CHAPITRE PREMIER
GÉNÉRALITÉS SUR L’HISTORIQUE, LES CLASSIFICATIONS ET LES CARAC- TÈRES DES AFFECTIONS SYPHILITIQUES L>E LA PEAU.
Les anciens écrits sur la médecine ne contiennent rien qu’on puisse exactement rapportera ce que nous appelons aujourd’hui les Syphilides. Il faut arriver jusqu’à la fin du quinzième siècle pour rencontrer ces affections qui se trouvent alors décrites dans les nombreux traités publiés par les médecins d’Italie, sur une maladie nouvelle que la plupart d’entre eux, à l’exemple du vulgaire, désignèrent sous le nom de mal français.
Les partisans de l’antiquité de la syphilis ont bien dit que la lèpre du Lévilique, ainsi que les ulcères dont le corps de Job fut couvert 5 que le mal de Campanie dont le visage de Messus portait les cicatrices
(Horace, liv. II, sat. 5); que la mentagre décrite par
Pline, et l’éruption qui, au rapport de Tacite, déformait la face de Tibère, n’étaient autre chose que des maladies vénériennes; mais ce sont autant d’assertions dénuées de preuves et même de probabilité. Ceux qui écrivent aujourd’hui que les affections syphilitiques de la peau se trouvaient, au moyen âge, confondues avec la lèpre et une foule de maladies cutanées qui infestaient alors l’Europe, soutiennent également une opinion peu fondée; car, s’il était vrai que la syphilis du quinzième siècle ne fût que la recrudescence brusque d’une maladie déjà régnante, dont on n’avait pas su jusque-là rapprocher les différents symptômes, comment concevoir que parmi tant d’illustres médecins qui observèrent et décrivirent les ravages de ce mal, dès qu’il commença à sévir, il ne s’en trouvât pas un doué d’une assez grande sagacité pour s’apercevoir que le mal n’était pas nouveau, et que les éruptions par lesquelles il se manifestait, avaient les mômes caractères que certaines affections qui peuplaient depuis longtemps les léproseries? comment n’entrevit-on pas immédiatement la possibilité de reconstituer l’histoire d’une foule de ces prétendus lépreux dont le mal avait dû commencer par des ulcères des organes génitaux, et suivre ultérieurement, à la rapidité et à l’intensité près, la môme marche que le mal français ?
Loin de là, tous les médecins célèbres de l’époque furent unanimes pour déclarer qu’il n’y avait aucune ressemblance entre les éruptions du mal français et
GÉNÉRALITÉS SUR l'hISTORIQUE, ETC.
celles qu’ils avaient vues régner précédemment. Quelques-uns crurent bien que la maladie n’était pas nouvelle; mais ceux-là mêmes admirent qu'elle était au moins nouvelle pour le quinzième siècle. Ainsi Léonicène la considérait comme une épidémie semblable à celle de Cranon, dont il est fait mention dans les épidémies d'Hippocrate; Coradin Gilini la croyait analogue au feu de Perse, et Antoine Beniveni la comparait à la menlagre de Pline.
Nous-mêmes, si nous étudions avec soin, dans les écrits antérieurs à la fin du moyen âge, le lichen, l’herpès, l’impetigo, les achores, etc., sous ces noms dont on a modifié ou changé les acceptions, dans ces détails descriptifs qui réunissent évidemment plusieurs affections aujourd'hui distinctes, il nous est encore possible, comme l’a prouvé le savant Lorry, de retrouver un grand nombre des espèces existantes; mais nous ne pouvons y découvrir aucun trait appartenant aux syphilides, qui ont cependant des caractères plus tranchés que la plupart des autres lésions de la peau.
Les traités du mal [nuirais sont donc les premiers écrits où il faut aller puiser des notions sur les syphilides. Plusieurs de ceux qui parurent dans les dernières années du quinzième siècle, et un grand nombre d'autres datant du seizième siècle, contiennent des détails remarquables touchant ces affections, qui s’y trouvent le plus souvent décrites sous le nom de pustules, dénomination qui n’avait pas
alors le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui avec Plenck et Willan, mais qui s'appliquait généralement aux éruptions de la peau de toutes les formes, comme le dit très-explicitement Bernard Tomitan : « Pustulœ nomme generatim quœcumque tubercnla in ente efflorescentia erumpenliave comprehendunt. » Le môme auteur ajoute qu’il décrira, sous le nom de pustules, toutes les éruptions qui apparaissent dans le mal français : « Pustularum nomme in prœsenliâ eas omîtes, sive siecas, sive sordidas eruptiones cutis comprehendimus, quœ qallicœ infectionis causa conlimjunt. »
Les médecins témoins de l’apparition du mal français en Italie, nous apprennent que les éruptions cutanées, qui étaient le symptôme culminant de la maladie, eurent d’abord une effràyante gravité. Les pustules prenaient une grande dimension ; clics suppuraient et se transformaient souvent en ulcères phagédéniques qui rongeaient la peau et quelquefois les chairs jusqu’aux os; mais cette extrême violence du mal ne dura pas longtemps. Selon Ulrich de Hutten, elle commença à diminuer dès la septième année de son apparition en Europe, et seulement vers la vingtième année d’après Fracaslor, qui rapporte qu’à cette époque les éruptions de la syphilis devinrent plus rares et plus sèches, «■ faclte item fuere pustulœ, si quœ apparebant, sicciores. »
11 ne faudrait cependant pas croire que les éruptions syphilitiques eussent toujours une forme très-
généralités sur l'historique, etc.
grave, même dans les dernières années du quinzième siècle, où la maladie semble avoir sévi avec le plus d’intensité ; car Gaspard ïorella , dont le premier traité date de 1498, parle des éruptions sèches et non suppurantes comme de formes déjà très-communes, et Antoine Beniveni, qui écrivait en 150*2, dit assez explicitement que les larges pustules ulcéreuses n'étaient pas la forme la plus fréquente.
Dès le commencement du seizième siècle, on voit quelques syphilographes établir, pour les affections syphilitiques de la peau, des divisions analogues aux classilications modernes. Ainsi Gaspard Torella divise ces affections en sèches et humides, puis il subdivise chacune de ces formes en trois espèces : « Specics Pudendagrœ sunt plures , dit-il, nam alia est sicca , alia est humida. Sicca est triplex.... humilia etiam est triplex. » Antoine Beniveni admet cinq espèces de pustules syphilitiques, d'après leur largeur ou leur degré d’ulcération; et Gabriel Fallope distingue, comme Gaspard Torella, les pustules en sèches, « puslulœ sine cortice, » et en croûteuses, « pustulœ cum car lice. »
Si l’on classait déjà les syphilides au seizième siècle, on était loin de les décrire aussi fidèlement qu’on 1 a fait depuis. Des syphilographes célèbres, parmi lesquels je citerai Jean de Yigo et Nicolas Massa, au lieu d en donner le tableau, se bornent à dire que le mal français est susceptible de produire des affections cutanées, analogues parla forme à toutes celles
qui ont été décrites, soit par les anciens, soit par les modernes. On trouve cependant, en compulsant les nombreux traités qui parurent à cette époque sur la maladie nouvelle, une foule de détails importants sur les éruptions par lesquelles elle se manifestait, et l’on peut reconnaître sans peine, dans ces traits épars, les diverses espèces de syphilides régnantes aujourd’hui.
