chlorure et le protoiodure de mercure s'administrent à si faible dose, que si le lait en conserve quelques parcelles, elles doivent être bien faibles, quand la dose journalière du remède a été partagée entre toutes les sécrétions. Aussi n'obtient-on pas de très-heureux résultats par ce mode de médication. L'administration du mercure, dans ce cas, ne serait rationnelle qu'en frictions, qui pouraient devenir périlleuses pour les nourrices.

Il n'en est pas de même de l'iodure de potassium administré aux nourrices, pour la guérison des enfants atteints de syphilides appartenant aux accidents tertiaires. Cette médication n'a aucun inconvénient pour les femmes qui allaitent, et l'on voit des guérisons rapides par cette méthode, ce qui s'explique bien par les doses élevées auxquelles on peut porter le médicament, et par la facilité avec laquelle il passe en nature dans toutes les sécrétions.

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