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CHAPITRE IV

SYPHIL1DE PAPULEUSE HUMIDE.

(Pustulœ fcedœ ont, pustules plates, pustules muqueuses, papules

muqueuses, tubercules muqueux, plaques muqueuses des auteurs.)

§ I. — Définition, historique, tableau, marche de l’affection.

Depuis qu’on ne décrit plus toutes les syphilides sous la dénomination générale de pustules, et que les classificateurs les ont séparées en genres de différents noms, l'éruption cutanée que nous allons décrire, a presque toujours été considérée par les sy philographes comme une simple variété, soit de la pustule, soit du tubercule syphilitique; mais c’est à-tort qu’on a voulu assimiler cette éruption aux pustules, dont elle diflère entièrement par la forme et par la structure, ou aux tubercules, avec lesquels elle n'a qu'une apparente analogie. Elle a des caractères assez tranchés, pour former un genre distinct, et MM. Davasse et Deville ont eu raison d'en faire une espèce spéciale, qu'ils ont appelée plaques muqueuses.

J'ai désigné cette affection sous le nom de papule humide , pour la soustraire définitivement à l’ordre des tubercules, dont elle ne s’éloigne pas seulement par ses caractères objectifs, mais encore par la précocité de son apparition, la papule humide étant un des premiers symptômes constitutionnels qui suivent le chancre, tandis que les tubercules se développent toujours tardivement, à une époque assez éloignée de la contagion.

Ce genre est caractérisé, sur la peau, par des saillies papuleuses, arrondies, souvent dépouillées de leur épiderme, et parconséquent humides ; tantôt rouges, tantôt grisâtres, suivant qu’elles sont ou non recouvertes d’une sécrétion plastique, blanche, ayant l’aspect d’une villeuse. La saillie de la papule humide est à peine sensible sur les membranes muqueuses; mais là, une sécrétion plastique, blanche, analogue à l’escharre produite par le nitrate d’argent, ou comme diphthéritique, qui existe toujours, au moins dans la première période, lui donne une physionomie trèscaractéristique. De là deux espèces : 1° la papule humide de la peau; 2° la papule humide des membranes muqueuses, que je désignerai sous le nom de plaque opaline, à raison de sa faible saillie et de sa couleur qui est constamment blanche.

Les syphilographes du quinzième et du seizième siècle, n’ont pas décrit la grande papule humide avec plus de précision que les autres espèces de sy phi— lides. Il est meme assez souvent difficile de distin-

guer dans leurs écrits, ce qui appartient réellement à ce genre d’éruption. Cependant je citerai quelques passages qui ne laissent pas de doutes sur l’existence de la papule humide au seizième siècle. Nicolas Massa, par exemple, la désigne clairement, lorsqu'il caractérise ainsi une espèce de pustules : Apparent rubeœ, elevalœ, magnœ, humidœ et tiunidœ. Gabriel Falloppe indique, sans la décrire, la papule humide, lorsqu’il dit que certaines pustules se développent particulièrement à l’anus et au palais. Forestus (lib. XXXII, obs. 21, De Lue venereà) indique ainsi le même genre d’éruption : « Juvcncula qtiœdam nupermipta... à marito, lue venereà infecta, pustulas fardas in ano , tum pudendo habebat; cui et ulcéra faucium , tuin (jut taris accesserunt. »

Pendant le cours des dix-sept et dix-huitième siècles, la grande papule humide n'est pas décrite avec plus de précision que dans les citations précédentes j mais, dès le commencement du dix-neuvième siècle, les classifications appliquées aux maladies de la peau, firent donner plus de rigueur et d'exactitude aux définitions des genres, et la papule humide ainsi que les autres syphilides, se trouve dès lors mieux caractérisée.