La couleur des éruptions syphilitiques attira de bonne heure l’attention des observateurs. Elle fut signalée par Léonicène, l’auteur du premier traité qui parut sur le mal français en 1 497, et depuis cette époque, il en a été mille fois parlé.
Les anciens syphilographes avaient remarqué avec raison que cette couleur ne saurait être rapportée à un type unique, qu elle était tantôt rouge vif, tantôt fauve, tantôt rouge foncé, livide, se rapprochant du noir 5 que le même malade pouvait être atteint de pustules ayant des formes et des couleurs diverses; et que souvent il était difficile de dire si une pustule était fauve, rouge ou livide, parce qu’elle avait une nuance qui semblait être un mélange de toutes ces couleurs.
Ces variétés de couleur faisaient dire à ces médecins humoristes que les quatre humeurs cardinales pouvaient être dépravées dans la nouvelle maladie appelée 1 emal français. Si l'éruption était rouge comme les érythèmes ou les rougeoles, le sang était altéré; s’il se formait des pustules remplies de pus
blanchâtre, sans base, ni auréole manifestement colorées, l’humeur phlegmatique était viciée; la peau se couvrait-elle de taches à peine rosées passant à la couleur fauve, les croûtes des pustules avaient-elles une couleur jaune impétigineuse , la bile jouait le principal rôle dans la maladie. Enfin, si les éruptions étaient violacées, livides, noirâtres, elles indiquaient que l'affection était causée par l’atrabile. Quand la couleur d’une éruption, au lieu d’être franchement rouge ou fauve, semblait participer de plusieurs couleurs, ou bien si le malade présentait un mélange de pustules d’un rouge vif, de pustules d'un rouge sombre et livide et de pustules fauves, on disait alors que la maladieétait d’une nature composée puisqu’elle avait sa source dans la viciation simultanée de plusieurs humeurs. Guidé par ces doctrines humorales, Léonicène établissait quatre formes principales dans la maladie nouvelle: 1° la forme bilieuse ; 2° la mélancolique ; 3° la phlegmatique ; 4° la sanguine ; et Gaspard Torella, outre les formes simples de Léonicène, admettait des formes composées comme la sanguine cholérique, la sanguine phlegmatique, etc., etc.
Ces vaines théories étaient cependant basées sur un fait d’observation exact, mais bizarrement interprété sur la diversité de couleur présentée par les éruptions syphilitiques.
On trouve encore dans les sy philographes du seizième siècle des épithètes et des comparaisons desti-
nees caractériser une dos variétés les plus fréquentes de cette couleur. Ainsi, Nicolas Massa voulant peindre les éruptions du front qui se manifestent souvent au début de la syphilis, dit qu’elles ont une mauvaise couleur « pustulœ cum quâdam durihe.... et malo colore in capile toto vel fronte, circa originem capillorum.. . . » Musa BrassaVole fait remarquer que les pustules du mal français sont d’une tonte tout à fait étrangère aux affections communes de la peau , « pustulœ extranei coloris. » Selon Aloysius Lobera, cette couleur est sombre : « Adest et tristis color m capile et fronte. » Enfin Gabriel Fal- Jope compare la couleur des éruptions sèches à celle de la chair de jambon : « Secale per transversumpernam, laits est color puslularum sine cor lice. »
C est la m6me nuance queSwediaur a désignée plus tard sous le nom de couleur cuivrée, désignation ni plus ni moins exacte que celle de Fallope, mais qui est généralement préférée, parce qu’elle a du moins
sur son aînée le mérite de n’avoir rien de trivial dans l’expression.
Les sy philographes du seizième siècle tenaient un grand compte de la couleur des éruptions, quand il s agissait de déterminer si elles appartenaient au mal français. Quelques-uns regardaient aussi comme un bon signe diagnostique l’absence dii prurit pour les formes érythémateuses et squammeuses qui sont ordinairement accompagnées de ce symptôme, quand elles dépendent d’une autre cause que la syphilis.
Quelques autres s’étaient appliqués à clieichei des signes spéciaux dans la couleur du pus caché sous les croûtes, dans la répullulation plus ou moins rapide de ces croûtes après qu’elles avaient été enlevées, pour les formes que nous appelons aujoui d hui ecthyma, rupia, tubercules ulcérés syphilitiques. Mais c’est principalement le concours et la marche des symptômes qui guidaient ces médecins dans le diagnostic des affections syphilitiques de la peau, comme il est facile de s’en convaincre par leurs écrits et comme l'exprime bien ce passage d un traité (De morbo italico) de Guillaume Rondelet, célèbre professeur de Montpellier : « Deprehenditur morbus ex causis prœcedentibus el ex iis quce mox apparent et quœ sequuntur . »
Le dix-septième siècle ainsi que le dix-huitième, furent stériles en travaux sur les affections syphilitiques de la peau. Durant ce long espace de temps, les syphilographes se bornèrent à répéter ce qui avait été écrit avant eux à ce sujet et se montrèrent en général plus laconiques et moins précis que leurs devanciers. Cependant je pourrais citer les tentatives faites par les nosographes de la fin du dix-huitième siècle, pour établir diverses formes d affections syphilitiques de la peau, les travaux de Plenck, par exemple, qui introduisit dans sa classification des maladies cutanées, publiée en 1783, dix espèces syphilitiques qu’on trouve éparses dans diverses classes sous les dénominations suivantes : 1° Gutta rosacea, vel
maculæ syphiliticæ; 2° scabies venerca ; 3° herpes syphililicus ; 4° tinea venerea ; 5° mentagra veneroa ; 6° impétigo venerea ; 7° verrucæ vencreæ; 8° condylomata venerea ; 9° aphthæ vencreæ; 10° rhagades venereæ.
Cette division où les variétés sont souvent mises à la place des types principaux, était un pas fait vers des classifications meilleures. D’ailleurs Plenck n’assigne aucun caractère spécial aux espèces syphilitiques que l’on reconnaît, dit-il, par les symptômes concomitants.
Dès le commencement du dix-neuvième siècle, les syphilides fixèrent d’une manière particulière l’attention des médecins; aussi est-ce principalement depuis cette époque qu’elles sont devenues l’objet de travaux nombreux et importants dans lesquels on les trouve classées avec plus de soin et décrites avec plus de fidélité qu’elles ne l’avaient été précédemment.
Ainsi, Trappe, chirurgien interne des hôpitaux de Paris, publia au commencement de l’an X une dissertation pleine d’intérêt sur les excroissances et les pustules vénériennes. Il y divise les excroissances en sept espèces : les sessiles, les pédonculées, les verruqueuses, les rhagades, etc., etc.; puis il admet huit espèces de pustules : 1° les ortiées; 2° les miliaires; 3° les vésiculeuses ; 4° les lenticulaires ; 5° les squammeuses ; G0 les merisées ; 7° les croûtcuses ; 8U les serpigineuses.
