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AVANT-PROPOS
Le livre <jue je publie aujourd'hui, n'est pas une compilation des nombreux écrits qui ont paru sur la syphilis, depuis la fin du quinzième siècle. Il est le fruit de sept années d’observations et de recherches, sur des symptômes incomplètement décrits, et sur des questions résolues de la manière la plus contradictoire par les syphilographes. En effet, malgré tous les travaux dont elle a été l'objet, la syphilis est encore l’une des maladies qui présentent le plus de points obscurs à étudier, et le plus de difficultés à résoudre.
On a contesté jusqu'à son existence. Une école moderne rajeunissant un sophisme avancé en 1498, par Natalis Montesauro, a soutenu avec cet auteur, que les symptômes groupés sous le nom de syphilis, sont diverses affections, qui ne doivent pas être réunies et considérées comme une maladie spéciale.
On a encore des doutes sur l'origine de la syphilis. Les uns pensent que ce mal est aussi ancien que la débauche; ils en retrouvent les traces jusque dans les traditions bibliques. Les autres ne font remonter son origine qu'à la fin du quinzième siècle, un peu après le découverte du nouveau monde.
On n’est pas d’accord sur la cause prochaine de celte maladie. Les uns admettent un virus ou principe spécifique; les autres le rejettent. Les uns croient que la syphilis peut naître par des excès de coit avec des femmes menstruées, ou affectées d’écoulements de nature cancéreuse ou catarrhale ; les
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ai lires pensent qu’elle est toujours une maladie transmise. Mais que d’opinions diverses sur le mode et les effets immédiats de cette transmission. Parmi les symptômes dont le concours constitue la maladie, où s’arrête par exemple la propriété contagieuse? On dispute à ce sujet, depuisHunter, sans pouvoir s’accorder.
Tous les symptômes sont loin d’avoir été parfaitement étudiés, et l’on est en dissentiment sur leur filiation, c’est-à-dire sur l’ordre dans lequel ils se succèdent.
Le traitement est, depuis plus de trois siècles, l’objet des contestations les plus animées. Le mercure, ce médicament dont on découvrit les propriétés salutaires, au début même de la grande épidémie du quinzième siècle, le mercure, dis-je, tour à tour banni de la thérapeutique de la syphilis, et remis en honneur, continue d’être l’objet d’opinions les plus divergentes.
Il serait cependant bien important pour l’utilité des malades, ainsi que pour l’honneur de la science, de voir enfin les médecins s’accorder sur les questions essentielles que soulève une maladie grave, que la contagion va multipliant de plus en plus, à mesureque la population des états s’accroît, que les cités s’aggrandissent, et que les mœurs se relâchent parmi les hommes de toutes les classes ; d’une maladie héréditaire qui transmet souvent d’une génération à l’autre, non-seulement ses symptômes spéciaux, mais encore les germes if une foule d’altérations organiques prématurées.
Parmi les solutions différentes données des mêmes problèmes, il y en a certainement de bonnes et de mauvaises; mais pour distinguer les vraies des fausses, pour trouver des solutions exactes aux questions toujours résolues jusqu'à ce jour d’une façon vicieuse, et pour faire définitivement pencher la balance du côté des saines doctrines, il faudra bien des efforts encore, et bien des travaux d’observation.
Ce n’est pas dans un traité spécialement consacré à l’élude des syphilides, qu’il faut s’attendre à trouver un examen approfondi de toutes les questions qui divisent les syplulographes. Cependant, je n’ai jamais négligé de les aborder, toutes
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les fois (|iie je m’y suis trouvé naturellement conduit par mon sujet. Je puis même dire que j'ai été assez heureux pour en résoudre plusieurs d’une manière nouvelle, par des considérations pratiques, dont il serait difficile de contester la valeur, à raison des faits nombreux sur lesquels elles sont appuyées.
On trouve dans les différents auteurs qui ont parlé des syphiiides, depuis le quinzième siècle jusqu'à ce jour, un grand nombre de choses importantes, que j’ai pris soin de mettre en relief, toutes les fois que je l’ai pu, et dont je me suis plus d’une fois utilement servi. Toutefois, je ferai remarquer que j’ai presque toujours décrit ces affections et traité les différentes questions qui s’y rattachent, d’après mes propres observations, et que ies recherches des autres, ont servi plus souvent de point de comparaison, que de base à mon travail.
J'ai constamment procédé par la méthode analytique. La forme d’exposition qui en résulte, est à la vérité plus aride et plus fatigante pour le lecteur; mais il n’v a pas d’autre voie pour arriver à la démonstration des faits inconnus ou encore contestés. Le flambeau de l’analyse, porté dans tous les replis d’une question, y fait souvent découvrir les faits les plus inattendus. C’est à ce mode d’investigation que je suis redevable d’un grand nombre d’aperçus nouveaux, parmi lesquels je signalerai les considérations contenues dans le dixième paragraphe du hapitre consacré à l'érythème syphilitique, considérations qui conduisent à des conclusions destinées, peut être, à modifier profondément la plupart des doctrines professées aujourd'hui sur la syphilis.
Je vais maintenant au-devant d’une objection qu'on pourra m'adresser relativement au choix même de mon sujet. Je serai peut-être blâmé d’avoir scindé une maladie, d’avoir isolé ses principaux symptômes pour en faire l’objet d'une monographie. Le reproche est fondé, je l’avoue ; mais je me suis décidé à l’encourir, parce qu’il était difficile de faire entrer dans un traité de la syphilis, des recherches analytiques aussi étendues, sur les syphilides et sur toutes les questions qui s’y rattachent.
D'ailleurs le défaut d’être un traité de symptomatologie trop spéciale, disparaîtra en partie de ce livre, si on veut bien le
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.considérer comme un simple complément devenu nécessaire à tous les traités de maladies de la peau, ainsi qu’à tous les traités de maladies vénériennes.
Quelques-uns des faits qui ont servi à rédiger cet ouvrage, ont été recueillis dans la pratique civile; un certain nombre d’autres, dans les salles de l’hôpital du Midi, confiées à M. le docteur Puche, qui a droit à tous mes remerciements pour avoir mis libéralement les malades de son service à ma disposition. Mais la plupart de mes recherches ont été faites dans la division de M. Ricord mou ancien maître et mon ami; homme aussi éminent par les qualités du cœur que par celles de l’intelligence ; chirurgien aussi ingénieux qu’habile, qui a enrichi la médecine opératoire d’une foule de procédés heureux, et qui, placé sur un plus vaste théâtre, porterait le sceptre de la grande chirurgie, avec la même supériorité que celui de la science spéciale à laquelle il s’est voué; svphilographede premier ordre, dont les travaux non moins remarquables que ceux de Hunier, ont jeté un vif éclat sur une des branches de l’art, les plus importantes et en même temps les plus difficiles à connaître.