Les meilleurs travaux qui aient été publiés sur ce genre de syphilide, sont des notes ajoutées par M. Hicord a la traduction du Traite de la Syphilis, de Hunier page 573 et suivantes), et un mémoire de MM. Deville et Davasse, inséré en 1846 dans les Ar~

chives générales de médecine. La papule humide a d ailleurs été l’objet de nombreuses recherches depuis une quinzaine d’années; mais les syphilographes se sont, en général, bien moins occupés de son étude comme forme, que de la question de savoir si ce symptôme était ou non contagieux, et s’il pouvait être considéré ou non comme symptôme primitif.

Fréquence. La grande papule humide est peutêtre la plus fréquente île toutes les éruptions syphilitiques; elle est souvent le premier symptôme par lequel se manifeste la syphilis constitutionnelle ; elle vient se joindre à la plupart des syphilides précoces, et c’est, en outre, sous celle forme que récidive, dans beaucoup de cas, la maladie récente, après un premier traitement. La papule humide se rencontre à tous les âges; elle est très-commune chez les enfants nouveau-nés, et elle n’épargne pas les vieillards. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes, parce que la conformation de la vulve favorise le développement de ce genre d’éruption. Abstraction faite des conditions d’âge et de sexe, les individus qui font usage de bains, qui portent habituellement du linge propre, sont moins souvent atteints de papules humides aux organes génitaux, que les individus qui vivent dans la malpropreté. Enfin, pour montrer la fréquence de la papule humide, je dois ajouter que, sans avoir recueilli tous les cas qui se sont présentés à mon observation, durant l’espace de six années consacrées à l’étude spéciale

affections syphilitiques de la peau. 317

des syphilides, j’ai rassemblé 130 exemples de papules humides existant seules ou formant l'éruption principale, et que, parmi les malades atteints de syphilides diverses, un grand nombre présentaient en même temps, des papules humides comme éruption accessoire.

Ainsi sur i 98 cas de syphilide érythémateuse. 88 cas avec pap. h.

Sur nO cas de syphilide papuleuse sèche 14 »

Sur \i cas de syphilide vésiculeuse 4 »

Sur 71 cas de syphilide pustuleuse 57 »

Sur 54 cas de syphilide tuberculeuse 0 »

L’absence de papules humides, dans la syphilide tuberculeuse, ne démontre-t-elle pas que les syphilographes ont rangé à tort la papule humide parmi les tubercules syphilitiques î Les papules humides sont des symptômes si précoces, et les tubercules des symptômes si tardifs, que jamais ces deux affections ne se rencontrent ensemble, ce qui arriverait infailliblement, si elles n’étaient qu’une variété de la même espèce.

Siège. Le relevé suivant, qui comprend réunis les cas où la papule était la seule éruption syphilitique, et ceux où elle s’est présentée comme éruption accessoire, n’est que le résultat d’observations faites sur des sujets du sexe masculin. Nous compléterons ce relevé en transcrivant celui de MM. Davasse et Deville, qui a trait exclusivement au siège des papules humides chez les femmes.

J’ai constaté l’existence de la papule humide chez 130 sujets du sexe masculin. Elle siégeait :

A l’anus 110 fois.

Sur les amygdales 100

Sur le scrotum 06

A la bouche, sur les lèvres 55

Sur le gland et la face interne du prépuce. . . 28

Sur le voile du palais 27

Sur la langue 18

Sur les piliers du voile du palais • 17

A la face interne des joues et des lèvres 11

Dans les espaces inlerdigilaux des pieds 11

Au pli scroto-crural 5

A l’orilice des narines 2

Sur la paroi postérieure du pharynx 2

A l’insertion d’un ongle du pied 2

Au méat urinaire J

Sous l’aisselle 1

Sur la gencive 1

Sur toute la surface des fesses, et sur toute l’étendue des cuisses, chez un petit garçon de trois mois 1

Voici le relevé de MM. Davasse et Deville chez 1 86 femmes atteintes de plaques muqueuses. Le siège de ces plaques était :

A la vulve

A l’anus

Au périnée

Aux fesses et parties internes et supérieures

des cuisses

Aux amygdales

Au nez

A la langue

Aux orteils

A la face

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