Cette classification basée sur les caractères les plus saillants que présentent les diverses éruptions syphilitiques durant leur cours, a déjà Y avantage de ne pas trop multiplier les espèces et de les embrasser toutes assez exactement. Chaque espèce ou plutôt chaque genre est suivi d'un exposé succinct de ses principaux caractères, parmi lesquels on remarquela couleur cuivrée, qui se retrouve dans la description de la plupart des genres. Vient ensuite le diagnostic différentiel des éruptions vénériennes avec les éruptions qu’on peut confondre avec elles, telles sont la gale, les dartres, la teigne, la lèpre, etc. ; mais cette partie du travail est loin d’être la plus remarquable. 11 est facile de voir qu’il manquait à fauteur pour bien traiter cette question, ce qui a manqué à la plupart des syphilographes qui l’ont suivi, je veux dire une connaissance approfondie des diverses maladies de la peau.
C’est aussi en 1803 que parut la dissertation de M. Lagneau, alors chirurgien interne de l'hôpital des Vénériens de Paris, et élève de CullerieiTancien. Cette thèse destinée à faire connaître les diverses méthodes de traitement employées à celte époque, à l’hôpital des Vénériens, contient aussi une description des symptômes de la syphilis, parmi lesquels on trouve les éruptions symptomatiques de celte maladie, classées à peu près comme dans la dissertation de Trappe.
Cullerierl ancien, le père de celui qui est aujour-
d’hui chirurgien du bureau central des hôpitaux de Paris, et qui s’occupe aussi avec succès d’études sur la syphilis, ne publia qu’en 1820, dans le Dictionnaire des sciences médicales , le résultat de ses recherches sur les éruptions syphilitiques. Dans l’article Pustules vénériennes , rédigé avec la collaboration de Bard, il d ivisc les pustules syphilitiques en :
1° Ürtiées ;
2° Miliaires;
3° Galeuses ;
4° Lenticulaires ;
5° Merisées;
0° Muqueuses ;
T Séreuses ;
8° Squammeuscs;
0° Croûteuses;
1 0° Ulcérées ;
1 1° Végétatives.
Celte classification aux divisions de laquelle il est facile de rapporter les diverses formes éruptives de la syphilis, est suivie d’une description incomplète de chaque genre. Les auteurs de l’article déclarent que ces éruptions n’ont pas de caractères absolus; que ni leur couleur, ni leur forme, ni leur marche ne peuvent servir à déterminer rigoureusement leur nature et que les commémoratifs ne fournissent que des probabilités.
Vinrent ensuite les travaux du professeur Àlibcrt. Cet illustre médecin qui sut peindre toutes les affec-
tions cutanées avec des couleurs si vives et si caractéristiques, réunit toutes les éruptions vénériennes sous le nom de Syphilides en un groupe qui est un des pins naturels de son ingénieuse classification des Dermatoses. Toutes les syphilides y sont d’abord divisées en trois formes principales ainsi désignées : 1° syphilides postulantes; 2° syphilides végétantes ; 3° syphilides ulcérantes. Chacune de ces formes est ensuite subdivisée comme il suit :
La syphilide pustulante en douze variétés :
1° Squammeuse ;
2“ Crustacéé;
3° Pemphigoïde ;
4" Lenticulaire;
5° En grappe ;
6“ Me risée ;
T Miliaire ;
8° Or liée;
9” Serpigineuse;
1 0“ Scahioîde ; il” Varioloïde;
12' Tuberculeuse.
La syphilide végétante en six variétés :
1” Framboisée;
2“ En choux-fleurs;
3° En crêtes ;
4“ En poireaux ;
5° En verrues ;
6° En condylomes.
La syphilide ulcérante en trois variétés :
1° Scrpigi neuse ;
2° En profondeur ;
3° En fente (rhagades).
Alibert, longtemps médecin en chef à Saint-Louis, hôpital spécialement destiné au traitement des maladies de la peau, avait vu passer sous ses yeux une multitude d’affections cutanées, soit simples, soit symptomatiques de la syphilis ; il avait pu chaque jour comparer entre elles ces deux séries d’affections et en saisir les différences ; aussi n’élève-t-il aucun doute sur la possibilité de reconnaître si une éruption est syphilitique ou ne l’est pas. 11 donne la couleur cuivrée comme le caractère le plus général des syphilides , en faisant remarquer cependant qu elle est surtout propre aux formes qu’il a appelées pustuïantes. 11 attribue aux syphilides ulcérantes des bords rouges et taillés en biseau. Quant aux syphilides végétantes, il pense que les formes particulières de chaque espece suffisent pour faire reconnaître leur nature.
Bielt, placé sur le même théâtre d’observation qu’ Alibert, et doué à un degré éminent de cet esprit d’analyse qui est si propre à l’étude clinique des maladies, perfectionna encore les travaux de ses devanciers sur les syphilides. 11 les classa d’après la méthode de AVillan ; il détermina avec plus de précision leurs caractères généraux et particuliers, et décrivit chaque forme d’une manière plus exacte qu'on ne
l'avait fait avant lui. Il divisa donc les syphilides en six classes, comme Willan avait divisé les maladies de la peau.
1° Syphiüde exanthématique;
2u — vésieuleuse ;
3° — pustuleuse;
4U — tuberculeuse;
5° — papuleuse;
6“ — squammeuse.
Il leur assigne pour caractères généraux : 1° la couleur cuivrée ; 2" la forme circulaire ; 3“ la ténuité et l'aspect grisâtre des squammes; 4° l’épaisseur des croûtes, leur couleur verdâtre ou noirâtre, leur consistance dure et leur tendance à se fendiller; 5° enlin, des cicatrices d’un aspect particulier.
Nous avons été attaché, en qualité de médecin interne de l'hôpital Saint-Louis, au service de Biett ; nous avons entendu les leçons que faisait chaque année, sur les maladies de la peau, ce maître habile.
Il entrait dans les détails descriptifs les plus étendus au sujet des syphilides; il analysait avec soin tous les caractères que pouvaient fournir leurs formes particulières, leurs croûtes, leurs squammes et leurs cicatrices mômes, et démontrait la justesse de ses aperçus pratiques, en faisant passer sous les yeux de ses élèves une foule de malades atteints de ces affections. Cependant, dès qu'il s’agissait de relier les syphilides aux autres symptômes de la syphilis, et de donner le tableau de cette grande maladie, les
leçons de ce praticien célèbre devenaient moins remarquables ; car il ne distinguait pas nettement les accidents primitifs des accidents consécutifs; il accordait des propriétés contagieuses à des symptômes qui ne sont pas transmissibles par contagion; il no connaissait pas la filiation naturelle des divers phénomènes syphilitiques, et attribuait indistinctement au chancre, à la blennorrhagie, au bubon d’emblée et à la pustule humide, la propriété de produire l'infection générale de l’économie. Mais les erreurs que Bielt professait en matière de syphilis n’étaient pas les siennes; il les avait trouvées érigées en doctrines et dominantes autour de lui ; les renseignements tardifs fournis sur leurs antécédents, par la plupart des malades qui se présentent à l’ hôpital Saint-Louis avec des syphilides, mêlaient guère propres à re-
dresser ces erreurs. S’il eût trouvé l’occasion de faire
des études aussi spéciales sur les maladies vénériennes que sur les affections de la peau, il est probable que ses doctrines, en matière de syphilis, eussent été plus conformes aux résultats d’une rigoureuse observation.
Le chapitre relatif aux syphilides, dans l’Abrégé pratique des maladies de la peau, publié par MM. Cazenave et Schedel; le Manuel pratique des syphilides par Humbert; le Traité spécial des syphilides que M. Cazenave a fait paraître en 1845, sont les écrits où se trouvent exposés d’une manière assez complète les idées de Biett sur les affections syphilitiques de
la peau , réserve laite des recherches qui peuvent appartenir exclusivement aux auteurs de ces publications.
L’impulsion donnée par Alibert et Biett à l’étude des syphilides, ne s’est pas encore ralentie; car, outre les travaux de MM. Cazenave, Schedel, Humbert, on a vu paraître successivement ceux de MM. Gibert, Rayer, Rufz, le Traité de M. Albers de Bonn, un Mémoire de M. Martins sur les causes des syphilides, Mémoire où il a examiné et cherché à résoudre une foule de questions intéressantes relatives à ces éruptions, aux accidents primitifs qui les précèdent et aux divers rapports existant entre ces deux ordres de symptômes.
On trouve aussi un chapitre intéressant sur les syphilides, dans le Précis des maladies vénériennes de M. Baumes, qui pense qu'il n’existe pas un caractère infaillible auquel on puisse toujours reconnaître une éruption syphilitique de la peau; que la couleur cuivrée manque dans beaucoup de cas, et qu'elle peut d’ailleurs ne pas exister à toutes les périodes d'une syphilide.
Divers articles de journaux de médecine reproduisant les leçons de M. Ricord sur les maladies vénériennes, le Traité de l'inoculation du même chirurgien, et les notes dont il a enrichi l’ouvrage de Hunier sur la syphilis, contiennent sur les syphilides des détails importants, dans lesquels on voit que le célèbre chirurgien de l'hôpilal des Vénériens ne consi-
dère pas non plus la couleur cuivrée comme un signe d’une valeur absolue, attendu qu’elle manque souvent, et qu’elle se rencontre quelquefois, selon lui, dans certaines affections cutanées qui ne sont pas de nature syphilitique. Mais le point sur lequel M. Ricord a surtout cherché à fixer l'attention, c’est qu’il y a des syphilides précoces qui appartiennent aux accidents secondaires, et des syphilides beaucoup plus tardives, qui font partie des symptômes qu’il appelle tertiaires; que l’ordre d’apparition de ccs syphilides ne saurait être interverti; et que, par leurs formes respectives, il est possible de déterminer approximativement à quelle époque doit remonter la contagion.
La thèse inaugurale de M. Legendre, ancien interne de l’hôpital Saint-Louis, contient une étude des caractères généraux des syphilides et un nouvel examen de toutes les questions examinées dans le Mémoire de M. Martins, avec leur solution à l’aide de nouveaux faits consciencieusement recueillis et analysés.
Enfin, l’on trouve encore au sujet des syphilides des détails assez amples dans diverses thèses et traités récents que je me borne à indiquer ici d’une manière générale , mais que je n’omet Irai pas de citer chaque fois que j’y rencontrerai quelque chose d’utile à noter.
A l’exemple de Biett et de la plupart des syphilograplics dont les travaux sont postérieurs aux siens,
je classerai les syphilides d'après les principes de VVillan, c’ esl-à-dire en prenant les lésions élémentaires pour hase fondamentale des espèces, et j'admettrai les huit formes suivantes :
La forme
érythémateuse ;
papuleuse;
papuleuse humide ou muqueuse ;
vésiculeuse;
bulleuse;
pustuleuse ;
tuberculeuse ;
squammeuse.
Cette classification des syphilides a sur toutes
celles
dont j’i
ai parlé précédemment, l’avantage
d’être basée sur des caractères hicn déterminés dès le début de l’éruption et qui persistent quelquefois pendant toute sa durée; en second lieu, de ne pas trop multiplier les espèces en ne permettant pas d’admettre comme des formes distinctes, les modifications de forme que peut subir une même affection en parcourant ses diverses périodes. C’est la méthode de Willan, sans ses imperfections, car on reproche avec raison à la classification créée par cet auteur pour les maladies de la peau , d’être peu philosophique et peu médicale, parce qu elle éloigne les unes des autres des espèces qui ont entre elles la plus grande analogie sous le rapport pathogénique : telles sont les fièvres éruptives qui s’y trouvent éparses dans plusieurs classes, la scarlatine et
la rougeole dans les exanthèmes à côté de l’urticaire, la varicelle dans les affections vésiculeuses à côté de la gale, et la variole auprès de la mentagre parmi les pustules.
Mais ce défaut qui tient à ce que les caractères si bien choisis des espèces ont servi de hase à la formation des classes, disparaît complètement ici, car les syphilides forment un groupe très-naturel composé d’espèces réunies par la similitude de leur nature, et les caractères anatomiques élémentaires n’ont servi qu'à déterminer les espèces.
J’ai donné le nom de syphilide érythémateuse à la forme que liiett appelle exanthématique, d’abord parce que la première de ces dénominations a l’avantage de présenter l’idée d’une éruption rouge, et ensuite parce que le mot à' exanthème a l'inconvénient d'avoir une signification différente dans les classifications de Willan etd'Alibert.
On remarquera que j’ai fait de la pustule muqueuse ou plate des auteurs, une des espèces fondamentales, sous le nom de syphilide papuleuse humide ou muqueuse. J’aurais pu me borner à faire de cette forme une subdivision de la syphilide papuleuse. Mais je me suis décidé à la mettre ainsi en relief, afin de la soustraire irrévocablement à la classe des tubercules à laquelle elle n’appartient ni par son siège anatomique, ni par sa structure, ni par l’époque de son apparition à la suite du symptôme primitif.
Enfin, si j’ai placé en dernière ligne la syphilide
squammeuse, qui est souvent un accident assez précoce, c'est qu'il me reste des doutes sur l'existence de cette espèce, comme forme élémentaire ; car elle n’est peut-être jamais qu’une production secondaire, qu'une modification consécutive survenue dans la période de déclin de plusieurs éruptions syphilitiques.
Je diviserai encore les syphilides en précoces et en tardives. Pour nous, une syphiliile précoce n’est pas seulement celle qui parait à une époque voisine de la contagion , mais encore celle qui paraît avant l’époque ordinaire de son développement. I)e même, nous ne donnerons pas seulement le nom de syphilide tardive à celle qui se développe à une époque très-éloignée de la contagion; mais nous le donnerons aussi à celle dont l’évolution se fait attendre au* delà de son terme ordinaire. En effet, les syphilides de toutes les formes, comme nous le verrons par l’histoire de chacune d’elles en particulier, ne se développent pas indifféremment à des époques tantôt rapprochées et tantôt éloignées de la contagion. Il y a des syphilides, telles que les érythémateuses, les vésiculeuses , qui se montrent ordinairement peu de temps après la disparition des accidents primitifs, quelquefois même pendant leur durée. Il y en a d'autres, comme les tuberculeuses, qui se développent constamment à une époque assez éloignée, souvent meme fort éloignée des symptômes primitifs. À ce point de vue, l’on comprend qu'un éry-
Zl AFFECTIONS SYPHILITIQUES DE LA PEAU.
thème syphilitique qui paraîtrait dix mois après la contagion, serait un érythème tardif, tandis qu’une syphilidc tuberculeuse qui se développerait avant le dixième mois, serait au contraire une syphilidc tuberculeuse précoce.
M. Cazcnave admet des syphilides primitives et des syphilides consécutives. Nous rejetons cette division, car l’auteur nous avertit que la dénomination de primitives qu’il donne à une classe de syphilides, ne signifie pas seulement qu’elles paraissent à une époque voisine de la contagion, mais aussi qu’elles doivent être assimilées aux symptômes appelés primitifs, parce qu’elles peuvent se substituer à ces symptômes, en se développant d’emblée après des rapports contagieux. Ce qui veut dire, par exemple, qu’une femme atteinte d’un chancre, peut transmettre à un homme sain quelques parcelles de pus virulent; que le virus, immédiatement absorbé, va engendrer dans l’organisme une disposition en vertu de laquelle on verra se manifester, suivant les dispositions individuelles, tantôt un chancre sur le lieu même où avait été déposé le pus virulent, tantôt une syphilidc qui, dans ce cas, sera l’accident syphilitique primitif.
Ce n’est pas ici le lieu de discuter la théorie de l’infection syphilitique, proposée par M. Cazenave; faisons seulement observer que l'apparition des syphilides, sans symptômes primitifs précurseurs, n’est pas démontrée. Elle serait rigoureusement constatée,
qu’elle constituerait une exception rare qui ne saurait servir de base à une division fondamentale des syphilides.
Je sais bien qu'il n’est pas rare de rencontrer des malades atteints de syphilis constitutionnelle qui, en rendant compte de leurs antécédents, affirment qu'ils n’ont jamais eu ni chancre, ni blennorrhagie, ni bubon, et que leur maladie a débuté soit par une angine, soit par une éruption cutanée, soit môme par une exostose ; mais un observateur sévère ne peut accepter de tels renseignements fournis par les malades, si la distance de la contagion ne lui permet plus d’en vérifier l'exactitude. Dans la plupart des cas de ce genre, le symptôme primitif a passé inaperçu, ou bien la syphilide a été considérée comme dépendant d'un coït postérieur à celui qui avait en réalité produit l'infection. Une visite exacte des parties génitales, et au besoin de toute la surface du corps du malade, un interrogatoire bien dirigé m’ont plus d'une fois, en pareille circonstance, mis sur la trace d'un symptôme primitif ignoré ou laissé dans l’oubli, et me permettaient de constater une succession régulière des symptômes, là où je n’avais aperçu d abord qu'une marche irrégulière et exceptionnelle.
Maintenant voici les réllexions que de nombreuses observations me permettent de faire au sujet des caractères généraux ou communs que Biettet quelques autres sy philographes ont attribués aux syphilides : Parmi ces caractères, les seuls qui méritent le nom
de généraux, sont la couleur cuivrée et la chronicité de la marche. Encore ces deux caractères n’appartiennent-ils pas rigoureusement à loutes les syphilides, et se rencontrent-ils l'un et l’autre dans plusieurs affections vulgaires de la peau. La couleur cuivrée, par exemple, ne s’observe ni dans toutes les syphilides, ni à toutes leurs périodes. Ainsi l’érythème syphilitique est le plus souvent rose ou rouge vif à son début, et passe successivement du rose au rose terne, puis à la teinte fauve ou grisâtre. 11 ne présente la teinte cuivrée que dans la variété où les taches forment des saillies papuleuses, et seulement dans la période de déclin de l’éruption.
Les papules humides (pustules muqueuses ou plates de Cullerier l’ancien) ne sont jamais d’une couleur cuivrée; elles sont tantôt d’un rouge vif, tantôt d’un blanc grisâtre ou opalin, à raison de la sécrétion plastique dont elles sont recouvertes.
Il n'est pas rare d’observer des syphilides à forme d’acné ou de varicelle, qui ne présentent durant leur marche, ni auréole, ni base cuivrée.
Les papules elles-mêmes qui sont avec les tubercules, les formes dans lesquelles se rencontre le plus généralement la couleur cuivrée, les papules, dis-je, s’éloignant parfois de leur type ordinaire, peuvent se montrer dépourvues de ce caractère pendant toute leur durée. Elles sont alors rouges dans leur première période, et deviennent graduellement fauves à mesure que leur résolution s’opère. Ajoutons même que
la plupart des syphilides qui se présentent ordinairement avec la couleur cuivrée la mieux caractérisée, ne revêtent en général cette couleur qu'après plusieurs semaines de développement.
Les premiers sy philographes eurent donc raison de dire que la couleur des éruptions syphilitiques pouvait varier du rose au rouge sombre, du rouge sombre au noir, et de la teinte blanchâtre à la teinte fauve et cendrée.
Il faut dire enfin que la couleur cuivrée se montre aussi parfois dans certaines éruptions telles que le lupus, et dans les cicatrices récentes des varioles et des varioloides qui laissent assez souvent sur la face, et même sur le reste du corps, pendant plusieurs semaines après la chute des croûtes, des taches plus ou moins déprimées d’une couleur sombre, cuivrée, capable d’induire en erreur, à première vue, les médecins les plus habitués au diagnostic des maladies cutanées.
Quant à la chronicité, elle est certainement le caractère le plus général des syphilides, mais elle est en même temps celui qui leur appartient de la manière la moins exclusive, car on la rencontre dans une foule d’affections vulgaires de la peau. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette marche chronique des syphilides, c’est qu’on la retrouve dans toutes leurs espèces, dans les éruptions érythémateuses d’une époque voisine de la contagion, comme dans les formes tuberculeuses les plus tardives. Toutes les
syphilides oui en effet une grande tendance à se perpétuer, soit en restant stationnaires, soit en modifiant leur forme. J’ai vu, par exemple, des érythèmes syphilitiques rester dans un état presque invariablement le même pendant cinq, six et môme huit mois, tandis que d’autres érythèmes commençaient dès le second ou le troisième mois de leur durée, à faire place à une éruption de papules ou de pustules qui persistaient ensuite pendant près d’une année. La syphilis abandonnée à elle-même, ou traitée irrégulièrement, suit fréquemment cette marche, de sorte que les malades peuvent arriver, par une succession non interrompue d’éruptions, de la forme érythémateuse, aux formes tuberculeuses.
J’ai vu en 1843, à l’hôpital du Midi, un homme jusqu’alors vierge de tout traitement antisyphilitique et portant un large groupe de syphilide pustulo-crustacée sur l'épaule droite. Ce groupe existait depuis plusieurs années; il avait remplacé d’autres éruptions syphilitiques plus légères qui se succédaient depuis plus de vingt ans chez ce sujet dont la constitution ne paraissait pas notablement altérée par la persistance de cette affection cutanée, dont le début remontait à une époque voisine de la contagion.
Les faits de ce genre sont rares de nos jours, où la plupart des malades affectés de syphilides sont traités par le mercure qui les guérit souvent d’une manière radicale, ou les met du moins pour un certain temps à l’abri d’une récidive. Aussi ne sait-on plus exacte-
ment quelle serait aujourd’hui la durée des syphilides, si on les abandonnait à elles-mêmes. Marcello de Como qui observa en 1495, pendant la campagne de Naples, les débuts de la syphilis parmi les troupes vénitiennes , rapporte que les éruptions de la peau symptomatiques de cette maladie duraient un an et plus chez les sujets qui n’étaient pas soumis à un traitement méthodique « ... et durabant piistulœ super personam tanquam leprosam, variolosam per nnnum et plus sine medicinis. »
Quant aux autres caractères, s’ils ne méritent pas le nom de généraux, ils ont néanmoins une grande importance, et sont d’une grande utilité lorsqu’il s’agit d’établir le diagnostic des espèces syphilitiques dans lesquelles ils sc rencontrent.
La disposition en groupes arrondis appartient surtout aux éruptions syphilitiques tardives pustulocrustacées et tuberculeuses. Les éruptions érythémateuses, vésiculeuses, papuleuses, et quelques variétés pustuleuses qui paraissent ordinairement dans la première année de la contagion, ne se manifestent par groupes arrondis que par exception, quand elles récidivent, après avoir disparu une première fois sous l'influence d’un traitement antisyphilitique. Est-il besoin maintenant de parler de toutes les éruptions vulgaires, qui peuvent se grouper en cercle sur les . diverses parties du corps? Outre les psoriasis et les lèpres communes qui affectent rarement d’autres dispositions, n observe-t-on pas souventdes eczémas, des
impétigos, des lichens, des herpès, et des lupus qui se dessinent sur la peau en cercles ou en groupes régulièrement arrondis ?
La tendance à détruire les tissus n’est pas un caractère commun à toutes les syphilides. Il est certainement très-remarquable de voir de petites cicatrices déprimées succéder à des tubercules et même à des papules qui n’avaient jamais fourni la moindre suppuration durant leur marche, mais les éruptions papuleuses et en général les éruptions sèches ne présentent pas toutes ce phénomène; la propriété de détruire les tissus n’appartient en réalité qu’aux syphilides pustuleuses et aux syphilides tuberculeuses ulcérantes, et encore existe-t-il des pustules syphilitiques qui s’ulcèrent si légèrement, qu’elles ne laissent pas de cicatrices.
La disposition à l’ulcération dépend de la constitution des sujets atteints de syphilis, plutôt que de la maladie elle-même. Ici, comme dans les varioles, tel sujet est couvert de pustules dont il ne reste plus de traces au bout de quelques mois; tel autre est atteint d’une éruption du même genre qui ulcère le derme et y laisse des cicatrices indélébiles isolées ou réunies, quelquefois traversées par des brides modulaires qui en rendent l’aspect inégal et difforme.
Les caractères tirés des squammes et des croûtes sont ainsi décrits par M. Cazenave {Traite des sijpJiilides) : « Les squammes sont en général [dus minces, plus sèches encore que dans les affections squam-
meuses simples. Elles sont surtout beaucoup moins larges ; elles ne recouvrent jamais toute l'étendue de la plaque autour de laquelle on les voit former un liseré blanchâtre bien remarquable et auquel M. Bielt attachait une grande valeur....
«Les croûtes sont ordinairement épaisses, verdâtres, quelquefois noires, dures, comme sillonnées, très-adhérentes.... ou bien elles surmontent une ulcération et alors elles sont plus molles, plus larges
à leur base ou bien elles reposent sur un point
cicatrisé, et dans ce cas elles sont souvent sèches, comme retirées, racornies à leur base qui est inégale et qui par des pertes successives découvre graduellement une cicatrice dans laquelle elle semble pénétrer par des espèces de mamelons entourés d'une petite desquamation sèche et blanchâtre. »
Tous ces caractères sont vrais ; ils ont été lidè-
lement copiés d'après nature et l'on pourra les retrouver assez souvent en étudiant les syphilides squammeuses et crustacées. Mais il est bien certain aussi que les squammes et les croûtes syphilitiques présentent fréquemment des formes qui ne sauraient être rapportées aux types décrits par M. Cazenave; et que, si l'on voulait donner une idée exacte des nombreuses variétés de squammes et de croûtes produites par les syphilides, il faudrait une longue description, dans les détails de laquelle on verrait disparaître tout type exclusif. Concluons donc que les sécrétions sèches des éruptions syphilitiques ont
des caractères trop variables et trop inconstants pour être bien définis et faciles à saisir; et ajoutons, en outre, que les productions croûteuses et squammeuses n’appartiennent qu’à une partie des syphilides, et que les caractères spéciaux qui leur ont été assignés par Cazenave, peuvent se rencontrer dans lessquammes et les croûtes de plusieurs affections simples de la peau : car il n’est pas rare de rencontrer une collerette épidermique blanchâtre autour des pustules d’ecthyma et même de simples furoncles en voie de résolution; des croûtes verdâtres s’observent fréquemment dans les lupus, et des croûtes noires et adhérentes dans les rupias.
Les cicatrices, à proprement parler, ne peuvent pas être considérées comme un caractère des syphilides, puisqu’elles sont les traces d’une affection guérie ; cependant, les accidents syphilitiques étant sujets à de fréquentes récidives, les cicatrices d’une syphilide passée peuvent servir dans certains cas à éclairer la nature de quelques symptômes nouveaux, sur l’origine desquels il pourrait rester quelques doutes.
Les cicatrices des syphilides n’ont jamais un cachet plus spécial que dans les premiers temps qui suivent leur formation. Elles le doivent à la couleur cuivrée qui s’y trouve souvent plus prononcée que dans les éruptions auxquelles elles succèdent. A mesure que les cicatrices vieillissent, cette couleur disparait pour faire place à la teinte blanche commune
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à tous les tissus inodulaires. C’est alors par leur forme qu’on peut reconnaître ces cicatrices. Mais il faut savoir qu’elles ne sont pas toutes indélébiles, et que parmi celles qui sont persistantes, quelques-unes n’ont plus rien de caractéristique dès que leur couleur cuivrée a disparu : telles sont les cicatrices qu'on observe à la suite des éruptions disséminées de pustules syphilitiques d'un petit volume. Les pustules isolées d’ecthyma et de rupia laissent après elles sur le derme des pertes de substance qui trahissent d’autant mieux leur origine, qu' elles sont plus larges et plus déprimées. Elles ne peuvent être confondues qu’avec les cicatrices de l’ecthyma et du rupia vulgaires, dont les variétés les plus graves ulcèrent rarement la peau aussi profondément que les formes syphilitiques du même nom.
Les syphilides en groupe, soit pustuleuses, soit tuberculeuses, laissent particulièrement après elles les cicatrices les plus reconnaissables. Les tubercules sont-ils disposés comme la lèpre vulgaire, c’est-à-dire en cercles circonscrivant des espaces de peau saine, ils sont remplacés par des cicatrices annulaires dans lesquelles on trouve une dépression à la place de chaque tubercule. Or parmi les nombreuses éruptions simples qui peuvent affecter la forme circulaire, aucune n’est susceptible de laisser de semblables stigmates, à l’exception peut-être des lupus qui étant constitués par des tubercules moins distincts les uns des autres, laissent par conséquent des cicatrices plus
unies, moins profondes cl à dépressions moins marquées. Si les syphilides en groupe consistent en des pustules ou des tubercules confluents, quelles que soient la forme et l’étendue du groupe, quel que soit le degré d’ulcération des tubercules ou des pustules, il est rare qu’à la surface de la vaste cicatrice qui succède à cette destruction, on ne trouve pas quelques portions de derme peu altéré, portant l’empreinte arrondie d’un ou plusieurs tubercules isolés dont l’ulcération ne s'est pas complètement confondue avec celle des tubercules environnants. Mais c’est particulièrement sur les bords des grandes cicatrices et souvent même dans un certain rayon autour d’elles, que l’on trouve ces empreintes arrondies rappelant la forme et la disposition des tubercules ou des pustules qui bordaient le groupe et l’environnaient comme des satellites.
Ces petites cicatrices arrondies, distinctes sur la surface d’une large cicatrice, ou parsemées à sa circonférence, sont extrêmement précieuses pour lediagnostic. Nous avons eu l’occasion de confronter deux sujets qui avaient le nez, la lèvre supérieure, le front et les joues couverts de cicatrices, l’un à la suite d’une sypliilide ulcéreuse, l’autre à la suite d’une brûlure par l’acide nitrique. 11 eût été impossible de trouver des caractères différentiels entre ces deux lésions, sans un certain nombre de ces cicatrices isolées et arrondies qui environnaient la cicatrice syphilitique et en révélaient immédiatement la nature.
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J’ajouterai deux caractères à ceux qu’ont signalés les syphilographes. Le premier appartient spécialement aux syphilides précoces, c’est-à-dire à celles qui se montrent dans le courant de la première année qui suit la contagion. C'est une tendance remarquable à la polymorphie, je veux dire à l’évolution simultanée de syphilides de diverses formes sur un même sujet. Dans les maladies communes de la peau, les exanthèmes se mêlent rarement aux vésicules, les pustules aux affections squammeuses, etc. Rien déplus fréquent, au contraire, que les syphilides dans lesquelles on distingue sur un fond érythémateux un mélange de papules, de vésicules, de pustules, en même temps que la plupart des ori- (ices naturels sont garnis d’éruptions papuleuses humides, symptômes incontestables de syphilis constitutionnelle.
Le second caractère est tiré de la différence de forme qui existe entre les éruptions syphilitiques et les affections cutanées vulgaires qui s’en rapprochent le plus par la lésion élémentaire. Cette différence est si tranchée dans quelques espèces de syphilides, qu’elle devient un signe diagnostique infaillible. La grande papule humide, par exemple (pustule muqueuse, tubercule muqueux des auteurs), a des formes particulières qui en font une espèce sans analogue dans les affections communes de la peau. Elle s’éloigne par sa configuration, non-seulement des espèces, mais encore des ordres et des classes éta-
blis dans les maladies cutanées; aussi a-t-elle été rangée d’abord parmi les pustules, ensuite parmi les tubercules, puis séparée de tous les genres et décrite sous le nom de plaque muqueuse, et enfin rapprochée par nous de l’ordre des papules, avec lequel elle nous a paru avoir le plus de similitude pour les raisons que nous avons données précédemment. La syphilide papuleuse lenticulaire, et plusieurs variétés de tubercules cutanés syphilitiques non ulcérés, ont également des formes spéciales qui ne se rencontrent ni dans les papules, ni dans les tubercules dépendant d’une autre cause que la syphilis. La forme des syphilides vésiculeuses et pustuleuses est moins exclusive; elle permet cependant assez souvent de les distinguer des éruptions simples congénères. Ainsi les vésicules syphilitiques ont fréquemment des bases papuleuses qui n’existent jamais dans les éruptions vésiculeuses communes. Les pustules d’impetigo syphilitique, soit isolées, soit confluentes, reposent aussi sur une surface dermique plus ou moins engorgée et saillante, que l’on ne rencontre pas dans l’impetigo vulgaire, et leurs croûtes sont d’un jaune rougeâtre, au lieu d’être d’un jaune tendre tirant sur le vert. L’ecthyma syphilitique lui-même, qui a tant d’analogie avec diverses espèces de l’ecthyma vulgaire, s’en distingue encore par une tendance incessante à s’agrandir. Le fond de la pustule se creuse, ses bords continuent à se détruire après que la croûte est formée ; de sorte que cette croûte, devenue trop
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petite pour recouvrir toute la surface de l’ulcère, se déprime au centre, et sa circonférence, sur laquelle viennent incessamment se solidifier de nouvelles parcelles de pus, se trouve pour ainsi dire enchatonée dans les bords taillés à pic de l’ecthyma.
Il faut conclure de tout ce que je viens de dire, relativement aux différents caractères des syphilides, qu'à part ceux qui résultent de la spécialité de quelques formes, aucun autre de ces caractères n’est assez général et n’appartient assez exclusivement à ces affections, pour que sa présence ou son absence puissent être considérées comme des signes indubitables qu'une éruption est ou n’est pas syphilitique. Ce qui n’empôche pas ces caractères d'avoir chacun une certaine valeur particulière, et d’étre des moyens de diagnostic d’une grande utilité et d’autant [dus positifs qu'ils se trouvent réunis en plus grand nombre.
Le diagnostic des syphilides s’établit à l’aide des caractères dont nous venons de parler, ainsi que par le siège de l’éruption, par l’époque de son développement, par la connaissance des antécédents syphilitiques du malade, par la présence de symptômes spéciaux concomitants, enfin par le résultat des traitements.
Les caractères dont nous avons fait les attributs des syphilides, nous l’avons déjà dit, ne sont ni constants ni exclusifs; par conséquent, si l’on excepte les cas peu nombreux dans lesquels l’intensité de la
couleur cuivrée, ou bien une forme spéciale, comme celle de la papule humide (pustule plate), révèlent immédiatement la nature syphilitique d’une éruption, on ne saurait baser sur un seul caractère le diagnostic d’une syphilide. C’est le concours de ces caractères qui fait leur valeur, de sorte que cette valeur est d’autant plus grande, je le répète, qu’ils se trouvent réunis en plus grand nombre dans un cas déterminé.
Mais il est une vérité dont on ne saurait trop se convaincre, c’est qu'il est indispensable d’avoir fait une étude approfondie des syphilides et des éruptions communes de la peau, pour bien saisir les différences de formes et d’aspects qui existent entre ces deux ordres d’affections. L’habitude de les voir, de les comparer, finit par révéler à l’observateur des caractères différentiels dont la plume ne saurait rendre exactement toutes les nuances. C’est Fernel qui l’a dit le premier dans ce passage remarquable de son Traité (de luevenereâ ) : « Sccl omnium harum pustularum et ulcerum ab aliis simplicibus distinclio, vix plané et ad unguem litteris explicari putesl : oculorum intuitu et frequenti aspectione coqnoscenda. »
Le siège seul d’une éruption permet quelquefois de reconnaître ou du moins de soupçonner son origine syphilitique. C’est ainsi que de larges pustules d’eethyma sur le cuir chevelu, ou des pustules acnéiformes sur les membres inférieurs, doivent immédiatement faire naître l’idée d’une infection syphili-
tique, par la raison que les ecthymas de causes communes sont excessivement rares sur le crâne, et que les diverses espèces de l’acné vulgaire affectent exclusivement les parties supérieures du corps.
Les syphilides sont souvent accompagnées de divers symptômes qui dépendent de la môme cause et sont d’excellents auxiliaires pour le diagnostic. L'existence d’un chancre et d’engorgements ganglionaires indolents dans la sphère d’activité de ce chancre, au moment, par exemple, où l’on voit paraître un érythème du tronc, doit faire craindre que l’éruption cutanée, ne soit le début d’une syphilis constitutionnelle. La chute des cheveux et des sourcils, l’engorgement des ganglions latéraux du cou, des douleurs rhumatoïdes dans les grandes articulations, et spécialement dans celles de l’épaule, du coude, du genou, sont autant de symptômes qui coïncident souvent avec les syphilides, et qui sont propres à déceler leur nature lorsque les caractères de l’éruption ne sont pas nettement dessinés.
La grande papule humide (pustule muqueuse de Cullerier), qui se mélange si fréquemment aux diverses syphilides précoces, est le plus pathognomonique de leurs symptômes concomitants.
Les exostoses avec leurs douleurs nocturnes caractéristiques, les engorgements partiels de la tunique albuginée, ou le sarcoeèle complet, sont de bons guides pour reconnaître les syphilides tardives qui sont assez souvent accompagnées de ces symptômes.
L'aveu d’une infection syphilitique constitutionnelle, fait par le père ou la mère d’un enfant nouveau-né chez lequel se développe une éruption ayant quelques-uns des caractères des syphilides, est une circonstance dont la connaissance peut être trèsutile au médecin appelé à déterminer la nature du mal de l’enfant.
Le laps de temps écoulé entre un symptôme primitif et une éruption supposée syphilitique, peut décider du jugement définitif qu’on en doit porter; car, ainsi que je l’ai dit précédemment, il y a des syphilides constamment précoces et des syphilides constamment tardives , et si elles n’apparaissent pas à distance fixe de la contagion, comme la variole et le vaccin après l’insertion de leur virus, du moins est-il certaines limites de temps, en deçà et au delà desquelles on ne les voit pas se développer. Je n’ai jamais observé, par exemple, de syphilide consécutive à une contagion distante de moins de vingt-cinq jours, et je crois qu’il serait aussi impossible de rencontrer une syphilide tuberculeuse à la sixième semaine de la contagion, qu’un érythème syphilitique cinq ans après la guérison d’un chancre.
Enfin il est des cas où le traitement peut seul démontrer de quelle nature est une affection de la peau. Des tubercules syphilitiques ulcérés, par exemple, prennent quelquefois en vieillissant, l’apparence du cancer, surtout lorsqu’ils siègent à la face, de meme que le noli me langefe et les ulcères farcineux,
simulent parfois des affections syphilitiques. J’ai vu deux femmes admises à l’hospice de la Salpétrière comme incurables, pour des ulcères hideux qui existaient depuis plusieurs années sur la figure. Il était impossible de reconnaître la nature de ces ulcères, ni par leurs caractères, ni par les antécédents des malades. L’essai d’un traitement mercuriel amena rapidement une cure radicale. J'ai observé à l’hôpital des Vénériens dans le service de M. Ricord, plusieurs malades entrés comme syphilitiques, chez lesquels l'inefficacité du mercure et de l'iodure de potassium, l’absence d’antécédents suspects, un contact journalier depuis un certain temps avec des chevaux morveux, enfin la terminaison funeste de la maladie, démontrèrent bien qu’il ne s’agissait pas de la syphilis, mais d'une affection plus grave encore, transmise du cheval à l'homme.
Les cas où l’on est réduit à établir le diagnostic a lœdentibus et juvantibiis , ne sont pas nombreux; il faut dire même que dans les circonstances où le médecin subordonne ainsi son jugement à l’épreuve des remèdes, il est rare qu’à défaut d une conviction sur la nature du mal, il n’ait pas de fortes présomptions que les résultats du traitement changent en général en certitude. A la vérité je ne parle ici que des médecins qui ont également fait une étude approfondie des maladies de la peau et de la syphilis ; car pour les autres, on les voit chaque jour, à la honte de 1 art et au détriment des malades, méconnaître
les caractères des affections cutanées les plus vulgaires, et, si elles résistent aux moyens ordinaires, les traiter par le mercure avec une opiniâtreté que
ne décourage pas toujours l’insuccès de celle médication intempestive. Mais si le médecin instruit se trouve rarement dans la nécessité de puiser, dans les effets du traitement, les éléments de son diagnostic, il ne faut pas croire pour cela que les syphilides soient, à quelques exceptions près, des affections trèsfaciles à reconnaître. Leur étude offre des difficultés de plus d’un genre. Observe-t-on, par exemple, ces éruptions à leur début, leurs principaux caractères ne sont pas encore bien apparents; est-ce à leur déclin, ces caractères peuvent être effacés en partie. Le mercure qui, administré pendant la durée des symptômes primitifs, ne prévient pas toujours l’apparition des syphilides, en dénature souvent la forme et la marche. Les syphilides ne s’étendent pas toujours à toute la surface du corps; l’éruption peut consister en un seul groupe pustulo-crustacé ou tuberculeux qui est souvent l’unique symptôme par lequel se traduise une infection syphilitique ancienne. Si les caractères du groupe ne sont pas bien dessinés, comme cela arrive parfois, le cas peut être fort embarrassant. En F absence d'un concours de symptômes qui s’éclairent mutuellement et caractérisent un état morbide, on n’a devant les yeux qu’un seul symptôme, qu’une seule lésion anatomique dans laquelle il s’agit de trouver des signes assez positifs pour conclure à
l’existence de la maladie. Ajoutons enfin qu'il n'est pas une seule affection cutanée qui ne puisse compliquer les syphilides, et par conséquent voiler leurs caractères et induire en erreur sur leur nature.
L’étude des syphilides est de la plus haute importance. Pour le démontrer, il sutïit de dire qu'abandonnées à elles-mêmes, elles ont peu de tendance à guérir; qu’elles peuvent ulcérer la surface du corps, et déformer les traits de la face par d'ignobles cicatrices ; que les remèdes spéciaux par lesquels on les guérit, ont en même temps la propriété de détruire, ou du moins d’assoupir pour un temps plus ou moins long, la vicieuse disposition de l’économie en vertu de laquelle peuvent se développer, non-seulement des syphilides, mais encore les altérations les plus graves du tissu cellulaire, des cartilages et des os; enfin, que les mêmes remèdes doués d'une action pour ainsi dire spécifique contre les syphilides, sont ordinairement inutiles et quelquefois même très-nuisibles, s’ils sont administrés intempestivement, par une coupable erreur de diagnostic, à des malades atteints d'affections de la peau qui n’ont rien de commun avec la syphilis.